‹ La Philosophie de la liberté, [Tome] 1: L'IdéeChapitre 30 sur 86 · PRÉFACE XLIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XLIII

d'ailleurs, comment Pâme pourrait persévérer jusqu'à la fin dans la poursuite du bien, sans croire au succès final de son effort ? Et croire au triomphe du bien n'est-ce pas lui donner une force réelle, universelle. N'est-ce pas croire au Dieu vivant, au Dieu vengeur? C'est dans cet ordre d'idées qu'il faut, à l'instar de Kant, chercher des motifs de foi, sinon des démonstrations. Celles qu'on a tentées en partant de la pure notion d'être ou des généralités du monde physique ne sont propres qu'à nous égarer. Ainsi, la morale indépendante est précieuse à titre de correctif, de purgatif, de transition et de méthode ; on ne saurait l'estimer trop haut, mais il n'y faut pas enchaîner l'esprit.

ni

Après cela, je l'avouerai. Dieu n'est pas seulement à mes yeux Texplication et la sanction de l'ordre moral. Des preuves, des arguments, même les meilleurs, ne nous donneront jamais Dieu. Sans le connaître, on peut avoir de bonnes raisons pour croire à son existence; mais il est possible de le connaître, et cela vaut mieux. Suivant mon intime conviction. Dieu est un objet d'expérience. Je n'entends pas d'une expérience que chacun ait faite, comme de respirer, par exemple, quoique cela pût se dire aussi, nuiis sans nous conduire à notre point. Je parle seulement d'une expérience que chacun peut faire, s'il

Page 1