PRÉFACE VU
de ropinion, plus antipathique aux idées modernes, qu\in ouvrage où sont acceptés comme vrais, sans retranchements , les récits des Evangiles , pour les interpréter au moyen d'une conception particulière de la nature divine et des rapports entre Thomme et Dieu.
Et pourtant, après une hésitation trop longtemps prolongée, on reproduit ce fragment de cours avec un petit nombre de corrections et d'additions qui n'en changent pas la pensée. Ce n'est pas qu'on ait la prétention de remonter le courant du fleuve, et de prouver à notre siècle qu'il a tort. Sans doute, on ne l'ignore pas, Jes idées modernes ne seront que trop tôt vieillies, et pour aduler la critique, ce temps-ci ne la désarmera pas. Mais l'auteur ne prétend pas se soustraire à l'obligation de compter avec la critique. Il croit, en dépit des apparences, n'avoir pas trop à la redouter. Seulement il ne lui faudrait pas non plus trop prétendre. Sur ce point, la lutte des opinions contemporaines l'a instruit. La foi dont on cherche à rendre compte ici se confond avec l'évidence aux yeux de ceux qui la partagent; mais ils n'ont pas le droit de la proposer comme telle, puisque le plus grand nombre des lettrés la repoussent. Ce n'est donc pas une évidence, c'est bien réellement une foi. Il est aisé de la formuler en termes très-simples, impossible d'en démontrer la vérité; on aurait plus tôt fait d'en signaler l'illusion. Seulement les réfuta-
VIJI PRÉFACE
tions ne réussissent pas à persuader tout le monde, et c'est fort heureux. Suivant la foi dont je parle, Tautorité suprême que la vérité morale réclame sur la conscience, elle la possède et l'exerce de fait dans l'univers. L'évidence pour ceux qui croient, c'est que la souveraineté de droit, que tout honnête homme accorde à l'idée du bien , garantit la souveraineté de fait. Ils ne sauraient la comprendre autrement et ne voient pas que personne y ait réussi; mais il est vrai qu'on peut très bien confesser l'existence de la loi morale sans chercher à s'en expliquer l'origine : nul n'est tenu de penser.
Ce point de foi accordé ou réservé, tout le reste n'est que logique , analyse , développements qu'on peut discuter et corriger, ou questions de fait sur lesquelles la critique conserve son empire. Le système exposé n'est incompatible avec la réalité d'aucun des faits considérés jusqu'ici comme essentiels à la conception du Ghristianismo historique ; il tend, au contraire, à montrer que ces faits, auxquels on attribuait une force probante exceptionnelle, parce qu'on les envisageait comme contraires aux lois de la nature, ne sont pas nécessairement incompatibles avec la juste conception de l'ordre universel. C'est dire qu'il ne cherche pas son point d'appui dans le miracle, qu'il n'en est pas solidaire et que la critique historique ne le touche pas.
Quant à la critique spéculative , dont l'objet est la nature de la faculté de connaître, ses limites et