XLIV PRÉFACE
le veut. Tout le monde ne va pas en Amérique, mais tout le monde peut y aller, et tout le monde admet qu'elle existe. Eh bleni poiir voir Dieu, c'est comme pour voir T Amérique, il faut quitter la rive, il laut s'embarquer. Mais sied-il bien à ceux qui sont restés à. terre de se moquer et de prétendre que les voyageurs n'ont rien vu, parce qu'eux n'ont rien vu ? Je n'ignore pas qu'on peut mentir. Si j'avais voyagé moi-même, mes récits n'ajouteraient pas grand chose à l'autorité des témoins qui m'ont précédé. Je pourrais tromper ou me tromper .comme eux. Mais je ne crois pas que saint Paul, que saint François, que sainte Thérèse, que Fénélon, que Pascal aient menti, ni qu'ils n'aient fait que rêver. Et s'ils ont rêvé, la substance de leur rêve est quelque part. Les soupirs de Thomas de Kempen, les larmes du peintre de Fiesole, les paroles de leur maître à tous, ont une douceur pénétrante où l'art n'atteint pas. C'est la nature, c'est une autre nature, c'est la vraie nature. Les philosophes, les critiques en dissertent comme l'aveugle des couleurs. Ils ne sauraient nier l'inspiration, mais où en cherchent-ils l'origine? Leurs explications sont plus merveilleuses que le miracle lui-même. Les ennemis de la superstition connaissent la plante qui se nourrit de sa propre sève, l'eau qui remonte audessus de sa source, le levier qui soulève des fardeaux sans point d'appui. Ceux qui n'admirent pas ces belles inventions sont des mystiques, ce qui dit tout.