‹ La Philosophie de la liberté, [Tome] 1: L'IdéeChapitre 33 sur 86 · XLVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XLVI PRÉFACE

priori supérieur, si l'évidence du fait ue Ten dispensait Nul ne peut prescrire sa voie à TEsprit. Mais l'intelligence et la conscience le reconnaissent là où il souffle. L'inspiration particulière, émiaeate, devient sensible à l'inspiration universelle.

Une fois ce point capital gagné, xme fois le lecteur convaincu que tous les critères artificiels sont illusoires, que la vérité ne se distingue pas de l'erreur en bloc, à sa marque de fabrique, mais qu'en chaque sujet il faut la sentir et la choisir, l'acerbité de nos critiques précédentes ne le déconcertera plus. Il verra que nous n'en pouvons rien rabattre, mais dans les débris 4es constructions écroulées, il trouvera des matériaux d'une valeur inestimable. Il saisira l'accord qui domine les grandes dissonances, et la vérité s'organisera.

Et d'abord le Catholicisme, la Réforme, la Philosophie ne sont pas seulement des méthodes, ce sont des vases. S'ils se brisent, la vérité qu'ils renferment en sortira. La logique intérieure de la Réforme travaille à la dissoudre, celle du Catholicisme le pousse à l'absurde, mais le Christianisme n'en est pas atteint chez ceux qui en ont senti la puissance. La Philosophie subsiste également par les vérités expérimentales dont elle témoigne. Et de plus, indépendamment de ce fond commun, chacune de ces formes représente une vérité particulière.

Dieu vit dans l'histoire, l'Esprit, qui a parlé, parle toujours; Jésus-Christ n'a pas abandonné

PRÉFACE XLVil

son Eglise, son sacrifice est permanent, il ne finira qu'avec la suppression de la misère et du crime. L'homme isolé ne sait rien, il n'est rien que par la tradition. Le Catholicisme témoigne de cette présence de Dieu dans l'histoire et dans le cœur. Ces vérités, il peut les travestir, les rendre odieuses, mais il les garde. Il en tire parfois un éclat singulier, un attrait vainqueur; il ne cédera qu'à celui qui les saura et qui les dira mieux qu'il n'a fait lui-même.

La Réforme n'a pas le mot des choses, la vertu créatrice, elle n'est aujourd'hui que ce qu'elle fut dès l'origine : une protestation de k conscience et du sens commun contre le sophisme, ime résistance de l'esprit religieux à la corruption cléricale. A la prêtrise (mal extirpée de son propre sein) la Réforme oppose le sacerdoce universel: elle s'inscrit contre la doctrine d'un Saint-Esprit à l'attache, elle maudit la théurgie, elle démasque le mensonge d'une tradition qui contredit son point de départ en toutes choses. Elle rappelle le Christianisme à ses origines, elle en met les documents authentiques sous les yeux de tout homme qui sait lire et lui dit : Voyez vous-même. La Réforme témoigne ainsi d'une vérité capitale. Si la Providence préside à l'histoire, si Dieu s'y montre, si le présent est déterminé par le passé, s'il y a une continuité, une tradition, ce qui est la raison d'être du Catholicisme, si l'histoire en un mot est de quelque valeur, tous les moments et tous les

Page 1