‹ La Philosophie de la liberté, [Tome] 1: L'IdéeChapitre 34 sur 86 · XLVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XLVIII PRÉFACE

individus ne sauraient avoir la même importance. Le Christianisme, nœud de l'histoire, se résume en Jésus-Christ. Avant de spéculer et de définir «on essence, il faut savoir ce que Jésus a fait, ce quïl a dit, rimpression quHl a produite sur les témoins de sa vie, la manière dont les apôtres qu'il a choisis ont compris son enseignement. Le temps où nous reporte l'Evangile est une journée décisive, dont la lumière et la chaleur ont rayonné jusqu'à nous. Cela suffit pour donner à ce livre une importance imique. Tout homme qui se dit chrétien doit le savoir par cœur; après cela, qu'il tâche de le comprendre. Que les pensées de Jésus- Christ et de ses apôtres y soient toujours fidèlement rapportées ou pas, c'est en tous cas ce que nous en avons de plus certain. Que ces pensées soient celles de Dieu lui-même ou pas, elles ont plus de valeur que tout autre discours. Le Catholicisme ne conteste pas cela directement; il ne prétend qu'à donner de l'Evangile une interprétation authentique. Mais du moment qu'il existe une interprétation pareille, elle se substitue au texte, qui devient inutile, et qui, dès lors, n'est plus consulté. La Réforme aussi pensait renfermer l'Evangile dans ses formulaires. Mais ces produits de la tradition dont elle se croyait aflTranchie s'en vont pièce à pièce et seront bientôt balayés. Si la Réforme avait pu réellement imposer ses symboles, ils auraient pris la place de la Bible. Mais c'était impraticable, contradictoire. En mettant

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la lecture de la Bible au premier rang des devoirs religieux, elle a, bon gré mal gré, livré ses symboles au contrôle . perpétuel de la discussion. En récompense elle a sauvé TEvangile, et nulle imprécation, nulle violence n'empêcheront qu'il ne soit abondamment répandu sur toute la terre.

Tel est donc le sens positif de la Réforme. Dans la donnée d'une vérité traditionnelle, dans le développement intellectuel, moral, social, qui se rattache au nom de Jésus-Christ, elle fait ressortir la suprême importance du point de départ, elle défend la source contre les intérêts tentés de la combler ou de l'empoisonner. L'infaillibilité de la Bible et rinfaillibilité du pape se fondent sur des arguments assez semblables; il est peut-être difficile pour un esprit qui fait passer la conséquence avant tout de bien établir la première en évitant la seconde ; mais la conséquence d'un système artificiel nous touche peu. La Bible est ce qu'elle est. Cette mfaillibilité-là, du moins, n'a point de passions et point d'intérêts dans ce monde. Ajoutons que le réformé, ne pouvant compter sur l'absolution d'aucun homme, reste responsable de lui-même jusqu'à son dernier soupir, et la différence de l'Ecosse et de l'Espagne cessera de nous étonner.

Je ne méconnais point l'autorité de l'Eglise si cette église est bien celle de Jésus-Christ, si je puis comparer ses institutions, sa doctrine et sa conduite au souvenir de Jésus-Christ. Mais enfin,

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