‹ La Philosophie de la liberté, [Tome] 1: L'IdéeChapitre 36 sur 86 · LU PRÉFACE · texte numérisé non relu

LU PRÉFACE

relie servait constamment les fins légitimes des êtres moraux, si les hommes surtout étaient ce qu'ils croient devoir être, où s'ils s'eflforçaient seulement de le devenir, la Providence de Dieu rencontrerait peu d'incrédules. Comprendre le monde tel qu'il est, le monde et Thomme ; embrasser dans une seule pensée Tordre physique et l'ordre moral, tel est le réel problème de la philosophie. L'insuccès de nombreux efforts a fait désespérer de l'entreprise. On s'est mis dans l'esprit que la solution est introuvable, et l'on n'a plus songé qu'à s'expliquer ce qui la rend telle. C'est ainsi que la critique de l'école a vu le jour.

Mais elle-même a fait naître des motifs d'espoir. Jusqu'aux derniers temps on a presque toujours cherché dans la physique les raisons de l'ordre moral, soit par l'analyse immédiate des phénomènes, soit en partant d'une ontologie qui n'est que de la physique sublimée. Ainsi posé, le problème est certainement insoluble, car de la nécessité la liberté ne saurait procéder.

La réciproque n'est pas vraie. La nécessité peut très bien sortir de la liberté, c'est pourquoi la considération de l'ordre moral donne un meilleur commencement. D'ailleurs, il vaut mieux conclure de ce qui doit être à ce qui est que de ce qui est à ce qui doit être, parce que ce qui doit être est plus certain. Seulement , ne l'oublions pas : pour entendre la voix de la conscience, il faut le fe r

PRÉFACE un

propos ie lui obéir. Cette voix qui parle intérieurement à chacun jusqu'à ce qu'il Tait étouffée, ne sépare point l'individu de l'humanité, elle lui arrive à travers l'humanité. La tradition a formé notre nature intellectuelle et morale, elle a formé notre conscience, nous ne saurions nous en détacher et nous perdrions tout à le faire. Mais en lui restant unis, nous pouvons cependant réagir sur elle. La pensée individuelle est une cellule dans l'organisme de l'histoire. En essavant de lire le fait à la lumière de l'idée morale, de comprendre comment le monde peut être ce qu'il est, quoique le bien soit le fond de tout, nous nous efforçons d'épurer une idée du bien qui s'est élaborée dans la conscience de l'humanité, nous sommes ainsi dansia tradition, et nous lui rendons justice, c'est-à-dire que nous la jugeons. Si nous y reconnaissons une divine empreinte, si nous y discernons le pur de l'impur, la source des effluves, le centre des bords, et si dans le centre de l'histoire, dans la source de lumière et de vie, nous adorons Dieu, c'est en vertu du sens divin qui est en nous, autrement nous n'aurions aucun moyen de connaître les choses divines.

Ainsi, la foi dans cette lumière « qui éclaire tout homme venant au monde, * nous permet de nous prosterner, sans renoncer à notre jugement, à notre raison, sans renoncer à notre qualité d'homme. Et cette révélation intime où nous aspirons, nous n'y étendons pas pour nous seuls, le sens divin dozzt

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