LA CRÉATURE LIBRE EST VIRTUELLEMENT UNE
de rêtre créé, et de la manière dont il établit son rapport avec Dieu. Nous découvrirons donc le sentier où notre vie est engagée, si nous battons tous les chemins. Tel serait du moins l'idéal, dont Texécution restera sans doute bien éloignée.
Revenons à la crise qui doit s'accomplir dans rêtre moral pour donner à la création son caractère définitif. Pour s'en faire une idée précise et complète, il faudrait se représenter exactement l'état primitif de la créature. Mais ce problème est insoluble; comment fixer le tableau d'un état qui n'a jamais été fixé?
Jusqu'ici nous nous sommes exprimé comme si la créature était une au début de son existence. Ce point de doctrine a besoin d'éclaircissement, car il en préjuge un aujtre, dont l'importance est capitale : je veux dire l'unité essentielle de l'humanité.
L'unité de la créature morale et par conséquent de tout l'univers créé nous semble formellement établie par l'unité de la volonté créatrice, qui résulte, avons-nous vu, du caractère absolu sans lequel nous ne saurions la concevoir. Tout ce qui se Ue dans la pensée n'est au fond qu'un dans la réalité. Pour l'esprit philosophique, qui vit de l'infini, cette proposition est un axiome, c'est une donnée élémentaire. Il ne s'agit pas de la révoquer en doute, mais de l'exphquer, de la subordonner au système de la liberté divine, en l'arrachant au panthéisme, dont elle fait le crédit, parce qu'elle en est la vérité.
Outre cette preuve directe a priori, l'unité primitive de la créature Ubre ressort encore de ceci que la thèse opposée n'aurait pas de sens. Le nombre, à lui seul, ne fait pas richesse. Une pluralité de termes absolument identiques est inadmissible, parce qu'elle ne répondrait à aucune idée. Dans l'ordre spirituel, il n'y a de pluralité véritable que par la différence des êtres; or les différences entre les êtres libres ne peuvent naître que de leur. liberté. Avant toute détermination de leur part, les distinctions seraient arbitraires, c'est-à-dire impossibles. Ce qui cause aujourd'hui les différences naturelles entre les êtres moraux, ce sont des déterminations volontaires antécédentes. La nature est une habitude. La nature primitive du sujet moral n'est que la faculté de répondre à l'appel divin.
Tout en justifiant notre principe, la considération que je viens de présenter en limite la portée. Si l'idée morale est partout l'idée suprême, il faut que la question du nombre elle-même soit subordonnée à la question morale, c'est-à-dire à la décision de la volonté. Dès lors, avant tout acte de sa part, nous ne pouvons attribuer l'unité à la créature que dans un sens négatif: elle ne possède pas encore l'unité réelle, l'unité parfaite, puisque l'unité parfaite est l'unité personnelle du vouloir et de la conscience. L'acte constitutif de sa personnalité est aussi l'acte par lequel elle se confirme et s'accomplit dans l'unité; par conséquent l'unité natu-