LA CRÉATURE LIBRE EST VIRTUELLEMENT UNE
relie qu'elle possède avant cet acte par le fait de sa création n'est qu'une unité virtuelle, puissance indéterminée de l'unité et de la pluralité.
La logique nous pousse à tenir ce langage, mais il faut avouer que nous ne l'entendons pas très bien. Tous les commencements sont insaisissables, celui de l'histoire non moins que celui de la métaphysique. Le regard de la pensée ne s'étend pas au-delà de l'espace éclairé par la lumière de la conscience. Il n'y a pas d'analogie entre l'état primitif de la créature et le nôtre, et sans analogie il n'y a pas d'intuition. Au vrai nous n'ayons aucune notion distincte de ce que pouvait être la créature au point de départ, quoique nous soyons obligés de supposer son existence pour arriver une fois à la nôtre. Nous ne samions donc nous faire qu'une idée très imparfaite de la situation où elle se trouvait vis-à-vis de la question posée.
Il s'agissait pour eUe de se constituer en Dieu, d'accepter librement son rapport naturel avec Dieu, et par là de le transformer, en répondant par son amour à l'amour de Dieu.
Lorsque, dans une circonstance quelconque, un être libre est sollicité d'agir, il peut d'abord ou négUger l'occasion de se prononcer, ou bien écouter la question; dans ce dernier cas, il peut encore se refuser à tout changement, répondre à l'appel, ou enfin se déterminer en sens contraire. Telles sont
à peu près les alternatives qui se reproduisent partout où une décision de fait doit être prise.
Du reste, cette division abstraite ne dit pas tout. Le nombre et le genre des possibilités réelles* dépendent de la nature du sujet et du problème. Ici nous n'apercevons pas de différence bien sensible entre le cas où la créature serait demeurée sourde à l'appel qui lui est adressé et celui où, tout en s'en rendant compte, elle aurait évité de se prononcer. En revanche, la décision négative paraît comporter des nuances plus ou moins tranchées d'hostilité. La créature libre appelée à déterminer sa position, peut, semble-t-il, se constituer en dehors de Dieu, ou contre Dieu. Selon qu'elle aperçoit plus ou moins distinctement la place que Dieu devrait occuper en elle, elle fera simplement abstraction de lui pour ce qui la concerne, en aspirant à l'indépendance , ou bien elle s'efforcera d'usurper expressément la place de Dieu et de le refouler dans le néant. Mais il convient de ne pas trop préciser et de laisser dans l'obscurité ce qui est réellement obscur, afin d'éviter l'arbitraire. Nous manquons, je le répète, des données nécessaires pour énumérer exactement les possibilités qui s'ouvrent au choix de la créature. Nous savons seulement que si l'idée de liberté relative a quelque valeur, il existe de telles possibilités.
Nous ignorons également si la crise qui doit s'opérer est un simple choix, ou si ce n'est pas