PLUSIURS PARTIS S'OFFRENT A LA CRÉATURE
plutôt le moment où les tendances diverses qui sommeillent dans le sein de la force créée, vont se reconnaître et s'opposer les unes aux autres: en •d'autres termes, nous ne savons pas si la réalisation d'une possibilité exclut dans l'être encore indéterminé la réalisation des autres, ou si plusieurs d'entre elles, si toutes peut-être ne se réaliseront pas à la fois. La question ne peut 'guère être résolue a priori, à cause du vague dans lequel reste nécessairement l'idée de la créature primitive. L'expérience ne nous fournit pas non plus les éléments requis pour asseoir une induction, car la crise dont il s'agit s'opère au delà de toute expérience. La seconde alternative offrirait à la pensée le moyen d'embrasser dans une unité fort élevée toutes les sphères de l'existence finie avec lesquelles l'expérience nous met en rapport, et même ces natures spirituelles dont parlent les religions et qui prennent place au moins dans le champ du possible. Je ne prononce rien là-dessus. Tout ce que je croîs permis d'aflSrmer, c'est que la présente condition de l'humanité a pour cause la réalisation d'une seule des possibilités dont nous avons imparfaitement tracé le cercle. Dans le doute, nous devrions commencer par cette supposition et la poursuivre jusqu'à ce que nous eussions constaté son impuissance à rendre compte des faits. Mais ce doute n'existe pas à mes yeux. Je place l'origine de l'histoire dans y/ne détermination de l'être créé, parce que l'huma-
nité me paraît une dans son essence, dans sa destinée, dans la conscience qu'elle a d'elle-même, dans l'obscure tradition de son berceau, enfin et surtout dans son but.
Le premier trait qui nous frappe lorsque nous portons nos regards sur la foule des hommes, est la solidarité de leurs destinées extérieures aussi bien que de leur développement moral. Les peuples apparaissent successivement sur le théâtre de l'histoire, pour remplir une mission qui importe au bien ou au mal de tous les autres. Les liens qui les unissent se resserrent de plus en plus. On sent que l'humanité travaille à l'accomplissement d'une tâche commune. Le commerce, les conquêtes, la civilisation, le prosélytisme rapprochent les hommes les uns des autres et rendent toujours plus manifeste la solidarité de leur avenir. On peut varier encore dans la détermination du but collectif de l'humanité, on ne saurait douter qu'il n'existe un tel but. Mais lé but de tout être consiste nécessairement dans la réalisation de son essence ou de son germe originel.
Expliquons-nous. Mon dessein n'est pas de trancher un nœud qui veut être délié. Trop longtemps deux systèmes rivaux ont partagé les esprits.
Pour l'un, l'humanité n'est qu'un seul être, les individus sont des accidents.
Selon l'autre, les individus seuls sont réels, l'humanité n'est qu'une multitude, l'espèce une abstraction.