‹ La Philosophie de la liberté, [Tome] 1: L'IdéeChapitre 49 sur 86 · LA RESTAURATION EST UNE SECONDE CRÉATION · texte numérisé non relu

LA RESTAURATION EST UNE SECONDE CRÉATION

qu'il se manifeste dans la restauration, nous essayerons d'analyser lldée de la restauration elle-même ; nous chercherons ensuite dans la nature, dans Thistoire et dans notre cœur les phénomènes qui correspondent aux divers éléments de cette notion féconde. Mais nous limiterons notre étude aux problèmes qui intéressent le point de départ de la morale. Rappelons d'abord le principe.

L'esprit créé ne peut s'unir à Dieu que par sa volonté libre. Dans la chute il a perdu sa liberté. Pour que la restauration s'accomphsse, il faut donc que la créature redevienne actuellement libre, ce qui ne saurait avoir lieu sans une iatervention divine immédiate, ou, ce qui est exactement la même chose en termes im peu plus précis, sans la c|éation d'un nouveau principe de liberté. Néanmoins la nature du problème exige l'identité substantielle et morale de l'auteur de la chute et du sujet de la restauration. Celui qui a besoin de salut et qu'on veut sauver c'est la prhnitive création de Dieu. Dans rhomme actuel, puisqu'enfin c'est de lui qu'il s'agit, comme la suite l'établira mieux encore \ il faut donc reconnaître deux principes : d'abord le vieil honune, l'homme naturel, la primitive liberté changée en nature, en un mot, la créature qui a péché ; puis le germe de la liberté nouvelle. Mais il faut comprendre également que cette opposition n'est ni définitive, ni complète. Le germe de l'homme nouveau

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n'est qu'un germe encore ; il ne peut se réaliser que dans la nature coupable, en se l'assujettissant, en la transformant, en la ramenant à la liberté, pour lui persuader de se déterminer dans un sens contraire à sa première direction et pour s'identifier avec elle dans cette communion de volonté. La base de l'œuvre restauratrice est donc, une seconde création, que Dieu fait au sein de la première, dans des rapports déterminés par la première, et dans le but de l'identifier avec la première en la transformant.

La créature coupable a perdu le pouvoir de choisir entre le bien et le mal, puisqu'elle s'est déjà prononcée pour le mal. Cependant, pour que le but soit obtenu, il faut qu'elle puisse choisir le bien et qu'elle le choisisse. Le rétablissement de sa liberté est une œuvre directe de Dieu ; l'action immédiate de Dieu sur l'être déchu pour le ramener à sa destination s'appelle avec raison la Grâce. Ainsi dans le monde de la chute il n'y a de liberté morale que par la grâce. Cela s'applique à tous les individus sans exception, et à chacun d'eux durant tout le cours de sa vie. La Uberté que nous trouvons en nous-mêmes au réveil de la réflexion, et dont nous usons spontanément avant ce réveil, est déjà un don de la grâce. L'importance de cette doctrine est très grande, soit pour la spéculation, soit pour la pratique. ËUe incite l'âme à la reconnaissance, à l'humilité, à la fidélité. Par son évidence elle réfute l'er-

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