‹ La Philosophie de la liberté, [Tome] 1: L'IdéeChapitre 51 sur 86 · SOUFFRANCE DU SAUVEUR · texte numérisé non relu

SOUFFRANCE DU SAUVEUR

férence, mais la liberté de la perfection. Il faut donc que la nature redevienne libre en nous pour que la liberté devienne à son tour notre nature.

Telle est l'idée abstraite de la restauration considérée dans le sujet où elle s'accomplit. Pour le principe restaurateur, durant le cours de cette œuvre merveilleuse, sa fonction doit être de solliciter, d'éclairer la volonté qu'il a rétablie, de la renouveler incessamment par l'eflFusion de sa grâce, jusqu'à ce qu'elle soit assez forte pour s'assimiler la volonté déchue, c'est-à-dire la nature altérée, et pour assurer, en s'unissant avec elle à Dieu, le règne paisible de la sainteté.

Le rôle du Sauveur pendant la restauration est donc un rôle de patience, d'abaissement et de douleur. En effet, il consent à créer sur le fond souillé de la créature primitive ; il expose aux périls de la lutte son propre fruit, sa propre essence, le germe de l'homme nouveau. Dieu réprime ici sa puissance absolue selon une restriction qu'il n'a point voulue, mais à laquelle il se soumet. Il consent à n'être point sous la forme de Dieu. Sans se corrompre, il s'unit à l'être corrompu ; il voit le mal et il le souffre, lui le Saint. Quel abîme I et du sein de cet abîme, quelle lumière! L'histoire, la nature, toutes les traditions, tous les symboles, tous les soupirs de l'humanité témoignent de cette souffrance de Dieu. Quand l'EvangUe nous montre un Dieu mourant sur une croix, il nous enseigne une chose

qu'assurément nous ne pouvions pas prévoir, mais on se trompe en taxant son rédt d'invraisemblance. Au contraire, une fois le mot prononcé, il semble qu'on ne pouvait pas éviter d'arriver là. Le mal est la négation de Dieu. Dieu ne peut pas consentir à ce que le mal soit sans consentir à n'être pas Dieu; et pourtant il faut que le mal ait son cours pour que la liberté soit réelle; Dieu permet qu'il se réalise afin de le guérir. Mais la guérison de l'humanité ne peut en un sens venir que d'elle-même. Sa guérison est une mort. L'œuvre est de persuader à la nature de mourir. Il y a dans chacun de nous un principe qui doit mourir. Christ est mort le premier, pour nous engager à suivre ses sanglants vestiges. Il est l'auteur et l'initiateur de notre affranchissement

Mais j'ai tort d'anticiper sur les matières dont il me reste à vous entretenir, dans le moment où l'ordre et la sévérité nous deviennent le plus nécessaires. Nous avons marqué le commencement et la fin de l'œuvre restauratrice; nous en avons fait comprendre l'idée essentielle relativement au sujet et à l'agent du salut; mais nous n'avons rien dit du milieu, des moyens, de la manière, en un mot, dont l'œuvre s'accomplit. Nous ne l'avons pas fait, parce que la chose était impossible. Le comment et les moyens ne sont pas l'affaire de la pensée a priori, c'est à l'expérience à nous en instruire.

Je dis l'expérience, et sous cette notion compré-

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