LA RÉVÉLATION ET LA PHILOSOPHIE
hensive je fais rentrer tout ce qu'on appelle révélation. Ici je m'adresse aux chrétiens, je me place au point de vue de la foi chrétienne. Nul n'imaginera , comme on l'a prétendu quelquefois avec un sérieux contestable , que Dieu ait parlé pour nous apprendre un peu plus tôt des vérités que le raisonnement nous eût infailliblement enseignées un peu plus tard. On se déciderait plus aisément à croire que Dieu n'a pas parlé du tout. Non, s'il est une révélation, rien ne saurait la suppléer. Il faut croire à la révélation chrétienne (quelles que soient les limites précises de cette idée) pour connaître ce qui en fait l'objet: le sacrifice de Jésus-Christ pour l'humanité. Mais s'il est vrai que le christianisme révélé s'adresse à la conscience morale, une philosophie construite fidèlement d'après les indications de la conscience morale pourrait démontrer la nécessité du christianisme; elle lui ferait sa place en dessinant la lacune qu'il est appelé à combler. Et comme la philosophie de la conscience appelle le christianisme, celui-ci la réclame à son tour. Au point de vue de la liberté, la distinction du naturel et du surnaturel ne saurait être qu'une apparence. Ils sont confondus dans la réalité morale. L'œuvre du christianisme est toute morale; la philosophie qui a choisi l'idée morale pour critère et pour boussole suivant constamment l'analogie du christianisme, peut donc en espérer l'intelligence. Ceci n'est pas dicté par l'orgueil de la raison, c'est la
foi. Autre chose est dlnventer le christianisme, autre chose de le comprendre après qu^il nous a été donné. Plusieurs estiment que le christianisme ne serait plus divin si la raison parvenait à Tentendre. Je me demande si ces personnes, dont le sentiment est d'ailleurs infiniment respectable à mes yeux, se font une juste idée de lliarmonie qui doit régner dans toutes les parties de Thomme régénéré, et de rinfluence que le christianisme lui-même est appelé à exercer sur la pensée. Non, le divorce de la raison et de la foi ne peut pas être étemel. Pourquoi donc ajourner à l'autre vie cette réconciliation nécessaire à notre délivrance, si nous sommes véritablement sauvés dans celle-ci î II faut que ce but soit atteint, ou l'humanité reste déchirée. D faut que l'humanité parvienne à l'intelligence du christianisme révélé pour que l'œuvre de régénération, de transformation, d'affranchissement et de salut dont le christianisme s'est chargé, soit réellement accomplie.
Mais si les titres que la religion présente à nos respects ne sont pas des titres faux, le moyen d'atteindre le but ne saurait être de rendre le christianisme raisonnable: la vraie méthode consisterait bien plutôt à rendre la raison chrétienne. Il s'agit donc d'une œuvre surnaturelle qui doit s'accomplir par des moyens naturels. On ne peut transformer la raison qu'en s'appuyant sur la raison, comme on ne peut changer la volonté qu'en employant la volonté. Science et foi, grâce et liberté, mensongères antithè^