‹ La Philosophie de la liberté, [Tome] 1: L'IdéeChapitre 59 sur 86 · DOUZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LEÇON

XLI. L'individualité morale se forme graduellement dans le cours de Vhistoire. L'hellénisme et le judaïsme aboutissent également à la conception d'un individu élevé au-dessus du fini par sa perfection morale. Le premier le conçoit comme la divinisation de rhomme^ le second comme l'incarnation de Dieu.

XLIL La nouvelle période de la restauration qui s'ouvre par l'apparition de l'espèce humaine^ a pour but la restauration de la volonté morale dans un individu parfait, La part de Vhuma^ nité dans cette oeuvre consiste à le demander, Vexaucem^nt de son désir est un acte absolu de Dieu,

XLIIL Durant la première période de la restauration^ le Fils communique sa substance aux conceptions qu'il suggère à la créature. — Il crée dans l'abaissement et la souffrance^ car les conceptions de la créature altérée sont toutes défectueuses, — De même, dans l'humanité, chaque individu participe à la substance du Fils, qui produit en lui une nouvelle liberté en contre balançant l'impulsion de la nature déchue, Jésus-Christ souffre donc durant toute l'histoire, même avant que Vhumanité paraisse, puis dans V humanité et dans chaque individu,

XLIV. L'union de la puissance restauratrice et de la primitive substance de Vhwmanité s'opère graduellement durant Vhis^ toire. Virtuellement accomplie par la naissance d'un homme pur, elle est consommée et consolidée par Vacte libre de cet homme nouveau, qui résiste â la tentation à laquelle Adam avait succombé.

La création du monde visible n'est qu'une première phase de Tœuvre restauratrice : cette production ne cesse point, mais elle se fixe , se subordonne et cesse de remplir la scène lorsque son but est atteint. Ce que nous appelons Thistoire est un

second acte du grand drame, caractérisé par la présence de la créature libre dans la forme d'une pluralité dlndividus, dans la forme de Thumanité. Pour comprendre la signification de Thistoire , il importe d'en considérer sérieusement le point de départ, le fondement, qui est, encore une fois, l'existence individuelle.

Nous avons déjà fait entendre comment on peut s'expliquer que la créature morale, destinée, semblet-il, à l'unité personnelle, ne reparaisse plus après la chute que sous l'apparence d'une pluralité d'êtres divisés , épars , opposés les uns aux autres , tous défectueux. Dans la pureté de sa condition première , la créature conservait la dignité de son origine. Il y a en elle une puissance universelle, il y a en elle de l'infini, elle est à sa manière un infini ; elle n'est pas finie au sens des êtres particuliers. Qu'est-ce que le fini, notre fini? Une moyenne bizarre entre l'être et le néant , ce qui change toujours , ce qui devient toujours sans être jamais. Infinie de son essence, mais incapable par la chute de se réaliser dans son infinité, incapable de vivre, incapable de mourir, la créature primitive devient finie; c'est l'expression naïve de la contradiction où elle est tombée : ainsi l'infinitude de son essence se traduit par l'indéfini de la succession, par l'indéfini du nombre; c'est l'infini condamné à devenir fini. La multiplicité des individus imparfaits tire son origine du mal , qui sépare tout , qui

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