‹ La Philosophie de la liberté, [Tome] 1: L'IdéeChapitre 6 sur 86 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

étiquettes. Nous ne changerons pas les nôtres, mais nous repoussons comme dépourvu de fondement le reproche d'avoir introduit dans la philosophie des éléments qui lui sont étrangers. Et d'abord la Trinité de Dieu est certainement une conception toute spéculative. Du reste, le mot une fois consacré, il a dû se prêter à l'expression des idées les plus différentes. C'est en vain qu'on le chercherait dans la Bible ; aussi bien les plus illustres docteurs de l'Eglise ont-ils déclaré depuis longtemps que la Trinité relève de la raison, et que les Gentils l'ont connue. En effet les théories groupées sous ce nom ne sont point exclusivement destinées à résoudre des problèmes particuliers au Christianisme. Quelques-uns voient dans la Trinité le moyen de comprendre l'être premier, cause de lui-même, comme un être réel, c'est-à-dire comme un être concret. Pour d'autres, cette formule sert surtout à faire entendre comment Dieu se suffit à lui-même et n'a pas besoin des êtres finis. La plupart rattachent sans doute aux éléments constitutifs de l'idée divine la distinction des formes principales de l'action de Dieu sur le monde. Il en est enfin (nous sommes du nombre), qui s'attachent exclusivement à ce dernier point.

Pour que la divinité de Jésus-Christ offre l'aspect d'une doctrine arrêtée, sur laquelle il y ait lieu de se prononcer par oui ou par non, il faut posséder au préalable la claire et ferme définition de Dieu

XII PHÉFACE

et la juste définition de Thomme, avec une connaissance certaine de leurs rapports essentiels. Autrement cette expression pourrait aussi désigner des doctrines bien difiTérentes, opposées même, et Ton ne sera pas surpris de voir une même théorie subir Panathème des deux partis, de Tun parce qu'elle enseigne la divinité du Christ, de l'autre parce qu'elle l'écarté. La divinité de Jésus-Christ, telle que je cherche à la comprendre, ne s'ajoute pas à l'humanité pour former deux êtres dans un être : sa divinité consiste dans la perfection de son humanité. Et la distinction même de deux natures en lui n'est que l'analyse de l'homme idéal, de l'homme tel qu'il est appelé à se réaliser en suivant sa loi.

Ce que nous disons de ces grandes doctrines s'applique au surnaturel en général. Malgré le spectacle effrayant que présente le Christianisme historique, malgré les réprobations qu'il soulève, malgré les jugements qu'il a mérités, nous nous y rattachons, parce que nous constatons certainement la continuité de l'histoire, et que nous ne renonçons pas à chercher Dieu dans l'histoire. En reconnaissant que notre pensée vient du Christianisme, nous acceptons sciemment une condition que les soi-disant libres-penseurs subissent à leur insu. S'ils se figurent qu'ils sont sans précédents, ils s'abusent. Le fil s'étire et ne rompt point, les révolutions sont des illusions. L'histoire marche, hul

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