L'ANTIQUITÉ PAÏENNE
nir quil faut pourtant assujettir et transformer, c'est lé vieux dieu des my thologies , c'est cette nature première qu'il faut s'assimiler, cette condition qu'il fallait accepter , cette détermination passive qu'il fallait transformer en liberté par l'obéissance.
La philosophie est donc arrivée à comprendre à sa manière que la puissance naturelle et fatale n'est pas l'être positif, n'est pas Dieu, mais qu'elle n'est qu'une condition irrémissible de l'existence du monde, et de l'homme, et qu'il s'agit, en subordonnant cette puissance, de la concilier avec l'élément spirituel et divin, La participation de tous les êtres à la nature divine est exprimée par Platon sous le nom d'idée, par Aristote sous celui de forme. Tout être est constitué par sa forme, qui est l'énergie, l'activité, en dernière analyse la liberté. Toute forme vient de la forme pure et sans matière; la forme est le cachet de la pensée.
Il y a plus, la philosophie ancienne reconnaît que dans l'homme tel qu'il est, Tunion des éléments qui le composent et de son être entier à Dieu n'est pas accomplie : il faut qu'il surmonte un principe de résistance; il faut qu'il s'élève à la contemplation des Idées par la purification , par le recueillement et par l'amour. La philosophie arrive donc à sentir que le problème est pratique et qu'il s'agit d'une conversion de la volonté. L'effort qu'elle fait dans l'école de Socrate pour se rattacher à l'élément intellectuel par la doctrine que la vertu peut être
enseignée et que nul ne fait le mal volontairement, cet effort presque convulsif montre mieux que toute autre chose que la pensée est arrivée au point qui sépare deux âges , deux mondes. La théorie veut tout embrasser, tout absorber, à l'instant où elle va mourir.
Elle va mourir , parce qu'elle a vécu, parce que
sa tâche est finie. La restauration de l'intelligence est bien loin d'être achevée, mais elle est parvenue à une limite que les efforts de la seule intelligence ne sauraient franchir. Idéalement cette restauration est accomplie : l'idéal est placé devant les yeux de l'humanité , c'est l'union de l'homme avec Dieu , c'est l'union de la nature et de l'esprit dans l'homme. La tâche est désormais de réaliser cet idéal, et cette tâche incombe à l'individu; cette tâche est toute pratique. Aussi les écoles qui succèdent au grand siècle d'Aristote et de Platon n'ont-elles d'autre objet sérieux que la morale; mais elles ne font que manifester l'impuissance de l'antiquité à résoudre la question morale. Du moment où il est constaté que l'inquiétude et le malaise de la pensée et de la société ne sauraient être calmés sans une révolution morale, dont le siège doit être l'âme des individus; du moment où toutes les questions de la science sont venues se perdre dans la question du souverain bien, la graine est mûre, et la plante peut mourir.
La satisfaction donnée à l'intelligence s'oublie,