‹ La Philosophie de la liberté, [Tome] 1: L'IdéeChapitre 63 sur 86 · MOSAÏSME · texte numérisé non relu

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parce que la tâche n'est plus intellectuelle; la philosophie est devenue une affaire d'intention, de volonté. Puis, la disproportion entre les moyens dont l'homme dispose et la régénération, qui est son but , cette cruelle disproportion se fait jour, et le découragement qui en résulte engendre l'indifférence, dont le scepticisme est l'expression. Enfin le sujet dans le sein duquel la transformation doit s'accomplir, mais qui en est incapable , essaie de s'anéantir lui-même dans le mysticisme.

La destination de l'espèce est donc arrivée à la conscience individuelle, et avec la conscience du but naît la conscience de l'impuissance. Le terme où la pensée antique vient aboutir n'est pas la fin véritable; aussi l'antiquité ne meurt pas satisfaite; mais la mélancolie des jours suprêmes n'atteint que ceux qui ont refusé le remède. Dans la succession de ses religions et de ses philosophies l'humanité antique a atteint le degré providentiel. Le problème primitivement posé à la volonté est redevenu le problème de la volonté. L'antiquité n'est pas un hors-d'œuvre dans l'histoire : elle a eu sa part du travail universel. »

Le paganisme ne présente qu'une face de l'antiquité. Parallèlement au paganisme se dessine le mosaïsme, dont le caractère et la mission sont déterminés, comme le caractère et la mission du paganisme, que la Grèce accomplit et résume, par les premières crises dont la conscience humaine est le théâtre.

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Le problème primitif et toujours identique posé à l'homme consiste à fondre dans l'unité sa liberté et sa nature, c'est-à-dire la détermination primitive qu'il a reçue et qui en fait un certain être, un être relatif, en acceptant cette détermination et en la transformant en liberté. Cette détermination naturelle n'est autre chose que sa subordination au Créateur; c'est donc par une subordination volontaire que l'homme concilie les principes qui le constituent et transforme sa nature en liberté. En s'y refusant, l'homme a disjoint les éléments constitutifs de son essence : pensant atteindre la liberté absolue, il est tombé sous le joug de la nature. L'œuvre de la restauration dans la sphère de la conscience religieuse doit être tout d'abord de lui faire comprendre que cette nature, qu'iLpersonnifle sans doute, mais qui lui parait étrangère, hostile, est au fond sa propre nature, quoiqu'elle ne soit pas lui tout entier, enfin de lui montrer que, pour être divine , elle n'est pas Dieu tout entier. C'est ainsi qu'on peut s'expliquer l'origine et le développement des mythologies. La divinité de l'humanité reconnue dans l'anthropomorphisme grec devient, à la suite du travail philosophique, l'idéal de la conscience réfléchie, et l'individu se propose enfin comme tâche pratique la réalisation de cet idéal. Là vient aboutir l'antiquité païenne.

Mais, comme nous avons essayé de rattacher hypothétiquement l'origine des différents ordres de

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créatures, dans le sens le plus général, aux différentes solutions dont le problème primitif est susceptible, il paraît loisible aussi, et peut-être plus naturel encore, de faire découler les grandes oppositions de l'humanité historique des diverses possibilités qui s'offrent à Fhomme après sa déchéance. Cette voie reste ouverte à la pensée, soit qu'on adopte ridée d'une seconde chute, pour conserver plus ou moins au récit de la Genèse un sens historique, sinon littéral, soit que , supprimant cet anneau , l'on ne voie dans l'innocence des premiers hommes qu'une manière d'animalité , du moins q)parente.

« Nous trouverions ainsi le point de départ du paganisme dans la séparation de l'élément naturel et de l'élément libre qui constituent l'hunianité , séparation qui entraîne comme conséquence l'adoration du principe naturel. Cette adoration ne s'adresse pas à Dieu, et pourtant son objet a quelque chose de divin : substantiellement, notre nature nous unit à Dieu , car elle n'est autre chose que l'acte par lequel Dieu nous fait sortir de lui. Mais le principe libre est divin aussi, et forme également lin lien entre Dieu et nous , car c'est en lui que réside la faculté de nous rattacher à Dieu; il est, virtuellement du moins, l'image de Dieu en nous. La séparation des deux principes une fois consommée, on conçoit que la conscience , dirigée sans doute par une secrète impulsion de la puissance

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restauratrice, ait pu s'attacher au principe de liberté que cette puissance régénère aussi bien qu'à Télément naturel, et se représenter cette liberté d'une manière objective. N'est-elle pas en effet le sceau, la révélation intérieure du Dieu libre au dedans de nous?

Ainsi le peuple hébreu nous semble être la branche de l'humanité demeurée fidèle à l'élément particulièrement divin de son être, à l'élément libre, tout en brisant son union avec la nature , c'est-à-dire en la faussant. — Dès l'origine , le Juif adore un Dieu libre, arbitraire même en ses décrets, séparé du monde et de la nature, auxquels il se montre hostile. Ce n'est pas l'absolue liberté qu'il adore , c'est sa propre liberté qu'il se représente hors de lui-même et dont il fait son Dieu : de là son anthropomorphisme. La loi suprême des Juifs est Tobéissance aveugle aux ordres de ce Dieu, dont ils possèdent les promesses. Tous leurs succès sont rapportés à son bras puissant, eux-mêmes n'y entrent pour rien. L'antipathie de leur religion pour la nature se manifeste dans leur loi liturgique, qui est sans contredit la partie la plus caractéristique de leurs institutions. Au début de leur histoire , à l'origine de leur nationalité , ils n'ont point de patrie; tout les tient donc éloignés de la nature.

Il y a dans cette situation exceptionnelle quelque chose de violent, les Juifs le sentent eux-mêmes; aussi subissent-ils indirectement l'influence du mou-

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