‹ La Philosophie de la liberté, [Tome] 1: L'IdéeChapitre 65 sur 86 · LA FOI CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

LA FOI CHRÉTIENNE

fice de Jésus-Christ ? D'ailleurs à prendre la fçi dans ce sens, elle ne dépend pas de nous, et la condition ne parait pas juste. Elle nous conduit à l'élection sans motifs, à l'arbitraire en Dieu, au blasphème. La nécessité de la foi parait donc, à ce point de vue, un dogme détaché de l'ensemble et impénétrable non-seulement à la raison, mais à la conscience.

D en est tout autrement lorsque l'on prend au sérieux l'humanité du Sauveur que nous enseigne l'Evangile, et qu'on voit dans son sacrifice l'abandon volontaire fait par l'humanité de la position qu'elle s'est donnée au commencement de son histoire. Alors le sens de la foi se découvre et la nécessité de la foi devient tout à fait claire : l'humanité doit renoncer à sa nature, mourir à sa nature. Cette mort a commencé en Jésus-Christ et par Jésus- Christ; en mourant Jésus-Christ nous a rendu la liberté de mourir aussi de cette mort, qui est le chemin de la vie. Telle est la valeur universelle de son œuvre ; car si tous les faits accomplis par un homme quelconque ont une influence réelle sur l'ensemble de l'humanité, à combien plus forte raison ne faudra-t-il pas le dire de l'homme central, de l'homme pur du péché, donné de Dieu aux prières du monde, et qui s'est uni au Verbe de Dieu par la grâce divine s'accomplissant dans sa fidélité? La mort de Jésus nous a donc acquis la liberté de mourir à nojis-mêmes ; mais il faut que

chacun de nous meure effectivement à lui-même , et telle est l'œuvre de la foi.

La nouvelle du divin sacrifice nous élève audessus de notre misère par la reconnaissance et par l'admiration. Nous acceptons cette mort, nous voulons cette mort, nous commençons à mourir de cette mort. Ainsi la foi n'est pas une simple affaire de l'intelligence , mais un acte de volonté. Comme elle se lie organiquement à la rédemption, elle est le principe de la sanctification. La grande querelle entre la foi et les œuvres ne peut plus s'élever dès qu'on a compris, non-seulement que les œuvres véritables sont des actes de foi, ce qui n'est qu'un côté de la vérité, mais aussi que la foi elle-même est une œuvre. Qu'est-ce donc que la foi ? C'est l'acte par lequel, sachant que Christ est mort volontairement pour nous, qui avions mérité la mort, sachant notre propre humanité comprise dans la mort de Christ, nous nous plaçons au bénéfice de sa mort volontaire en ratifiant ce qu'il a fait. Le fidèle reconnaît cette mort pour sa propre mort, non dans sa pensée, car la foi n'est pas une affaire de pensée , mais dans sa volonté , c'est-à-dire qu'il veut mourir aussi comme Christ est mort. Et quand il veut mourir, l'œuvre est déjà commencée, car la volonté est le principe rebelle comme elle est l'agent de la conversion ; c'est la volonté naturelle qui doit mourir.

On ne peut pas séparer •les sentiments chrétiens

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