LA FOI CHRÉTIENNE
de Fadoption du christianisme. Christ est mort volontairement, mourons aussi volontairement ; voilà ce qui unit ; mais celui qui dit : loué soit Christ, qui par sa mort m'a dispensé de mourir ! celui-là dit : il est mort ; pour moi je ne veux point mourir ; c'est-à-dire qu'au lieu d'unir il sépare. Au fond, la foi est la reproduction de toute l'histoire humaine et de toute la Passion divine dans la conscience de l'individu. Par la foi chaque individu réalise l'expiation du Christ pour lui-même en tant qu'individu, et dans sa communion avec Jésus-Christ, et par Jésus-Christ avec l'humanité , il se sacrifie, lui aussi, pour l'humanité dans l'abandon de sa volonté propre. La foi est donc ]'acte qui nous identifiant à Christ dans la volonté, c'est-à-dire dans l'intimité de notre substance, fait de nous des chrétiens ou des Christ, comme le disent énergiquement d'autres langues. Mais ici , hélas I nous ne pouvons que le devenir sans jamais l'être, parce que notre foi n'est point parfaite ; aussi ne saurait-elle avoir de valeur que pour nous-mêmes. C'est en nous donnant que nous nous sauvons ; mais nul n'est sauvé que par Christ, car c'est Christ qui nous a acquis le pouvoir de nous donner.
La foi parfaite serait la parfaite sainteté, et la parfaite sainteté serait la vie éternelle. Un grain de foi transporterait les montagnes : Dans le vrai croyant la nature retrouverait son maître légitime avec sa liberté; aussi ne faut-il pas dire que la plé-
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nîtude de la foi sera suivie de nouveaux deux et d^une nouvelle terre, mais plutôt qu'elle produira d'elle-même de nouveaux cieux et une nouvelle terre: la transformation de la nature, la perfection de la foi seraient les deux faces d'un seul et même accomplissement. Cet accomplissement est le but de rhistoire.
Christ dans Thumanité, voilà toute Thistoire. Il raccompagne du commencement à la fin. D'abord il est la puissance providentielle qui la pousse à ses destinées; il vit dans l'espèce, au-dessus des individus, qu'il pénètre de plus en plus. Puis, s'unîssant à l'humanité purifiée , il devient lui-même un individu. Enfin il doit revivre dans l'espèce par l'intermédiaire des individus, vivre à la fois dans l'espèce et dans les individus, et rétablir ainsi l'unité spirituelle, l'unité libre de l'espèce. Il fallait donc qu'il cessât de vivre comme un individu au milieu des autres, et c'est avec raison qu'il a dit : il est bon que je m'en aille.