‹ La Philosophie de la liberté, [Tome] 1: L'IdéeChapitre 70 sur 86 · LE SACRIFICE DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

LE SACRIFICE DE JÉSUS-CHRIST

maintient dans Tindividu, parce qiie dans son esclavage actuel elle est encore liberté par son essence. Dans chaque individu, il y a donc une lutte, ou tout au moins les éléments d'une lutte entre le vieil homme et l'homme nouveau. La nature (le vieil homme) ne peut plus agir efficacement dans le sens du bien ; elle ne peut pas vouloir, car vouloir c'est créer, elle ne peut que comprendre et désirer. Qui cherchant la vertu , la liberté de l'âme, n'a mesuré tristement la différence entre désirer et vouloir? La grâce de Christ assure l'accomplissement de ce désir impuissant par lui-même. Et quand enfin l'humanité comprend ce qu'est la pureté qu'elle a perdue, quand, dans le sentiment de son impuissance, elle a soif de la pureté, alors par une communication toujours plus intime de lui-même, Dieu la fait renaître pure dans le fils d'une vierge bénie. Conçu par la volonté sanctifiante, l'enfant des douleurs de l'humanité vient accomplir une mission suprême. Sollicité de l'abandonner, il s'y refuse, il renonce librement à tous les faux biens d'une existence séparée de Dieu, il renonce librement à sa nature et s'unit librement à Dieu. Par là il s'identifie avec le Verbe, qui était en lui comme il est en toute âme d'homme, et dans une communion infiniment plus étroite que dans toute autre. La barrière est brisée, et les deux substances se confondent. Le Fils de l'homme apprend à ses frères, par l'exemple de sa vie, ce que c'est que

rhumanité ; de ses lèvres s'échappe cette parole de lumière dont Téclat se voilait à demi dans les discours des prophètes et des sages. Enfin la mort qu'il a choisie, il la subit. Seul, il ne Favait point méritée; mais l'humanité l'a méritée, et l'humanité tout entière est en lui, par son espoir, par son désir, par son effort suprême, dans l'intimité de sa substance. A celui qui doute que l'humanité puisse être comprise dans un individu préparé par le Ciel et par toute l'histoire, nous demanderons, sans trop insister sur cette insuffisante analogie, s'il doute aussi que la Uberté de ses enfants ait à lutter un jour contre des penchants hérités de leur père ? La solidarité naturelle historique et morale des individus est un fait certain ; l'unité substantielle de l'espèce en fournit la seule explication possible au point de vue d'un ordre de justice, bien que cette explication soit peuVêtre encore une énigme. Sans que nous comprenions comment l'humanité pouvait être contenue en Jésus, une méditation sérieuse nous fait donc concevoir qu'elle y pouvait résider. La foi, s'éle vaut à l'intelligence, nous enseigne qu'elle y était véritablement.

Avec cette idée, le sacrifice de Jésus-Christ reste un mystère, un profond mystère; mais la conscience morale n'en est plus troublée, elle reçoit une satisfaction positive, et c'est tout ce que nous demandons; cette clarté nous suffit, c'est la vraie clarté. La raison prime l'imagination, le cœur prime

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