QUINZIÈME LEÇON
II. Par V accomplissement de la conversion^ Vindividu, s*unissant en lui-même et s'unissant à Dieu, réalise la liberté, qui est son essence, et acquiert ainsi le souverain bien.
LU. Le changement du centre doit amener un changement dans les conditions générales de Vexistence qui les rende conformes à Vidée de la spiritualité. Cest la vie éternelle, dont Vun des traits doit être l'affranchissement des restrictions que le temps et Vespace apportent actuellement à la réalisation de Vesprit.
Lni. La pleine réalisation du souverain bien implique la conr version de tous les individus. Tous concourant au même but, chacun à sa manière, formeront un organisme absolu, dans lequel tout sera commun et tout sera individuel Ain^ la créature morale sera rétablie dans son unité par la restauration de sa liberté. Cet organisme absolu est TÉglise. Remarque : La créature^ étant une et libre, doit organiser son unité par sa liberté. Telle est la cause finale de la pluralité individuelle et son explication positive.
LTV. L'humanité, depuis Jésus-Christ, tend à la constitution de VEglise.
Nous avons étudié la restauration de l'être moral dans son sujet, Thomme individuel, et dans Jésus-Christ, son auteur : il nous reste à la considérer dans son accomplissement, soit au point de vue de l'individu, soit au point de vue de l'ensemble.
L'œuvre de la restauration doit s'achever dans l'individu, puisqu'il possède ime valeur absolue. Nous avons essayé de concilier cette vérité de con-
science avec Tunité que la raison réclame, en remontant à Torigine de la pluralité individuelle; et l'immortalité de la personne humaine s'est offerte à nous comme une conséquence de cette déduction. L'accomplissement de la restauration dans l'individu étant identique 'à la perfection morale absolue, on serait tenté de penser, en comparant cet idéal à notre nature finie, qu'il doit rester un idéal d'après lequel il faut régler nos efforts, sans que nous puissions jamais l'atteindre. La croyance à l'immortalité de l'âme semble confirmer cette opinion en la complétant, et nous conduire à l'idée populaire d'un perfectionnement à l'infini. Ce n'est là pourtant qu'une première apparence. J'ai déjà fait remarquer qu'un progrès sans terme est illusoire ; j'ajoute qu'un tel progrès serait un véritable tourment : plus l'âme avancerait dans la connaissance du bien, plus elle sentirait la distance infinie qui l'en sépare. La supposition, veuillez y penser, implique une distance toujours infinie. Cette supposition, étrangère à la pensée chrétienne comme à la vraie métaphysique, se fonde sur la séparation absolue que le déisme établit entre le Créateur et la créature. Nous repoussons et la conséquence et le principe. Séparée de Dieu, l'âme humaine n'est pas seulement limitée, elle est vide, et la contradiction fait tout son être; mais lorsqu'elle sera entrée en communion avec Dieu, lorsque dans une autre économie, dont les conditions natu
relies correspondront à la transformation morale qui doit s^accomplir en elle, Pâme virra réellement de la vie de Dieu, alors elle sera élevée à la puissance de rinfini que son désir implore et prophé^ tise. Miroir du monde et miroir de Dieu, incessam-^ ment complétée par Tamour qu'elle aspire et qu'elle exhale, les limiter de son existence particulière ne seront point un obstacle au repos de la perfection. J'admets un perfectionnement constant pendant toute la durée de notre vie ici-bas. Mais nous mourrons, et l'humanité cessera d'habiter cette planète. Tout l'ordre naturel nous oblige à le conclure.
Il est donc, pour l'être individuel, un but, un terme, un souverain bien. En principe, ce bien est acquis par la conversion ; Fâme le possède entièrement lorsque l'œuvre de sa conversion est achevée. Alors le but final de sa création est atteint quant à l'individu par Fassimilation de sa volonté à la volonté divine. Il réalise son essence, il réalise sa liberté. Mais, du changement accompli dans le centre, il doit résulter un changement dans les conditions générales de Texistence. L'esprit rétabli dans la pureté de son essence revêtira une forme appropriée à la spiritualité. Nous en sommes cer-^ tains, si nous avons compris le but de la création ; car nous sommes certains que le but de la création sera atteint. C'est de cette transformation suprême, c'est de la vie éternelle que nous osons parler aujourd'hui.
Ce qui donne quelque crédit au progrès sans limite, c'est Timpuissance de Timagioation à se représenter l'éternité autrement que comme un prolongement infini du temps. Ces deux points de vue sont inséparables ; mais , si je ne me trompe, nous les avons déjà dépassés. La prolongation infinie du temps actuel ne se conçoit pas, car le temps actuel n'existe pour nous que parce que nous sommes des êtres sensibles. On ne peut en comprendre la continuation qu'avec le maintien de notre existence physique, du moins dans ses conditions générales ; or, quelles que soient nos pensées à ce sujet, quelques motifs philosophiques ou religieux que nous puissions avoir pour croire que la nature extérieure aura sa part dans la restauration comme elle a sa part dans la chute^ nous ne saurions admettre la durée perpétuelle de l'existence sensible que nous connaissons, puisque nous savons qu'elle est altérée par la chute et que nous la voyons tous les jours se dissoudre par la mort. La manière dont nous subissons le temps dépend de notre assujettissement aux lois de la nature. Ce temps ne s'explique donc que par la chute, il doit finir au terme de l'expiation.
L'éternité qu'attend notre espérance n'est pas le prolongement indéfini du temps, mais la restauration du temps, c'est-à-dire la restauration de la liberté vis-à-vis du temps^, ou encore : la réalisation de notre essence spirituelle dans une forme appro-
priée à sa nature, car elle ne trouve dans le temps qu'une forme contraire à sa nature.
Pour nous, Pétemité opposée au temps, c'est la possession simultanée de toutes les facultés, de tous les éléments de notre être. Vivant à la fois toute notre vie, nous nous verrons enfin tels que nous sommes, parce que nous serons ce que nous sommes. Nous posséderons simultanément ce qui se réalise ici-bas successivement et ce qui par conséquent n'est jamais réel. Nous nous transporterons donc, par la seule puissance de notre volonté, dans tous les temps de notre vie, parce que nous nous connaîtrons.
Liberté vis-à-vis du temps , intelligence de tous les temps, telle est, ce me semble, la seule idée positive de l'éternité; comme la liberté vis-à-vis de l'espace, non l'impossible négation de l'espace, est l'idée positive de la spiritualité, par opposition à la matière, que l'inertie paraît caractériser. Ainsi, dans l'éternité, chacun de nous restera lui-même, mais il sera lui tout entier; Usera réellement i^owr lui-même et de fait ce qu'il n'est actuellement qu'm luir-mêrm^ idéalement, ou dans la pensée divine, qui embrasse d'un seul coup d'œil l'ensemble de notre vie dans ses rapports avec l'univers. Nous serons nous-mêmes, et par conséquent nous serons de notre temps ; nous représenterons notre temps, le temps où nous nous sommes faits; comme dans la durée si courte et si lente à la fois de la vie
terrestre, chaque génération représente le temps où elle s'est formée, le beau temps de la jeunesse, qui a produit ses opinions, ses affections et tout son caractère. Nous représenterons notre tenips dans sa valeur positive, dans la réalité de son idée, dans l'élément de bien qui était en lui. Alors aussi nous nous comprendrons parfaitement nous-mêmes et notre temps dans leurs effets et dans leurs causes, double chaîne qui embrasse le monde. L'histoire du Ciel et de la terre sera l'aliment de nos pensées. Nous nous transporterons à notre gré dans tous les temps de notre économie, comme dans tout l'espace de notre univers. C'est ainsi du moins qu'en suivant les faibles lueurs de l'analogie, je me représente ce côté de la vie étemelle. Nous ne soulevons qu'avec peine un coin du voile qui nous dérobe notre avenir. Nous ne comprenons que la vie actuelle, nous la comprenons dans la mesure où nous agissons ; et mieux nous l'entendons, plus elle nous semble incompréhensible. Il y a cependant dans notre expérience intérieure des choses qui nous forcent à regarder plus loin: une méditation persévérante prolongerait les lignes de ces angles dont le sommet est dans notre cœur, et qui nous ouvrent sur l'infini quelques lointaines perspectives. Je suis réduit à ne donner ici que la formule abstraite d'une vérité probable.
Le progrès dans l'ordre naturel est marqué par
le passage de la succession à la simultanéité, dont Tapparilion est signalée par le mouvement volontaire. Il doit en être de même dans Tordre spirituel. A la succession qui nous dépouille, succédera la liberté vis-à-vis du temps, la vérité de la mémoire et de la pensée.
Il y a lieu de penser que cette transformation ne s^accomplit pas d'une manière instantanée et violente, mais, suivant la loi universelle, par le moyen d'un travail intérieur. Si nous consultons le symbolisme profond de la Nature, nous serons conduits à envisager Tépoque qui suit immédiatement la rupture des liens terrestres comme le temps où notre âme se recueille, se rassemble, et ressaisit, avec tous ses actes particuliers, les forces qu'elle a dépensées pendant son séjour ici-bas : période de ressouvenir et de purification dans laquelle le développement successif est ramené à la simultanéité. Un homme que j'ai déjà cité et qui avait le droit de parler sur de tels sujets, a conclu de certains phénomènes accidentels que, durant la formation du fruit, la plante (qui est une force, c'est-à-dire une sorte d'esprit) repasse iatérieurement par toutes les phases de son développement et résume ainsi l'his-^ toire de sa vie inconsciente. De même le recueillement de la tombe mûrit sans doute le fruit de l'éternité. Là aussi se trouvent les douleurs, le repentir, les expiations suprêmes. Eclairée par celui qui
descendit au sépulcre avec elle, Tàme prononce son propre jugement et se dépouille de ce qu'elle ne saurait emporter au séjour de la lumière.
Ainsi Fâme est immortelle, et comme elle a tissu Fenveloppe grossière, et pourtant si belle, dont elle se couvre ici-bas; de même, rentrée au sein maternel, elle tissera sa robe incorruptible. Suivant la loi que nous trouvons partout écrite, son histoire deviendra sa nature, mais son histoire purifiée par Teffusion d'un sang divin. Dans la communion de la vie absolue, elle demeurera parfaitement distincte, avec la conscience de son identité et de sa distinction, conscience non impuissante et superficielle comme sur la terre, où, dans les moments les plus lucides, notre regard n'atteint jamais les profondeurs de notre nature, mais conscience permanente, actuelle, transcendante, dont le rayon la pénétrera de part en part, parce qu'il n'y a plus rien d'opaque devant le soleil de Dieu.
Un auteur dont toute la philosophie repose sur l'individualité, qu'il a comprise aussi bien qu'on peut faire dans un point de vue déterministe, pour ne pas dire fataliste, Leibniz, assigne trois caractères à sa monade: 1® La monade est en rapport avec toutes les autres, et ces rapports ne sont pourtant que des déterminations intérieures de son activité : l'infinité se réfléchit dans l'un, chaque monade ei&t un univers. 2<^ La monade est impérissable : elle ne peut être détruite que par un acte
de Dieu dont nous ne saurions concevoir les motifs. S^ Enfin chacune diflëre absolument de toutes les autres: deux êtres indiscernables à Tœil qui les verrait parfaitement ne formeraient qu'un seul et même être. — En nous appropriant ces résultats de l'analyse abstraite, nous les avons élevés à une signification positive. Il n'y a d'unité réelle que dans la réalité de l'être; il n'y a d'être réel que celui qui est son but à lui-même; l'être moral est seul son propre but, Kant complète Leibniz et le corrige, la personnalité morale seule est la vraie monade. Cependant elle n'est pas, comme le veut Leibniz, un monde séparé des autres mondes; elle forme un élément organique d'un tout réel, parce que l'harmonie qui l'unit aux autres n'est pas cette harmonie abstraite de Leibniz, résultat d'une loi fatale et que la monade n'aperçoit pas, mais une harmonie sentie et voulue, qui se réalise par la libre activité des individus, et dans laquelle les êtres finis trouvent enfin la réalité de leur essence infinie. La valeur universelle de l'individu s'explique par sa fin, qui est la perfection morale, c'està-dire la participation réelle à la vie absolue. L'indestructibilité naturelle devient une immortalité voulue, dont nous apercevons le motif, et que Dieu lui-même ne saurait menacer, car ses décrets sont immuables. Enfin la différence intrinsèque des individus entre eux ne conserve pas non plus la dignité problématique d'un axiome ; nous devons
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la comprendre par sou origine et par sa destination. Ce dernier point mérite de nous occuper un moment. En marquant le but positif des différences individuelles, nous donnerons à notre théorie sur l'humanité le genre d'évidence qu'elle réclame. Jusqu'ici, j'en conviendrai, cette théorie est restée plus ou moins hypothétique, malgré les preuves dont nous Tarons entourée, parce que nous n'en avons indiqué que très fugitivement la significatioii morale. Ainsi l'unité de la créature n'est encore qu'une supposition imaginée pour expliquer la solidarité qui règne entre les hommes ; notre opinion sur l'origine des individus n'est jusqu'ici qu'une seconde supposition, qui nous sert à concilier l'évidence des faits avec l'unité précédemment admise. Il nous reste à faire ressortir le sens moral de la pluralité individuelle comme celui de l'unité substantielle. L'enchaînement de notre système l'exige sous deux rapports : d'abord pour mettre nos preuves en harmonie avec notre critère de vérité; puis pour mettre nos propositions d'accord eiitre elles. L'idée morale est notre critère ; nous devons donc fonder, soit Tunité, soit la pluralité, telles que nous les concevons, sur les exigences de l'idée morale. Nous avons vu dans la pluralité des êtres moraux un effet de la chute ; nous avons indiqué comment elle peut servir à la restauration; cette pluralité nous paraît donc un mal, un moyen, une transition j mais nous n'y reconnaissons encore ni un but, ni
un élément de but; et cependant nous la considérons comme destinée à persister, puisque nous enseignons Timmortalité à^e Tâme. Nous devons concilier la permanence des individus avec la fonction que nous leur avons assignée. Dieu, selon nous, ne crée rien à titre de moyen seulement, car sa volonté est immuable. Ainsi nous devons comprendre les individus à la fois comme des moyens et comme des buts, puisque nous prétendons qu'ils sont créés directement de Dieu. Nous devons comprendre comment les individus immortels servent de moyens à Tunité: la seule affirmation ne nous suffit pas. Quand nous aurons trouvé la signification morale de l'unité, la signification morale de l'individualité, nous les aurons conciliées. Et ces hypothèses mises d'accord ne seront plus des hypothèses, mais des propositions démontrées aux yeux de quiconque admet le principe de notre méthode, savoir que les dernières raisons des choses se trouvaient dans l'ordre moral. Il s'agit donc de constater le sens moral de l'unité et de la concilier avec la permanence des individus. Ce problème est résolu lorsqu'on a reconnu la valeur positive des différences individuelles dans l'ordre moral; mais pour comprendre le but de ces différences, il faut comprendre le but final de l'humanité, l'accomplissement des choses, le souverain bien dans le sens absolu. Ce problème est le dernier : vous ne vous étonnerez pas que nous ayons différé de le poser.
Durant révolution historique, le rapport de Thomme et de rhumanité. reste couvert d'un voile, parce que l'humanité, comme telle, n'existe pas ; mais si la restauration s'achève, l'unité doit s'y trouver réalisée, et le rapport des deux termes s'éclaircir. Il y a plus, il y a beaucoup plus : tout marche dans le monde, le chemin de Dieu ne revient jamais en arrière, toute -restauration est en même temps un progrès. Ainsi le problème exige que le fractionnement individuel amène un progrès : je dis un progrès dans l'unité , puisque notre essence est l'unité. Dané l'accomplissement de l'histoire il faut retrouver l'unité substantielle de l'huinanité dans la forme d'unité morale ; et il faut que cette unité morale surpasse en réalité non-seulement l'unité naissante de l'espèce actuelle, nonseulement l'unité virtuelle et problématique du point de départ, mais jusqu'à l'unité de la personne. 11 faudrait entendre l'état définitif de la créature comme une unité qui nous contienne tous dans notre personnalité distincte, et qui néanmoins, disons mieux, qui par cela même, soit plus réelle et plus parfaite que celle à laquelle était appelé le premier Adam. Nous n'entreprendrons pas la démonstration sous cette forme, parce que le terme de comparaison nous manque. Nous essayerons d'établir directement, absolument que l'unité morale, fondée sur le maintien des individualités libres, est la plus haute forme d'unité concevable dans la
créature. Cette preuve nous est imposée: l'unité parfaite est un élément du souverain bien. Si la créature est une en principe, et si sa fin est la perfection, l'idée de sa fin comprend en elle la parfaite réalisation de Funité. D'autre part la créature est libre, elle est ce qu'elle se fait : une et libre elle doit produire son unité par sa liberté, l'unité libre est la seule qui lui convienne, et cette unité libre ne peut être qu'une unité morale. Pour accomplir la tâche que je viens d'accepter, il n'y a qu'à décrire un idéal gravé dans toutes les âmes, La créature, une et libre de sa nature, doit réaliser son unité par sa liberté. La liberté est son essence, la liberté est sa /orme, la liberté est le caractère de tous ses attributs. L'unité première est imparfaite par cela même qu'elle est naturelle ; l'unité dernière doit être libre. Il faut que la créature se la donne par son propre fait. Cette unité sera la plus forte et la plus vraie, précisément parce qu'elle sera libre. Comment la créature aurait-elle transformé son unité naturelle en unité volontaire si la chute eût été évitée? nous ne le comprenons qu'imparfaitement. Mais comment les hommes produits de la chute et de la rédemption servent à réaliser l'unité libre où s'accomplit l'œuvre restauratrice, cela, nous le savons, car nous le sentons ; il suffit d'écouter son cœur. L'unité de la création morale est rétablie, elle est réalisée sous sa forme suprême par le fait même que les indi-
vidns, cédant à la grâce, rendent personnel leur rapport substantiel avec Dieu. L'unité suprême est immédiatement réalisée par la conversion de tous les individus, qui fait de leur nature normale une réalité. L'intégrité des membres fait Tintégrité du corps. Quand tous les organes sont en santé, ils sont nécessairement en harmonie. Et cette harmonie bien comprise est la perfection de l'unité. Tous aiment le même Dieu; ainsi l'unité règne dans la volonté. Chacun sait que Dieu est aimé de tous, et s'en réjouit parce qu'il l'aime ; ainsi l'unité règne dans la conscience. Et cette unité elle-m'ême est voulue, car ils s'aiment les uns les autres, et chacun, se sentant aimé de tous, se trouve complété par tous. Telle est l'unité véritable, l'unité libre, l'unité parfaite. Tout être est un, comme tout être est en Dieu ; mais ce ne sont là que les conditions abstraites de l'existence en général. L'être libre doit être tout ce qu'il est par sa liberté. Il doit être en Dieu par sa liberté : « Tu adieras le Seigneur TON Dieu de tout ton cœur, de toute ton AME et de toute TA PENSÉE. » Il doit être un par sa liberté : « Tu adieras ton prochain comme toimême. » Le sommaire de la loi est aussi le sommaire de la philosophie *. L'unité n'est point com-
(1) Je veux que nous soyons : telle est l'admirable formule de ridée morale proposée par M. Léon Brolhier dans la Morale indépendante (19 septembre 1869). Cette affirmation de la conscience contient en principe la société parfaite, l'organisme absolu. Cet organisme de liberté ne subsiste que par la volonté de ses
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promise par la multitude, si tous se compremient, 9Î tous s'aiment, si chacun vit en tous et pour tous, et si chacun apporte à tous un complément de force et de joie.
Toute unité réelle, même celle de l'esprit individuel, est une unité concrète, une synthèse. Le ripport constitutif de l'unité des êtres est un rapport variable, dans lequel l'expérience constate une progression. L'unité la plus puissante est aussi la plus riche ; c'est celle qui comprend les éléments les plus nombreux, les plus dissemblables et les plus développés. Au terme de cette série nous trouvons l'idée de l'unité parfaite, fondée sur la parfaite liberté des membres qui la composent. Ainsi l'analogie de l'expérience nous conduit à concevoir un organisme supérieur à l'organisme individuel, en ce que chacun de ses membres.
organes et ri'en est que plus fort pour cela. L'énergie avec laquelle chaque membre tend à vouloir le tout en vertu de sa propre constitution morale étant multipliée par la conscieu' e d'être voul z luimême de tous les autres, tend à s'accroître constamment, et le produit de toutes ces volontés convergentes représente l'infini de l'énergie, de l'intensité, l'unité vraie. Et comme elle dessine le but, cette thèse de la conscience implique aussi le point de départ. On ne saurait trop répéter ce qui va sans dire : la loi d'un être, sa destination ne se disti guesit point de son essence. Si la volonté fondamentale du moi ne pose pas le moi mais le nous, c'est que la vérité du moi ne se trouve que dans le nous, c'est que la collection n'est que la forme de l'unité foncière, c'est que l'homme se sait et se veut un. Ou bien cette formule : je veux que nous soyons restera toujours arbitraire, inexplicable et paradoxale, ou bien elle se confond définitivement avec celle-ci : je veux être, qui est la définition même de l'être.
libre vis-à-vis du tout, possède en lui-même la conscience de la vie du tout.
Nous pouvons maintenant comprendre très-bien la signification positive et permanente des différences individuelles. Les différences rapprochent lorsqu'elles sont aimées et comprises. Par la pluralité des individus, l'humanité devient à la fois *t plus une et plus riche: les oppositions ne se déploient que pour accroître Tharmonie. C'est parce que l'individu fait partie d'un tout qu'il doit développer les côtés de sa nature qui le distinguent des autres. S'il n'en différait point, il n'apporterait rien à l'ensemble; tandis que dans l'unité véritable, la particularité de chacun devient un bien de l'ensemble. Ainsi l'unité natureUe se réalise en unité libre et voulue. L'amour de Dj:eu forme le principe de la société parfaite, et dans la société parfaite réside la véritable unité de l'être moral. La restauration des individus rétablit d'elle-même l'unité de l'espèce, l'unité du monde, dans la forme d'un organisme absolu fondé sur la liberté. Cet organisme s^appelle l'Eglise : l'Eglise est donc le souverain bien. Je ne parle pas, cela va sans dire, de telle ou telle institution, obscure ou fameuse, qui s'appelle l'Eglise. Je ne parle pas surtout d'une institution qui établirait entre ses membres une distinction hiérarchique, et qui placerait des intermédiaires entre l'âme et Dieu. Je donne à la société parfaite le nom qui lui convient lorsqu'on la conçoit comme