LE PRÉSENT SIÈCLE
marqué. La société religieuse se sépare de Tétat pour s'établir à part, sur le principe de la libre adhésion et du concours spontané. La religion même, ne s'appuyant plus essentiellement sur l'autorité d'un témoignage extérieur, mais sur les expériences de Fâme et sur les besoins de la raison, devient, dans toute la yérité du terme, une affaire personnelle, et la théologie se perd dans la philosophie et dans l'histoire.
Ces deux mouvements répondent Tun à l'autre. Pour faire reposer l'église sur l'identité de fait des convictions personnelles, il faut que celles-ci soient réellement personnelles. Comment refuser décemment le gouvernement de l'égUse à celui dont l'autorité sert de base à notre foi ? Mais la conviction personnelle suppose la preuve intérieure: aussi longtemps que nous croyons à cause d'un homme ou à cause d'un livre, nos motifs de croire ne sont pas en nous. La liberté dans l'église suppose la liberté des membres de l'église, c'est-àdire le développement complet, hannonieux, de leur être spirituel. Il faut l'afifranchissement intérieur, Tadhésion de l'âme tout entière, la satisfaction de la conscience et de la raison. Alors chaque individu, formant réellement un tout par l'acquiescement de lui-même à lui-même, s'unit librement et tout entier à ceux qui partagent la même foi; et la communion la plus intime du vouloir et de la pensée s'étabUt sur le plein développement de l'individualité. Les
formes dans lesquelles se produit le nouveau principe social sont encore de peu d'apparence ; mais dans ces pâles blancheurs, Tœil exercé reconnaît Taurore.
Après tout, il y a un Dieu ou il n'y en a point. Mais, s'il y a un Dieu, sa volonté forme la substance de l'univers, et le rapport entre l'homme et Lui, le, ciment de l'humanité. S'il y a un Dieu, le lien qui unit les hommes à Dieu détermine leur union entre eux. S'il y a un Dieu, la société religieuse, étant la première des sociétés par la dignité de son objet, doit infailliblement devenir la première aussi par la grandeur de son rôle, autrement notre monde serait un monde avorté. L'église redeviendra le grand fait social, comme elle le fut à l'origine de toutes les civilisations et comme, en principe, elle l'est toujours. Ainsi les changements qui s'accomplissent dans la sphère de l'église décident en dernier ressort de la forme que l'humanité doit revêtir. La transformation de la sphère la plus élevée doit réagir sur toutes les sphères et produire en elles les modifications correspondantes, dans la mesure dont elles en sont susceptibles. Nous lisons déjà dans l'histoire contemporaine la formule de l'avenir. Les efforts tentés pour asservir la conscience en Occident ne feront que hâter une catastrophe inévitable. La foi d'autorité s'écroule. L'église future reposera sur l'amour, sur la liberté, sur le plein développement de l'individualité. .