PRÉFACE XY
la nécessité de croire à un Dieu qui récompense les bons et 'qui punit les méchants dans un monde inconnu, mais il défend à Dieu de se montrer jamais dans celui que nous connaissons. De la sorte il juxta-pose purement et simplement à la généralisation du phénomène perçu par les sens, une croyance traditionnelle fondée sans doute sur un besoin de notre nature morale. Il ne fait pas le upls léger effort pour concilier ces deux éléments de provenance hétérogène, et ces contradictions naïvement étalées passent sous le nom de philosophie I Les deux partis sont d'accord pour considérer les faits rapportés dans certains récits comme conb*aires aux lois de Tunivers, parce qu'ils sont rares, uniques peut-être. Les uns aflBrment la réalité de ces faits contraire aux lois de l'univers, et c'est là-dessus qu'ils prétendent bâtir leur maison. Pour le même motif, les autres rejettent ces récits, à priori sans consulter les témoignages. S'il s'agit de choses impossibles, les derniers ont raison; mais il nous semble peu judicieux de statuer sans examen l'impossibilité d'un événement quelconque en se fondant sur son opposition prétendue aux lois de l'Univers, attendu qu'en réalité ces lois ne nous sont point connues, sinon par l'observation des faits, communs ou rares. Nous pensons que les faits dont il s'agit doivent être examinés attentivement sous tous leurs aspects, non pas exclusivement au point de vue de la critique ordinaire,
X\l PRÉFACE
mais en les mettant en rapport avec les vérités de tout ordre. Et si le résultat de notre examen ne nous portait pas à les nier, loin de les déclarer contraires aux lois de l'univers, nous nous occuperions à rechercher les lois dont ils relèvent.
Je me tiens à l'Evangile, parce que tout en admirant ceux qui se portent bien, je me sens malade, et cherche un remède. D'ailleurs ceux qui me vantent leur santé, m'ont l'air défaits. Je vois l'humanité passer du pire au moins mal par un chemin long, tortueux, plein de sang, où les générations sont prodiguées, où les individus, qui se croient tout, ne comptent seulement pas; et puisqu'il m'est impossible de soupçonner les raisons d'un auteur parfait pour débuter par le pire, je commence par le meilleur, qui est la faculté de se faire soi-même, la liberté avec ses périls, et je m'explique l'état du monde comme l'effet d'une crise de la liberté, comme une maladie et une guérison. Je ne comprends pas comment celui qui s'est fait mauvais pourrait trouver encore en luimême la force de se rendre bon. D'ailleurs j'ai le sentiment direct de mon insuffisance, j'éprouve le besoin d'un secours, d'un complément, d'un sauveur; et comme la perfection de l'ordre divin s'obscurcirait à mes yeux s'il ne pouvait pas répondre à toutes les nécessités, parer à tous les accidents, combler tous les vides , je cherche ce sauveur avec confiance dans la prière et dans