‹ La philosophie de la nature chez les anciensChapitre 25 sur 68 · I. — Considérations préliminaires · texte numérisé non relu

I. — Considérations préliminaires

L'homme^ avons-nous dit, a deux voies principales pour entrer en relation avec la nature : le sentiment et la réllexion. Placée dès son berceau en face des merveilles de la création, l'humanité a commencé par contempler et par admirer, par. se réjouir et par trembler; et, dans la suite des âges, toute distraite qu'elle ail été de ce spectacle parles exigences grandissantes de la vie politique et sociale, à aucune p(?riodc de son histoire, elle n'a discontinué de s'ouviir aux impressions du dehors et d'en noter au-dedans d'elle-même le fugitif ou le durable écho. Mais la nature n'est pas seulement un magnifique décor perpétuellement déroulé sous les yeux de riiomme pour le remplir tour à tour ou tout à la luis d'étonnement ei d'enthousiasme, de joie et de terreur. Elle a cet autre [)riviège de solliciter sa curiosité, de le provoquer à l'étude : idlc

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pose devant son esprit un nombi'o indénni de problèmes, et de tout ordre (I). Par la siniplicilr, parla rc'gularilé, par la continuité de son action, elle semble lui dire: « Tu sais qui je suis, ou du moins tu n'as quà te baisser vers moi, tu me connaîtras sans peine », et en même temps par le mystère dont elle s'entoure, ])ar la diversité prodigieuse de ses créations, elle prend plaisir à dépister les recherches, à éluder les elTorls des plus pers('vérants investigateurs. Comme on Ta fait ingénieusement remarquer, il n'y a pas de notion plus commune et plus familière; il n'y en a pas non ])lus de plus savante et de ])lus solennellf.

Dans ce duel séculaire entre l'homme et l'univers, c'est l'intelligence qui, victorieuse ou vaincue, est l'acteur principal, sinon unique, interrogeant la nature, prenant mille moyens pour la contiaindre à n'pondre et tentant de découvrir par une divination hardie ce que sa rivale s'obstine à lui cacher.

Toute connaissance approlondie suppose évidemment un état social où l'homme trouve le calme et le loisir nécessaires aux patientes méditations ; c'est une sorte de luxe intellectuel forcément inconnu aux premiers stades de la civilisation. Mais les conditions extérieures même les plus favorables sont encore insuflisanles, aussi longtemps que l'espi'it n'a pas été formé et préparé à la lâche délicate qui l'attend. C'est qu'en effet, selon un adage célèbre, il n'y a pas de science du parliculier. Oi" qu'est-ce que l'homme perçoit dans la nature, de connaissance directe et immédiate ? I^a multiplicité et le changement, des

(1) Bien ([ue ce soit, seiiilile-L-il, une llièse reçue que la nature ne demeure poétique que daus la mesum où elle n'est pas encore objet de recherche scientilique, ou a cessé de l'être, Thistoiio atteste que dans une civilisation suffisamment avancée la science de la nature et la poésie de ta nature ne sont nullement condamnées à s'exclure, et que le développement de la seconde ne suppose en aucune i'acon le déclin de la première. Ainsi, pour ne parler que de notre pays et de notre siècle, est-ce (ju'un I.aplace, un Cuvier, un Geofl'roy Saint-Ililaire, un Dumas, un l'asteur ne partaf;ent pas fraternellement avec un Lamartine, un Hugo, un Laprade et un Leconte de Ijsle, 1 honneur d'avoir illustré la France?

CONS1D1-:HAT1oN3 ritKLIMINAlHES IGl

êtres individuels, dos formes qui (lilÏÏM-eiit ;'i rinfiui, des plu'nomènes sans noml)re toujours vari('s, sinon dans Iimii- fond mrrnc, du moins dans les circonstances concomilantrs : pour ro::onnaitre et môme poursoup(;onner l'unité cachée sous cette pluralité vraiment sur[)renanlo, il faut ou des observations répétées et approfondies, ou une puissance de réilexiou rare au premier âge de l'humanité (I). « Une hirondelle ne fait pas le pi'intomps », a dit spiriluillcment Aristote : pour (|u'une science put surgir, des vues d'ensemble étaient indispcuisables, des expériences ou des découvertes isolées n'avaient que bien peu de valeur. Co n'était pas assez non plus que les multiples aspects de la nature vinssent successivement frapper les sens ou se rt'ilécliir dans l'imagination : il fallait que la raison. appliqu('e à anah'ser les données immédiates de la sensation, y discernât ou du moins y pressentît un oi'dre, quelqu»^ enchaînement constant, des rapports invariables, en un mot des lois; il fallait que la nature fût déclarée intelligible et que du spectacle de ces apparences, où l'ignoi'antne sait voir que les jeux capricieux du hasard, l'esprit humain apprît à dégager une formule stable, se rapprochant de la précision rigoureuse du nombre. Une pierre tombe, la fumée s'élève : à première vue la tentation sera grande d'assigner deux causes din'érentes à deux phénomènes aussi opposés ; le triomphe de la science sera d'en trouver l'explication dans une seule et même théorie et d'apercevoir l'action de la même cause dans les caresses printanières des zéphyrs et dans les sinisti'cs rafales de la tempête.

lîien d'étonnant, dès lors, si la science de la nature n'a apparu qu'assez tard, même chez les peuples (ju'une heureuse fortune a mis de bonne heure en possession d'une civilisation complète. Il en est, et non des moins considérables, chez lesquels cette science ou semble être demeurée constamment

M) Avec sa logique lialjituelle, lauleur de la Métaplujiiquc devait en laire la remarque : Z/io^r/ /aXs-wTa'.a laOta -^^'wpî^î'.v -roT; àvOpMjTTOi;, 12 [JiàX'.JTa /.aOôXo'j" T.oppU)-iz<u yip ■C'^J"' alaOr^aecuv Èaxî (1, 2, 1)82», 23).

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inconnue, ou ne fut j;unais qu'une iniporlalion du dehors, incapable de jeter de protondes racines et de prendre des développements nouveaux, ou encore dégénéra prompternent en un lerinenl de superstitions de toute espèce. Telles les nations de l'antique Orient dont, pour ce motif, nous ne parlerons ici qu'en passant.

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