‹ La philosophie de la nature chez les anciensChapitre 29 sur 68 · III. — La science hellénique · texte numérisé non relu

III. — La science hellénique

C'est à la race hellénique qu'était réservé l'honneur d'être riniliative de l'humanité dans la voie de la connaissance rédéchie. Le Gi-ec a été le premier à concevoir nettement l'idée de la science, le premier à travailler à sa réalisation avec un indiscutable succès (2).

Sur ce terrain, sa foi religieuse a été pour lui tout à la fois

(1) Ajoutons ici une remarque assez curieuse. L-e livre Hes myi^tères (vulgairement attribu*' à Jamblique) parle d'une matière particulière préparée parties receltes Ihéuriçiques et devenant ainsi cai)al)Ie d'enfermer la divinité et de lui ofl'rir au moins momentanément un siège di|.'ne d'elle.

(2) C'est là une vérité historique que .M. Milliaud, dans un livre tout récent, a traduite en termes excellents: « Dans l'examen des lois de Lycurgue et de Solon,des pratiques du culte et des croyances religieuses, dans l'étude des mœurs et des conditions de l'état social, on pourra checher en Egypte ou dans l'Orient des termes de comparaison fort instructifs, et parfois même on retrouvera à l'étranger l'origine et l'explication de quel(ine tradition anli(]ue : la pensée spéculative s'exprimant sous la forme de la science ralionnelle est un ftiit vraiment persoiuiel du génie grec. Voilà l'œuvre capitale par laquelle il a laissé sa trace définitive dans l'histoire des idées. »

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un appui et un obstacle. Tel qu'il nous appiiraîtvl/'linilivcment constitué dans les épopées lionu'iiques, le polylliri->m(' contient déjà une remarquable analyse de l'ordre du UKjndo, des (|uulilés de l'être et des lois do la vie; autant bîs dieux du |ianthéon indien ou éj;yptien se mêlent, s'op[)osenl et se conlondent au gré d'une fantaisie que rien ne conlienl, autant ceux du panthéon grec ont des attributions et une pbysionomie distinctes, conformes au rôle qui leur est départi dans l'ensemble de la création. Une pareille théologie, on a eu raison de le dire, était l'œuvre d'un peuple appelé plus tard à créer la philosophie. Kn revanche, la multiplicati(jn indélinie des essences divines et leur aclion toujours présente et partout ré- [landuc au sein de l'univers dis[)ensaient les esprits de toute autre recherche : les phénomènes de tout genre si; trouvaient ainsi expliqués ou plutôt n'avaient plus besoin d(i l'être. Neptune soulevant et calmant les flots rendait compte des maiées et des tempêtes ; Jupiter, brandissant sa foudre, l'épondait à toutes les questions que soulevait le fracas du tonnerre ou l'incendie allumé [)ar l'orage.

Un temps vint cependant où une solution aussi simple ne suffit plus à la curiosité de quelques intelligences plus éclai- H'es ou du moins avides de plus de lumière. Demandez à Platon ce qui fut le berceau de la ])hilosophie : il vous dira qu'elle est tille de l'étonnement (1), et Aristote, s'emparant à son tour de la m.ème pensi-e, nous montre au premier livre de sa Màlaplnjisique les hommes d'abord préoccupi's de problèmes à leur portée (TàTrpô/Etpa zwt à-ôpo)v), puis s'élevant par degrés à des sujets plus complexes, comme les phases de lu lune, les éclipses de soleil, la natuic des astres, l'origine du monde.

Un des passages les plus célèbres de la. Jîible nous représente Dieu établissant les cieux sur nos tètes comme des hérauts chargés d'annoncer sa grandeur, et dont le silence majestueux est une voix religieuse partout entendue, partout

(1) MâÀa yài -v'.Âotooo'j toôtj tÔ tiiIOo;, tô OajijLà^S'.v (Thcitèlc, lo.'i D).

172 COAl'. I. — LA liECIIERCnK SCIENTIFIQUE

('Coutec. De même, les anciens sont unanimes à rapporter au spectacle et à la contemplation de l'univers la première excitation à la philosophie et à la science. Thaïes et ses premiers successeurs furent astronomes autant que métaphysiciens. On demandait à Anaxagore pourquoi il était au monde. Pour ('tudier le ciel, répondait-il (1). Platon fait dire à Timée : « La plus merveilleuse utilitr de la vue, c'est que nous n'eussions jamais pu discourir, comme nous le faisons, du ciel et de l'univers, si nous n'avions pas été en état de considérer le soleil et les astres. L'ohservation du jour et de la nuit, les révolutions des mois et de l'année nous ont fourni le nombre, rév('l('' le temps, inspiré le désir de connaître la nature et le monde,

(-£p: -J,;, -70^) TTavTÔ; 9 jjew; ^r]i-/;citv £Ooa-2v, 47 A). Ainsi est WQ la

philosophie, le présent le plus précieux que les dieux aient jamais fait et feront jamais aux mortels. » Arislote n'est pas moins catégorique, et Cicéron (2) lui prête cette ingénieuse et profonde réilexion :

« Supposons que des hommes eussent toujours habit(> sous terre dans de belles et biillantcs demeures, ornées de statues et de tableaux, richement pourvues de tout ce qui abonde chez les hommes du monde, et que soudain l'abime, venant à s'ouvrir, ils quittassent leur domicile li'nébreux pour gagner notre séjour. En contemplant soudain la terre, les mers et le ciel, rimmensit(' des nues, la force des vents, la beauté et la masse du scdeil qui par rellusion de sa lumière lait naître au loin le jour dans l'espace, et lorsque la nuit aurait obscurci la terre, ces étoiles innombrables, parure et décor du ciel, cette lune et ses phases, son cours et son décours, enfin le lever et

(1) Toù 6îwpf,7a'. TÔv o'jpavôv x.x'. -r^v Ttîpî tôv oXov /.ôjijiov zi\i^t (Morale à Eiidèmc, l, .">) : rriionse bien dif,'ue du pliilosoplio à qui remonle cette maxime : H Oîtopîx -râAo; toù ptoo zal y, àzô t^'J-jï]; £X£'jOipLx(Cl(!m. Alex., Strom., II, 21, 130).

(2) De natura Dconnn, II, 37. Ce passage (probablement f^uelque réminiscence des poétiques enseif,'nemenls de Platon) ne se retrouve pas dans les écrits conservés d'Aristote. Peut-être était-il extrait d'un des dialogiîes qui avaient cours dans l'antiquité sous le nom du Stagiritc.

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le coucher de tous les astres et la régulai'iU- invittlahh' de leurs éternels mouvements; à ce spectacle pourraieiil-ils Jcjuter. qu'il n'y eût, en ellel, des dieux et que ces grandes choses ne fussent leur ouvrage »? (I)

Sans doute, selon la parole de Bossuet, un homme qui sait se rendre présent à lui-même trouve en lui Dieu plus présent que toute autre chose, et la connaissance de ce (jui' nous sommes a paru à des esprits éminents une voie merveilleuse pour atteindre à la connaissance de la divinit(''. îMais en lait, nous venons de le voir, c'est à la nature, au sens où l'entendent les modernes, que revient le mérite d'avoir provo(|ué la r(''llexion philosophique, et à la philosophie de la nature, l'honneur d'inaugurer dans le monde civilisi' cette longue et brillante suite de théories rationnelles qui demeureront jusqu'à la lin des temps le frap[)ant témoignage tout à la fois de la [)uissance et des hornes delespiit humain.

Dans ce domaine comme en tant d'autres, les Grecs ont h-gué à la postérité des modèles qui n'ont guère été surpassés; et leur exemple a été assez imposant pour entraîner à leur suite des esprits en apparence très peu préparés à une semblable vocation. Le Romain lui-même, tout rebelle qu'il soit par tempérament aux études spéculatives^ s'v laissera attirer. Ecoutez

(I) Plaçons ici une remarque qui ne paraîtra pas sans înlérèL. D'oriliuaiie, IVtM'anleineiit de l'iniaj^ination en face d'un pliénomène diminue dans l'exacte proportion où ce pliénomène esl étudié, analysé, pénétré par la science réfléchie. Or, landis que dans Homère, il n'y a au(;une trace de divinisation des astres (voir l'admirable description dune imit d été qui termine le VIIl*^ chant de l'Iliade), tandis que pour les ci'jT'.ôXoYo; ioniens les phénomènes célestes ne sont pas d'un autre ordre que ceux qui s'acconjpiissent à la surface de notre j^lohe, Pytagore, Platon et Aristote, frappés de la constance et de la régularité merveilleuse des révolutions planétaires, s'accordent à reconnaître au monde céleste une nature à part, supérieure [et pn-sciue divuie : préjugé qui se perpétuera jusqu'à la disparition du paganisme, — Mais, pour emprunter des exemples aux lemps modernes, n'est-il l)as évident que Newton, en face de rinfiniment grand, et Pasteur, eu face de rinfuiiment petit, ont éprouvé un saisissement intellectuel inconnu à tous leurs devanciers t

i74 CllAP. I. — LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

Cicéion déclarer que le véritable aliment de l'âme et du génie, c'est la considération et la contemplation de la nature, et S»'nèque s'écrier à l'imitation de Clirysippc : « Animus in vinculis est, nisi acccs>it philosophia et illum rospirare jussit rrrum naturse speclaculo... Quoties polost, aportum petit, et in reruni naturae contemplaîione quiescit... Nisi ad illa admitterer, non fuorat nasci » (l). Rien de plus explicite que de pareilles déclarations.

On comprend sans peine que, jaillissant d'une telle source^ la science ait gardé longtemps un reflet poétique. iMais entre le sentiment et le raisonnement une alliance sérieuse, durable, est-elle possible? Jusqu'à quel degré d'abstraction la poésie peut-elle sans abdiquer s'engager sur la route aride de la sci^n^e? Jusqu'à quel degré d'iniaginalion la science peutelle sans se mentir à elle-même emprunter les sentiers fleuris de la poésie? Selon les sujets, les lieux et les époques, ces questions sont susceptibles assurément de solutions bien diverses (2).

Chez les Grecs, ce fut, sans doute, le rare mérite de Parménide d'avoir été dialecticien sans cesser d'être poète; au jugement d'Aristote, Empédocle dans la même tentative n'avait pas rencontré le môme succès. A[)rès ces doux écrivains, la philosopbie grecque, selon le mot de Strabon, descend du i liar des Muses et marche à pied. Habilement combinées dans les pages les plus éloquentes de Platon, la poésie et la science se séparent dès lors pour ne renouer alliance que sous les auspices de la Muse latine : car si elles reparaissent associées dans Certaines compositions de l'école alexandrine, c'est pai' artifice, au grand détriment de la première comme de la seconde. Il

{i) JjUire LXV à Lucilius, et Consolation à llelvic, 9.

(2i Cf. dans !a tlièse latine de Ferraz (De ilif^ciplina sloica apiid poelus romanoa) le chapitre intitulé : Quihufi cundiiwnibits Hociari 'pus^inl philosopliia et pocfia. — Je saisis avec empressement celte occasirin de rappeler le souvenir d'un maître regrellé qui n"a jamais cessé d'entretenir avec moi le commerce d'idées le plus alTectueux.

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en est alors de la Grèce comme de mainte nalion moderne : en acquérant une compréhension toujours plus distincte des merveilles de la nature^ elle semble (mi avoir-, [)cii ;ï peu, perdu le sentiment. Euripide a étal(' plus de savoir- et d'c-rudition que So[)liocle : comme génie poétique, il lui est inférieur, Aristote a traité les mêmes sujets que son maître, avec de tout autres préoccupations de rigueur et de méthode, mais aussi avec infiniment moins d'éclat et d'agr-ément.

Et maintenant quel est dans le domaine de la nature le point de départ de toute investigation féconde? Evidemirient l'obser-valion. Ici la raison, qui règne en souvei-aine dans la sphèr-e de la matln'iaalique, n'a pas le droit de parler- la premièi-e, et de deviner la réalili'-. Comment espérer quelques lumières sur le monde, c'est-à-dire sur un ensemble d'êtres contingents et régis j)ar des lois également contingentes, sinon en s'imposanl l'obligation de le connaître? et le moyen de le connaître, sans s'astreindr'e à le voir réellement tel qu'il est? Au surplus, les phénomènes ne peuvent échapper longtemps à la curiosité qui est un de nos instincts les plus pr-ofonds. Dès lors, bien qu'assurément obser'ver soit à sa manièi*e une originalité, comment supposer que Tobsorvation, cette condition fondamentale de toute découverte, ait vie ignorée des anciens ? (1) et surtout comment admettr^e un seul instant qu'elle ait été négligée ou dédaignée par les Grecs (2), cette race si sagace, si liTM-e, si pénélj-ante, par les Gr-ecs en qui Plirre 1 ancien saluait « les plus exacts et les pi-eiuiers (]i'<

(i) « A toutes les époques, sous tous les climats, dans l'existenci' la plus f^rossière etia-plus inculte, l'iiornme oliserve, par cela seul que Dieu lui a donné des sens : il observe, et il ne peut pas taire aiiftcraent u flîartli. Sainlllilaiie).

(2) M. l'errot a fait remarquer, non sans raison, quen (irèce la variétc' infinie des climats, des sites, des pioduclioii> a puissanimciit concouru à tenir en éveil rintelligence « en la contiaiunaiit .u'irc toujours attentive aux changements de temps et de milieu, ;"i devenir exacte observatrice, à noter les traits particuliers et distinctif? des liommes et des choses ».

176 CQAP. 1. — LA RECUERCHE SClLNTlFIQUE

observateurs »? S'il en eût olé ainsi, comment expliquer leur richesse intellecluelle dans tous les ordres de la pensée? Seraienl-ils rcslrs assez éUangers au mécanisme de la formation scientifiijur pour ne pas sentir la nécossiti' de subordonner toute afiirmation de principes à la conslatation préalable des faits qu'il s"a;^iss;»it d'expliquer? Au surplus, les termes mêmes correspondant aux diverses opérations mentales que l'observation suppose leur sont familiers : azo-iTv (Aristote dit en parlant des j)hilosoplies anlésocratiques, Mctaph., W, 5,

1 0 1 0 * 1 lUp'. -w' <J')-uyi -.},') i/.y^Oî'.av i-x.ônouv ( 1) - 0'7-r,pETv (Arlstote : o'.aT-/;pojT'. 10 rjjjLS^T'JC/v t.zoX x'y. oOpiv/j J-iipr, xai -àOr,) — £;£~à^£[v,

7/i7îTïT6a'., OewoïIv, IvvoîTv, etc. Cicéron, sans doute à la suite de l'un de ses modèles grecs, donnera du physicien cette délinilion : P/i/jsicum, id est speculalorem venatoremqiie natuiw. {De nalura deoî'um, i, 30).

Mais de même qu'il ne suffit pas de raisonner de la première façon venue pour atteindre une conclusion certaine, et qu'il appartient au logicien de déterminer avec précision les lois de la pensée formelle, de même l'observation scientifique a SCS règles, ses procédés, sa méthode, dont les anciens ne se sont que bien tardivement avisés (2). Ce qui est un peu pour étonner, c'est qu'un peuple qui dans le domaine moral a fait des découvertes si étendues, si merveilleuses, d'une précision si surprenante et d'une richesse presque inépuisable, ait néuliué dans la sphère du monde extérieur des moyens d'investigation qui lui avaient si bien réussi ailleurs : c'est qu'au

(!) On rencontre cliez Isocrale les deux expressions parallèles : a/.o-sTv -z'Xi '-iJJî'.; là; xwv àvOpwTTWv et uy.o-î'ïv tt,v cd'jt'.v -wv irpotyi-i^xtov.

(2) Aussi n'irais-je pas jusqu'à soutenir avecBarth. Saint-Ililaire que <■ l'iiellénisme a connu tout aussi bien que nous ce qu'est la méthode d'observation dans toute son étendue et toute sa puissance ». Les anciens et surtout les (irecs ont usé de l'observation, c'est certain : mais il me semble (ju'on pourrait leur appliquer de tout point ce que Cicéron dit de la cadence oratoire chez les prédécesseurs d'Isocrate : <( Si quando erat, non apparebat eam dedita opeia esse qu;esitam, verumtainen natura ma^^'is tum casuque, non unquani ratione aliqua aut alla observatione (iebat ».

LA SCIENCE IICLLÉNIIUE i',1

tonips OÙ un Sophoclo et un Kiiripido iiicllaicnl su»- f;\ sctme avoc tant Je {gloire les tendances les plus iiilimcs, pailois les plus cachées de notre nature moral»' et poiiaicnl dans l'amlvse psychologique une sûreté de vue si remarquable, an temps où les multiph^s ressorts de la politique, où les fondements de Triât social étaient approfondis avec la pénétration que l'on sait par un Thucydide, un FMaton et un Aristote, — la simple connaissance des ph('nomènes naturels soit demeurée si vague, si incomplète, et cet ordre de recheixhes si peu populaire. Descartes avait-il donc raison de poser cette assertion répudiée par la plupart de nos contemporains : « L'esprit est plus aisé à connaître que le corps ? » Mais les anciens en général partaient d'un point de vue bien difTérent, puisqu'ils ne mettent rien au-dessus des plus hautes méditations sur le ciel et sur l'univers pour conduire ellicacement Pâme à [)rendre conscience d'elle-même et de ses affinités avecrintellii2:ence divine (1).

Pour expliquer le contraste que nous venons de relever, et l'avance prodigieuse prise dans l'antiquité par la science de l'homme sur la science de la nature, remarquons d'abord que la nature est hors de nous et qur cette étrangère ne nous montre qu'indiiïéi'ence, tandis que Ihomme, chacun de nous la porte en soi ; que la vie physique, au dehors et même au dedans de nous, se conserve et se continue presque sans notre concours, tandis que notre vie morale, tout autrement importante,est notre œuvre personnelle de tous les instants ; enfin que la vie sociale, si étendue et si ramifiée chez une race telle que la race hellénique, nous engage dans un réseau de relations jamais interrompues. Nous Tavons constaté en passant en revue les chefs-d'œuvre de la poésie helh'uique, c'est à

(l) Vuir le Timce de Platon et les Titsculunei^ de Cicéroii (v, 2:>). — IJacon, plus porté évidemmeril àatti'^nuer qu'à exagérer eu nous le rôle de la raison el de la conscience, afiirme é^'alement que l'entendement connaît la nature par un rayon direct, et l'homme par un rayon réfléchi (I>e aiifimentis scienlianan, iii, I).

178 CIJÂP. I. — LA RECHERCnE SCIENTIFIQUE

l'homme surtout que le Grec s'iatéressc : membre dans la cité d'un organisme politique où l'activité de chacun contribue à la prosix'ril)' de tous, les droits individuels et les vertus civiques le louchent plus que tout le reste ; c'est en cherchant à les définir que les sept sages ont acquis leur C('k'brilé. Un petit nombre d'esprits d'élite, et à leurs heures de loisir (I), dai'-^ncnl ouvrir les veux et rétlrchir sur le monde extérieur: pour la foule c'est là une étude de luxe dont Tutilité et à plus forte raison la dignité ne sont pas même soupçonnées.

Rappelons entin l'influence indirecte, mais réelle de la mythologie traditionnelle, substituant un peu partout à l'aspect intérieur et intelligible du phémonène une sorte d'image extérieure et sensible. Il }'• a des cas où l'emploi du symbole est à peu près inévitable, ce qui faisait dire à Aristoste : oiXôirjOo^ 0 cptXÔTO'^o; -w; Ï7-'. : mais la science n'est possible que le jour où l'esprit se place résolument en face de l'objet qu'il a l'ambition de saisir et de comprendre. Tout intermédiaire détourne son attention et alTaiblit son action. En outre, donner d'un phénomène céleste ou terrestre une explication naturelle, c'était inévitablement déposséder quelque dieu ou quelque déesse de son rôle et de ses attributs consacrés : tentative que la plupart devaient juger audacieuse, et un trop grand nombre impie et sacrilège. Anaxagorc; n'a pas été le seul à en faire l'épreuve. On hésitait à forcer des secrets gardés par des puissances jalouses.

Mais avec le temps le progrès de la réflexion et des lumières devait avoir raison de cette crainte superstitieuse, et d'autres causes plus graves, plus immédiates ont contribué au lent et incomplet développement de la connaissance de la nature. A quelles conditions pouvait-elle prendre un légitime essor? Quels procédés lallait-il employer pour surprendre des vérités si bien cachées à un regard superficiel ? Comment se garantir des illusions que l'esprit humain rencontre ici à peu

(1) Voir sur ce point la déclaration explicite de Platon dans Je Tmtie (o9 D).

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