‹ La philosophie de la nature chez les anciensChapitre 30 sur 68 · LA SCIENCE UELLÉ.NIQUE · texte numérisé non relu

LA SCIENCE UELLÉ.NIQUE

près infailliblement sur sa route? Où est la pierre «le touche qui permet de distinguer sûrement entre les In-potlièses probables et les conjectures arbitraires? — autant de questions capitales auxquelles les anciens n'ont guère songi'. Aristote, ce génie si prodigieux pour son temps, semble avoir eu >ur bien des points comme le pressentiment des règles à suivre dans !a recberche des vérités physiques ( I) : mais tandis qu'il traçait d'une main presque infaillible, et pour toute la suite des siècles, les lois du raisonnement déductif, son Organon était muet, ou peu s'en faut, sur les véritables procédés de la méthode inductive, et jusque chez l'auteur de V Histoire des animaiiXj l'étude de la nature a ses imperfections et ses défaillances. Peu à peu chez ses successeurs instruits à son école, l'observation volontaire vient s'ajouter ou même se substi. tuera l'observation fortuite ; on va au-devant des phénomènes au lieu d'attendre peut-être vainement qu'ils se produisimt sous les yeux du spectateur.

Néanmoins la grande, Tirrémédiable lacune qui a rendu stérile en ce domaine l'ellort de l'antiquité, c'est l'absence de ce que l'on a si justement nommé « l'àme des sciences physiques », je veux dire V expérimentation.. De Thaïes à Proclus, durant cet intervalle de douze siècles, je ne sais si à aucune époque elle a jamais été sérieusement i^t largement pratiquée. On dira sans doute à l'excuse des anciens qu'elle comporte des appareils, des instruments de précision dont ils n'ont eu aucune idée, et que ce serait bouleverser de fond en comble rédilice de nos connaissances que de supprimer par la pensée tout ce que nous devons au microscope cl. au ti'descope, au thermomètre et au galvanomètre, sans parler des

(1) « It conslitutes tlic stronf,'est of ail liis many daims lo oiir inlellectual vénération, tliat lie was able to perceive so targely as lie diil tlit^ supet-ior value of tlie ol)Jective over llie sulijcctive nielliod in niallers pertaining to natural science ». (M. Romanes dans la Contemporari/ llefù-ir). Hartliélemy Saint-llilaire avait plaidé cette même cause avec une infatigable conviction.

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inventions de toute espèce qui s'accumulent dans nos laboratoires. A quoi Lange et d'autres répondent que ces mêmes instruments comptent précisément au nombre des conquêtes les plus remarquables de la science, et que sur ce lorrain les modernes mieux dirigés ont fait de rapides progrès sans être d'abord mieux outillés que les anciens.

il lie faut pas d'ailleurs, disons-le en passant, se figurer ces derniers aussi complètement désbérités sous ce rapport qu'on le fait communément. Ass3Tiens et Egyptiens ont déjà connu lusagc du gnomon. La otÔTr-cpa et le ;ji£T£(opo<TxÔ7tiov servent dès le temps d'Eudoxe à la mesure des hauteurs (l); Jlipparque imagine l'astrolabe qui permet de déterminer directement les longitudes et les latitudes des astres : l'invention de la sphère armillaire remonte à Eratosthène, et selon d'autres, à Anaximandre. Cicéron (2) ne mentionne qu'avec une profonde admiration celle à laquelle Archimède avait attaché son nom.

J'ai parle' tout à l'heure de laboratoires : c'est là que la science moderne cite pour ainsi dire la nature à son tribunal, là qu'elle poursuit sans relâche ses investigations minutieuses sur la composition et les propriétés des êtres, là qu'elle prépare et qu'elle célèbre ses plus glorieux triomphes. Or élever et organiser des arsenaux dt* ce genre est une idée qui ne s'est présentée à l'esprit d'aucun Grec ni d'aucun Romain, pas même d'un de ces Ptolémées (jui ont doté leur capitale égyptienne de tant d'autres établissements aussi utiles que somptueux (3).

C'est qu.'en effet la science d'alors se bornait à enregistrer, à collectionner des faits plus ou moins authentiques, plus ou moins décisifs : on ne croyait pas qu'on put agir sur la na-

(1) Voir Taunery, Recherches sur l'histuire de rastnniomie ancienne, [I. 46 et suiv.

(2) De repiifilica, i, 14.

(3) Rappelons ici l'observatoire qu'Eudoxe à l'imitation, dit-on, des piètres Clialdeens avait établi à Cnide sa patrie.

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