‹ La philosophie de la nature chez les anciensChapitre 36 sur 68 · LA SCIE.NCE HELLÉNIQUE · texte numérisé non relu

LA SCIE.NCE HELLÉNIQUE

autour de lui ou prenait en pitir ses recliercluîs savantes, il établissait par des faits (jii'il ne tient qu'à un philosoplie <le s'enrichir (1). xMais on le voyait le plus souvent plongé dans la contemplation de la nature, ainsi que le raconte Platon dans le Tlu't'-lHc ; « On rapporte que Thaïes, tout occupé d'observations astronomiques et regardant au-dessus de lui, tomba un jour dans un puits et qu'une servante de Tlirace d'un esprit plaisant et facétieux, le railla disant qu'il voulait savoir ce qui se passait au ciel et ne prenait pas garde à ce qui était à ses pieds. » Ce même désintéressement se rencontre chez tous ses successeurs, et a dicté notamment le lani?ai;e qu'au lémoiunaue de la tradition Pvtliagore tint un jour au tyran de IMilionte (2j. Sans nous arrêter aux griels op[)osés de Socrate (3) et de Platon contre les savants leurs contemporains, nous avons hâte d'en venir à cette appréciation si explicite d'Aristote audébut de sa Mrtaplujsiqiie (4.) : « Si les premiers hommes ont rougi devant la nature, c'est de leur ignorance, non de leur impuissance, et la preuve, c'est que celte recherche des causes n'a commence' que lorsque tous les besoins de l'homme étaient depuis longtemps satisfaits... Quel est l'homme libre? celui qui relève de lui-même seulement et non d'aulrui ; de mèmcl a seule science vraiment libérale est celle que l'on recherche ainsi pour elle-même... Voilà la science vraiment divine à la fois et humaine ; toutes les autres connaissances sont plus nécessaires : aucune n'est plus noble. » Dans ce passage Aris-

(li Ce récit nflre mainte variante. Voir Cici'ron, Dr dimnatiouc, i, l-'J, et Saint-Mare (iirardin : « Tlialès ne s'était J'ait spéculateur que peur donner une leçon à ses critiques, et millionnaire que pour prouver que la science n'est pas aussi stérile qu"on le dit. 11 distribua ses bénéfices au peuple, au lieu de les ^'arder pour lui et |)our ses actionnaires, démentant ainsi le rôle de financier qu'il avait pris un instant ».

(2) Tusculiiucs, V, S : « Ut in mercatu liberalissimum csset spcctaro nihil siui acquirentem, sic invita longe omnibus sLudiis contomplalionem rerum copnitionemque prœstare. »

(.3) Voir notamment Mànoinhles, i, 4, 12-10.

(4) I, 2, 082'' 20 : «Pavîpôv o--. o-à to î'oivai ~,o sTrîj-rajOa'. È'v.aiy.ov -/.a', o'j ■/p'/;<TE(ij; -ivo; vitv.vi, y.. i. À.

198 COAP. I. — LA RECnERCDE SCIENTIFIQUE

tote, il est vrai, vise spécialement la métaphysique, mais ce qu'ailleurs en tant d'endroits il dit de rexcellenco de la vie contemplative nous montre assez que sa réflexion a un caractère tout à fait général. Même sentiment chez Archimède (l), dont le rôle scientifique et social a été cependant si ditîérent.

Cette disposition intellectuelle, moins répandue assurément à Rome qu'à Athènes, s'est néanmoins maintenue jusqu'aux derniers siècles de l'antiquité. On en trouve encore un écho direct dans le passage suivant des Questions naturelh-s (2) de Sénèque (il s'agit du problème de la transformation des continents) : « Quod erit pretium operœ ? Quo nullum majus est, uosse naturam. Nequo enim quidquam habet in se hujus materice tractatio pulchrius, quam multa haboat futura usui, quam quod hominom magnificentia sui dotinet, nec morccde, scd miraculo colitur (3). »

Sans doute il convient sur ce point de ne rien exagérer et de ne pas se représenter la science antique comme « réfugiée dans un temple inabordable, loin des iM'alitc'S terrestres. » Le même Platon, par exemple, qui, dit-on, ne pardonnait pas à

(1) c< Archimède eut le cœur si haut et l'entendement si profond qu'il ne daigna jamais laisser par écrit aucune œuvre de la manière de dresser toutes ces machines de guerre ; mais réputant tout art qui apprend quelque utilité vil, bas et mercenaire, il employa son esprit et son étude à écrire seulement choses dont la beauté et subtilité ne fût aucunement mêlée avec nécessité. « (Plutarque, Vie de MarceUiis, traduction d'Amyot.)

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