‹ La philosophie de la nature chez les anciensChapitre 38 sur 68 · LA SCIENCE HELLÉNIQUE · texte numérisé non relu

LA SCIENCE HELLÉNIQUE

révf'lé sur Fisochronisme des mouvements du pondiilf ; il fallait un Newton [xjur être conduit par la vue d'une pounne qui tombe à Tune des lois fondamentales de l'univers, un Haiiv pour trouver les formes essentielles de la crislallisation à la seule inspection des fragments d'un morceau de quartz brisé. Soit : mais que n'est-on pas en droit d'attendre d'un Pythagore, d'un Démocrite, d'un Platon ou d'un Aristoto ?

Ici une objection est à prévoir. « Chez ces grands hommes que vous venez de nommer, me dira-ton, le savant disparait malheureusement derrière le métaphysicien qui lui est presque toujours très supérieur. » Voici ma réponse : « Leur tort, et celui de leurs collaborateurs moins célèbres dans la grande œuvre de la constitution de la science, a été non de s'occuper des théories autant et plus que dos phénomènes, non d'avoir cru fermement au caractère rationnel dos grandes lois naturelles, mais d'avoir estimé que pour les dc'couvrir il y avait une autre voie que la méthode inductive, ])artant, de s'être inspirés beaucoup trop de la l'aison et pas assez de r(^K[)érienco dans le choix de leurs hypothèses. Nous cherchons l'unité trop bas : ils la cherchaient trop haut. Nous désespérons trop vite d'\" atteindre : ils se ilattaient trop facilement de lavoir découverte (1). Notre science n'est pas assez philosophique : la leur offre trop exclusivement ce caractère. »

On insiste et l'on dit : « Ce sont des égarés : à quoi bon les suivre dans tous leui's écarts? » — L'argument aurait uno certaine force s'il était établi qu'ils se sont trompc'S toujours : or que pour la philosophie do la nature il n'y ait rien de sérieux à recueillir, rien mémo à glaner dans ce travail intellectuel de

(1) Rappelons ici les sages réflexions de Bacon dans son Xoritin (irijanon (ch. lxxvi) : « On va toujours s'élanrant jusqu'aux principes des choses, jusqu'aux degrés extrêmes de la nature, quoique toute véritable utilité et toute puissance dans l'exécution ne puissent résulter que de la connaissance des choses moyennes. Mais qu"arrive-t-il logiquement? Qu'on ne cesse d'abstraire la nature jusqu'à ce qu'on atteigne fi une matière destituée de toute l'orme détermim'-e, ou (ju'on ne cesse de la diviser jusqu'à ce qu'on soit arrivé aux atomes. »

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trois siècles dont nous allons raconlor l'hisloiro, c est ce que pour notre part nous no saurions admettre, et dans notre conclusion nous espérons mettre le contraire en pleine lumière. A côté de certaines explications que l'antiquité a été la première à abandonner, et qui trahissent du premier coup une inexpérience scientifique manifeste, que d'étonnantes anticipations do mainte théorie encore en faveur ! combien d'aperçus lumineux qu'une connaissance plus exacte do la nature, acquise depuis, n'a f.iit que conllrnier ! 11 y a dès lors plus ot mieux qu'un simple intérêt archéologique pour attirer la pensée moderne vers cet examen d'un passé reculé ; telle est l'opinion unanime des juges compétents et le présent ouvrage n'a d'autre ambition que d'apporter à celte opinion un surcroît d'autorité.

Nous venons de voir dans quelles conditions est n('e la science de la natuj-e en Grèce, et quels obstacles ont retardé son libre développement. Mais l'histoire do ces premiers et laborieux efforts, quelles règles suivre pour l'c-crire ?

1. — Quolques noms exceptionnelloment illustres attirent ici notre attention au point qu'on serait tenlé de s'y attacher exclusivement et de faire le \h]c autour d'eux ( 1). ('otto tentation est d'autant plus forte ([ue les anciens sont loin de s'être

ri) Dans le domaine pliilosopliique plus ([ue partout ailleurs peutêtre se vérifie cette réllcxioii de Daremhery : « Privilège singulier 1 iniluence fatale ou providentielle des grands génies ! Ils font oublier tout ce qui les a préeédés et ne laissent plus sur la route dos historiens que quelques monuments pour ainsi dire solitaires, permettant à [)eine de reconnaître et de «'.aractériser les évolutions de l'esprit humain. »

intéressés aux monuments de la science au môme degré ([u';m\ chefs-d'œuvre delà littt'rature. L'espritscientilique no se rencontrait que chez le plus petit nonibre, tandis (juc la nation entière professait un [)ieux respect pour ses grands poètes et ses grands écrivains.

Il semble dès lors que les modernes n'aient qu'à s'incliner devanl les arrêts du temps, heureux d'approfondir ce qu'il a épargné, sans souci de ressusciterce qu'il a détruit. Mais notri^ léii'itime curiositi' demande davanta^re : elle entend reconstituer, autant qui! sera possible, les diverses phases de la sp(''culaliun intellectuelle : or qui peut nous assurer que tel penseur sur lequel nous ne savons rien ou presque rien n'a pas eu sur la marche des idées une iniluence considérable, quoique peu remarquée ? on sait d'ailleurs que pour retrouver leur siirnifîcation véritable, certaines œuvres d'un mi'i-ite bois de pair doivent être remises à leur place dans la série dont elles ne sont que les plus brillants anneaux : on en possède alors une compréhension plus précise, on est mieux prépari' à les a[)[)récier d'abord, et à en jouii- ensuite.

Mais si rationnelle, si légitime que soit cette méthode, comment l'appliquer lorsqu'on est uniquement en présence de fragments ('jiars dont la provenance est elle-même parfois peu authentique (1), le sens équivoque, dont la suite et l'enchainement sont difficiles ou pour mieux dire, impossibles à déterminer *.-* Comment de ces débiis de pensées, de cette poussière de systèmes remonter aux théories qui s'y cachent plutôt qu'elles ne s'y traduisent? L'école, après un éclat passager, a-l-elle disparu sans retour ? tout document décisif fait défaut. Sest-elle au contraire maintenue à travers les âges, sauf à subir d'inc'vltables transformations '.'* Les indications abondent, mais incohérentes, contradictoires, et

{\) Ils ont (Hé en effet recueillis par des commentateurs ou des compilaleuis de la période alexandrine : et il n'est nullement (Ii'iiiiinlré qup ces auteurs aient eu sous les yeux les textes originaux (ju'ils pié- (f^ndent résumer, parfois même transcrire littéralomr'iil.

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