CHAP, I. — LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
de nalure à jeter le critique dans un cruel embarras.
On répondra peut-être qu'en l'absence de textes originaux d'une autorité reconnue, une tradition remontant à l'antiquité a lix(' les principes directeurs de chaque philosophe et marqué tout au rtioins les grandes lignes de son enseignement. Soit : mais cette tradition mérite-t-elle confiance et dans quelle mesure? n'a-t-elle rien laissé perdre de ce qui était essentiel, tandis qu'elle exagérait bien au delà de leur importance certains détails bien secondaires ? X'a-t-elle pas entrepris témérairement de combler à sa manière certaines lacunes, ou de faire un choix arbitraire entre des opinions diverses et jusque-là plus ou moins flottantes? Le plus souvent d'ailleurs elle aboutit à nous mettre en face de données contradictoires, sans nous fournir aucun (il conducteur propre à nous orienter au milieu de ce dédale.
De là dans cet ordre d'études deux excès également à redouter.
Parmi les historiens, les uns, par défiance d'eux-mêmes ou par un scrupule exagéré, s'imposent la loi de ne dépasser en aucun sens les textes que le hasard a mis entre leurs mains. Or il en est de ces textes comme de ces Iragmenls de colonnes ou de sculptures, de ces pans de murs à demi détruits qui surgissent du sol sur l'emplacement de quelque antique édihce : ils ontbeau en être la trace visible, ils ne permetteut même pas à l'imagination la plus hardie d'en ressaisir le plan général. Dès lors comment restituer la construction primitive? On en désespère, au j?rand détriment de l'histoire de l'art, qui pourrait espérer s'enrichir d'un cha[)itre précieux.
L'embarras du philosophe n'est pas moindre, car d'une part la destinf'c des id<'es est loin d'être aussi étroitement rattachée aux temps et aux lieux que celle de l'art, et de l'autre le lien et la succession logique des diverses parties ont ici une importance capitale. Collectionner même avec ^oin des assertions isolé'es, juxtapose!' des opinions empruntées à des sources de valeur très inégale, ce n'est pas faire revivre un système, ni lui rendre son rang et sa physionomie propres.
Des membres dispersés no sont pas un corps vivant (I).
Et ce qui aggrave encore la tâche de rinlerprète moderne, c'est que ces physiciens antérieurs à Platon et ù Arislote « n'étaient pas des raisonneurs, et de là, plus encore que de la perte de leurs ouvrages, résulte la diflicuU(' que nous éprouvons àsaisir chez eux les éléments d'un système véritable, d'une doctrine liée : ils n en avaient pas en eiïet et se souciaient assez peu d'en avoir. Leur esprit naturellement audacieux et profond pénétrait parfois très avant dans les raisons secrètes des choses... A[ais c'étaient des lueurs isolées, des lambeaux détachés sans lien organique et central, sans corps et sans ùme... Les uns avaient uni' physique sans logique, d'autres une philosophie première sans explication du monde, des causes sans elfets ou des effets sans cause. Si, plus ambitieux, ils -s'efforçaient de sonder toutes les parties de l'être, ils (Haicnt arrêtés par d'insurmontables obstacles, tombant dans les contradictions les plus grossières et qui semblaient le moins permises » (2).
Rien de plus juste que ces réflexions : mais il serait fâcheux à coup sûr qu'elles eussent pour cons('quence d'arracher au ci-itique une sorte d'abdication, de lui imposer « une d('fiance excessive do soi-même, qui retombe en réalité sur l.'s autres, et dont l'effet certain serait de diUruire, au nom do notre ignorance, une gloire élevée par ceux-là qui la savaient légitime »(3i. Voilà ce qui a jeté d'autres os|)rits dans une extrémité tout opposée.
(l)Cicéron {Tusculanes, v, 10) a raison : Xon ex siwjvlis vocibuft phi/nsopln spectandi sunt, sed cxperpetidlate et con&tanlia. — Hacon, plus impartial qu'on ne se le figure d'ordinaire dans ses jugements sur failli" quité, confesse que <« nous ne connaissons de la science des unci'Mis que des opinions morcelées qui nous paraissent l'aibles, tandis que replacées dans leurs ouvrages, elles olîriraiont une plusgrantle con>istance à cause de riiarnionie continue et du -outien luuluel des parlies. »
(2j De IliuDEii, De l'idée de La mort en Gi-ccc, p. li"i.
(:jj G. BaiÎTON, p. 19G:
208 en Al'. I. — LA RECUERCni: SClENTiriOUE
Tel penseur de l'anliquité a eu sou temps de célébrilé : nous n'avons de son système qu'une connaissance rudimentaire et tronquée : à l'imagination et au raisonneinent de le reconstruire. De l'œuvre antique rien ou presque rien n'a survécu ; qu'à cela ne tienne : sur ces vagues indications, avec autant de jiardiessc, mais moins de sûreté que Guvier dans ses restitutions pa1éûntoloji;iques (1), l'esprit créera à nouveau ce qu'une autre pensée avait enfant»'' (2).
Chacun de ces intrépides restaurateurs des systèmes évanouis en arrive à prétendre posséd(>r les anciens mieux qu'ils ne s'étaient compris eux-mêmes, et à attacher à telle de leurs formules un sens profond qu'ils ne soupçonnaient pas. Les progrès de la pensée ont ouvert des horizons plus hiiges et fait surgir mainte queslion nouvelle, à laquelle on voudra, bon gré mal gré, que chacun de ces philosophes anciens ait une réponse, et ainsi, sous couh^ur d'éclairer un texte, on travaille sans ménagement sur la pensée. D'un mot, d'une phrase, d'un rapprochement, d'une comparaison on extrait toute une théorie dont l'allure moderne se trahit au premier aspect (3). Quel plaisir en elTet, et quel honneur de retrouver
(1) A celle occasion qu'on nie permette de rappeler ici une pensée originale d'un contemporain : « Le grand Cuvier reconstituait tout un système animal d'a|iiès un débris d'ossement : si l'esprit de l'homme était aussi logique que la nature, ne devrait-on pas reconstituer tout un système philosophique d'après un extrait de raisonnement ? »
(2) C'est ainsi que M. Lutoslawski déclare que pour concevoir le platonisme il laut aller bien au delà de ce que Platon nous révèle de sa pensée. — l'eut-étre, mais certainement à condition de ne pas le contredire.
(3j Comme le faisait remarciuer très justement M. Brochant dans uTie de ses savantes leçons de la Sorbonne, c'est une erreur manifesie (jue de vouloir retrouver à tout prix chez les anciens nos propres solutions ; mais c'en est une aussi, et plus répandue encore, de s'imaginer que les questions à résoudre se posaient pour eux exactement connue j)Our nous. Les mots les plus usuels, les plus essentiels : âme, idée, matière, espace, mouvement, etc, étaient loin d'avoir alors le même sens qu'aujourd'hui.
SOS propres idros chez (J«'s liomiiies on possession d'une renommoe séculaire! et si pour obtenir cet intéressant résultat il l'tait nécessaire Je solliciter doucement les textes, qui ne trouverait la tentation naturelle et l'entreprise excusable ? Peut-être, écrit un de ces crili(iues, notre conception ne sera-t-elle pas absolument adikjuate à celle de lauteur étudié : mais à tout prendre, c(da vaut encore mieux que de n»i pas en avoir du tout l).
Les anciens, nous l'avons accordé nous-mêmes, ont eu des intuitions de yénie, des divinations pleines de fore*', dont ils nont i)as nécessairement mesuré les lointaines et surprenantes applications. Ici toutefois une distinction s'impose. En logique, et à certains égards en morale, l'esprit liumain trouve en soi et les axiomes qui S(>rvent de point de départ à ses recherches et les procédés dialectiques qui de ces axiomes feront jaillir théories et syslèm<'S. En physique l't en astronomie au contraire, les vues les plus hmiineuses, les plus fécondes peuvent attendre pendant des siècles la lirconstance qui doit les provoquer et les produire au jour. Dans le domaine i)roprement scientifique il y a b'mérité à vouloir, coule que coûte, devancer l'ordre des temps.
Dès lors quel parti se l'ecommande aux esprits judicieux ? ne pas se laisser arrêter par une timidité excessive, ne pas se laisser emporter par une ambition inconsidérée ; recueillir avec empressement tout ce qui peut nous éclair(^r sur la vrai»-
(1) Celle mélliode peul, il est. vrai, se couvrir d'un antécédent autorisé, celui d'Aristote lui-même; on sait en effet qu'au regard de l'auteur de la M(Haph!/mpœ toute formule philosophique recèle et doit receler une doctrine qu'il s'empresse en réalité de reconstruire et de discuter à sa façon. A ce propos il est piquant d'entendre M. Milhaud soutenir (ju'Aristote, trois cents ans au plus après Thaïes et Anaximandre, n'était pas aussi capable que nous, venus vingt-trois siècles plus tard, de comprendre ces vieux penseurs grecs. El (luelle est l'explication de notre supériorité? C'est que les conquêtes actuelles de la science nous permettent de nous faire une idée juste de ces anciennes hypothèses, germes obscurs de théories développées ilepuis.
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ponsée dos anciens (1), mais los entendre et les expliquer avant tout par eux-mêmes au lieu de les ajuster pour ainsi dire à notre niveau : en un mot, ne voir en eux que ce qu'ils pouvaient être, eu égard à l'état de la science et au degré de développement de l'esprit humain dans leur siècle et dans leur contrée. « Nous ne devons pas juger les œuvres de l'époque primitive avec les préoccupations d(^ la critique moderne : nous devons redevenir anciens pour juger les anciens (2), nous inspirer de leur esprit et ne pas être plus exigeants qu'eux. Il faut reconnaître et a[)précier en eux une certaine saveur d'archaïsme que l'on gâterait en voulant tout expliquer. Comprendre la doctrine d'un Thaïes ou d'un Xénophane, par exemple, cela ne consiste pas à introduire dans son œuvre une unité factice qui nous en rende l'intelligence plus facile et plus rapide. Toute recherche d'une méthode exacte, toute tentative de découvrir un plan bien défini nous écarterait de la vérité » (3).
II. — Mais là môme où nous pouvons nous croire en possession de textes authentiques, d'autres difficultés surfissent, nées de l'imperfection de la langue philosophique encore au berceau. Au même titre que Lucrèce, ces premiers
(1) A ce point de vue, des ouvrages tels que ceux de M. Tannery (l'ortr rhisloire de la science hellène, Paris 1887) et de M. Milhaud {Leçons sur les origines de la science yrecque, Paris 1893) comblent une véritable lacune. Sans parler des citations expresses, on s'en est maintes fois inspiré dans la suite de ce travail.
(2) Dans son admirable préiace, Tite Live nous confie (ju'en racontant les vieilles traditions de Rome il se fait comme le contemporain de ces âges reculés : anliqims fit animas. I>elle et grave expression, dit à ce propos Littré; il faut que l'àme, le cœur se fassent anciens parmi les choses anciennes, et la plénitude de l'histoire ne se dévoile qu'à celui qui descend ainsi disposé dans le passé.
(3) M. Bhkton, p. 29. Les mêmes réflexions avaient déjà été présentées par Paul Janet dans sa thèse : De la dialectique de Platon et de Hegel, p. 7.
métapln'sicions ou naturalistes do la Grèce ont le droit de faire entendre leurs doléances,
Multa novis verbis praesertim cum sit aguiulum, Propter egestatem lingure et rerum novitatem (I).
Si souple et si riche que fût naturellement le grec, il 3' eut à l'origine pénurie inévitable de termes et d'expressions pour tant de problèmes nouveaux. Une science n'est qu'une langue bien faite, dira Condillae. Or qu'était, que pouvait être alors le vocabulaire philosophique (2)? Si nos idiomes modernes, assouplis par le temps et plies à toutes h»s exigences de lesprit, sont des dépositaires inQdèles et ne rendent qu'imparfaitement les idées qu'on leur confie, que dut-il se passer au point de départ delà tradition, lorsque la pensée était insuffisamment exercée soit à l'analyse des concepts, soit aux lois sévères d(^ la déduction? Pour traduire les notions nouvelles on s'avisa d'abord de puiser dans la langue commune (3) ; tel mot dut revêtir une signification scientifique, mais sans renoncer pour autant à celle que lui avait assignée l'usage : de là une confusion toujours possible entre doux acceptions différentes, l'une matérielle, l'autre intellectuelle, rattachées par une analogie plus ou moins profonde. Il est même arrivé qu'un terme identique a été appliqué à deux conceptions distinctes par deux écoles successives. Ainsi pour nous, et sans doute dt^^jà pour le plus grand nombre des contemporains
(1) De naturel rerum, l, v. 139-140.
(2| « Quand la raison, plus maîtresse delle-niêmo, écarta forniement le symbole pour atteindre à la pure vérité, quand elle souflla sur tous ces fantômes pour chercher la réalité même des essences dont ils n'étaient qu'une image, il lui fallut se créer une méthode et une langue nouvelles : ce ne l'ut pas l'œuvre d'un jour » (E. Ehoek, Mànuires <lc liltctalurc ancienne, p. 299).
(3) C'est elle qui a fourni, par exemple, les mots '-iJT.;, £"oo;, Yivo;, 'oia, ojva|ji.tç, etc. : plus tard Platon et les stoïciens créeront de toutes pièces des termes nouveaux avec une liberté qui fait songer à celle des auteurs philosophiques de notre temps.
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ratubiguiti' df l'expression dans ces vieux textes compromet gravement la clarté de la pensée.
Justifier celte thèse dans le détail nous jetterait dansd'inop- |)orlunes digressions. Toutefois il nous parait intéressant de constater quand et coninient sont entrés dans le vocabulaire philosophique les deux termes de principe et de cause, depuis deux mille ans les pierres angulaires de toute métaphysique comme de toute science de la nature.
A l'origine ils se juxtaposent et se confondent, et avec eux les deux termes voisins de matière et de substance (1). Aristote est le premier qui les ait nettement dilTérencics (avant le IV'' siècle il n'y a dans ce domaine aucune terminologie arrêtée) tandis que pour les Ioniens les deux principes a quo et ex quo (cause efficiente et cause matérielle) sont encore complètement identitiés. Et en effet, étant donné cet axiome qui constituait aux yeux des anciens une vérité indiscutable : rx nihilo niliil (2), il ne restait (ju'à diHerminer l'être, quel qu'il fût, — de nature ou physique selon les Ioniens, ou mathématique selon Pythagore, ou m('taphysique selon les Eléates, — d'où tout provient et où tout doit rentrer (3). Cet être, on l'appellera dans la suite assez indiiréremment ^j-o/ji ou ato'.yjTov, deux mots (ou deux notions) que Platon avait distingués au contraire avec le plus grand soin (4). Le premier a, dit-on,
(Il Soyons indulgents pour les anciens. Avons-nous nous-mêmes une conception bien nette de ces diverses notions : masse, force, irarail, cncryie, dont nos savants font un perpétuel emploi ?
(2) « Esse aliquitl, (juod ex niliilo oriatur, aut in niliilum subito occidat, quis lioc pliysicus unquam dixit ? » (Gicûron). Cependant au témoignage de Sextus Empiricus {adv. Matl<,. vu, ."iS), un certain Xéuiade de Corintlie avait bardinienl assigné aux choses le non-èlre comme origine et lin.
(3) C'est ainsi qu'on lit dans les Placila philosophitruiii (I. 3) à propos de ri'TTî'.pov d'Anaximandre : îx toj-o'j -ivra '^''rf/irj(>ot.'. y.xl s!; tojto -âvxa cpOeîpeaOa'..
(4) Catien du moins l'affirme : Twv à-'j 'Iwvîa; ci'.Xococpwv o'joIv O'.aXXâ-xE'.v K'jTà vojJit^ô'/Twv, LlXiTWV —Izlizoc C'.vrr^'JoyvJ2i aùiù xl/pt/.e. — D"après Sextus, les pythagoriciens définissaient les nombres àp/at /.a-, (jxo'.ycla xcov ùXojv {ndr. I'li!/s., x, 248).
l'ait son apparition dans la lanj^uc pliilosopliique avec Anaximandre : quant au second (primitivement et (Hymologiquement c( lettre de ralpliabet) », rien ne prouve qu'il fît déjà partie du vocabulaire pythagoricien, comme le veut Sextus Empirions. H se rencontre dans le Timèe (18 li) et le Sop/iis/f' (252 B) : mais ce n'est qu'avec Aristote (l)(iu'ilest entré définitivement dans l'usage. Quant au concejit d'rl/-tnent (au sens moderne), il pai-aît avoir été introduit dans la spéculation scientifique ])ar Empédocle. Au reste, que de confusions et d'erreurs causées chez les Grecs par l'emploi irréfléchi ou l'interprétation abusive du moi ip/j] (2) 1 Platon qui a tenté d'y porter remède n'v a pas entièrement réussi (3).
Trouver l'élément originel des choses, telle fut la pi-emière démarche de la raison et pendant longtemps on se contenta de la détermination de ce qu'Aristole devait appeler « la cause mat('rielle ». La seconde devait consister à attribuer à cet
(d) Si en effet Aristote appelle Jto'.ysia la <P:l'.-x d'Empédocle, ce n'est pas, comme on l'a cru, ù la suite de ce philosophe lui-même, qui avait d'ailleurs employé en parlant des « éléments » l'expression c'.^tôaaTa -àv-rtov, laquelle se rencontre également dans un texte prétendu pythagoricien. — On lit parmi les définitions stoïciennes énumérées par Diogène Laërce (vu, 136j : 7-or/îIov e; oj -pw-roo YÎyvïta'. -à 'l '.•[•/ ôu.vj'x. -AyX eU 'Ôi ïT/aTov o'.aX'jsxa'.. — Sur ce point on consultera utilement Diels {Elcmentum, eine Vorarbeit zum griechischen und lateinischen Thésaurus, Leipzig, 1899).
(2) Après avoir fait observer que ce qui échappe au devenir n'en a pas moins sa raison d'être, et une raison supérieure, Aristote (Hc sopli. clench.. G, 108^'3o) proteste contre l'identification établie par quelques-uns entre '(lyrivio.'. et à-py/i^'i ^X-'-'' Théophraste dans son livre célèbre -tpl o-jt-.xcov semble en parlant de ses devanciers avoir interprété ip'/j, comme répondant à ce que nous appelons aujourd'hui Vessencc. — Les Latins se sont servis heureusement des deux mots inithtiii et principium pour éviter l'amphibologie' créée en grec par ce mot unique àp/v
(3) Tantôt, en eiîet, il use de ipyf, au sens que nous donnons communément au mot /i(('Hc/;)e en métaphysique (par exemple. dans un passage bien connu du Phiirbc et dans le chapitre assez inalteudu du PItédie (243, C-E) sur l'immortalité de l'âme, où e'st formulée l'équation àp'/f', = àyivr^-cov) : tantôt au contraire il laisse à ce mot son sens logique assez habituel de basi' ou paiitl de dqxn t dune argumentation, par opposition à jttôOe-'.; ou zi'/.tjzr] (ainsi lir/jnhliijiir. vi, ,M0 |{).
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('lement l'efficace d'une cause véritable, jusqu'au jour où apparailiait dans toute son évidence la nécessité d'une cause intelligente : or. avant Anaxagore, la matière ne se distingue pas de l'esprit, non plus que de la forme dont le nom môme était inconnu avant Platon et Aristote, de même que la notion du mouvement et celle de Tordre qui préside au mouvement parurent longtemps inséparables. Jl semble qu'Heraclite ait été lo premier à soupçonner la nécessité logique d'une cause motrice. L'emploi de ak-a, sans aucune addition ni qualification quelconque, ne se rencontre pas avant les écrits de Platon et d' Aristote (1) et suppose les recberchos de ces deux philosophes relatives à la notion de causalité. Ici comme ailleurs ce fut le propre de la dialectique de transformer en conceptions abstraites les données de lexpérience (2).
Ces préliminaires posés, il est temps d'ouvrir ce qu'on peut appeler les archives philosophiques de notre Occident, et
(1) Chacun songe ici de lui-niiMne soit à la définition donnée dans le Cratjjle (413 A) : ô;' o -i •r.'^"jtzx: -uoj-' zj-.I xô a'.Tiov, soit au passage célèbre du PhiU'he (27 W) où après avoir parlé 1" de rà'-stpov, 2° du TÉpa;, 3" de leur mélange, Platon ajoute : opa si' jot ooxeT àvay/.aTov sTva-. T.y.'r.<x ik Y'-yvôuEva oti t'.v' à'.-J.'rt •{iyyziOyit., et un peu plus loin : tô ol OTj — xvTa -y.-j-y. or, aïo'jpY^'^'^ XiYw;j.£v Tîtstpxov, Ty,v atxîav, w; V/.avwç îtspov £/,î'!vtov oîo/j/.wfjiÉvov. 11 est vrai que dans quelques passages platoniciens ali'.x semble désigner moins la cause que les conditions d'un phénomène. — ■ Quant à Aristote, entre taiit de textes qu'on pourrait citer, j'en relèverai un seul, à cause du jour qu'il jette sur le sens exact do l'adjectif a'-xto; (et par conséquent du substantif correspondant) d'après ce philosophe : Ouxô xoO itoii^aat alxio; ô àpiO^xô;, ouxe oXoj; ô àp'.Ojjiôi;, o'jxe ô jjtovaoi/.ô;, O'jxî 'jXï] ojxî Xôyo;, oux' zloo^ xîov irpaYii-àxiov [Mctaph., xiv, o, I09''23).
(2) A titre de curiosité philosophique, on peut lire chez Polybe (III, G) la distinction assez vague établie par cet historien entre les trois explications des grands événemeuts historiques qu'il désigne sous le nom de àpy/^, alxfa et T.pôox^i;,
d'interroger successivement les sages de la Grèce antique sur ce qu'ils pensaient de la nature, des éléments qui composent le monde, des forces qui s'y d('ploient, enfin de la cause qui a établi et maintient dans ce vaste ensemble un ordre si merveilleux et si constant.