‹ La philosophie de la nature chez les anciensChapitre 46 sur 68 · AnauunrHe · texte numérisé non relu

AnauunrHe

.Milrl qui pouvait s'enorgueillir d'avoir tloiiiiô le jour ù Thaïes et à Anaximandre, est encore la patrie du successeur et de l'hi'ritier imnn'diat de ces deux pliilosophos, Anaximène, né, selon les conjectures les plus vraisemblables, au temps de la prise de Sardes par Cyrus, c'est-à-dire vers .'itT. Il est remarquable, assurément, de constater la continuitr de ce mouvement intellectuel qui, durant deux ou trois générations place à la télé du monde hellénique une de ces riches colonies de l'Asie Mineure, appcb'es à servir comme de traits d'union entre le monde oriental et la Grèce.

Comme ses devanciers, Anaximène croit à l'unité originelle de-la matière (1), à l'éternité du mouvement évolutif, à la succession indf'linie de mondes qui ne s'organisent que pour périr ensuite. iMais, d'autie [)art, l'a-e-vo/ d'Anaximandrc lui parut une solution beaucoup trop vague du problème cosmologique ; de l'autre, l'eau de Thaïes n'autorisait que des explications bien matérielles et bien grossières. Aussi, voulant donner une idée plus précise et plus acceptable du processus par lequel les choses dérivent de leur principe, crut-il devoir substituer à l'eau un «'lément différent, l'aii-, qui dès la plus haute antiquité avait apparu aux Grecs, non comme une substance inerte, mais comme un principe vivant, enveloppant, p('n('trant et animant toutes choses. Il ueii faudrait pas davantage pour rendre compte du clioix d'Anaximène ; on ajoute qu'il s'inspira ('gaiement de l'empire que l'àme, souflle ai'i-ien, exerce sur le corps (2).

Pour lui, l'ail- est une subslam^e invisible et inaccessible aux sens, du moins à l'état de repos, infinie en ('tendue, tou-

(1) D'après Siraplicius (in Pluj^., <) ai il admet 'j.'.7.i -yj-::-! j-o/.E-.fji Lvr,v, o'j/. à'-;'. 30V, b.'jO'.-'vi Zi.

(2) OTov -^j '^y/fi 'f, r,;jLETipa àf,p o'jtx 'jj-r/.p'x-zi': t,;ji5;, v-'"- ''/o-' tov x.Ôtuov -vîôua /.T.': ir^z --.p:i/i: (Stouke, EcI . Pl'!/^., 206)

jours en mouvement (I). Tout en dérive par voie de contraction (7'jjtoXtj ou -j/.vwa-.;) et de dilatation (/âXaa-.;, àpaîcoT'.;) (2) :

d'abord le froid et le chaud, puis l'eau et la terre d'un cùlé, et le feu de l'autre. Les astres sont formés des vapeurs de notre globe qui, lui-même, alTecte la forme d'un disque supporté pai- l'air.

Mais considérait-il ce principe comme immatériel, ainsi que le veut Olympiodore (:>), ou comme matériel, ce qu'aflirme Simplicius (4)? Nous avons déjà dit pourquoi cette dernière explication nous paraît plus probable, encore qu'Anaximène passe pour avoir placé la sensation, l'intelligence et la volonté parmi les attributs possibles, sinon réels, de sa substance première, plus étroitement apparentée à l'àme que chez ses deux devanciers (o). D'après Cicéron, il aurait, sous une forme détournée, reconnu à l'air un caractère divin (6j : d'après saint Augustin, les dieux dont il parlait avaient l'air pour origine.

(1) Ce mouvement lui paraissait suffisant pour expliquer toute génération : olôijiîvo; àp/.sTv tô toù Hpoi; î'jaAÀotcoxov -po; jjLETaooXr// (D'après un scoliaste dWristote).

(2) IN'est-ce pas déjà le langage de la physique moderne, affirmant que tous les corps sans exception sont susceptibles de prendre les trois états solide, liquide et gazeux?

(3) "ËY-pî i^"-'-'' ^J à'ôp '^''J'J àcTioaâTQ'j. L'expression, sinon la pensée elle-même, ne remonte pas à Anaximèue, puisque Tadjectif àsw'jiaTo; ne se rencontre pas avant Aristote.

(4) In Plijjs., f. 32 : tô •JÀr/.ôv ov.

(o) Uoeth va même jusqu'à appeler Anaximène « le piemier spiritualiste », et M. Tannery (s'appuyaut sur un texte des Placita, 1, 3) fait remarquer que le Milésien (peut-être pour être plus clair) se servait tantôt du mot ir]p, et tantôt de tzwvjixol (comme l'ont fait les Pythagoriciens, pour lesquels -vs'jijLa et -/.evôv étaient synonymes). Il est i)robable que dans la pensée d'Anaxinn'ne l'air était quelque chose comme la matièie de ïyndall qu'on a délinie •■. l'aurore et la puissance des qualités de la vie. »

(G) » Aer divina vi fecundus, aut a spiritu divino inhabilatus (De nat- Droium, I, 10).

LES PniLOSOPDES ANTKSOCRATIQUES 200

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