FlèraclUe
Los contrastes s'appellent, dit un adage vulgaire : ils sont dans la nature des choses, ajoute l'expérience des siècles. Tandis que s'élaborait au fond de la Grande Grèce la théorie de l'être absolument un et absolument immua])le, un Ionien, Heraclite, s'attachait à réduire toutes choses au devenir universel. Bien qu'en général l'antiquité ait paru beaucoup plus sensible aux défauts qu'aux mérites du sage d'Ephèse, les critiques modernes sont d'accord pour lui reconnaître un degré profond d'originalité (1).
Son œuvre principale, peut-être même unique (composée vers 478, selon Zeller et Gomperz) était intitulée Mo~j7oci ■}] -zipX cpjjEojç (2). Chez les anciens eux-mêmes l'obscurité en était deve-
reuse de Mélissus, mais pour établir en outre qu'à sesyeux l\''tre était essentiellement incorporel, ont été reconnus apocryphes ou tout au moins fortement interpolés, — Cf. Pabst, De Melissi Samei fragmentis, 1889.
(1) « Unverkennbar iiben Ilerakiit's Gedanken melir als die irgend eines andern j,'riechisclien Denkers eiue liohe Anziehungskraft auf die Gegenwart aus... Eine innere Verwandtschaft veikniipft sie mit gewisscn modernen Bestrebungen... Er pllegt jiis zu dem l'unkle gerade vorzudringen.wo die Wissbegierde den Meuschen erst recht zu plageu anf:ingf ». (Hardy, (1er lieyriff (1er 'I>j3'.; //; dcr (jriccliisclien Philosopliie). De même M. lîénard {La pliHosophio anciciiiie, p..>'i) allègue à juste titre comme preuve de l'universalité du génie d'Heraclite, le concert d'éloges que lui décernent à Tcnvi idéalistes allemands et positivistes anglais. " D'autre part, ajoute-t-il, i\\x\ veut ici garder la mesure ne doit pas oublier qu'il s'agit d'un système dont nous n'avons que des fragments, que s'il offre des formules très voisines des récentes théories, elles sont loin d'avoir le sens et la portée (lu'on leur attribue, et qu'il est très facile de les [)lier à telle ou telle opinion' en abusant des analogies. »
(2) Di0(ii';Nt; Lakuce, ix, \1. l,e ])remier titre dérive peut-être d'une phrase du Sophhlr (242 D). Quant au second, il se juslille, dit Dio-
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nue proverbiale (1 ), et il u'csl nulk'iiuMil uécessain- do supposer que nous sommes en face de n'iicences calcuN'Cs. D'une part ni la pensée ni le langage philosophiques n'avaient encore cette souplesse que leur imprimera h' double g('nie d'un Platon et d'un Aristote : de l'autre les phrases d'IIéraclite, brèves et hachées en forme d'oracles ou de sentences (2), mal ponctuées dans le manuscrit original (3), prêtaient à des interprétations d'autant plus nombreuses que l'auteur avait introduit dans sa prose mainte tournure poétique. La tradition est d'ailleurs unanime à le peindre comme un homme fier et réservé, n'aimant ni à communiquer ses idées aux autres, ni à leur en devoir lui-même. Au-dessus de tout ce que les hommes ou les livres auraient pu lui apprendre, il mettait les vues personnelles que ses méditationssolitaires lui avaient révélées touchant la nature, et en réalité autant sa cosmogonie est encore enfantine et primitive, autant sa métapln'sique est pleine de profondeur (4). (lomme d'ailleurs il avait senti plus vivement qu'aucun de ses devanciers les difficultés inhérentes à la détermination des principes derniers des choses, il se comparait volontiers aux chercheurs d'or, à qui la joie delà découverte fait oublier
gène (ix, .i), par la tendance fondamentale de l'ouvrage (à-ô xoZ ff'jvÉyovxo;), car il était divisé en trois parties : -tp\ toù TravTÔî — 0 -o/.'.-c'./.ô; — ô OîoXoYf/ô;. Le grammairien Diodote (Diog. Lai:rce, ix» l.i) prétendait au contraire qu'il n'y était question de la nature qu'à litre d'éclaircissements (tô cï -toi csôdstoî Iv rapao£'!Y;j-3t'''-'î i'ioî'. xîIcjOxi).
(1) A ce sujet Socrate avait un mot charmant en parlant d'Heraclite : « Ce que je comprends de lui est excellent : ce que je ne comprends pas doit l'être aussi d (Uiogène Laerce, II, 22).
'2 Qu'on se rappelle le jugement porté par CFcéron {Rnilits, 29) -lur 'l'iiucydide et les orateurs do ce temps : « (irandes crant verbis, crebri sententiis, compressione rerum brèves et ob eam ipsam causam interdum subobscuri ».
(3) Détail que nous apprennent Aristote {Hhr torique, III, 'i) et Démétrius {De elocut., 192).
(4) « Bei Herakiit bricht zuerst dio pbilosophisclio Abstraklion mit siegender Gewalt durch » (IMuMKtu). Après Xénopliane et Parniénide, ou mesure touto la portée d'une pareille assertion.
les lenteurs, les déceptions et les fatigues de la recherche.
Laissant de côté les hypothèses particulières qui avaient fait jusque là le fond de la cosmologie ionienne, c'est une explication générale de l'homme et du monde qu'il se flatte de h'guer à la postérité.
litre ou non être, telle était, nous l'avons vu, l'alternative posée par Parménide : ni l'un ni l'autre, ri'pond Heraclite, ou plutôt l'un et l'autre à la fols, combinés dans le devenir, c'està-dire dans un mouvement qui ne s'arrête jamais (I). Tout ici bas se réduit, si l'on peut ainsi parler, à un échange entre les choses et la matière universelle, représentée pour Heraclite par le feu (2), de tous les éléments le plus subtil, le moins corporel (3), le plus propre à composer et à décomposer les cor[)s, à donner et à entretenir la vie. Confondunt letlet avec la cause, les Hindous déjà avaient puisé dans le refroidissement des cadavres la conviction que dans rhomme la vie était l'œuvre du feu.
On a souvent accusé Heraclite, et cela dès l'antiquité, d'aboutir, par ridentiticalion qu'il établit ou parait établir entre l'être et le non-ôtre, à la suppression de ce fondement de toute logique qui s'appelle le principe de contradiction (4).
(1) Tliéctéle, lo2 : xô -5v -/.(vr^Ti; y^v. I3ans le Cratyle, Platon dit en parlant des créateuis du vocabulaire : « Comme la plupait des sapes de nos jours, à force de se retourner en tons sens dans la reclierclie de la nature des choses, ils ont été in>^eiisiblement saisi", de vertige et se sont imaginé que ce sont les choses qui tournent et se meuvent absolument : et la cause de celte opinion, ils ne l'atlribuiMit pas à la manière dont ils sont alTcctés intérieuiennMiL. niais à ta nature des clioses en supposant (ju'au lieu d'avoir quelque cliose de fixe et de stable, elles sont dans un flux et reflux conlinuel. »
(2) Platon {Cra.yle, ii3 C), l'M:TAi;niji.: {De Ei, 8) et Simplicius (In Phys., f. 6» s'accordent à nous donner conjme la formule capitale d'Heraclite : II'jpo; àao'.or.v ~y- "r.iz-z'x. Mais si expressive qu'elle soit dans sa concision, suffit-elle pour qu'on doive considérer ce philosophe comme le fondateur du dynamisme moderne ?
(3) 'AawijLaTWTXTov (Aisiskite, De iniiina, 1, 2, 40.")).
(t) Platon appelle non sans quelque ironie ses partisans o': iiovxî;, et si on exaniine la façon dont ce système est exposé et réfut,é par
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Il semble même que le dernier mot de toute sa doctrine soit l'identib' absolue. Tout d'abord n'oublions pas que dans la sphère du lini aucun attribut de Tètre n'est suceptible dune réalisation complète : il n'y a dans le monde ni lumière pure, ni ténèbres complètes ; or, si de l'opposition des contraires naît la lutte (1), de leur habile rapprocliement sort l'harmonie (2). Le seul tort d'Heraclite a été d'exagérer cette observation, en soi exacte, jusqu'à tomber dans le paradoxe. Où nous écrivons : éW^menis r/ivers, il substitue sans hésiter : él<'ments discordants. Sa tâche, il nous l'apprend lui-même, est de mettre en lumière les contradictions que révèle l'analyse raisonnée des choses (3) : pour lui (et pareille conception équivaudrait en principe à l'arrêt de mort de la science) la nature est le théâtre de variations ind(''linies : mais ce que l'on n'a pas toujours sullisamment remarqué (4), c'est qu'il atlirme la stabilili' de la loi du changement à côté et en lace de l'instabilité inévitable de ses elïets.
Aristote, on pourra se convaincre que la controverse donne parfois de l'esprit même à ceux qui se piquent le moins d'en avoir.
(1) L"auteur des Bcfutations (IX, t); prête à Heraclite cette phrase : TIôXeiao; -i/Tajv -i-r^p ett-!, -rivxwv SaTÎXï'j;, et le pliiiosoplie, dit-on {Eth. Ei«L, VII, 1, 123;)», 28), blâmait l'nergiquement Homère d'avoir souhaiti- que toute querelle disparût du milieu des dieux et des hommes.
(•2| On connaît et l'on a souvent commenté la comparaison qu'Eryximaque emprunte à Heraclite dans le Banquet {{81 A), en la jugeant d'ailleurs obscure : te iv oiatpîpôfjLïvov ajxo aùtéï) ^ujjiîûâpôîjOac, iti7~ip ipijLOV'lav TÔçO'J tî xa'. À'jot,î. ,
(3) Frag. 1 : o'.r,Y£j;i.a'. xaTa ojj-.v (conformément à la vraie nature) O'.aipiojv r/.ajTov xa; cjpà^ojv oxio? 'iyzi.
(4) Que penser notamment de cette explication de M. lîréton : « Pour en finir avec l'idée de l'un, Heraclite supprime la substance. Ce qui Jusque-là n'avait été qu'une forme de l'activité de l'être, la transformation, le devenir, comme disaient les Grecs, lui apparaît comme la réalité tout entière. La loi fatale de l'évolution domine le monde et le constitue : rien n'est, tout devient... A mesure que l'on s'éloigne de la source et qu'on descend l'échelle de la réalité, le mouvement diminue, l'être apparaît de plus en plus. Le monde d'Heraclite est une chaîne à demi-vivante dont chaque anneau meuit et renaît tour à tour. ■>
C'est en somme un partisan de l'iiylozoïsme ionien, à la fois étendu et spiritualisé, si Ton peut employer cette expression. Le problème de la matière oriiiinclle le préoccupe moins que la loi de son évolution. Le feu dont il parle est une force omniprésente et perpétuellement active qui ne crée que pour détruire, et ne détruit que pour créer (I) : motus alU, non mutai opns. C/est un être éternel {-r^^o àE-.rwov) s'allumant et s^éleicnant tour à tour, s\ mbole de cet incessant changement dont la perpétuité est aux yeux d"Héraclite la loi de toute l'existence. Le soleil ne renaît-il pas chaque jour, tandis que dans l'année cosmique le même phf'nomène se reproduit en traits gif^antesques? Est-ce que la tlamme d'une lampe, en apparence immobile, ne se compose pas de parties en mouvement qui ne brillent un instant que pour s'éteindre aussitôt? Ainsi dans le monde tout se heurte, tout est aux prises dans une agitation sans fin. « Univers bizarre, écrit M. Breton (p. 150). où des modes ennemis se rencontrent dans le ciel intelligible et se livrent des combats épiques, se passant les armes de Fun cà l'autre, mourant et ressuscitant tour à tour? N'est-ce pas comme l'image à peine effacée par l'abstraction de cette impitoyable nature que la science nous laisse entrevoir et qui, à la poursuite d'une idée irréalisable, va brisant éternellem.ent ses moules et reprenant éternellement r('bauche d'une réalité aussitôt morte que née ! »
Mais voici peut-être ce qu'il y a de plus remarquable dans ce système. lie penseur qui a dit : Tout passe, tout s'rcoule, a dû plus que. tout autre chercher néanmoins autour de lui un / point fixe, et il semble que la dialectique pure n'ait pas été seule à le lui faire découvrir. Le premier, suivant j\[. Tanner}^ , lléraclile a rélégu(' au second plan l'explication mécanique de la nature pour mettre en rcliel le cùlé divin des choses (2) :
(1) Ce que rend admirablement, si Ton s(^ reporte au double sens do con/iccre, l'expression de Cicéron « confector omnium ignis ». Un critique a défini le l'eu d'IIéraclile « ignea materies (juasi esuriens novœque induenda'' vestis avida ».
(2) Les uns, s'attachani, (1(> piéféronce .i la doetrineoriginale, préten-
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grave événement (jui d('placa [>oui- longtenii)s Taxe de la pliilosopJiie. Ce llax et ce reflux perpétuel, cette lui le mlir les formes diverses de la substance unique, cette liarinonir wre de l'union des contraires (I), tout cela, loin de se [iroduiro au hasard, est dominé par une loi supc'rieure, par nu [irincipe premier (|ui est au-dessus de ces perpc'luelles vicissitudes et que le philosophe au début même de son ceuvre, a qualifié de XÔ70;, nom désormais célèbre dans l'hisloirc de la pensée (2).
dent qu'il a raiiieiir la théologie à la physique : les autres, appuyés sur le témoignage des commentateurs et particulièrement de l'auteur de^ Allrrjorics homi'riqifcs {(izolo'(t~. -zi o'jir/.i) disent qu'il a fait de la physicjue une théologie. Tous sont d'accord pour reconnaître le caractère religieux de ses théories, qu'ils fassent d'ailleurs du philosophe avec Teichmiiller un disciple de la sagesse égyptienne (des jeux de mots très voisins des fameuses antithèses d'Heraclite sont fréquents dans les hymnes sacrés de l'Egypte) ou un initié dos mystères avec M. Plleiderer. Voici comment s'exprime ce dernier : -t Ks ist kaum zu viel gesagt, wenn nian in H. aucli fiir die hedeutendste naturwissenchaftliche Lehre der Gegenwart (il s'agit de la loi de la conservation de l'énergie) den intuitiven Propheten erblicUt. ficwiss war II. von Haus aus kein Physiker in derWeise der Milesien. Aber trotzdeni weiss er aus dem uralten tiet'en Naturgefiihl der Religion, insbesondere der Mysterien heraus den innersten Puis und Herzschlag der Natur im grossen Ganzen gliicklich zu definiren und so auf seine Art zu anticipirenwas dritthalbtausend Jahre spiiter exakt nachgewiesen worden ist» /)/(' Philosojihiedrs llerahiil im Lichtcdrr .U//s/t')7V'/i,lîerlin,j88G). Malgré son dédain pour les idoles de l'Orient et de la Grèce, bien avant les stoïciens Heraclite paraît avoir tenté de dégager le sens scientifique caché dans les rites singuliers, dans les mythes étranges qui s'i'taient introduits sur le sol hellénique. Et tout ce qu'on vient de lire reçoit une conlirmation indirecte de la tradition, très répandue dans l'antiquité, d'après laquelle il avait conlié la garde de ses écrits aux prêtres de IJiane à ICphèse.
(1) Ou, selon le mot même d'Heraclite, t; ô;j.ovo'.a à-ô twv iva/T((ov, rtn sait que depuis Hegel, d'ailleuis admirateur enthousiaste de notre philosophe, le terme de /'(vresN (à la fo\s débat et m'irchf en (irmit) est deveiui courant eh Allemagne pour traduire ce que l'Ephésien dt'siguait par -ôX£;jLo;.
'- M. lîspinas {Anmdca de lu lùtcnllr dm Lettres dr Hnvilfiiu.r, 1803) veut que s ce penseur obscur, ami des coniradictidn'^, soit le père aussi bien de la philosophie transcendante que du naturalisme ».
Pour la première fois nous voyons apparaître ce que Taine appelait « la formule créatrice », «l'axiome éternel », je veux (lire la conception d'une règle du monde [Weltgesetz), d'un ordre universel remplaçant sous une forme nouvelle et plus philosophique Tantique fatalité. Sans doute ce n'est point encore une cause consciente, distincte des choses, moins encore une raison ordonnant le monde d'après des fins (l): mais c'est plus et mieux qu'une force aveugle et brutale : la voie était frayée à Anaxagore, C'est dans cet élément persistant ol immuable, et pour parler comme les modernes, dans cette loi que se concentre pour Heraclite la notion de nature: mais c'est aller trop loin dans le sens de Platon que de résumer en ces mots la cosmologie qui en résulte : « Omnia vigent, calent, omnia ordinate gignuntur et eflîciuntur : omnia denique Deo plena suntet referta. Totus in his Heraclitus (2). » Au reste l'harmonie dont il est ici question, est une harmonie cachée (3), que nos sens, attachés aux apparences, sont incapables de saisir : seule la raison peut y atteindre : encore s'agit il ici non de la raison individuelle, source permanente de préjugés et d'erreurs, mais de la raison générale (tô ïjvôv) à laquelle l'homme ne participe qu'en descendant au fond de sa conscience fiV On cite d'Heraclite ce mot profond bien fait
(1) Heraclite disait: a'.wv ttïT; sj-I •Trat^wv, -r.t'-z'jM'i : et la Ai/.r, dont nous parle un de ses frajj;ments n'est que l'ordre tout mécanique qui régil limivers. Remarquons à ce propos que nos antinomies pliysiques et chimiques (lois de l'atlraclion ot de la répulsion, de la dilatation et de la concentration, etc.) jettent une véritable lumière sur la phrase célèbre d'Heraclite: 'Ooo; àvoj, y.i-oj jjtfr, xa: wj-r] (HippoLYTÈ, IX).
(2) M. Dauriac.
(:{) ApiJLovta à'favTjC cpavîpr,; y.p--lzxwj. On lit dans Thémistius {Orat.\ , 69 B) : G'jT'.î xaO' HpâxXiiTov xpjTîTî^Oa; ci'.XîVjrraf^mient auquel Gomperz rattache le suivant : à-tT-fr, àyaOr]. àn'-T-ir, oiaoJvYâvE'. uti yrfnÔT/.zrjQaii,
('i) Sextus Empirions {adr. Math., VII, 13:?). — Heraclite se présente ainsi à nous comme un adversaire irréconciliable do ce "qu'un éminent critique de notre siècle a nommé « le sens propre » (■?) îoîa tppôvrjjtc, expression où (juolques historiens de la philosophie ancienne ont voulu reconnaître le témoignage trompeur des sens).
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pour eiicJiaaler Socrate : 'Ko'.;r,7i:jirjV £[jiiwjxôv...0î'.ôxato7 •;■l^.■:'r,■'('^ûi(i•. (jiTj-.ryj. Voiilait-il dire par là, comme on l'a aflinm'', que s'il a vu, s'il a cru qu'il n "y avait rien de n'el, du moins rien de [lermaneni, de lixe, d'identique, c'est pour avoii- contrairement à nos tliéories modernes constaté ce failen lui-même par l'cbservation intérieure (l)? Mais Xénophane qui l'a devancé, Hémocrite qui l'a suivi, parlant tous deux de considérations Iden dilîérentes, ont exprime'' sur le monde des phénomènes et sur la connaissance sensible une opinion très voisine. Hien ne lui était d'ailleurs plus antipathique que de traitera la légère les problèmes philosophiques : [j-i î'./.t, ---p\ xtùv ijh^^Hm') tjij.'^-AImijLEOa, répétait-il. Un de ses plus grands griefs contre la foule, c'est « qu'elle joue criminellement avec la vérité ». Il n'y a quune sagesse, « connaître de quelle manière la pensée gouverne toutes choses, et sV conformer en tout (2) ». Cette subordination absolue de l'élément individuel à l'élément universel (3) sera plus tard un des traits caractéristiques de la double doctrine platonicienne (ii et stoïcienne. On rapporte qu'Heraclite vécut dans la retraite, atteint d'une sombre mélancolie : c'est que chez lui le sentiment profond de la réalitt' multiple et fuyante s'accompagnait du regret d'un idéal d'unité et de stabilité. L'homme ne se consolait (|u'à demi [lar le philosophe.
(1) Voir M. Cliaignet,,Ps//c7/o/oi7(V' des Grecs,], [). 3k — Si l'on demande où se montre le plus ;"i découvert l'oriirinulité d'Heraclite, voici la réponse de M. Gomperz ; « Er spann zwisclien dem Natur-uud (ieistesleben Faden, die seitdera nie wieder abf,'erissen sind ».
(2) Fr. 19 : "Ev to tooÔv jjlo'jvov, È-î-taiOai •^^jouxt^^/ fi /.joEpvx'ra'. — àvTX
O'.k TÎX/TOJV.
{'■i) Fr. 133: K^tx ojt'.v avOp(o-'î; èstiv à),oYo;. Si ce passaj,'e est authentique, ojt.; aurait ici un sens assez différent de celui ijui lui est donné dans la plupart des autres fragments.
(4) « Tliis becoming to whicli Heraclitus points in tho matorial world must be Mie synibol ofa far protunder Irutli, nrwliicli llt-iaclitus never dreamed, whicL even failed IMato atlirst to value » (.VitciiiiiiiiiNu).