‹ La philosophie de la nature chez les anciensChapitre 53 sur 68 · SOCRATE X · texte numérisé non relu

SOCRATE X

« ponso la ponsée du monde », comnio s'oxprinie InjÀi'iiicusemont Xénophon (1). Voilà ce qu'avait vagucnKMil onticvii Anaxag^oro, voilà ce que Socrate a mis eu pleine himièie : avec lui le principe des causes linales lait son entri-e victorieuse dans la science. Chaque chose doit se délinir et s'expliquer par le rôle qu'elle joue dans l'ensemhle, par la part de bien qu'elle est appelée à réaliser: n'est-ce pas ainsi, et ainsi seulement, que l'œuvre matérielle acquiert un caractère intelligible? Socrate sur ce point s'exprime en termes aussi simples que précis au cours d'un dialogue avec Arisludènie : « J*]ntre les choses dont la destination n'est pas manifeste, et celles dont l'utilité est incontestable, lesquelles cunsidèi'es-tu comme unproduit du hasard ou d'une intelligence? — Il est juste de reconnaître que celle qui ont un butdutilité sont l'œuvre d'un être intelligent. — Ne te semble-t-il donc pas que celui (jui dès l'oiigine a fait les hommes leur a donni' en vue d'une lin chacun des organes qui leur permettent d'éprouver les sensations ?... Il n'a même pas sufli à la divinité de s'occuper du corps de l'homme : mais, ce (jui est le [toint capital, elle a mi< en lui l'àme la plus [)arlaite. » Ainsi la pensée qui conçoit le bien, et le bien qui devient le but de son action, voilà mar" qués pour tous les temps les deux éh'ments constitutifs de la finalité. Désormais l'i'tude des formes et des lins, (/ir Irlculogische Weltanschcniung , comme disent les Allemands, marchera de pair avec celle des causes efficientes et des causes matérielles, la seule (huit on se fût ]H'éoccup(' jusrjiralnis. Révolution féconde (Ji, dont l'histoire devait se charger de l'évélei' riniportance.

(1) 'l'sov-î^ï'. xr,v ïv -(7j xÔTafo -jjpôvr^j'.v. — Remarquons il ce |ii'oj>os que l'auteur des Mcmorahles, non coulent d'as-siinilcr Dieu à un artiste, est sans cesse tenté d'altril)uer à la divinité un véritable pouvoir créateur : il est même curieux de voir à quelles [iéii[duascs il a recours pour échapper à cette conclusion.

(2) « L'unité de la cause motrice est intiinement lic'c à 1 unité de l'objet final : c'est parce qu'elles obéissent à une seule im|»ulsion (]Uf les forces de la nature atteignent un but uniiiue » (.M. (ii;iuiAHi).

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Sans doute ce principe nouveau ne sera pas accepté universellement sans conteste; il soulèvera mainte controverse, il provoquera mainte exagération blâmable (1) ; mais il faudra ou l'accepter ou le combattre. Ajoutons que si dans les siècles suivants d'autres en ont usé avec une logique plus sûre et plus pénétrante, avec une dialectique plus profonde et une éloquence plus brillante, sous leur forme populaire les arguments de Socrate n'ont rien perdu de leur valeur ni de leur attrait. Qu'on relise, pour s'en convaincre, son entretien avec Euthydème (2).

Néanmoins pour avoir été un des champions les plus résolus de la Providence, Socrate ne fut pas un des premiers à en prononcer le nom (3). Depuis longtemps les diverses cités grecques se considéraient sous la protection immi'diate d'une divinité qu'elles honoraient à ce titre d'un culte particulier. Deux croyances, il est vrai, également répandues, la Fatalité avec ses sombres rigueurs, telle qu'elle apparut à Eschyle, et la «Jalousie des Dieux», tant de fois mise en scène par les poètes et les historiens pouvaient être regardées comme inconciliables avec le dogme d'une providence. Mais Eschyle Inimème nous fait assister à lu transformation des Furies en Euménides, des vengeresses du crime en divinités bienveillantes.

(1) Xéiioi)hon le premier n'est pas à l'abri de ce reproche « Was ist dem Xeiiophon dieNatur dereii wissenschafLliclie Retrachtung ilim eiii

' Greuel ist "? Sie ist iliin insgesammt nur ein Instrument fiir die Mensclien » (Joël). Jusqu'alors c'est à la nature qu'on avait demandé d'expliquer l'homme : les termes du problème sont maintenant renversés.

(2) IV, 3, et notamment cette phrase : « Le Dieu qui dispose et régit l'univers (ô xôv oXov /.o3ii.ov a'jvxxTTiov /.a', ajviy^tov) se manifeste dans l'accomplissement de ses œuvres les plus sublimes ».

(3) On a fait la remarque que Socrate emploie ce mot absolument, comme mi synonyme de la divinité, tandis que Platon (et les stoïciens après lui) y ajoute à peu près régulièrement lé génitif Oso'3 ou Oîôjv. C'est la forme mythologique qui fait place à la forme théologique. — J'avoue d'ailleui's ne pas très bien comprendre cette assertion de

' M. Maillet: « La Providence de Socrate agit sur la nature, comme sur Ihomme, pur une révélation continue du bien ».

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