‹ La philosophie de la nature chez les anciensChapitre 55 sur 68 · VII. — Les stoïciens · texte numérisé non relu

VII. — Les stoïciens

Chez les stoïciens, comme on va s'en convaincre, il est perpétuellement question de la nature (1) : peut-on dire qu'ils l'aient sérieusement étudiée et qu'ils aient contribué à la faire mieux connaître ? Et cependant quel rôle est le sien dans leur philosophie ? elle a sa place dans les notions premières, base de la dialectique : c'est elle en outre qui sert de fondement et de réi^ulateur à la morale entière ; enlin la physique s'étend au point d'embrasser dans son domaine agrandi jusqu'à la métaphysique elle-même. Ne serait-ce pas pour avoir laisse', peut-être à dessein, cette notion de nature dans le vague qu'il a été possible de là faire intervenir avec une égale autorité dans des sphères si différentes? Les stoïciens en ont donnt' des délinitions sans nombre : au cours de cette étude nous aurons occasion de relever les plus caractéristiques.

Tout d'abord la nature leur apparaît comme l'être le plus élevé et le plus parfait : ils ne veulent rien reconnaître, l'icn adorer qui lui soit supéi'ieur. Chrysipjjc disait : « Si dans là naluic il v a des choses que l'esprit de l'homme, que sa raison, que sa foi'ce, que sa puissance soit incapahle de léaliser, l'être qui h^s pi'oduit est certainement meilleur ([ue l'homme (2). » Zenon avant, lui était allé plus loin, et voici

enseigne que Dieu, surélevt' au-dessus du monde par son essence, le compénètre par son activité. C'est un compromis plus ou moins logique entre les deux cosmologies p(''rii)aléticicnne et stoïcienne.

(1) << Die -Natur ist der (Jrundl)ei.'ritT der StoïUer » (Du/nu'iv).

(2) De H'itiira (leonim, II, 0, et plus loin 7, IH : ■< Atqui certe niliil omnium lorum melius est mundo, niiiil piicslabilius. »

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son raisonnement. Tous accordent qu'il n'}^ a rien de plus beau que le monde : donc il a la raison en partage et avec elle toutes les perfections. Comment en effet concevoir inanimé et privé de raison un être à ([ui des êtres animés et raisonnables doivent leur existence? Pour le même motif la vertu doit lui appai'Ienir en propre il). Arj;umentation bizarre qu'un des interlocuteurs du traité De natura deorum rétorque d'une manière assez plaisante : « Hien de meilleur que le monde, dites-vous : et moi je dis, rien de meilleur sur la terre que la ville de Rome. Jugez-vous donc pour cela que cette ville ait de l'esprit, qu'elle pense, qu'elle raisonne?... De la môme façon vous prouveriez que le monde est orateur, matbématicien, musicien, qu'il possède toutes les sciences : enFin qu'il est pbilosopbe (2). »

Jusqu'alors une certaine distinction avait élé établie entre la nature et le monde : comme le montre ce qui précède, cette distinction, les stoïciens la suppriment ; Tunivers hérite de toutes les puissances comme de tous les attributs de la nature qu'il constitue et dont il est l'œuvre (3).

Poui' s'expliquer une semblable assimilation, A tant se souvenir que lorsque le stoïcisme entreprit de remonter à l'origine des choses, il ne sut pas aller au delà du grand fait de la nature interprété dans le sens panthéiste, grave erreur dont l'enseignement péripatéticien, nous l'avons vu, n'est pas absolument innocent. Nous assistons à la proclamation de ce que Ravaisson a très justement appelé le dogme fondamental du paganisme, dogme à la fois afiirmé et dispersé dans la mjihologie des poètes et dans le polythéisme des foules, à savoir la d('ilication delà nature (i). Les Hébreux qualifiaient

(2) j/^,iii, y.

(;3) « Nalura estqua} muiuhuii conlineat eumque tuoalur »(//»., II, H), ol dans un autre passade « Mundus seminator et sator et parens omnium rerum qua; natura administrantur. u

{^'^ On otijectcra peut-être (ju'à aucune "poque la Nature ne s'est vu

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