JU VÉNAL
(3j DiOGÈNE LaERCE, VII, 100 : ï/JVJ toô; É-'.^/,-Oj;jtivoj; à V.O;j.'j'j; uito
(4) On connaît le vers de Musset {La coupe cl les lérres] :
La nature, sans doute, est comme on vont la prendra.
540 CaAP. IV. — LA NATURE ET LE MONDE MORAL
pour lui en découlent? D'ailleurs comment la déterminer, à moins de connaître son orio^ine, cest-à-dire de remonter jusqu'à Dieu? Or, le Dieu des stoïciens, nous le savons, se confondait avec cette nature elle-même dont ils parlent à tout, propos (1). A chaque page de leurs traités on se heurte à des phrases comme celles-ci : « La divinité habite dans Ihomme ». — (( Le sage marche de pair avec les dieux ». Raison, nature, vertu, tout cela est tantôt distingué, tantôt synonyme. Bref, la nature se trouve pour ainsi dire déterminée a prioriy en conformité avec les idées dominantes et le but du système (2).
Ainsi toute passion nous est prést;ntée comme une perturbation intérieure, comme une maladie de l'àme (3), dont la cause est dans la matière où nos esprits ici-bas sont pour ainsi dire emprisonnés :
Igneus est ollis vigor et cœlestis origo Seminibus, quantum non noxia corpora tardant Terrenique liebetant actus moribundaque niembra. Hinc metuunt cupiuntque, dolent gaudentque vicissim (4j.
Le corps ne fait donc pas partie de la nature humaine aussi bien que Tàme, la sensibilité aussi bien que la raison ? Sans paraîtr'c s'en douter, on interdira au sage tout désir, sous prétexte que le désir est lavant-coureur de la passion : on lui ordonnera d'ignorer la compassion, la pitié, et d'étoulîer
(1) Ainsi s'explique le mot de Caton dans le De Sencctutc, II, 1. « Quid est aliud Gigantum modo bellare cum diiss nisi natura; repugnare ? »
(2) On le voit, les stoïciens, si singulier que iïit leur point de vue, n'ont pas commis l'erreur où sont tombés tant de philosophes de notre temps, lesquels laissent aller la morale se perdre dans le grand courant des sciences de la nature.
(3) Conclusion : pour la combattre et la rt'duire, les stoïciens font appel à toutes les énergies de l'homme, tandis (ju'Aristote voit dans les passions des impulsions que la nature a données à l'honmie pour son plus grand bien.
(4) Kmndc, VI, 730.
on lui le sentiment au point de ne soullrir ni de la perte d'un père, ni de la mort d'un ami. A ce compte, le sage stoïcien est un être de raison (I), auquel, pour être homme, il ne manque que ce qui s'appelle par excellence '( riiumanité » : le renoncement qu'on voudrait lui imposer au nom de la nature est en réalit(' un renoncement contre nature. Sénèque lui-même éprouve le besoin de protester contre de tels paradoxes : « Il y a des mouvements dont nous ne sommes pas les maîtres : nos larmes jaillissent souvent malgré nous et ces larmes nous soulagent : on peut olx'ir à la nature sans compromettre sa dignité. »
Prend-on au contraire lliomme tout entier? Nouvelle difficulté : dans son àme les bons éléments, les bons mouvements ne se rencontrent pas seuls ; il y en a d'autres, séparés à l'origine des premiers par une ligne de démarcation parfois à peine visible ; si Ton pi'end en bloc tous nos instincts, tous nos penchants pour les ériger sans autre critérium en ligne de conduite, qui ne voit à quels excès, à quelles hontes la porte est largement ouverte (2)? Au terme de cette route, la divinisation du vice était aussi inévitable que celle de la vertu. \\i eniin, ^ s'il nous suftit d'aller où nous pousse la nature, d'où vient que la pratique du devoir impose tant de sacrifices? pourquoi tant d'hommes déshonorent-ils par leur conduite et euxmêmes et la société à laquelle ils appartiennent? Kendons du moins cette justice aux stoïciens que s'ils n'ont pas été moins
(1) « Homini suuni bonum ratio est : si liane perfecit, finom iiaturi'i suœ leligit » (Sknkoce). L'homme cesse, de ki sorte, de faire partir de la nature pour devenir tout entier raison et pensée, de même (jue nous voyons Spinoza au cours de son exposition transformer sou Dieu nature en un Dieu esprit.
(2) Il était impossible que ces conséquences extrêmes n'ouvrissent pas les yeux des prudents : aussi Sén«'<iue iuj,ie-t-il nécessaire l'avertissement que voici : » Quod ])onum est, secundum uaturam est, non protinus quod secundum naturam est, etiam boiuun est. » (Lcllre IIS.) L'homme veut-il s'éclairer sur des besoins qui ne sont que factices, sur des exigences purement arbitraires? « Tons reperiendus est, in quo sint prima invilainenta natura;. » (Ciciîro.n, De Fiitibus, V, 6.)
erupressés que les philosophes du xviu^ siècle à se réclamer de la nature, ils n'ont du moins jamais cru que la vertu vînt toute seule et sans culture comme la lleur des ciiamps, lis enseignent à l'homme leilorl, au lieu de l'inviter à un aimable et mol abandon.
Mais 1 école comprit de Ijonne heure qu il convenait d'agrandir celte notion un peu étroite do la nature (1), et sans se demander si et comment la nature individuelle relevait du xôcr;j(.0(;, elle subslilua à cette première conception (2) ou plutôt y ajouta (3) celle dt; la nature universelle, que la physique entendue à la façon antique nous montre toujours en action dans le monde pour y maintenir partout un ordre invariable. Platon avait voulu que la contemplation des cieux servit à nous associer plus étroitement aux mouvements réguliers de la Divinité : à sa suite,('dirysippe enseignera que pour l'homme la première condition de la vertu et du bonheur, c'est de connaître et d'imiter l'univers (i), en faisant régner dans tout son être une harmonie aussi parfaite que celle des cieux. N'est-il pas lui-même une des parties (3) de ce vaste ensemble à la nature du(]uel sa constitution et sa perfection se trouvent irrévocablement liées (0) ? \H l'univers n'est-il pas un
(I) Théorie de Zi'iion.
(2] Théorie de Cléanlhc.
(3) Théorie de Chrysippe, dont la formule était- : ^vjv xatx Tr,v te xovitv cp'j(j'.v y.x'. loîdj; xT,v àvOpwTTivrjV (DioG Laerce, VII, 89) ou oncore /.a-z' àpE.TY,v «'j-où -/.ai y.y.T'y. xr,v xw"/ oXojv. Des divergences anaio^'ues se font jour dans le Portique moyen où le côté psychologique domine dans la morale de Panélius (^ôv -/.axà xà; OEOOjjiiva; Tf,i; cp'jjew; àçop(jià;) et le côté cosmologique dans celle de Posidonius (^v^ Ojtopoùvxa xt,v zôn oXwv àXr/iEtav xat' xâ;'.v, formule qui n'est pas moins platonicienne que stoïcienne),
(4) Ce qu'il appelait !l?jv -/.ax' saTTî-piav xùjv cj.j!7ï'. Tjfji^a.vôvxojv, — Cf. SkiXÈque. De la vie heureuse, 3 : « Rerum naturse assentior : ab illa non deerrare, et ad illius legem exemplumque l'ormari, sapienlia est. »
(5) DiOG, Laerce, VII. 87 ; ijlÉj-/; yàp e'.aov al r,fiéxEpx'. ojjôi; xr,; xoù 6'Xo'j, et Marg-AurÈle, II. 4 : à-Ô7xr,a3: xat oîov cpOiJia xoù /.ojao-j.
(G) Des vues sembtahles se rencontrent chez quelques-uns de nos penseurs contemporains les plus en vue. « Le cœur de l'homme rai-
Etal ininionse dont les dieux et les liommes sont éj^alement
les citoyens (i)?
Ainsi, si les astres roulent dan* leurs orbites, si les saisons
se succèdent avec une précision matlKMualique, si le (lux et le rellux de la mer obéissent à des influences constantes, e.st-ce là l'image de ce qui doit se passer en nous, et n'avons-nous pas d'autre liberté? Comprise de la sorte, la règle stoïcienne ne serait qu'une conséquence cach('e mais inévitable du panthéisme de la secte, de même (jue dans V PJlhiqui' de S|)inoza il n y a pas, il ne piMil pas y avoir à proprement [larlcr de devoir, mais une nécessité imposée à chacun de nous déjouer le rôle qui lui est assigné dans le grand Tout. Suivre la nature, c'est en ce sens s'incliner devant le destin, accepter avec une soumission parfaitement raisonnée mais entièrement passive ce que l'ordre des choses a réglé en ce qui nous touche. Aus-i bien, comment pourriims-nous y échapper (2)?
Une place d'honneur se trouve de la sorte restituée à la
sonnable et désintéressé bat à l'unisson, malgré les apparences contraires, avec le cœur même de la nature, et ses idées-forces soni, ou peuvent, devenir à la fin les idées directrices de l'univers» (M. I'ouillée, L'avenir de la métaphijUHiiie, p. 270;. — « La solidarité de la nalure avec riiomnie n'est pas une idée poétique seulement : c'est une idée philosophique et profonde. L'univers est plein de fils mystérieux (lui lient nos âmes aux choses » (STApFER,ia poésie satirique de Victor llur/o). — Les sociologues de leur côté parlent volontiers d'éléments cosmiques devant entrer comme facteurs dans leurs savantes combinaisons.
(i) « Ut jam universus hic mundus una civitas sit communis deorum atque hominum existimanda » (Cicéron). Plus tard Dion dans son Borysthénique (Discours XXXVI) montrera à ses auditeurs le modèle idéal des cités humaines dans l'ordre harmonieux de l'univers, de la cité divine.
(2) « Ducunt volentem fata, nolentem trahunt ». Faisons ipuiarquer en passant combien ce fatalisme, que certains voudraient ressusciter de nos jours sous un extérieur tout scientifique, est incompatible avec la no" lion de progrès. On l'a dit avec raison : si la nature est une souveraine absolue dont les arrêts sont justes par cela seul ({u'elle les rend, dont tous les ouvrages sont bons par cela seul qu'ils sont arrivés au jour, préparés par la série incommulable des causes et des ellels enchaînés les uns aux autres, c'en est fait de toute civilisation.
344 CDAl'. lY. — LA NATURE ET LE MONDE MORAL
la physique, science tics principes universels dont la morale n'est qu'une application et comme un cas particulier (l). Ignorer les ressorts constilulils du monde, les lois selon lesquelles il vit et se gouverne, les conditions éternelles de sa beauté, de sa stabilité, de son harmonie, n'est-ce pas rendre inintelligibles les formules qui traduisent noire fin suprême, n'est-ce pas leur ôter à la fois tout sens et toute autorité (2)? De là la recommandation bien connue de Sénèque : « Insère te toti mundo ». Notre liberté (si toutefois ce mot est encore ici à sa place i n'a qu'un emploi légitime : maintenir l'accord de notre nature individuelle avec la nature en général, entre l'effort permanent de la meilleure partie de nous-mêmes et l'ordre inflexible de l'univers. Que là comme ici ce soit la droite raison qui triomphe : à ce prix toute la suite de nos actes aura cette tenue majestueuse, ce cours paisible que rien n'altère et qui est le gage le plus sur de la félicité. Les stoïciens ne disaient pas : « Le sage est l'esclave de la divinité », mais bien : « il entre dans ses conseils, il s'abandonne à la direction de l'éternelle loi » (3).
Voilà sans nul doute un thème à développements oratoires, et le Portique n'a pas manqué d'y insister avec une visible complaisance. Mais à y bien réfléchir, il est certain que ce modèle que l'on nous propo^^e est bien éloigné : ces leçons de modération, de d('sint('ressement, de possession de soi-même qui nous tombent des ('toiles ne sont pas d'une intelligence facile, et servent mal à éclairer ces cas de conscience difllciles où les plus honnêtes se trouvent quotidiennement engagés. C'est en outre un modèle où rien ne m'enseigne les
(t) « La physique est l'arbre dont l'étliique est le fruit ». disait Clirysippe (Plutarque, De sto'ic. rejnKjn., 9). —Cf. De tinibus, III, 22.
(2) i( Xec vero quisquam jiotest do bonis et malis voro judicare, nisi omni cognita ralione natura.- ». {De Finibus, 111, 22,'. — Cf. Marg-Aurèle, Mil, .■)2 : 0 jjlÈv jrr, îlowç oz: lizî xrjjuLo;. où/. o^0£v OTtO'j etxiv, o o£ [it,
eIoÔj; ~pÔî O 11 7ré'£U-<tSV, oùx oToîV 07Tts £(Jt(.
(3) Cf. DiOGÈ.NE Laerce, vu, 88.
plus douces et les plus nobles d'entre les vertus humaines (\). x\près avoir fait du sage un cito3'en du monde (2), Marc- Auièle écrivait : « On perd aisenvent de vue les choses de la terre, quand on veut les contempler do trop haut ». De même, à vouloir se régler uniquement sur les mouvements inconscients de la mer ou des astres, c'est s'exposer à oublier ou à ne jamais connaître certains devoirs dont l'accomplissement jette cependant sur la vie autant de douceur que de noblesse (3).
Parmi les conséquences que les stoïciens ont tirc'es de leur doctrine morale, deux surtout méritent ici notre attention.
Tout d'abord l'importance que prenaient à leurs yeux ce que nous appellerions les leçons de la nature (4), et l'autorité qu'ils reconnaissaient aux idées innées (çuTixa-. i'wo'.o:'.), expressions des rapports naturels et invariables des choses. Dans leurs controverses ils y font perpétuellement appel pour ('tablir l'existence de Dieu, la survivance de l'Ame, et toutes les grandes vérités qui appartiennent au patrimoine de l'humanité. En face de ces croyances universelles, placées en quelque sorte sous le couvert et la garantie de la nature,
(1) Un romantique moderne pourrait soupçonner les sages du Portique d'avoir voulu copier dans leur attitude rinsensibilité de la nature au milieu des ruines et des deuils dont elle est la cause ou le théâtre, et son inaltérable et railleuse indifférence en face des joies et des souffrances de l'homme. Mais ce tliùme favori d'Alfred de Vigny ou de Victor Hugo était à coup sûr bien étranger aux spéculations métaphysiques des stoïciens.
(2) Il est superflu de faire remarquer par quels liens ce cosmopolitisme qui est une des notes caractéristi(iues de la morale des stoïciens se rattache à l'ensemble du système et tout particulièrement à leurs vues relatives à la nature. Ils se vantaient, non sans raison, d'avoir créé les droits du genre humain.
(3) C'est sans doute à quoi pensait Cicéron quand il écrivait : « Naturam universam ita conservare debemus, ut propriam sequamur. »
(4) « Uerum plurimarum obscuras nec satis expressas intelligentias inchoavit natura, quasi fundamenta qua^dam scientiaj » (lie lc<jibus, I^ 9). ,( >'alur;o in nos beneficium, quod viitus in omnium animas lumen suum permitlit. » iSénèqck, Des bienfaits, IV, 7, i)
s'élève le Ilot toujours mouvant des Inpothèses et des opinions (1).
En second lieu, leur indillérence au moins théorique pour tout ce que le hasard ou la fortune peut nous ollrir. Le sage n'a besoin de rien (2). Que lui importent les événements extérieurs, succès ou échecs, plaisirs ou douleurs? Remplir la fin assignée par la nature suffit ou doit suffire à notre félicité (3). S'il n'y a rien de plus insatiable que l'opinion, il n'y a rien de moins exigeant que la nature (5) : tout ce qui doit nous rendre heureux ou meilleurs, elle a pris soin de le mettre à notre portée, en nous ou près de nous. Sénèquo, le lavori opulent de Néron avant d'être l'objet de sa haine, ne tarit pas sur cette bonté complaisante de la nature (3), et aux constructions gigantesques, aux prodigalités ruineuses, au
(1) « Opinionum commenta delet dies : naturœ judicia confirmât. » {Dr natura Deonan, II, 2).
(2) « Quum tioc sit extremum, congruenter naturœ convenienterque vivere, necessario sequitur, omnes sapientes semper féliciter, absolute, fortunate vivere, nulla re impediri, nuUa proliiLeri, nulla, egere. » (Cicéron).
(3) Marc-Aurkle, IX, 42 : Oj-/. y.zy.ri toùxo oxt -/.axà ç'jatv tt^v ctv; -.: ÏT.zo.l'u.z, àÀXx 'cojTO'j ij.'.crOov Çr,-i~.:, ; — Cf. CicÉRO.N {De ^cncctule, XIX, 71) : « Omnia quœ secundum naturara fiuat, sunt habenda in bonis ... tîien entendu, il ne saurait (Hre question ici de celle nature indépendante ou révoltée qui selon le mot d'Horace {Satires, II, 7) tantôt nous liarcèle de son ardent aiguillon :
Acris ubi te
Nalufa incondit
tantôt n'est contenue dans ses plus fâcheux écarts que par la crainte du châtiment :
Toile periclum,
Jam vaga prosiliet Irenis natura remotis.
(4) « Exiguum natura desiderat, opinio immensum. » (Sénkqlt., Lettres à LucUats, XVI), C'est là d'ailleurs la traduction presque littérale d'une maxime d'Epicure rapportée parmi les y.jp:oii 00^x1 par Diogène Laërce (X, 144). — Cf. De Finibns, 1, 13.
(o) « Ad quœcumque nos cogebat, ultro instruxit». — « Sufficit ad id nalura quod poscit » — u Parabile est quod natura desiderat, et cito apponitur ». — Lucrèce, en de très beaux vers, avait déjà soutenu cette même thèse.
ÉDUCATION Eï MORALE 547
luxe effréné et corrupteur de ses contemporains, l'auleur des Lettres à Lucilius oppose la Iiugalilc des prôuiiers hommes, qui sous la voûte du ciel, au milieu des simples plaisirs de la vie champêtre (1), jouissaient d'un bonheur que devaient b^ur envier leurs riches descendants.
Avec les siècles, le stoïcisme primitif a perdu de ses vastes ambitions, comme de sa roideur sévère et de sa tierle provocatrice. A l'heure où il va disparaître, Marc-Aurèle, nouveau Socrate, avoue qu'il est resté étranger aux spéculations des physiciens. Aussi bien à ses yeux le monde n'est plus ce concert sans discordances dont parlaient à l'envi les fondateurs de l'école : c'est le théâtre d'un perpétuel changement, torrent immense et rapide où tout passe et disparaît. Le cours des choses obéit-il à une nécessité fatale, à une Providence, au hasard? L'âme incertaine de Marc-Aurèle hc'site entre ces solutions opposées (2) et se replie douloureusement sur ellemême. « Tout ce qui t'accommode, ô monde, m'accommode moi-même. Tout ce m'apportent les heures, ù Nature, est pour moi un fruit savoureux. Tout vient de toi, tout est en toi, tout rentre en toi (3). » Et dans cet acquiescement résigné aux arrêts d'une puissance aveugle, il veut qu'on trouve « un sentiment d'amour pour la nature « (i). (ù'est ainsi qu'en lui le stoïcisme survivait à toutes les désillusions.
A l'autre pùle du monde philosophique, les Epicuriens s'accordent ou paraissent s'accorder avec les stoïciens sur un
(1) « Levis umbra aut rupis aut arljoris, el peilucidi loutês, et praUi sine arte forraosa : inter hoc af;resle domiciliiini ruslica pusiluni inanii. II;i,'c erat secunduni naturam domus. » (Sk.nkuuk, Lrttics, XC.) Maint passai^'e de la (icnnanic de 'l'acite, coiiunr' iuk; pai^o, côli-lire de Lucrèce qui sera citée [dus loin, procède do la ni^'-iue iuspiralion.
(2) XII, 14. — Cf. l'alinéa final de V.U/ricola de Tacite.