‹ La philosophie de la nature chez les anciensChapitre 7 sur 68 · LES HÉBREUX · texte numérisé non relu

LES HÉBREUX

avec nombre, poids et mesure (1) : ce qu'elle a créé, um* Providence vigilante le conserve ; si le monde subsiste, et* n'est pas qu'il porte en lui-même les causes de su durée : c'est parce que Dieu aime ce qui est sorti de ses mains (2). L'homme rêve d'atteindre à la science et à la sagesse : entreprise difficile et même téméraire, car les intentions vérita])les de la divinité demeurent cachées à la faible intelligence humaine. Nous avons une peine incroyable à comprendre ce qui nous entoure : comment nous flatter de péni'trer les prodiges célestes (3)? Qui jamais a coinpté le sable de la mer, les gouttes de la pluie, les instants de la durée? Qui a mesuré la hauteur du firmament, l'étendue de la terre, la profondeur de l'abîme (4) ? « Je me suis proposé, dit l'Ecclésiaste, de soumettre à mes investigations et à mes recherches tout ce qui se passe sous le soleil » : mais il se hâte d'ajouter que si Dieu à ainsi livré le monde aux disputi^s des hommes, afin de donner un but au besoin d'activité qui les dévore, c'est qu'il était assuré qu'ils ne réussiraient pas à pc^ni'-trer ses mystérieux desseins (o). « J'ai appliqué mon esprit à la science et j'ai vu que ce n'était que fatigue et affliction d'esprit. » Conclusion désenchantée, mais qui n'est pas pour surprendre sous la plume à qui est échappée cette exclamation fameuse : « Vanité des vanités, et tout n'est que vanité ! »

Très antérieur aux livres sapientiaux, le poème de Jacob a paru aux esprits philosophiques le joyau de l'Ancien Testa-

(1) Sagesae, xi, 2i. -^ Dans un passage de VEcclésiastiqur (xlii, i'i. Omnia diiplicia, unum contra lomm, et non fecit quidqnam déesse) Bernardin de Saint-Pierre signale une remarquable expression de cette loi de la nature qui oppose les êtres les uns aux autres, alin de produire des convenances : loi dans laquelle il voit non sans une évidente exagération « la clef de toute philosophie ».

(2) Quomodo posset aliqiiid permanere, nisi tu lo/u/.sscs y aut qwnl a te vocatum non esset, conserviretur ? Sa'jcssr, xi, 26).

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