‹ La philosophie de la paixChapitre 4 sur 11 · I.A l'IIirOSOl'HlE DE lA PATT · texte numérisé non relu

I.A l'IIirOSOl'HlE DE lA PATT

TI

lîon nnmhre d'apologisles df la paix sn pinisrnt h faitP re\ivi*i"' les horreurs du combat, <ît. Ipsdnureurs dr la concorda: ot l'on ne peut dirn que celte méthode soit m.invaisf en soi. Il est o]i|M:»rl.un de remployor dans nnoronfi-rence populaire ou dans une classe d'i-cole ivrimairc. On ne sanrnit trop se Lisser de faire entendre h un nudiloire que Và<î(* ou K'i ciiltitn' laisse encore accessibli' ;ui\ ('motions \iolpnles, tant d«^ pages éloquentes, rrrits dr luitailles. scènes d'ambulances, tablcanvclr- pilhif^e cl d'incendie, où un Vigny. unlIu.S'o, un Tolstoï, im Duiianl oir un Yeretschagiiine onti^crit leur ptlié on leur cfTroi. Le malheur est que ce genre

itrargtimenUntion ne pfiit créer qu'une disposition superficielle et passagère. 1 n frisson d'horreur ne suffit pas à j^lablïr une conviction, car il rencontre au (omî ides consciences un Iréfond de dispositions conlndictoires naturelles on arlificiellts. n Ail healthy men like fighiing, and like lin- sensé of danger ». dit Uuskin ; « ail brave wouien like tn hear of their lighling, and of their facing danger » (i). Et le fait est que, chez les nfants surlout, — (|iiel enfant n'a joué au soldat ? — lc«

(i) « Tout tmiiinii.! sain su plail an coinlwl pt a la sonsalîou iln ingor ; touto femme do cmur oimo k entendre raconter co Iflombal <'t à savoir comment l'homme a bravo co danger » {M'or, lo, dans : Craii'it of u-iltl OUct').

i.\ rniLOS(jpinc de la paix;

tableaux violents excitent moini"- d'épouvante que do respect admiratif pour les acteurs et d'envie pour les témoins. Eu outre, l'éducation a déposé cliez la plupart de nos contemporains la superstition du courage militaire. Les cours d'histoire qui se professent dans nos écoles primaires et secondaires n'exaltent guère d'autre l'orme d'héroïsme ; Jeanne d'Arc, Turenne, d'Assas, Barat, sont, pai' un pri\ilègc aussi injuste qu'explicable, les types iintiouauv à jicu près exclusifs de la valeur et du piilriotismc. A ces prédispositions sentimentales, il est utile, sans doute, d'opposer d'autres sentiments plus équitables el plus réllécliis, l'admiralion des vertus domestiques el de i'Ivéroïsme civique. Mais il est plus lacile d'énoncer ce vœu que de réatiser, par cette luéthodc, l'éjucaliou pacifique des esprits. La psycliolojE;ic des sentiments est encore à fairei presque tout entière et l'éfliicnhun tlii lu-nr [wu le livre un rotiseiLaiemcnt oivil cit s;uis doule le eliapitrej le plus obscur de toute la pédagogie. Faire a[>pe[ auJ sentiment est bien; ne compter que sur l'émolioai pour convcrlir un adversaire ou récliauH'ei' un tiède] serait pure utopie.

LA. l'ittuisorniE m. i.\ p\i\

Il psl, ou revanche, [tins facile de n'roniirr une

idée fausse que de corriger un lempénuneuL ot l'csI

principalcmrnt à rnliiratioii de* iiilelligojiix's que

doivcnts'allaclicr les apôtri-'s de ridée pacifique. H n't'sl

pas yaiû, d'ailleurs, d'cspc-rer qu'une furie éducatiuii

inlcllectuelle peut réagir à son lour sur la scnsibililé.

[Mais encore convienL-il dt* fain- \m clioi\ paruii les

arguments purement rationnels que les pliilosophes,

r'ies suciologues ot les économislcs ont multipliés cuntre

ila guerre. Un rapide e\amen nous montrera qu'ils

sont lr>in d'Ôtre tous également décisifs.

Hue peuïicr, Iwil d'alMirii, de l'argument utilitaire!* tA première vue il n'en est pas de plus fort. Puisque, fen elïel, la plupart des gunrres sont engagées en vue Id'un intérêt. — économique, politique, religieux, — n'est-il pas nécessaire et suflisanl de démontrer qu'elles ont été' le plus souvenl une « mauvaise affaire m P La liste serait longue des guerres qui ont mal [fini pour l'agresseur et des victoires qui ont épuise le vainqueur. Telles sont les victoires d'Alexandre et d'Annibal. de Philippe II et de Napoléon même. Inversement certaines guerres malheureuses sont deve- [ nues pour les vaincus, des sources inattendues de progrès. C'est ainsi que l'échec colossal des croisades a ouvert à la civilisation orientale les portes du monde

i.A. PiiiLOSOPiirn iir, la i'AIX

chrétien. Les "iriierres d'Ilalk', désastreuses pour nos armées, ont luilé m France rcclosion de la Renaissance ; la pnerrc de Trente Ans a donné à l'Eifrope la pai\ religieuse ; Valniy et Jemmapes ont ouvert I "Allemagne h. la Révolution ; et l'on ne peut nier que la France a puisé, dans l'elTroyable « Débâcle » de 1870- 71, une énergie nouvelle qui lui a permis, en trente ans. de reconquérir ses libertés ]iolit(qiie<i, de rétablir son crédil polilique dans In monde, de qTiadriqiler son empire colonial, de multiplier 1rs écoles et les institutions sociales.

Mais qu'on ne s'y trompe pas. Autre chose est, pour l'historien, de démêler au milieu d^; maii\ incalculables, certaines conséquences heureuses des j^uerres d'aidrefoîs, autre chose pour riiommo d'Ktat d'évahier les profits el les pertes probables d'un conflit imminent. S'il nous est aisé, grâce à la perspective des années, d'estimer le bilan des guerres passées, ce bilan est préciscmenl ce que les témoins, et h plus forte raison les insligaleurs des guerres, sont le moins en étal d'cTalucr. Les exemples que Ion vient de lire viennent juslement à l'appni de cette vérité que les conséquences, heureuses ou fVicheuses, des guerres sont presqtw toujours beaucoup en der.'i ou au delà de l'altenlp ife leurs auteurs responsables. Le génie quasi-diviu.iirur

t.i rmi.osoriuE de l*. paix

de Napoléon n'a |ut'\u ni l;i i-L-Intite t]c Russie, ni Waterloo, ni Saliile-ïli^lLMie. A qaoltc> incommensurables déceptions ne sont pas exposées les nations dont !e sort repose entre les mains d'un Charles XII. — ou d'un maréchal Lehœnf !

Au reste, « intérêt, grandeur, prospérité, richesse » d'im peuple, ne sonl-ce pas là des mots dont se paient les liisloriens? Il n'en est [kis nn, je pense, qui conteste que de Sadû\>a et du traité âo Francfort datent la « prospérité n et la c grandeur ji de 1' \llemagne con- Icmpor.'iine. Kl sîuis doute 1rs statisticiens nous diront, à quelques millions près, l'emploi des 5 milliards ■ ils traceront la combe ascendanic du commerce cxl/'rieiu de l'Allemagne. Mais, en regard, metlronl ils \v ilécliet matériel et moral, les milliards gaspillés en forteresses cl en cuirassés, la politi(|U(' hriilale des trente dernières années, le déclin du libéralisme ? El surtout nous diront-ils jamais en quoi le progrès du commerce et de l'induslrie est précisément et exclusivement dû aux victoires de iStitJ et de 1S70, bien pbilôl qu'au génie laliorîeux et patient des ingénieurs et des négociants qui, sans coup férir, ont envahi les marchés roumains, turcs on argentins? D'où l'un peut conclure que des a bienfaits « de la guerre il est à [leu près impossible |e dresser le couqilc exact après coup, et cliimériqrie

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