L.\ Pini.OSOI'HlF; DK L\ PAU
de prévoir les conséquences avaBt la première balailï Dans ces grands boulcversexnenls, il y a toujours' perdre, mais aussi à ■^'agner, même pour les vainci L'ulilitû d'une guerre reste donc, pour les DatÎQj coaime pour ha individus, un painl d'interrogatî( C'est, comme un coup de Bourse, canirae une ascé sion périlleuse, un risque à courir ; or il est quelqi fois avanlflgeux et toujours tentant de courir un risqud
On en pourrait dire aulant de Tarf^ument, si frappa d'ailleurs, tiré de l'cnormité scajidaleuse des dépens^ improductives nécessaires à la paix armée. Notnl d'économisles voienl dans les grands armcmenls uï source de salaires qu'il serait difficile de reniplat avant de longues années de crise, et un stimulant de '. production industrielle, fl'pst ainsi que nous devons bicyclette à l'invention des aciers résistants et lég< nécessaires aux grands cuirassés ; la marine mi chande a béncficic de l'inventiun des moteurs à gra vitesse créés jmur les besoins de la marine de guei L'aérostalion militaire n"a pas peu contribué aux couvertes récentes des aéronautcs ; et bien d aut( exemples pourraient être cités, qui prouvent que l'i gumenl d'utilité n'est, à tout prendre, qu'une approl] mation.
LA rniLosopiiiE de la paix
Cet firgtimcnt l'catk', loulcs les discussions sur la guerre peuvent sp ramener h deux points de vue : celui du piil el cchii du tirait. Le premier a Hé surtout adoptr par les évolutionnistcs ; le second relève de la morale, cl c'est le kantisme qui en a donnt' la formule lîi plus satisfaisante.
Lévolutionnisme conduit le pliiloso]ihe à se demander si, en fait, la marche nalurelle des sociétés humaines ne les aiiirue pas de l'état dispersé, condition de Ions les conflits guerriers, ù Télat org^anique, qui supprime les compétitions en absorbant les groupements de laihle étendue dans une unité supérieure. L'humanité, dit Spencer, passe nécessairement du militarisme, caractérisé par la coopération ohligatoire des citoyens, à l'industrialisme, qui est pacifique par définition, et fondé sur 1^ coopération volonlfiire ; elle évolue, de la concurrence destructive entre ^a'oupcs extérieurs les uns aux autres, à la concurrence féconde entre agents producteurs au sein d'une inéuic humanité. L'extrême diflérenciation, qui mettra en valeur les facultés individuelles, aura pour réciproque l'extrême intégration, qui ne laissera plus subsister face
LA pirit.osûi'niir de la i'aix
à face d éléments sociaux, hostiles et impc'nctiabtes. Les fadeurs anti -sociaux s'accommoderont au milieu ou s'ôiimincrurit d'ciix-mèrues, et l;i crlmlnalili- iiilcrnallonnlc disparaîtra en verlu des marnes lois que la crîminalit*^ individuelle.
Pour trijincr fa fcmlirinalion expérimentale de cette tliéorie, il sulTil, scmblc-t-il, de jeter les yeux autour de soi.
Faits sociaux d'abùid, N'est-il pas évident que la civilisation diflerencîc les individus en développant h l'extrême chez chacun d'eux dc!? virtualités qui restaient endormies chez l'homme primilif? Dans une hoitlc sauvage les ressemblances entif individus éclipsent presque totalement les différences, tandis que deux Français du w" siècle, habitant la ruême région, U même ville, la même n»aison, peuvent èlre profondemont séparés par les croyances, les opinions, le degré de ( ulture, la profession, pour ne rien dire iti\s préjugés de mode. En revanche, la civilisation identifie les groupes. Les deux Frîinçaii* dont nous parlons onl oublié lesquetflles qui divisaient leurs ancêtres bretons ou normands, lorrains ou bourguignons; et re nivcllft» ment des particularités provinciales s'accentue d'antaat plus que l'individu appartient à des classes plus cuUivées. Dépassons les frontières. D'un bout à l'autre <
l'Europe, noua rencontrons, dans une bourgeoisie de plus en [jJus nombreuse, mêmes mœurs, mêmes modes, mêmes formes d'art, l ne catégorie d'individus, restrointe il t?sl vrai, m-iis dont lu prépondér.inou ne cesse de s'accentuer, élabore une science absolument înternationate. I^a religion et la philosophie peuvent diviser des compatriotes, de proches parents môme, et les mctli'e nior.deninnl d'accord avec des étrangers. Le Dieu des pbiloiîoplies et des chrétiens est réetlcmont hors tlel'espacr». «Son royaume n'est pasdn ce monde»: c'est dire qu'il ignore les distinctions territoriales, et c'est pourquoi il a cessé d'armer le bras séculier des maîtres de la (erre. Il n'(>sl [las jusqu'à la législation fjui ne (ende à dépasser les frontières politiques. Non seulement la loi uiufie [lartout les axles pi-ovlnciaux, les coutumes locales, mais le droit civil, pour ne rien dire du régime politique, de tons li;s pays, tend visiblement à l'unité. Le fall est plus frappant encore en matière de législation commerciale et ouvrière ; une véritable émulation semble pousser tons les états d'Europe ainsi que les Républiques américaines et océaniennes, à régler dans un même sens les rapports 1 du travail et du capital. En d'autres termes, les nations Hjmodernes, sans entente préalable et sans contrainte ■' extérieure, par le seul effet d'une ambiance commune
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A PIllLOSOl'IUE DE LA I»A1\
" créée par la civilisalion, tendent a s'assimiler à un lype uniforme ; elles évoluent vers Tunilé, vers la paix.
Plus lopiques encore, les laits érononaiqnes fortiflenl letle tendance et assurent mécaniquement au mouve-
ment une dJre<;lion invariable. Les vers de ^ ign\
Le iiioiide est ri'lri"ci [lar notre expérionce. Et l'imtvors n'est plus ijn'iiii ci^rcl^î trop étroil.
cxprimaicnl déjà il y a cinquante ans cette vi'ril<'':, devenue banale, que l'outillage moderne rapprûdie les individus. Il accélère loui d'ah-ird la circulation des personnes, et, [ku- là, il faut entendre bien moins les voyages d'agrément que les énormes dé[ilacenieixtfi d'émigranls ou de Iravailleurâ qui, ebaque année, par centaines de milliers d'hommes, abandonnent leur patrie sans espoir de retour. Au moyf n Age, il était presque impossible à un ouvrier de trouver du travail hors ■ ilu lieu où il était né. Aujourdbui des Italien.s creusent les tranchées du Transsibérien, et des monlaynards basques s'engagent dans les fermes de la République Arjrentine. \in.si s'accroît le nombre des hommes dont la patrie ne sulïit ni à leurs plaisirs ni à leurs besoin». Au reste, ceux qui demeurent ne se passent guèrô plus du travail des autres nations. L'Angleterre, en
i,.\ fmi-o^ni'iiiK Dii LV l'.viï
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iS5o, produisait à peu près loul son blé. Elle importe aujourd'hui 8/| "/^ de celui qu'elle consomme; son bétail ne lui suffit que pour les 'i!'^. Au total, elle n'arriverait à se nourrir elle-même que pendant i)i jours par an. A la France seule, elle achète chaque année uu milhard de marchandises, et ne lui \end que pour Thm millions. En revanche, la France reçoit d'Ang^leterre jilus de la moitié de son charbon, une parité de sa fonte, de ses machines et de ses navires.
Cet exemple de l'inlerdépendance croissante qui rend les nations solidaires tst d'autant plus frappant qu'il concerne des pays de très ancienne civilisation qu'on aurait, pu croire plus rebelles aux Iransformalions économiques. Mais si l'on considère les pays de cullurc plus réceate, dans lesquels la spécialisation agricole ou industrielle a été dès l'abord poussée à l'cxlièuie, on renconlre des cas plus typiques encore. La jeune Képuhlique de Cuba ne produit guère que du tabac et du sucre ; mais sa production sucrière, qu'il sera possible do quintupler, suffit, dès aujourd'hui à plus des deux tiers de la consommation du monde entier. En revanche, elle attt'nd d'Europe et d'Amérique tous les capitaux et tout l'outillage nécessaires à l'exploitation de ses incalculables richesses. De i8()3 à i()o3, l'Afrique australe a porté la valeur de ses acLats à l'Europe et à l'Ame-
rîqiie de 3^(<) 5ooooo francs à i u'io millions; sa pmssancc d'achat était ainsi, en lo ans, quasi quadi plée ; mais, en même Icmps, la production de lor éÊ Transvaal est devenue l'un des élénieiiU les plus ii portants de l'équilibre des boiir'^es eui-opécnnes. Aii le nombre croît knis les jours des régions qui iit- se suffisent pins à elles-mêmes et dont la production est indispensable à un marché sans cesse accru. El l'on ron(;oit que la guerre, avec les perturbations violentes qu'elle jette diins le jeu normal de roîlïc et de la demande, semble aux évoltilionuistes appelée à s'éliminer spontanément d'une sociéU' mondiale, consciente de rtinivcraelle solidarité de ses intérêts (i).
Aussi bien ces faits, pour matériels qu'ils sont, n* ont pas moins un rctenlissenient profond sur la morale des hommes civilisés; car avec Ses richess plus vile même, grâce à l'électricité, les idées circuleï îlotrc horizon moral s'est depuis un demi-siècle pr< digieusement élargi. Le journal quotidien appoi presque gratuitement aux inoins curieux des Iccteui
(j) On Irouvora il'aulrps oncmplos de snliilarili'- rronomîi «!îin» le livre de Al. J. INovicow, la Fcdrration de t Europe, in- Paris, I r)()o.
une revue des rvcncments acc^jnTplb la veille dans le inonde eritiei". Combien noire sensibilité cilt été moins secouée par les événements rwents de l 'Afrique du Sud ou de l'Extrémc-Orient, si des voiliers nous en avaient ap[K>rlé l'écho avec trois mois de retard !
\ous avons dit déj.'i qut; la science et l'art ne connaissent point de frontières. Ajiiutrjns iiiainteiiaiit que le nombre croit des hommes auxquels la pensée et l'efl'ort créateur d un certain nombre d'étrangers sont devenus un aliment indispensable. Au raoycn-àge, les ouvrages de théologie et de science, encore qu'ils fussent écrits dans une langue intellîf^ible à tous les lettrés, n'intéressaient qu'un nombre inlime de moines et de clercs. An xvii'' même, le DiMYHiiw di- In Mtltlioilt'. dul être traduit en latin jiour pénétrer dans les milieux savants, et texte ou traduction ne furent fruèœ Insqne des philosophes. Aujourd'hui, l'inmiense majorité îles lit- Icralcurs et des savants écrivent dans leur propre lanfiue; le danois, le russe, le hongrois et le japonais sont I dc\<nHis des idiomes scientifiques, au même titre que le françnis, l'anglais ou l'allemand, l'^t cependant jamais les hommes qui pensent ne se sont tenus mieux aux coiH'ants des idées îiors de leur pays. Les savants n'écrivent jilns H ne lisent guère le Intin, m;us presque tous sont en état de lire les ouvrages de langue étran-
LA PHlLOSOfllH-: PB LA PAIX
gère qui intéressent leur spécialité. Au reste, la vulgarisation des découvertes et «.les inventions se réalise avt une extraordinaire rapidité grâce àcertaiins périodique spéciaux tort bien rédigés en toute langue, grâc ni(ïme à la presse tpiotidienne qui multiplie tes chroniques étrangères et les articles scienliliques. Les nonii de I*asteur, de Nansen, de Rœntgen, de M""" Curifl sont populaires dans tout le monde civilisé.
Mais il y a plus ; ce n'est pas seulement la curio&ité, c'est le goùl artistique et liltéraire qui s'est plus largement ouvert aux manifestations du génie étranger. E le fait est d'autant plus frappant, que l'art échappe, pai définition, à l'internationalisme propre à la véril scientifique et qu'il porte toujours le cachet d'une époque et d'un milieu. Quoi de plus dilîérent qu'une tûdc symbolique do Bnrne Joncs ou rpi'un « plein-aîr )lj de Corot:' Quel n'est pas le contraste entre AVagucr Gounod, Ibsen et Brieux, Kt[>Ung et BourgetJ d'Aunun;tio et Zola ! Il n'est [jas rare cependant que les mômes amateurs et les mûmes lecteurs se sentent, quelque degré, accessibles à des formes d'art aussi diverses. 11 n'est pas douteux, d'ailleurs, <jue le got public, à s'élai'gir ainsi, ne risque de perdre en purot ce qu'il gagne en étendue ; et l'on conçoit que M M . Bru^ netièro, Lemaître et Doumic se suiout alarmés di
fdccHii inanifcsln du caractère national des litlcralures, [ais, l'âchcux uu non, le fait est acquis en laveur de l'évolutionnismc : cliaquc jour diminue I13 nunibie des hommes qui n'attendent que tlu génie propre à leur race l'aliment de leur intelligence et de leur sensibilité. Un est en droit, dès lors, de se demander si la menlalitc nationale elle-même n'a pas été profondément altérée par la formation d'une mentalité interna lionale, si le palriolisnie peut coexister intact avec le scnliment de l'étroite solidarité morale des hommes de toute langue et de toute race. Mais, en vérité, comment s'étonner que le sentiment national ait évolué, alors que, de tous les sentiments sociaux, il n'en est pas un. peut-être qui ail subi, dans l'histoire, de plus profondes transformalions. Nous le trouvons religieux d'abord, civique plus tard; ethnique ici. polilique ailleurs ; fédcratif par endrcvil, d'autres fois centralisateur. L'étrange serait, au contraire, (jue ce sentiment, variable dans le passé, dût précisément se fixer et se cristalliser dans la forme qu'il revêt aujourd'hui dans vm nombre plus ou moins restreint de consciences. Les républiques italiennes se sont haïes au nioYcn-;%c plus que la France et l'Angleterre au iiv" siècle; rAllemagnc ne s'est cveillée qu'en iSi5 au sentiment de son unité morale. Dès aujourd'hui, le patriotisme national, sivivacc pourtant dans les princi-
paux pays d'Europe, s'associe ù un scnliment plus compréhensif. Depuis peu d'années, on a vu, en présence des grands drames qui ont ensang-lanté certains jxjints du monde, Arménie, Transvaal, Macédoine, se constituer une h opinion dti monde civilisé », avec laquelle les hommes d'Ktal auront bientôt à compter. Sans doute, l'idée est encore très chiaiérique d'une lu— sion de toutes les races en une vaste organisation politique. Mais l'idée de patrie a [>paraît de moins en moins connue un concept qui se sullise à lui-même. C'est en fonction de l'idée d'Uumanité qu'elle prend un sens et une valeur, puisqu'une nation ne peut plus prétendre h l'existence individuelle qu'en acceptant de respecter un minimum de conventions admises par rimmanité tout entière et qui sont la garantie de sa propre indépendance. De plus en plus, ia belle parole de Fichte : H Par la patrie, pour l'humanité » exprimera non plus un idéal, mais ce qu'il y a d'intelligible, de réel et de durable dans l'idée de patrie.
Mais il y a plus encore; c'est la politique même qui semble venir à l'appui de la thèse évolulionniste. Celle du dernier demi-siècle, tout au moins, n'indique— t-elle pas que les nations civilisées passent graduellement de l'anarchie à l'état organique? Sans doute, ces vastes groupements en sont restés théoriquement à
LA PHILOSOPHIE IlE LA V\\X
l'élat anomique, en ce sens qu'il n'existe pas de lois inlernalionules impéralives, cl qu'une nalion peut encore, à son gré, sans aviser personne, grossir ses armements, déclarer la guerre, conquérir les derniers lerriloii-es disponibles, décimer el annexer les vaincus. Sans doute encore la raison du plu* fort reste, comme enUe espèces animales. Vullimn rnlio des conflits internationaux. Cependant Fidée commune à tous les grands jurisconsulles de façunner la société internationale sur le modèle des sociétés nationales, en une consocialio jnris, se réalise sous nos yeux. Il existe, ou plutôt il se constitue, par dessus le simple n Jroil des gens », fondé sur un sentiment problématique d'équité naturelle, un véritable « droit international •>. Celui-ci rej)Ose d'abord sur les traités bi-latéraux, conclus, pour la plupart, ù la suite de guerres, et qui ont été, dans le passé, l'unique forme de l'obligation internationale. 11 comprend, en second lieu — lait significalif — des « conventions j> qu'on peut appeler « universelles », puisrju'elles obligent la plupart des nations civilisées et restent ouvertes à de nouvelles signatures. Il n'existe actuellement pas moins de huit services internationaux subventionnés psu- tous les Etats signataires et fondés sur des conventions qui constituent une véritable légis-
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LA l'IIlLOSOPHlE DE I.A, PAIX
lation inlernalionale pourvue d'un code, d'une procédure et de sanctions (i).
On pourrail y joindre les conventions relatives k la conduite de ta guerre, au traitement des blessés, aux droits des neutres ; les h conférences d universelles ou partielles dans lesquelles certains étals civilisés cliOixlienl à établir une entente pour la garanlie d'intérêts communs : conférences sanitaires, économiques (question des sucres), politiques même (conférence de Rome contre tes menées anarchistes). Citons encore les (( délégations » par lesquelles certains EliUs se font repré— senlcr aux principaux congrès d initiative privée ; congrès médicaux, antialcooliques, etc. N'cst-il pas significatif que trois des congrès des Sociétés de la paix, ceux de BuJapest (i8ijG) de Paris (ij)oo) et de
(i) Ce sont :
\. — A Berne : i" le lîureau do l'Union postale; a" le Bureau des clicmitis de fur; 3° le Bureau des adinlnisLralions télégraphiques; 'i" le Bureau do la propriété industrielle, artistique et lilléraire.
B. — A Bruxelles ; i" rOffioe contre ta traite et la vente des hpirilueu* et des armes aiii indigènes; a" le Bureau pour la pulilicalion des tarifs douaniers.