L.v i^iiii.osopim; de la pux
iinslructivcs del'histoirc el de l'économie polilique. Mais est-ce à dire que raccumulatioti exacte et ingénieuse des faits snflisc h elle seide justifier la foi en l'avenir pacifique de rimuianilc? J'en doute. Le moindre défaut des inductions fondées sur l'hiitoire est de pouvoir se retourner contre leiu-s auteurs, el les théoriciens de la « guerre perpétuelle n ne se font pas faute, on le sait, de fonder sur cette même science la déiuonslralion de leur pessimisme social. Nonl-ils pas beau jeu, en .s'appuyant à leur lour sur tes faits, de montrer que toutes les grandes époques de la civilisation sont nées dans les convulsions de la guerre; — que les grands législateurs^^n'ont pu établir le droit que par la paix, et la paix que par la force ; — ■ que les règnes et les peuples pacifiques ont souvent fait [liètrc figure dans l'histoire du progrès, et que la Chine nous offie In type peu enviable d'une société immobile dans une paix séculaire el dans l'adoration inerte de son passé? Je n'entreprendrai point de discuter ces arguments ; mais le fait seul qu'ils aient pu être soutenus de honne foi suffit à prouver tpie l'histoire se met dociletnenl au service de toutes les thèses, et qu'il est coumiode aux théoriciens préoccupés de conclusions politiques de transformer ou d'éliminer les faits gênants et contradictoires.
LA l'HlLO SOPHIE DE LA PATI
Au lesle !e mol même d'iiisloirc n'esl-il pas une abstraclion décevante? Qu'est-ce, en dôGnilive, qu'un fait historique », sinon un fragment de réalil»'? arlificiellcineul dt'cou|)c dans le passé, et composé luiluèiiie d'un numbre incommensurable d'actes individuels;' Qui pcul dire avec exactitude y quel moment commence une bataille? Est ce au premier coup de fusil? Au\ premiers mouvements des troupes? Au coup de cluirun qui l'-vcille les rombaltants avant l'aube? Vu\ premières dépêches envoyées par le général ù ses lieutenants ? Au plan qu'il a tracé sur la cartuPMais ce plan lui-même est la conséquence nécessaire de l'état physique cl mental des troupes» de la disposition du terrain, de la si-cheressc des roules, de la lun^meur des jours et des nuits, en un mot de conditions à la fois psychologiques, physiques, cosmiquesj inùmc ; de: sorte qu'il csl tout aussi exact datlribuei le gain ou la perte d'mic bataille à la relation de h terre avec l'univers à une heure ilonnée, qu'au génîej d'un Napoléon ou à l'endurance de ses troupes.
Comment défmir, d'antre part, le nombre dos ac leurs qui méritent une mention dans le récit et l'expli cation du « fait historique n :' Quels ont élé les agent véritables de laRévoluUonfrançaiise? Les vices de l'an,'^ cien régime, ou les théories des philosophes? La fai
LA PUILOSÔPiriE DE LA PAU
blesse de Louis X V[, l'i m pr<^ voyance de ses conseillers, ou Féloquence d'un Mirabeau, ou l'énergie d'un Danton, ou l'enthousiasme des foules anonymes? Toutes CCS causf's, sans donte, y ont concouru ; mais dans quelle [vroporlion ont-elles été efficaces ? Qui sait, — on l'a prétendu, — si les acteurs apparents du drame n'ont pas été les instruments inconscients de causes économiques et sociales piofondcs ? Qui peut, tonl au moins, faire la juste part de la volonté des gi'ands manieurs d'hommes, de la complicité demipassive des comparses, de la collaboration muette du milieu et du moment?
Aussi bien ces doutes ne sauraient-ils interdire au moraliste et au [lolilique de chercher des cnscignenienlsdans le passe, mais à la condition de demander au passé des leçons sur les fautes h éviter, et non des inductions sur ce que l'avenir sera. Le physicien, le chimiste, le biologiste peuvent bien prévoir avec rigueur l'apparition, la durée, l'intensité d'un [ihénomène, parce qu'ils ont pu manier lihrcnient. dans l'expérimentation, d'autres phénomènes très sensiltlement identiques à ceux qu'ils prévoient ou provoipient. Mais il n'y a pas, en histoire, d'expérimentalion possible. On ne peut promulguer une loi. déclarer une guerre pour voir si les prévisions du savant se réalise-
ront. L'bislorieii ne peul fonder ses inductions qai sur Ici comparaison de faits lointains, qui échappent son obscrvaliun ri à son action. Or loute compamison historique est artificietle, parce qu'à vrai dire rien n'est scrnljlahlc dans le passé. Il ne s'est jamais reproduit, au "cours des siècles, deuv faits, si simples soient-ils, qui puissent se superposer riy(>urcusemonl ,comme doux pliénomêncs de réfraction ou de dilatation. Dans tout fait historitjue, le jKirliculicr domine et dissimule le [rt'méral. Ce sont de très imparlaits rapprochements qui permettent de comparer Socrote au Bouddha, le « Siècle » de Louis \1V iiceiix d'Auguste el de Périclès, la Révolution de 1789 à celle d'Angleterre, Sedan à léna. Conunent donc, d'après ces fragiles analogies esquissera-l-on la Jlf,'ure de demain-' Par exemple, de ce que les guerres religieuses ont disparu, est un en droit de prédire (jue les guerres d'idées ontprisfinou que les guerres économiques disparaîtront un jour ? Les grands armements écrasent certaines nations modernes : mais comment calculer exactement la limite de résistance de ces nations, si l'on tient compte de facteurs qu'aucune arithmétique ne jient évaluer, patriotisme, sobriété, esprit d"înitiative et de découverte. « L'ne nati(m ruinée, dit M. Bergerel, peut vivre cinq cents ans d'exactions et de rapines, et com-
ment supputer ce (pie la misère d'un grand peuple fournit de canons, de fusils, de mauvais pain, de mauvais souliers, de paille et d'avoine à ses défenseurs ? n (i),
Au reste l'argument que tirent si volunliers les paci- Cstes des charges delà paix armée et du coût probable d'une grande guerre européennej est une lame à deux Iranehanls, car ces charges mêmes peuvent devenir, selon les idées dominantes du moment, cause de guerre ou garantie de paix. Résignons-nous, disent les uns, il la paix armée qui nous appauvrit, si cite nous garantit de la guerre qui achèverait notre ruine, — IIàlons-nou9> répliquent les autres, de provoquer une crise libératrice ; mieux vautle risque d'une guerre qui peut être heureuse, que la certitude de l'épuisement graduel et rénervcment stérile de l'attente!
Mais voici une critique plus directe. Comment, en bonne méthode, Tévolutionniste peut-il espérer que ta concurrence vitale s'éliminera d'elle-même, au terme d'un développement dont elle a été le facteur rssf'iitiel? A quai Spencer répond, sans doute, que les éléments perturbateurs seuls seront sponinément supprimés par l'action du nouveau nii-
(i) A.. Franco, Le Mannequin d'osier, p. 3a.