II. — Les attributs dé Dieu
Du moment où l'on veut bien prendre les mots, la nature de Dieu, non plus dans le sens étroit d'essenoe 011 de substance, œ qui amène des prétentions ambitieuses, mais en un sens plus lar^, celui de caractère distinctif ou eiclusif, ce qui doit satislaire la raison la pins eiigeante, une bonne et sublime théorie sur cette matière peut être donnée. La nature de Dtèu prise en ce sens peut rédlement êtr^ induite de «e» attributs essentiels. A la vérité la nature de IKeu ne saurait se toucher au doigt comme celle des êtres accessibles à l'expérience manuelle; maïs elle s'établit aussi bien que la nature de l'homme et mieux que celle de tout autre être spirituel de l'univers, avec plus de précision et plus de certitude.
£n effet, la connaissance d'un être, d'une substance, nous est donnée réellement jusqu'à un certain point dans ses attributs, ses qualités. En dernière analyse, les qualités ne sont pas des abstraits et des points de vue seulement, ce sont des éléments, ce somt des parties dont la substance est l'^isemble, la totalité indivise. Les qualités ne sont pas l'objet, mais elles représentent l'être analysé » divisé. On l'a dit, âtez
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toutes les qualités d'un oliget, toutes ses manières d'être, il ne reste rien. La substance n'est quelque chose de reel, l'être quelque chose de positif^ de distinct, de différent de tout autre que par ses attributs. Se figurer la substai^ce d'un être ou d'un objet comme une sorte de véhicule tiniquanient fait pour porter les qualités, c'est se créer des choses purement imaginaires. La science de la nature , de la substance de Dieu, si l'on veut, nous est donc donnée autant qu'elle peut l'être dans la théorie de ses attributs, et sans parler même de la révélation, cette connaissance nous est départie en philosophie par deux voies différentes. ËUe l'est par la voie de l'observation ou de rexpérience et per la voie de l'intuition directe dans les idées de la raison. Sans doute on a contesté tour à tour la réalité et la valeur deees deux ordres d'idées, leur origine et leur naissance. (Voir M. Gratry, De la ôimnaissance de Dieu^ et la Revue de rimtnmtiùn puUiquej année 1855, p. 470 et auiv.) Mais les contestations ne sont pas plus mortelles aux faits de la métaphysique qu'à ceux de la morale. Elles ne le sont qu'aux erreurs, aux faits imaginaires qui, n'im*porle dans lequel des denx camps opposés, v>e(iient passer pour réels.
Ainsi, les rationalistes contestent bien aux empirîstes l'idée, qu'on arrive à la conception de INeu ià plus parfaite qui soit possible, en lui donnant au plui haut degré les attributs qui s'observent dans ies
autres êtres moraux, et en dégageant de toute limitation ce que l'expérience découvre de général di^ns les choses particulières, de permanent sous la mobilité des phénomènes. Ils querellent, fort à leur aise, Bossuet lui-même d'avoir succombé aux séductions de cette science trompeuse, et d'avoir donné en théologie un exemple trop imité des dogmatistes faciles. Mais d'abord cette méthode est familière aussi aux philosophes, et aux plus renommés d'entre eux. Ensuite il n'est pas évident du tout que cette méthode n'aboutit point, puisque son assistance fait aboutir celle qui lui dispute la supériorité. Sans doute il n'est aucun des attributs de Dieu qui n'aille au-delà des conceptions auxquelles nous pouvons arriver en élargissant et en élevant au plus haut degré toutes les qualités que nous observons ; sans doute il n'est aucun de ces attributs qui ne nous dépasse nousmêmes autant que l'infini dépasse le fini. Et ni nous ni les anges idéalisés nous ne fournirons jamais à la raison tous les éléments qu'il lui faut pour constituer la plénitude de la Divinité. Il ne faut donc pas nous borner à ce que suggère l'observation, cela est incontestable ; il faut^ au contraire, demander secours et assistance aux conceptions les plus pures de la raison, bien convaincus que tout ce qu'elle nous pourra donner ne suffira pas encore. Mais puisque les idées de la raison, si absolues, si nécessaires et si supérieures qu'elles soient, n'éclosent pas d'elles-mêmes
et ne suffisent pas à elles seules, la vraie science, loin d'exclure soit la spéculation, soit l'expérience, reçoit des deux mains ce que chacune d'elles lui offre de plus pur. L'une des deux méthodes n'est pas plus philosophique que l'autre; aucune des deux n'est plus vulgaire que sa rivale ou sa compagne, compagne forcée, nécessaire, si ignorée, si méconnue qu'en soit l'existence ou l'œuvre à certaines époques. Car si c'est tantôt l'une, tantôt l'autre qui domine ou est en faveur et se trouve prônée , il n'en est pas moins vrai que toutes deux sont toujours là, les mêmes, également puissantes et de droit divin toutes deux ; car la vérité nous inonde sans cesse et par les sens et par la raison, par le monde extérieur comme par le monde intérieur, soleil de l'uh et de l'autre. Les idées de la raison ne se mettent pas au monde d'elles-mêmes, et sans le secours des excitations du monde externe; au contraire, elles ne jaillissent de leur source cachée et ne se produisent au grand jour qu'au moyen de tout cet ensemble de phénomènes et de perceptions qu'on appelle l'expérience, quoiqu'elles n'y prennent ni leur origine ni leur vérité. 11 est donc bien permis de dire à ceux qui veulent exagérer les méthodes de l'empirisme, sinon qu'elles aboutissent, du moins qu'elles font aboutir.
Mais ce qui ne leur est pas permis, c'est de dire qu'elles aboutissent à elles seules. Ce qui est funeste à l'empirisme, c'est de ne tenir aucun compte des idées