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III. — Distances des globes et distinction de systèmes

dans V univers.

' Ce qui arrive à l'intelligence lorsqu'elle veut mesurer la grandeur et compter le nombre des étoiles, lui arrive encore quand elle essaie de mesurer les distances qui les séparent et l'espace où elles pla-

Dent. La science exprime en chiffres les distances qui séparent les sphères les unes des autres, comme elle exprime la grandeur de chacune d'elles ; mais l'intelligence ne peut non plus concevoir la portée de ces chiffres. Une petite étoile, dite la soixanteunième de la constellation du Cygne, est tellement éloignée que sa lumière emploie dix ans à nous parvenir, de sorte que si cette étoile venait tout-à-coup à s'anéantir, ses rayons nous arriveraient encore dix ans après sa catastrophe. Or la distance qu'ils franchissent avant de nous atteindre est énorme. La lumière faisant trois cent dix mille kilomètres en une seconde, celle du Cygne, avant de nous apparaître, parcourt un espace qui, évalué en chiffres (vingt-deux trillions, huit cent trente-huit billions, trois cent-cinquantedeux millions de lieues], défie la capacité de l'intelligence la plus mathématique. Veut-on se faire des échelons pour s'aider et essayer d'abord de concevoir l'espace à franchir pour arriver à la lune? Cet espace est de cinquante-un mille huit cents lieues géographiques. Veut-on s'exercer ensuite sur l'espace qui est à franchir pour arriver delà terre au soleil? Cette distance est quatre cents fois plus grande. On parviendrait à s'en faire une idée, que ce serait en vain; car, du soleil au Cygne, la distance est immensément plus forte. Qu'on juge de l'éloignement où planent les étoiles fixes par ce fait, que la plus rapprochée d'entre elles, vue aux télescopes les plus puis-

sants, ne parait qu'un point lumineux sans diamètre apparent. La langue nous sert quelquefois eneore quand rintelligenoe ne saisit plus rien ; mais ici elle fait défaut aussi. Et quel nom, qmelle épithète donnerait-on h toutes ces distances ajoutées les unes aux autres ?

Les distances sont toutes proportionnées aux dimensions des corps» comme si, pour se mouvoir et pour respirer en toute liberté , pour s'alimenter en toute suffisance de feu ou d'éther, d'électricité ou de magnétisme, il fallait à chacun un champ conforme à ses besoins de force et de vie.

A ce grand fait sont subordonnés une série d'autres. Celui d'abord, qu'entre les sphères les relations sont h ce point fixes qu'elles se maintiennent chacune en sa place, en son orbite, en sa destination ; cet autre ensuite, que la régularité si grandiose des mouvements célestes est aussi d'une grande simplicité : le génie de l'homme a pu tout comprendre et tout coordonner dans la théorie de la gravitation universelle, et rattacher le mécanisme d'ensemble à la force centrale qui réside en son sein.

En effet, la construction de l'univers et le spectacle qu'il offre réunissent éminemment les deux conditions du sublime, la grandeur et la simplicité. Malgré la grandeur des corps et l'immensité de l'espace oti ils gravitent, telle est la facilité d'en prendre la mesure qu'on connaît plus exactement la distance de la terre

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è la luDe. que la dislanee de Parts à Saint-Pélersbourg.

Mais si puissant que soit le génie de Tbomme quand il s'agit de fractions et de détails, si faible est-il devant la totalité, Tinfini, si bien que l'espace total où planent les globes célestes, étant sans limite, est incommensurable, c'est-à-dire indéterminable en chiffres, comme il est inconcevable en idée. L'espace, c'est l'immensité. Pour concevoir dans toute sa grandeur cette chose indéfinissable, qu'on essaie de franchir toutes ces distances stupéfiantes qui nous séparent du Cygne. Allant en imagination, comme un rayon de lumière et avec sa rapidité, à ce point si éloigné, et de là plus loin, et plus loin encore, des heures, des journées, une vie entière, à perpétuité, on ne rencontrera jamais de limites, toujours l'immensité »et l'immensité encore. Une limite, ce serait une fin ; une limite, ce serait le monde clos de murs ou l'espace marqué d'une borne; une limite, ce serait donc l'absurde. On peut distinguer, dans cette immensité, qui offre en son ineffable unité une variété inépuisable, des groupes et des agrégations dont chacune est une sorte d'ensemble, mais dont aucune n'est ni un tout indépendant, ni une fraction détachée dé tout le reste. Ces groupes sont des systèmes particuliers dans le système général.' Loin d'être isolées ou détachées, les parties du grand Tout sont au contraire liées entre elles par des rapports intimes et indissolubles, par des forces et

par des phénomènes qui en rattachent la vie et le mouvement au mouvement et à la vie de l'ensemble.

Pendant bien des siècles, la science n'a connu qu'un seul de ces systèmes , le système solaire auquel tient notre globe. Nous connaissons désormais les limites et la dépendance de ce système suffisamment pour en faire une division en place d'un tout, et l'étude approfondit en autorise cette grande induction : que les globes très-perceptibles et très-nombreux qui n'appartiennent pas à son centre, forment à leur tour, non pas un seul système , mais une série indéfinie de systèmes. On ne saurait donc plus désormais, pas plus au nom de la religion qu'au nom de la science, limiter le monde à ce qu'on appelle le système solaire; et, si immense que soit ce groupe, il ne doit plus figurer dans nos conceptions qu'en son importance réelle, c'est-à-dire comme une fort petite partie de l'univers.

Formant le centre de'notre domicile terrestre, ce système est nécessairement pour nous le point de départ de Tétude des autres. "*'

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