‹ La philosophie de la religionChapitre 27 sur 41 · II. — Les rapports physiques, — Lu masse. — Le · texte numérisé non relu

II. — Les rapports physiques, — Lu masse. — Le

mouvement.

Les rapports physiques sont les relations ou les effets qui résultent entre les corps cosmiques, en vertu de la distribution de leurs masses et en vertu des lois de leur mouvement.

Ces rapports sont indiqués par fes rapports mathématiques ; leur existence et leur jeu se constatent par une série de phénomènes très-observables, et marqués d'un caractère dé grandeur qui se mesure aussi peu que la force qui les produit.

un ne conçoit pas mieux le volume des sphères que rétendue de l'espace où ils apparaissent.

On appelle masse la quantité de matière que les globes renferment, et mouvement^ le déplacement systématique auquel ils sont assujettis.

La masse varie sans doute à l'infini. Celle de la plupart des étoiles doubles est aussi considérable que celle du soleil. La masse d'autres est plus petite ; celle de l'étoile 61 du Cygne, dont nous avons parlé, n'est que la moitié de celle du soleil. Celle de toutes est analogue, mais il s'y présente une variété infinie qui va de la solidité la plus compacte jusqu'à la fluidité la plus transparente. En prenant pour point de départ la. terre solide, la comète, de 1770 a une masse qui est, selon Laplace, au-dessous de 1/5000 de la masse terrestre. La masse moyenne est au-dessous de 1/100,000.

11 est une série de phénomènes cosmiques qui dé* pendent de la masse des globes. D'entre ces phénomènes ce sont les perturbations des mouvements, les influences des corps les uns sur les autres , l'alternative du jour et de la nuit, qui sont les plus considérables.

Les plQs sensibles de toutes les perturbations , ce sont celles qui ont donné lieu aux calculs de M. Le^ Terrier, desquels a jailli la découverte d'une grande planète.

Parmi les influences les plus faciles .à constater et les plus frappantes pour nous, sont celles de la lune, qui amènent les marées sur notre globe.

L'alternative du jour et de la nuit, un des plus grands phénomènes du monde physique, et qui en amène de si considérables dans le monde moral, est l'effet de l'inclinaison sur Técliptique que les corps célestes affectent dans la pose de leur axe, en raison de leur masse.

La nature de la masse entre naturellement dans les conditions de l'habitabilité, et la variété modifie né^ cessairement l'organisation des êtres qui peuplent la diversité des sphères, comme elle modifie le mouvement de chacune de celles^.

Le mouvement des sphères est universel et continu, mais d'une périodicité, d'une orbicité et d'une rapidité très-variées, outre qu'il est multiple.

D'abord, il est universely et s'il est insensible à la simple vue, il est très^appréciable par voie de comparaison. Il est double et même triple pour un grand nombre de globes ou de satellites. En général il n'est rien d'immobile. On supposait, il est vrai, depuis Àrigtote, que tout mouvement central a lieu autour d'un premier corps obscur ou lumineux et immobito

lai-même. Mais la science ne saurait encore constater Texistence de ce premier corps, qui serait le mobile, le centre et le foyer de tous les autres mouvements. Ce serait donc prématurément qu'on proclamerait à titre de fait une induction qui est une hypothèse, et de même qu'on a été obligé, par le progrès de l'observation à renoncer au centre, au foyer immobile d'un système solaire, du nôtre, on sera sans doute obligé, par un progrès de plus, de renoncer au foyer, au centre immobile de tous les systèmes. En effet, en considérant la marche variée et rapide des planètes qui gravitent autour du soleil» on a pris celui*<^i pour un centre en repos. Or, non-seulement il n'en est rien et le soleil a un mouvement, mais il en a deux : il tourne autour de son axe et gravite dans l'immensité de l'espace avec tout le système qu'il domine. Il est donc à croire, puisque cela est demandé par l'analogie et par la nécessité interne, qu'il n'y a pas non plus de point immobile dans les autres systèmes solaires. Il paraît au contraire que le mouvement est la loi générale de l'univers; et le mouvement étant la condition de la vie de tout, l'on conçoit qu'aucune de ses parties n'y échappe.

En second lieu, le mouvement est continuy si bien qu'une interruption ne s'y conçoit pas et qu'on n'en comprend pas davantage la fin totale que la cessation momentanée. C'est que la continuité semble le résultat d'une force qui vit par elle-même, et qu'elle a lieu

sans secousse mécanique, sans efforts, sans chocs et même sans frottements. Cela est si vrai, que le mouvement de Tunivers est moins heurté que le mouvement du corps humain, c'est-à-4ire tout ce qu'il y a de plus doux et de plus régulier. Il est moins vif que ces pulsations de notre sang dont la circulation fut si longtemps un mystère, et il ressemble plutôt à ce développement mystérieux qui caractérise la croissance dans le règne végétal qu'au phénomène de Tordre animal que nous venons d'en rapprocher.

La périodicité est un des caractères les plus mystérieux dti mouvement. On appelle périodicité des mouvements, le retour constant des mêmes globes aux mêmes points, aux mêmes époques. La durée de ces cours varie, depuis 87 jours, qui suffisent à l'évolution de Mercure, jusqu'à cinq cents ans, que demandent d'autres corps. Cette durée n'est pas proportionnée au volume de chacun d'eux. Eu effet, Jupiter, plus gros que la terre qui met vingt-quatre heures à tourner sur elle-même, se meut sur son axe en moins de douze heures, de sorte qu'un observateur, bien placé et bien armé, y fait la revue de tout le ciel en une demi-journée terrestre.

La périodicité des sphères offre une extrême variété dans tous les sens. Non-seulement elle chiange d'une sphère à l'autre, mais elle se modifie jusque dans la même sphère. La durée des révolutions de Jupiter a diminué;celle des mouvements deSaturneaaugmenté,

(Laplace, Mécanique céleste, p. 129). Une règle prise dans les distances des corps célestes préside à ce grand jeu, qu'à si juste titre on peut appeler harmonie des sphères.

Les planètes circulent autour de leur centre ou de leur soleil central avec d'autant plus de lenteur qu'elles en sont plus éloignées et que l'action de la masse centrale agit moins despotiquement sur la leur. £n revanche, et par suite de la plus grande liberté laissée à chaque sphère en raison de sa distance de leur mattre commun, le jeu personnel, pour ainsi dire, le mouvement propre de chaque corps céleste, est d'autant plus rapide qu'il est plus éloigné de son soleil. C'est pour cela que Jupiter, qui est d'ailleurs si énorme, achève en neuf heures sa révolution autour de son axe, et qu'Uranus accomplit lui-même la sienne en dix heures.

Mathématiquement énoncée, la règle des mouvements d'ensemble ou d'évolution des planètes autour de leur centre est cell^i : les carrés des temps sont comme les cubes de leurs moyennes distances. La même loi règle la course des satellites (Laplace, p. 106 et 135). Mais il y a des inégalités, et tout annonce que, dans le système planétaire, indépendamment de la course qui fait mouvoir les planètes dans les orbes elliptiques autour du soleil, il existe des causes particulières qui troublent leur mouvement et qui altèrent à la longue les éléments de leurs ellipses.

UorbkiU du mouvement n'est pas plus à prendre à la lettre que d'autres locutions qui sembleraient indiquer une rotation vraiment circulaire. Aucun orbite connu n*affecte de cercle parfait, et c'est plutôt ellipticité qu'il faudrait dire, puisque c'est l'ovale qui est la figure dominante des orbites ; encore cette figure est tirée à oe point que l'excentricité, c'est4-dire le point le plus éloigné du soleil ou l'aphélie, est très-considé« rabie.

La rapidité du mouvement nous frappe si peu qu'elle a été longtemps ignorée des peuples et contestée quelquefois par les savants. Elle serait surprenante, si ce mouvement se faisait sentir à l'homme comme ceux dont il est affecté d'habitude, car elle est prodigieuse en comparaison de oe que nous voyons tous les jours. Le périmètre tout entier de la terre, qui fait dans vingt-quatre heures son évolution autour du soleiU est de cinq mille quatre cents lieues géograpbiqueS) c'est<^<lire que tous ceux qui demeurent sur sa surface font deux cen| vingt-cinq lieues à l'heure, sans le moins du monde s'en ressentir ni même s'en apercevoir. Le mouvement du soleil, gravitant dans l'immensité de l'espace, est tel qu'en un seul jour il s'élèVe, relativement à la soixante-et-unième étoile du Cygne, à huit cent trente-quatre mille lieues géographiques par jour, c'est-à-dire de trente mille cinq cent huit lieues par heure. Cela est tout simplement fabuleux. Mais il est difficile encorp de déler-

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miner dans ce mouvement ce qui est absolu de ce qui est relatif.

Quant à la mibUiplicité des mouvements, chaque planète en a deux, et il en est qui en ont trois ou quatre. On le sait, la lune qui tourne autour de la terre» tourne avec elle autour du soleil et tourne en** oorc avec le soleil autour d'un point plus ou moins central. Or» si ce n'est pas le point central absolument parlant, et s'il en est un» elle tourne une fois de plus* £Ue a de plus sa marche et son mouvement propres, et ce que fait la lune n'est point sans doute eitraordi* naire sous la voûte des cieux.

III. — Les rapports chimiques* — La matière* — La substa/nce cosmique. -^ Son unité.

La question trèsK2(Hnplexe du mouvement, de sa raison dernière et de son origine suprême, de sa coi> tinuité, de sa durée générale, est un des plus grands problèmes de la cosmologie. Il tient essentiellement à la théorie des forces et des causes, théorie que nous verrons tout-àrrheure« et qur nous offre, non pas une solution définitive, mais du moins une solution quel* conque. Nous dirons toutefois, dès ce moment, que c'est l'étude des rapports chimiques établis entre les sphères célestes qui devra répandre un jour une lu-» mière plus satisfaisante sur ce problème. Ai^jourd'hui une ëtu4e complète de leur masse ou de la quantité

(jle matière qu'elles contiennent ne peut pas se faire encore, la connaissance spéciale de la plupart d'entre elles, ou pour mieux dire de toutes, une seule exceptée, étant refusée à notre investigation directe. Toutefois, nous possédons dès à présent une connaissance suffisante de la matière qui forme Técorce de notre globe, et nous pouvons analyser des fragments de quelques autres ; car il n'est pas à supposer que tous les aérolithes qui nous sont tombéâ entre les mains viennent de la même sphère. Or, si faibles et si insignifiants que soient ces éléments quand on les compare aux parties inconnues, ils suffisent néanmoins pour ébaucher la science des relations chimiques qui existent entre les deux sphères.

Dès à présent nous sommes conduits, par l'étude de la matière terrestre et par celle des phénomènes qui s'observent dans le système général de l'univers, à cette grande induction, qu'il y a analogie partout, que le monde est un. Si l'on ne peut pas connaître la nature même des corps célestes, du moins peut-on saisir des rapports et des qualités qui consolent l'ignorance où nous demeurons pour le reste. On a été plu^ ambitieux. On a voulu savoir, non-seulement de quoi se composent les corps que nous avons sous la main sur notre globe, mais encore ceux des autres globes. On a voulu faire dès maintenant l'astrognosie. Toutefois, on n'a pas tardé à voir qu'il valait mieux ajourner cette prétention pour déterminer d'abord bien à fond

tous les éléments des organismes terrestres, au moins leurs éléments irréductibles. Une leçon frappante était donnée. La géognosie confiante avait commencé par admettre quatre éléments. Quand la chimie fut devehue une science sérieuse de folle qu'elle avait été, quand de chercheuse d'or elle se fut faite chercheuse de vérité, elle en eut bientôt constaté plus de cinquante. Là aussi on reconnut que, loin de se simplifier, la science se complique en ce sens que, plus elle fait de progrès, plus elle découvre de faits qui créent des difficultés nouvelles tout en faisant disparaître les anciennes. C'est que l'infini nous est.don né partout dans les œuvres de Dieu et que le monde où Dieu nous a mis, il Ta fait pour le prc^rès indéfini en raison de la destinée qu'il nous y préparait. Mais, plus la science découvrira d'éléments nouveaux ou de corps indécomposables, mieux elle appréciera Tœuvre de Dieu. Plus aussi elle s'ouvrira d'horizons. Derrière chaque mystère qu'jelle percera, il se présentera toujours, en place de celui qui s'est un peu dévoilé, non pas un autre mystère seulement, mais cent énigmes plus graves. Et rien ne doit plus flatter l'intelligence qu'une série de problèmes toujours plus hauts à dévoiler. C'est là sa plus belle destinée. Du moins quiconque fait avec amour cette merveilleuse pérégrination du connu à l'inconnu, va, dans l'étude du grand livre de la nature, à la vérité suprême en sage disciple de Dieu. On est au contraire dans le faux et l'on n'en sort pas.

quand on s'imagine A chaqne instant qu'on a touché à la solution. On touche à des découvertes sans doute, mais chacune d'elles enfante de nouveaux problèmes dont la solution définitive est indéfiniment ajournée. On tombe dans le faux dès qu'on conçoit la prétention de construire une cosmologie complète, et dans le faux du faux quand on veut y procéder à priori, c*est-à*dire au nom de la philosophie plutôt qu'au nom de la chimie et de la géologie.

On le sait, c'est ainsi que la philosophie ancienne a fait de la matière tantôt le chaos et les ténèbres, tantôt la négation ou même le démon.

La matière n'est rien de tout cela. Elle n'est pas le mal, qui est au moral une nature viciée, une intelligence dans Terreur, une œuvre coupable, un sentiment funeste ou douloureux. Identifiée avec le monde visible, la matière peut devenir un moyen de mal moral, puisqu'on peut en abuser dans la vue d'un sensualisme coupable. Mais en lui-même, le moiide sensible, ou la matière dont il est fait, n'a rien de coupable. Quand la religion nous enseigne à fuir le monde, ce n'^est pas ce magnifique univers, ce n'est ni la terre ni les cieux, œuvres de Dieu, qu'elle entend : ce sont les mauvais hommes , ce que nous appelons les gens du monde, les enfants perdus du siècle; c'est le monde de Bossuet, ce n'est pas celui de Newton. La matière n'est pas non ^lus la négation , qui n'est que l'absence d'une réalité. Klle n'est pas les

ifoèbres, qui ne sont qu'une absence de lumières; elle n'est pas le chaos, qui n'est qu'un état, qu'une situatiouy tandis qu'elle est un objet , une chose. Enfin elle n'est pas le démon, ni l'œuvre d'un démon, d'un mauvais Dieu. Ce sont là des idées d'une mythologie tombée. Mieux vaut s'adresser à la philosophie, fille n'a pas de solution définitive, mais elle nous mène au moins dans le sens du vrai. Seulement il faut abstraire de la philosophie ancienne, dominée par la poésie de la Grèce ou la théplogie de l'Orient. *

En effet, le trop poétique Platon, qui admet trois principes. Dieu, la matière et les idées éternelles, définit la matière : oa qui est sans qualtié et sans forme an soiy invisibhj identique avec Pespace^ et medmm essentiellement fmgibk^ qui participe à Vesdstence puriment noétique des idées éiemeUes. C'est dans ce médium que sont répétées les idées ou les archétypes éternels; cette répétition constitue l'existence des choses corporelles, et la matière est ainsi la mère et la nourrice de la génération. Singulière idée et singulier langage.

La théorie d'Aristote , souvient mentionnée dans la métaphysique, est plus simple. Elle supprime les idées éternelles et ne conserve que Dieu, ou l'acte pur, et la matière. Mais la matière, qu'elle fait éternelle aussi, n'est pas une chose abstraite et sans forme; au contraire, elle a une forme déterminée qui en exclut toute autre.

Mettre à la tète de l'univers ou du moins recon-

nattre comme principe du monde des idées étemelles, une matière éternelle et un Dieu, non pas créateur, mars simple ordonnateur, et à l'égard de la mati^ non pas un principe, mais un acte pur, c'était réellement continuer la vieille Grèce et sa thédogie, le vieil Orientetson dualisme. Et quelle que fût l'autorité de Platon ou d'Àristote, ce dualisme inacceptable. Dieu et une matière aussi éternelle que Dieu, dut disparaître des écoles éclairées par le christianisme, dont la doctrine ne permettait plus de faire jde la matière un principe.

Toutefois, le christianisme, enpuriâantdesdoctrines vicieuses dans leur principe, ne professa pas une cosmologie, et les théories émises à partir de son règne n'offrent rien de nouveau. De ces théories les unes sont peu claires, les autres complètement fausses. Dans quelques écoles le mot matière est le simple synonyme de l'ensemble des corps, dans d'autres, l'équivalent d'espace. Un philosophe moderne qui veut ramener la métaphysique aux principes d'Aristote, dit tout simplement : <c La svèstance, c^est Cespace. " Il ne fotut pas donner à l'idée de substance quelque chose de trop solide ; la substance, au contraire, est la réalité la plus subtile; or, tel est l'espace. À la vérité, le temps est une réalité plus subtile encore, mais il n'est pas l'espace. L'espace, au contraire, est une réalité subsistant par elle-même. » A cette objection, « Que l'espace est infini, et que s'il était la substance.

celle-ci serait infinie, » il répond : « Non, l'espace n'est qu'indéfini ; les corps ne sont que de l'espace transformé, condensé; mais l'espace est leur substance, la forme universelle. » Mais d'abord cette argumentation n'est pas acceptable , chacun le senti Ensuite l'opinion qu'elle soutient n'est pas nouvelle, on peut la voir dans Platon, et Descartes l'indique à son tour en disant que a l'espace est l'essence de la matière. » Ce qui séduit dans cette hypothèse , c'est qu'elle met l'espace et la substance dans un rapport semblable à celui où le temps est avec le mouvement. La philosophie moderne n'a peut-être sur cette question d'autre supériorité que d'être plus sage que celle des anciens temps. Elle ne connaît pas la nature de la matière mieux qu'elle ; seulement elle est plus réservée ; suivant 'elle l'essence de la matière est tout entière dans V étendue. C'est le mérite de l'école cartésienne d'avoir fait triompher ce point de vue. Mais, pour mieux indiquer les attributs de la matière, il faut ajouter avec Leibnitz la force à l'étendue. Il faut enfin reconnaître avec Kant, que ce qui se montre à nous dans l'expérience, ce n'est pas la matière et ce qu'elle est en soi : c'est le phénomène, qui n'est que phénomène, toute essence étant inaccessible à la science. On le sait, Kant ne va pas jusqu'à douter avec Berkeley, de l'existence même de la matière, ni jusques à distinguer avec Descartes, Locke, Reid et Stewart, des qualités premières et des qualités secon-

des. Et il est réellement plus sage de s'arrêter où il faut, et de considérer provisoirement la matière comme une agrégation de forces produisant les phë* Qomènes de Tanivers et y prenant une infinité de formes sensibles.

En effet, c'est là, dans ses apparitions et dans ses qualités sensibles, qu'il nous est donné de l'étudier.

On a cru connaStre la matière par les éléments ; on a qualifié d'atome ou de monade celui de ces élé* ments qu'on a cru le plus simple. Mais, si l'on a pu définir l'atome et la monade, on n'a pas pu les connaître, les saisir. On a dit, sans doute, que la divisi' biUté mfirm était le caractère distinctif des corps, et \\ndivi8%biiiU celui de l'esprit. Mais, d'abord, la divisibilité de la matière, illimitée dans l'hypothèse, est très-limitée dans la réalité ; ensuite, l'indivisibilité de l'esprit n'est qu'un attribut négatif. Or, une négation ne forme pas un véritable attribut.

On a présenté d'autres théories, et de plus séduisantes sur la nature de la matière. La théorie qu'on appelle dynamique, que nous avons déjà fait pressentir et dont le grand mérite, suivant Kant, est d'expliquer les phénomènes sensibles ou les corps, considère le mouvement et la force comme des éléments premiers. Mais quand même le mouvement et la force produiraient les corps, il est certain qu'ils ne les eipliqueraient pas. Ce qui fait illusion, A cet égard, c'est le langage reçu et l'opinion toute simple, qu'il

dit quelque chose» qu'il repose sur quelque vérilé. Selon ce langage , il y a un monde matériel et un monde spirituel , et Ton aime à croire que le caractère véritable et certain qui distingue le monde malié* rîel est indiqué par sm épithète. Mais comme ht nature de la matière ou des corps demeure inaccessible à la science , cette confiance est illusoire. Tout oe que la science sait sur la matière ne se rapporte qu'aux attributs de la matière, qu'aux qualités des oorps. Encore, quant à ces attributs et à ces qualités, ne parvenons nous à les saisir que dans les ^ets, et si nous les affîrmoc^ avec tant de confiance, c'est que nous voyons les mêmes effets se reproduire sans oesse. L'étude de ces attributs et de ces qualités, si peu qu'elle nous avance dans la oonnmssancede la matière elle-même, oonsicfêrée ainsi comme substance cosmique, n'en est pas moins attrayante, ni moins féconde. A la vérité, elle nous semble mener quelque fois à des abstractions plutôt qu'à des réalités. Quand nous disons, par exemple, que la plus apparente et la plus générale de toutes les qualités de la Aaatière est sa permanente mutabilité , on dirait au premi^ aspect qu'il iii'agit d'une pure abstraction. Il n'en est rien; c'est là, au contraire, une découverte profonde constatée par une transformation perpétuelle, illimitée. La cause et le mode du fait sont des mystères de la nature. Mais le fait, l'attribut, la faculté de sa mutalnlité permanente est tout ce qu'il y a de plus réel, puis-

qu'elle prodoit une variété inÛDie d'existeDces, à la fois semblables et dissemblables» passant des degrés inférieurs aux degrés supérieurs par des nuances qui se touchent et se confondent, toutes liées entre elles par un enchaînement non interrompu , par une série de naissances et de décadences» de compositions et de décompositions qui se suivent avec une admirable régularité » en vertu de règles dont le code n'existe que pour la pensée » mais qui sont les lois constantes de tous les phénomènes et se tiennent de telle sorte qu'en en formant une seule» elles font de l'univers entier une seule et môme chose, le monde ou la nature.

Et» chose étonnante» c'est le fond» ce n'est pas la forme qui change. « Dans tout ce mouvement» dit un naturaliste célèbre» la forme change très^peu. ( Flourens, De la qucmtité de vie swr le globe^ p. 49.) Dans tout ce qui a vie» la forme est plus persistante que la matière. Ce qu*il y a de plus constant»* de plus inaltérable dans la nature» c'est l'empreinte ou le moule de chaque espèce» tant dans les animaux que dans les végétaux ; ce qu'il y a de plus variable et de plus corruptible, c'est la substance qui les compose. >> ' Il y a là» en apparence, une sorte d'exagération» mais en réalité ce n'est qu'un grand fait savamment développé par Cuvier. u Dans les corps vivants» dit cet observateur si positif» aucune molécule ne reste en place ; toutes entrent et sortent successivement ; la vie

est un tourbillon continuel» dont la diversion, toute compliquée qu'elle est, demeure toujours constante, ainsi que l'espèce des molécules qui y sont entraînées, mais non les molécules elles-mêmes ; au contraire, la matière actuelle du corps vivantn'y sera bientôt plus, et cependant elle est dépositaire de la force qui contraindra la matière future à marcher dans le même sens qu'elle. Ainsi la forme des corps leur est plus essentielle que la matière, puisque celle^i change sans cesse , tandis que l'autre se conserve. »

Le flux perpétuel des choses, fbaanAs ommwm rerv/m, est un des thèmes favoris de Tantiquité. Il se voit de la manière la plus frappante dans l'homme, et Leibuitz dit avec raison : a Notre corps est dans un flux perpétuel comme une rivière ; des parties s'en enlèvent et en sortent continuellement. » Mais il ne faut rien exagérer, surtout en fait de comparaison, et Voltaire a tort de jouer sur cette idée au point de dire : « Nous sommes réellement et physiquement comme un fleuve dont toutes les eaux coulent dans un flux perpétuel. C'est le même fleuve par son lit, ses rives, sa source, son embouchure, partout ce qui n'est pas lui, mais changeant à tout moment son eau qui constitue son être, il n'y a nulle identité^ mdle mêmeté pour le fleuve. » Ce qui fait l'homme, au contraire, c'est ce qui reste le même en lui ; ce qui le sauve, c'est son identité.

En suivant les attributs et les caractères de lamatière

SI 4 COSMOLOGIfi.

jusqu'au bout, quelques métaphysiciens ont pensé qu'en elle-même, c'est-à-dîre la matière primitive, brute ou morte, n*élant que l'étendue et Timpénétrabilité, ne se troure nulle part, et ils ont conclu qu'elle n'est qu'une abstraction. Sans doute, ont-ils dit, oHe s^offrë sous des formes variées à l'infini ; mais on ne la rencontre jamais sans sa forme et ce qni fiiit sa vie. Kle est bien dans l^exis^eme, primitive de la stuèstancê dont les corps fsont faits , mais elle n'est que cette existence, et du moment qu'elle n'a que decix pro* priétés, Yétendm et Vimpénitrabilité^ elle n'est absolument que l'étendue résistante, comme l'espace est l'étendue non résistante.

Mais, en vérité, il nous est non-seulement impossible de la voir en cet état, il nous est encore impossible de la coneeyoir en cet état et de fSiire abstraction de tontes s^ entres qualités. Elle reste pour nous le sujet de tout ce qu'on y conçoit. Cela revient un peu è ce qn'en dit Aristote, qui l'appelle an être indéterminé, mais cela est la vérité même. Ajoutons que ce qui est le fond de toutes les formes peut très-bien ne se voir et ne se concevoir que d'une manière abstraite , mais ne doit pas être pris è cause àe cela pour une simple abstraction, pour une idée, et rien de plus. A la v^ rite et en résumé, dire la matière un être indéterminté ; ce n'est pas en parler d'une manière bien positive, mais c'est au moins en reconnaître la réalité, et toutes les définitions qu'on en donne ne tont pas aussi

claires. Quand un théologien moderne (Rotbe, Théologische Ethik) l'appelle F antithèse primitive de Dieu ou de VesprU absoUà^ et V ombre qu'il projette ; quand il dit : « que Dieu Télève au y^i^ par son énergie, et <fa'dle est la mère du «ein de qui se dérive^ etc. » ee n'est plus une définition qu'il dmne, ce sont des fi* gures aussi difficiles à traduire d'une foçon claire el pure que les théories qu'il y joint. En effet, ces théo* ries nous ap{Nrennent que la matière est Ye(mtence des créoMi/res m une série de degrés ; çtMS la moMère se fait nature; qu^eUe constitue un continwum non irir terruptum^ sine saUu. Or, cela ne saurait se dire. La mAtiàre ne se fait pas plus nature que la nature ne se fait matière. Ce n'est pas la matière qui se fait nature ; ce qui dispose de la nature, c'est l'idée, et non pas ridée du panthéiste, l'idée inhérente à la matière, mais l'idée distincte de la matière. Ce qui est plus acceptable, c'est cette doctrine du même aulMr» que le développement de la nature a deux d^rés, Tun élémentaire» où c'est la dissolution qui est prépondérante, l'autre supérieur et oîi c'est l'organisation qui domine ; que dans la création vitale apparaissent l'organisation et la vie ; que dans la création animale il y a plus que de l'organisme et de la vie, il y a une Ame et un commencement d'intelligence, il y a con* science et activité, sous la forme de la sensation et de l'instinct ; que ces instincts, aveugles et coëroitif», se dessinent comme des désirs.

Ce qui démontre le mieux Texistence réelle de la matière, le fonds commun de tous les changements, la matière de toutes les formes, le (moxgifuvov de ce célèbre fhuxyus omniv/m rerum^ c'est leur liaison. Eu effet, dans la nature entière tout est unité ; tout n'est pas identité, mais tout est organisme vivant. Il n'ya pas de mort dans l'univers. Des éléments chimiques décomposés se compose le minéral ; du minerai décomposé se forme la plante ; de la plante décomposée par la voie de la chimie naturelle, par la putréfaction, natt l'animal. Ce où tout naît, change et se modifie, se transforme ou meurt sans cesser de vivre, en un mot ce où tout vit si/ne saltu vel hiatu^ qu'on l'appelle matière ou substance, toujours un sous mille figures diverses, n'est pas une abstraction.

La substance ou la matière du monde est inexplorable pour nous, mais l'affinité de toutes les choses observables pour les habitants de notre globe, de toutes les sphères, paraît certaine.

Les mêmes éléments se trouvent-ils dans toutes, le monde entier est-il une seule et même substance?

Comme nous ignorons la substcmce ou l'être qui est le soutien des modes, des qualités et des phénomènes, même sur la fraction de l'univers où nous vivons ; comme nous n'y saisissons pas de substralmn et que, dans l'ignorance du fond de toute chose , nous ne savons pas même ce qui fait le nôtre, l'être qui est nous, nous pouvons peu prétendre à saisir la sub-

stanoe de l'univers. Quand les Grecs ont dit le monde un être virant, («ov, ils ont fiiit une allégorie, comme Spinoza en a fait une autre quand, à leur imitation, il Ta dit une seule et même substance, le monde-Dieu. Mais puisque ces fragments détachés d'autres sphères, ces aérolithes qui, loin d'être nés dans l'atmosphère ou précipités de la lune, sont venus de globes gravitant dans notre système solaire et sont tombés dans la sphère d'attraction de notre planète, offrent des éléments analogues à ceux de la matière terrestre, ils autorisent cette induction, que tous ceux de notre système sont composés d'éléments analogues. Et puisque d'autres] phénomènes, et surtout les faits d'attraction, viennent si éloquemment à l'appui d'une analogie universelle, et semblent attester que l'univers tout entier est lié par ce système, il nous est permis de croire que les mêmes éléments constituent la ma* tière du monde entier. Qu'il y en ait cinquante ou mille^ peu importe, ils peuvent tous entrer dans la substance du monde, et celle-ci être une seule et même partout.

En effet, s'il est sage de peu statuer sur la nature de la matière qui, loin de se dévoiler toujours davantage, paraît au contraire vouloir se dérober toujours plus à nos investigations , il est au moins permis de croire qu'elle est homogène dans tout l'univers. Tout y est dominé par le principe de l'affinité, et il y a harmonie dans tout ce que nous y découvrons.

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L'affinité y existe là même où elle ne se supipose^ rait pas au premier aspect. Déjà nous coonaissons celle des éléments dont se composent les plantes et les minéraux, ces deux classes qui offrent en appa* rence non-seulement une profonde distinction de forme, mais qui semblent au premier coup-d'œil accuser une différence de matière plus profonde encore et qui offrent en dernière analyse la même substance.

Quand on passe de cet ordre de corps à un autre, on rencontre la même induction à faire dans des régions plus hautes et plus difficiles à étudier. Dès à présent, il est probable» aux yeux de quelques chimistes, que certains éléments qui ne se trouvent chez nous qu'à Tétat de gaz à cause du calorique» se rencontrent à Tétat solide dans les planètes les plus froides, et qu'on pourrait y observer l'oxygène, l'hydrogène et Fazote comme nous examinons ici le soufre et le phosphore.

Toutefois, ce qui semble le mieux accuser, non plus la liaison de toutes les parties de l'univers^ qui est forcée pour la raison, mais la communauté de la matière, qui peut être douteuse, c'est la communauté des plus grands phénomènes que la nature offre à l'intelligence de l'homme. Cette communauté supposant celle des forces qui la produisent, suppose aussi celle du corps où elles résident ; car il est pour le moins évident que la communauté des phénomènes et des forces implique la communauté de la substance .

GOSHOLOGIBl 319

Or, si ces inductions sont autorisées, nous pouvons hardiment en admettre une autre encore, c'est-à-dire l'intime accord de toutes les sphères.

En effet, encore que la matière ou la substance cosmique soit distribuée d'une manière fort variée, que la masse des sphères soit très-inégale , et que chacune d'elles ait sa mission spéciale, il y a cependant accord général entre toutes, harmonie réelle entre leurs missions diverses, et, en fin de compte, unité de mission dans le jeu de leur magnifique ensemble.

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