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IV. — Les forces, particulières et générales, La force

centrale.

On apipelle forces ou puissances de la nature les causes et les moyens d'action qui produisent les phé* nomènes; ma'is il est impossible d'arriver à la connais* sance réelle de ces moyens, de saisir une cause en dlie^méme, de surprendre une force dans son essence ou sa nature. On ne les étudie que dans les phénomènes où elles se montrent, on pourrait presque dire où elles se cachent.

La première et la dernière question qui se présente à leur sujet est cSIle de leur unité ou de leur multi* piicité. Y a^tril une seule force sous une infinité de formes ou une infinité de forces prenant chacune la sienne?

La communauté des phénomènes semble avoir pour conséquence nécessaire la communauté des forces. En eiïet, si les mêmes forces, si modifiées qu'elles soient seloQ la différence des sphères, n'étaient point répandues dans la nature entière, il ne saurait y avoir pommunauté de phéioomènes. L'analogie des uns

atteste celle des autres. Tel effet, telle cause. Les phénomènes sont les effets, les forces sont les causes. Cependant nous distinguons volontiers les causes cosmiques en premières et en secondes.

Les premières, imperceptibles en elles-mêmes, sensibles dans les phénomènes seuls, sont-elles engagées dans la matière? ont-elles une existence propre, ou bien ne sont-elles que de simples attributs de la matière ?

On ne les conçoit pas existantes en dehors de la matière, indépendantes d'elle et de toute autre puissance. Car dans le premier cas, prises comme indépendantes de la matière, on ne s'expliquerait pas leurs rapports avec elle ; prises comme indépendantes de toute autre puissance, on ne comprendrait pas leurs rapports avec Dieu considéré comme le formateur, ou le créateur, ou le .maître unique de la najlure.

£n général, la nature et l'action des causes premières sont inexplicables, h moins qu'elles ne se confondent avec la puissance suprême, en ce sens que celle-ci en soit le principe et qu'elle les gouverne.

En physique pure on ne remonte pas si haut. On se borne à constater les forces, un agent, ou quelque chose qu'on appelle force, dans les phénomènes qui ne s'expliqueraient pas sans l'existence de ce quelque chose. Puis on ajoute que la nature des forces ou des agents cosmiques est nécessairement conforme à celle des faits qu'ils produisent ; que les phf^nomènes du

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magnétisme, par exemple, tiennent à une force magnétique, et ainsi de suite. On conclut que toute force est nécessairement la propriété de produire des effets de même nature qu'elle.

Là où il n*y a point de phénomène, d'effet,de mouvement dans un corps, on suppose qu*il n'y a qu'une force de conservation ; on admet que tout corps en vertu de sa nature se conserve dans le même état jusqu'à ce qu'une cause étrangère vienne troubler cet état; on appelle cet amour du statu quo la force d'inertie, quoiqu'on sache bien que tout corps est dans un mouvement perpétuel, emporté qu'il est par la force majeure à laquelle il tient.

Ces observations ne nous donnent d'idée précise ni sur la force qui produit un phénomène quelconque, ni sur celle qui enipêcheun corps d'en produire un. Si c'est là de la science exacte, c'est de la science très-bornée ; mais nous ne devons pas aller plus loin dans nos affirmations, car nous ne connaissons réellement aucune force en elle-même, quelqu'iustruits que nous soyons sur ses effets, et quelque familière qu'elle nous soit. La force de la vapeur, par exemple, force si immense dans les faits et si docile à nos directions, nous est entièrement cachée dans son principe ou dans sa cause. Notre ignorance est absolument la même sur la faculté qu'a le feu d'éclairer et de chauffer. Tout ce que nous en voyons, c'est le phénomène, la lumière et la chaleur ; de la force elle-même,

de la puissance ou de la faculté qui produit les deux phénomènes, nous ne voyons rien. Si donc, ne connaissant les forces que par les phénomènes, nous affirmons néanmoins qu'il y en a, c'est que la raison nous oblige d'admettre des causes correspondantes aux effets; mais, bien entendu, nous n'affirmons leur existence qu'à titre de vérité nécessaire, comme nous faisons pour les forces ou les facultés du monde moral.

On classe les forces en particulières, en générales et en universelles, répondant aux phénomènes particuliers, généraux et universels. Toutefois, la nature formant un ensemble dont toutes les parties s'enchaînent, il ne saurait y avoir de phénomène isolé, ni par conséquent de force particulière, subsistant par ellemême, détachée de toutes les autres. S'il y en a qu'on peut distinguer par des caractères qui leur sont propres, il n'y en a pas qui né tiennent à d'autres. Il n'y a donc que des puissances générales, ou plutôt il n'y a qu'une puissance générale.

Pour la science qui vit de distinctions, les phénomènes particuliers sont les produits de forces particulières, (par exemple le phénomène de la chaleur est l'effet d'une force spéciale qu'on appelle calorique :) les phénomènes généraux sont les produits de forces générales ; (le phénomène de la lumière est l'effet d'une force générale appelée lumière ;) et les phénomènes universels sont les produits de forces universelles, (le mouvement est l'effet d'une force qu'on

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appelle la cause motriee). Mais oes disttnetiom ne sont pas dans b nature, et il est des foroes appelées particulières qui sont réellement universelles. La forée d'attraction, par exemple,qui est aussi la force de gravitation, embrasse celles de cohésion, d'adhésion et d'inhérence. Cette force est dite spéciale, et cependant elle lie tous les corps de l'univers ; elle est donc générale; elle est naéme vativerselle, A la vérité^ on peut la séparer de celle des fluides incoercibles, qui sont le calorique, la lumière et Téiectricité ; mais ces deux dasses de forces se tiennent par le magnétisme, puisque le calorique tient à la lumière, et que celte^i tient à l'électricité, qui tient à son tour au magnétisme.

Voilà d<mc une force spéciale qui est générale, universelle, tenant à plusieurs autres, spéciales, gêné» raies et universelles aussi. Et ce n'est pas. tout. Déjà nous pouvons poursuivre cet enchaînement jusqu'à la force la plus centrale, le principe de la vie.

En effet, le magnétisme se lie au galvanisme, qui n'est pas sans doute la cause de la vie ou la force vitale, mais qui y tient au moins, [misqu'il produit des phénomènes semblables à la vie, des excitations et des convulsions. Communiquée à des corps récemment frappés de mort, l'électricité leur rend des mouvements analogues à. ceux de la vie ; et les strangulés, s'ils sont galvanisés, se redressent, marchent et ont l'air de se réveiller d'un songe. Le galvanisme tient

donc intimement à la force vitale, qui est la force universelle par excellence, et il y a si bien liaison, système général de forces, qu'il n'y a peut-être que des forces générales, ou qu'une force universelle. Puisque la lumière, la chaleur, le magnétisme, Télectricité, le galvanisme aboutissent à la force vitale ellemême, à la force la plus générale, à la force universelle ou centrale, la conséquence paraît exacte. D'ailleurs s'il n'y a qu*une seule matière, qu'une seule substance cosmique, qu'une seule nature, il ne saurait y avoir qu'une seule force, de quelque manière qu'on la dénomme, force universelle, force motrice ou force vitale, ou de quelque manière qu'on la subdivise dans l'immense variété qu'offre son jeu.

Les phénomènes étant d'une variété, d'une multiplicité indéfinie, et distincts malgré leurs caractères d'uniformité, les uns exigeant une puissance qui dépasse toute conception, par exemple, le mouvement des mondes, les autres n'ayant besoin que d'un degré d'impulsion à peine sensible pour l'homme, on conçoit que la force universelle se manifeste sous une infinité de formes, qu'elle soit à la fois puissance cosmique et simple propriété d'un corps, et qu'elle enfante des puissances secondaires qui se modifient indéfiniment pour constituer toutes les qualités des corps. Mais toujours et à travers la variété des phénomènes et 4a variété des forces, on reconnaît l'unité de ces dernières. Et peu importe que la force centrale con-

tienne en elle la possibilité de tous les produits de la nature , ou que ceux-ci soient autant de transformations accomplies dans la substance primitive au nom de forces secondaires émanées de la force universelle, Tunité de Tagent est sauve. Elle est d'autant plus sensible que les procédés de la nature sont plus évidemment empreints du même cachet, et qu'elles vont plus sûrement au même but, celui de manifester le parfait et Tinfini sous des formes finies et de plus en plus parfaites.

Le changement des formes est réel. Dès que la matière change, elles changent aussi. Or, la matière change sans cesse par l'action même des forces, ce qui démontre que les formes tiennent elles-mêmes aux forces.

Quant aux formes, si diverses qu'elles soient, toutes les variétés se réduisent en dernière analyse à trois : La solidité ou la prépondérance de la contraction ; la gazéité ou la prépondérance de l'expansion ; la fluidité, l'équilibre des deux forces. Mais s'il y a prépondérance de l'une des deux forces, il n'y a pas anéantissement de l'une par l'autre, et grâce à la conservation de toutes deux, la nature peut toujours passer d'une forme à une autre, de la gazéité à la fluidité, de la fluidité à la solidité, et vice versa.

Ce jeu est-il illimité et la puissance des forces ou de la force centrale, puisqu'il n'y en a qu'une, est-elle suprême? Ces deux questions sont également difficiles à résoudre.

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Et d abord, nul physicien ne saurait affirmer que le jeu des forces de Tunivers est limité, soit quant au temps^ soit quant à l'espace^ et nul métaphysicien ne saurait le concevoir illimité^ à moins de confondre la force centrale avec l'Être suiurême.

On arrive encore au même pointen débattant la deuxième question, à savoir si la force universelle est une puissance suprême. Car c'est là demander en d'autres termes si c'est la force centrale seule^ qui, dians le cours des temps et pendant des milliers d'années a successivement mené la matière primitive par toute cette variété de formes et de propriétés que la science constate aujourd'hui. C'est demander si c'est elle seule qui a formé, de la substance primitive, tous les autres corps ; si c'est elle qui a tout fait ; si elle l'a fait d'ellemême et en son nom, ou bien en qualité d'agent et au service d'un autre.

On voit que c'est là, non-seulement la question de la création, mais celle du Créateur, celle du principe absolu et suprême, question étrangère à la physique, et qui dépasse de beaucoup la métaphysique, si compétente que soit celle-ci pour s en occuper. La spéculation idéaliste, qui a pris une si grande place dans la philosophie moderne, s'en est beaucoup occupée. Elle n'a pas résolu le problème, il s'en faut ; et quant au jeu des forces et des phénomènes cosmiques, elle Ta résumé dans des formules vagues et trop générales pour répandre sur cette matière un jour véritable. SchelUag

affile tour à tour les deux termes du jeu, liberté et nécessité, l'idéal et le réel, et Hegel les nomme l'être et le néant, la position et la négation, Tinfini et le fmL Pour Tun et l'autre, l'identité absolue est l'unité primordiale des deux termes ou des deux puissances. L'espace et le temps sont la réalisation primitive de la force cosmique, mais cette réalisation constitue un état second, un phénomène que la puissance on la réalité du temps et de l'espace s'est donné ; puis le temps et l'espace sont, soos deux mots difiSérents, une seule et même expression, faible l'une et l'antre, delà réalité primitive. Pour Schelling ce second état est une défection ( Abfell); pour Hegel, ce n'est qu'une transition, qu'un passage de l'intériorité à l'extériorité.

Dans la théorie de tous deux, la question de la création est non-seulement abordée , mais traitée : pour l'un et pour Fautre la puissance primitive est le tout, le TTôiv, le créateur et la création. Sans impliquer la question du créateur dans celle des forces du monde ou de sa force centrale, unique et suprême, d'autres veulent que la substance primitive, prenant les formes de l'expansion et de la contraction, isoit devenue d'abord l'espace et le temps, puis tout le reste. Cela est plus net : cela met de côté la question de l'intervention d'une puissance, d'une intelligence, d'une cause spirituelle, d'un être personnel. L'erreur radicale, le irpûTov ^t^oi de ces théories et de ces formules sur les forces, c'est non-seulement d'engager dans te

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monde matériel le monde spirituel, mais de l'y absorber. Or,à cet égard il faut nettement poser ces trois idées, reconnaître ces trois faits : le premier, que toutes les existences qui se trouvent dans la totalité de l'univers sont liées entre elles ; le second, que les deux mondes se tiennent et tiennent au même principe ; le troisième, qu'ils se distinguent entre eux dans leur principe même.

Sans ces distinctions, point de doctrine pure sur les forces de la nature, sur la force centrale, la grande puissance de Tunivers ; avec ces principes tout prend sa place et chaque chose a son jour.

D'abord, tout se lie. Chaque être participant à l'une des formes de la force centrale , si ce n'est à toutes, chacun tient au tout et par lui à chacune de ses parties ; puis, chacun y tient nécessairement, forcément, si libre qu'il soit de celles de ses facultés dont il a la disposition dans la sphère qui lui est donnée.

Si l'engagement forcé de chaque chose dans le tout pouvait être contesté, soit pour l'une, soit pour l'autre des forces que nous avons citées, un fait vulgaire, celui des marées, viendrait attester à la fois, qu'en ce qui nous regarde de plus près et dans notre personne même nous sommes engagés dans le système de forces générales, comme les globes, ne fût-ce que par la demeure qui nous est donnée. On connaît l'influence de la lune sur le flux et le reflux de l'océan terrestre. Or, cette influence s'étend sur l'homme ;

elle est constatée évidemment dans la race entière; elle Test spécialement dans les phénomènes qu'offre la vie d'un des plus grands physiciens des temps modernes, dans les syncopes mensuelles de Bacon [Euler 1, 250 et 240). En petit et en grand, sous d'autres formes et sous des formes semblables , chacun de nous expérimente et constate la même chose, relativement aux influences que l'atmosphère et le climat exercent sur son corps, sur son- esprit, sur le jeu des forces et des facultés de l'un et de l'autre. Or, l'atmosphère et les climats du globe sont engagés dans les phénomènes généraux et tiennent aux forces universelles du monde matériel.

En second lieu, le monde matériel et le monde

spirituel se tiennent.

En effet, nous avons d'abord dans le fait galvanique une force plus ou moins générale qui touche à la force centrale ou à la vie centrale. Or, cette force ou cette vie touche partout en son principe et en son rôle à l'Intelligence suprême.

Nous avons ensuite toute une série de faits qui montrent que les forces un peu générales du monde matériel, et il n'y en a pas d'autres , aboutissent partout, en dernière analyse, au monde spirituel, à l'Intelligence suprême;

Pour s'en convaincre, on n'a qu'à prendre cette

force générale ou universelle qui donne lieu aux

phénomènes les plus frappants : la cause physique

du mouveroefit. La question est presque De[iiv&; elle ne remonte qu'à Newton. Auparavant, on faisait sur cette matière des dissertations seolastiques h perte de vue, au nom d'Aristote; aujourd'hui, les phénomènes sont observés ; la cause suprême en est sagement reemlée dans la sphère du suprême, et on va voir que e'est avee raison qu'on la cherche au-dessus de l'horizon matériel.

La cause physique qu'on assigne au mouvement se nomme la gravité ou la pesanteur^ et l'on suppose que les sphères pèsent les unes sur les autres, ou gra* vitent les unes vers les^ autres. Maison ignore si elles le font en vertu d'une cause attractive ou en vertu d*une puissance impulsive, et autant le phénomène du mouvement est compris, autant la vraie cause en est voilée. Bien inspirée^ la science s'en tient au fait qu'on désigne par le mot d'attraction ou celui de gravitation. Elle ajoute que chacun des corps célestes est en possessiof) d'une force qui motive le fait, et que le mouvement de chacun en raison de son poids spécifique est d'autant plus rapide que son corps est plus pesant. C'est là une observation générale, et on en a fait une loi générale. Mais les sphères sont-elles réellement en mouvement par la raison qu'elles ont de la pesanteur? C'est la chute d'une pomme qui a amené cette théorie ; mais la pomme tombe-t-elle en vertu de son poids, on bien est-elle attirée par une force secrète de la terre? Ou bien encore y a-t-il à la fois un principe

de pesanteur d'un odté, et un principe d'attraction de l'autre, de sorte que, de deux corps, le plus grand aUire et le plus petit tombe ou succombe dans ce duel?

On Tignore. De plus, si cela se passait ainsi «tout simplement, il en résulterait, d'abord, qu'au bout de peu de temps tous les petits corps tomberaient sur les grands; la lune, par exemple, tomberait sur la terre au lieu de suivre son orbite autour d'elle, et ainsi des autres. Cela n'arrivant pas, il y a évidemment une seconde force qui l'empêche, qui, pondérant la première, préserve les corps moins grands d'un entrât-* nement funeste pour eux dans la sphère des autres. Car si toutes les sphères plus grandes attiraient contre elles celles qui sont plus petites, il y aurait bientôt une agglomération générale, c'est-à*dire un seul amas, qui, ne pouvant plus rien attirer, ne serait plus en mouvement. Or, le mouvement cessant, il n'y aurait plus les deux choses qu'il produit : la vie et la lumière.

Le maintien de la vie et de la lumière, que n'en* fautent pas, mais que font jaillir les ondulations excitées dans l'atmosphère par la gravitation des sphères, tient donc à ce que l'agglomération de celles-ci ne se fasse pas malgré l'attraction que les grandes exercent sur les petites. Il tient à ce que cette attraction se trouve modérée, pondérée, équilibrée par des impulsions de résistance propres à chaque corps, par cette for<îe qu'on appelle centrifuge, ou par d'autres puissances d'attraction agissant dans le sens voulu.

Et en effet, d'autres attractions, exercées par d'autres corps, balancent celles dont Texagération deviendrait funeste à tous. C'est ainsi que la lune, satellite de la terre et attirée par elle jusqu'au point voulu, ne l'est pas au-delà de ce point, ne l'est pas tout-a-fait. Elle en est tenue à la distance voulue. A cet effet elle est attirée par d'autres corps, qui balancent si exactement l'attraction exercée par la terre que le satellite garde toujours son orbite.

On ne peut dès lors se refuser à cette induction, qu'une combinaison si savante, d'un équilibre si sublime, n'est pas le fait de la force motrice, qui est une cause physique, une grande cause, d'une puissance qui dépasse toute conception , mais qui n'est pas une cause intelligente, pas la cause première, pas la cause principe elle-même. En un mot, toute cette combinaison du monde matériel ne trouve sa raison dernière que dans le monde spirituel. Pour que cette combinaison fût l'œuvre d'une cause pljysique, il faudrait que cette cause ne fût pas purement physique, qu'elle fût non-seulement une intelligence, mais l'Intelligence suprême.

En effet, si la théorie du mouvement se nomme mécanique céleste^ ce n'est pas que ce soit une mécanique. On peut bien la qualifier ainsi figurément, par voie d'assimilation, mais c'est à la condition do savoir que ce qu'on dit n'exprime que très-improprement ce qu'on pense. Et en effet, ce qu'on appelle le méca-

nisme de l'univers est loin d'être un mécanisme comme un autre. D'abord les corps attirés ou tirés les uns par les autres nedemeurent pas constamment à la même distance les uns des autres. Au contraire, ils varient cette distance comme s'ils y mettaient une véritable spontanéité. Puis, nous l'avons dit, ils ne parcourent pas uneorbitecirculaire,maisilsen parcourent une ovale, ou plutôt elliptique, et même très-excentrique, c'est-à-dire d'une ellipticité trés-allongée, comme s'il s'agissait de montrer dans la spontanéité une sorte d'audace. La terre, par exemple, fait, en courant en son orbite autour du soleil, deux excentricités où elle se lance en avant à un tel point que, si notre œil pouvait la suivre, il nous ferait douter de la possibilité d'un retour. Et cependant ce retour a lieu très-simplement, sans la moindre circonstance extraordinaire. Comment expliquer le prodige? C'est évidemment par la force d'attraction donnée au soleil qui empêche la terre de , lui échapper et de se perdre dans les espaces assignés à d'autres systèmes solaires. Mais si cette force motive le retour de la terre d'un tel éloignement, une autre, d'une nature attractive, doit nécessairement motiver cet éloignement lui-même. Il y a donc là deux causes physiques, deux forces naturelles dont le jeu est si savamment combiné qu'une intelligence divine peut seule en être l'auteur, puisque nulle intelligence humaine ne peut même en saisir le secret. Car

des termes aussi vagues ou aussi impropres que ceux

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de mécanique céleste, d'attraction, de répulsion et de gravitation, soat évidemment là pour consolernotre impuis8iiii«e plutdt que pour oiiïHr une solution à notre pensée. Ajoutons que Tëloignement en question étant très-'excentrique, on est arrivé précisément au môme point quand il s'est agi de rendre un peu raison de cette excentricité. Car la véritable raison de ce phéno<nomène ne peut être évidemment qu'xine autre com^ binaison, une combinaison faite tout exprès pour qu'il ait lieij : c'^ti-à-dire qu'elle a été faite par une puissance intelligente.

La forée motrice est donc au service d'une puissance supérieure. Mais cette force, qui se dérobe à toqte investigation, n'est-^elle pas plut6t, en dernière analyse, la puissance suprême elle-méoie?

Oui, pour le panthéisme, car c'est là le panthéisme, et c'est aussi sa raison d'être; non, pour le spiritu£K lisme» qui a précisément sa raison d'être et son ea^ ractère le plus essentiel dans la distinction du monde spirituel et du mionde matériel.

En effet, c'est ici qu'il importe de faire sa plaee au troisième principe fondiamental de la théorie dea (orces de la nature ; c'est ici qvi'il s'agit de poser cette vérité, que s'il y a dans l'univers un système dattraetions calculées pour des orbites elliptiques d'une ei^ lipticité très-variée, il en faut chercher la vraie cause, non pas dans le mouvement, mais dans la cause du mouvement, c'est4-dire dans son auteur ; qu'entre ce

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qui marche et ce qui fait marcher, entre ce qui obéit et ce qui commande, entre ce qui est réglé et ce qui règle, il y a une différence essentielle, une ligne de démarcation ineffaçable.

Un philosophe très-religieux, Baader, a dit que le soleil porte la terre comme les autres planètes, et qu'il les tient de lui à des distances convenables, proportionnées à la réflexion des forces de chaque corps ; que le soleil a posé chacun d'eux pour cette réflexion et qu'il les a fait émaner de son sein comme autant de points d'appui dont il avait besoin. Mais si l'on peut admettre à la rigueur que les planètes se sont détachées du soleil et qu'elles se sont arrêtées ohacune à une certaine distance, ce n'est pas assurément parce que le soleil Ta voulu, et malgré les termes dont se sert le philc^ophe allemand, ce n'est pas ré* ellement le prince du système solaire qui est l'auteur du fait. Des mouvements combinés comme ceux des planètes ne sont pas l'effet de quelques révolutions ou de quelques ébuUitions chimiques, exécutées spontanément dans l'intérieur du soleil; et si monarque que soit ce grand corps, on ne saurait le dire l'auteur du système planétaire, si bien calculé, pondéré, équilibré, si bien accordé avec ceux des autres systèmes du monde. On dit partout que c'est lui qui répand la lumière et la vie sur la terre, comme sur toutes les autres planètes; mais cela n'^st pas plus vrai pour l'une que pour l'autre. Le soleil n'est pas plus un foyer

de lumière qu'un foyer de vie. 11 est une seule puissance cosmique qui rende raison de toutes les autres que fait admettre la diversité des phénomènes : ce n'est pas la force centrale, c'est cette conception que l'antiquité appelle râ/me du monde et qu'on a quelquefois désignée sous le nom de natv/re^ à la condition toutefois qu'on élève cette nature, cette âme du monde à sa véritable hauteur, qu'on lui donne son existence distincte et personnelle, et qu'on la proclame sous son vrai nom. Carelle est l'Intelligence suprême elle-même. Et ce n'est pas seulement en physique spéculative, c'est en toute bonne physique qu'il faut d'abord rapporter toutes les forces de la nature à une seule, puis reconnaître la puissance suprême qui dispose de celleci. En effet, malgré la diversité de leurs manifestations et celle de leurs dénominations, forces d'attraction, forces centripètes et forces centrifuges, forces électriques et forces magnétiques, forces motrices et forces expansives (gaz), forces organiques, végétales et animales, toutes, rentrent les unes dans les autres. Elles y rentrent si bien, que leurs propriétés se ramènent toutes à deux, l'expansion et la contraction, l'une effet de l'élasticité, l'autre de la gravité. D'ailleurs les corps n'ont des qualités si diverses que sous certaines formes, à l'état solide. Dès qu'ils passent à l'état liquide, la plupart des différences s'évanouissent ; et tous un jour pourront sans doute être transformés et passer à l'état liquide. 0«and, de plus, l'analyse chimique fait ah-

straction encore des propriétés de l'état liquide et prend les corps à l'état de gazéité, elle arrive à des simplifications nouvelles, si bien qu'à cet état il n-y a de différence fondamentale entre les corps que sous le rapport de la densité et de l'élasticité. Encore la den«!tc se réduit-elle de Ifelle sorte qu'il ne reste que l'élasticité. Transformés à l'état de gaz, les corps présentent une affinité telle qu'il est difficile de dire si l'azote et l'oxygène sont autre chose que l'hydrogène, de quatorze ou quinze fois plus de densité.

Les qualités spécifiques des corps disparaissant ainsi à l'élat de gaz, ceux-ci semblent redevenir la^atière primitive, car l'état de gaz se rapproche de l'éther, qui est pour nous comme la matière primitive.

D'un autre côté, les corps conservant la faculté de reprendre leur forme plus compliquée, plus composée, plus matérielle, et la science parvenante leur faire faire en petit le même chemin qu'ils ont fait en grand lors de la transformation primitive ou de la transformation radicale qu'on appelle la cr^afion, la science humaine semblerait pouvoir disposer de cette force centrale, universelle et suprême. Et elle le pourrait, en effet, si elle était l'Intelligence suprême elle-même. Car c'est là ce qu'il faut reconnaître en second lieu et finalement, non pas seulement en physique générale, mais encore en physique élémentaire. Sans cette lumière, on ne voit rien dans l'étude des éléments. Or, ce qu'il faut y savoir absolument, c'est que ce dont la science humaine

dispose, ee sont des forées isolées, et ce dont elle ne dispose pas, e est la force centrale, la force vitale, la force créatrice. La science hunidine sait oomposer et décomposer des substances organiques, mais elle ae sait pasiiire Torganisme, ni végétal, ni animal. Cette puissance, c'e^ la nature bien comprise^ c'est-à*4bre^ le Créateur, source de toute vie, de toute puissance et de toute iot^ligenoe dans Tunivers, qui se l'est ré^ servée*

C'est là ce qu'on appelle le secret de la création*

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