‹ La philosophie de la religionChapitre 33 sur 41 · G08MOI.061E · texte numérisé non relu

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fltenee, devient une créature, ou un oliget, cette théorie proclamait nécessairement une création permanente. Car, d'après cette hypothèse, ou Dieu cessctt^ait de créer, ou il cesserait de penser. Or son existence même ne pouvant ôtre conçue sans une pensée continue, il s'en déduirait nécessairement une création infinie.

Si grossière que soit toute cette théorie, elle semble contenir cependantune vérité attestée par la physique générale. La spéculation moderne recule devant cette continuité ; elle objecte l'observation vulgaire, qui porte à croire qu'il n'y a plus dans l'univers de créations directes ; qu'il n'y a plus que, d'une part, conservation , et, d'une autre, reproduction ou tranformation.

Mais de tout ce qui se passe sur les points extrêmes de la vQûte des cieux, les astronomes infèrent au contraire qu'il y a bien réellement sur ces points création continue; qu'il s'y prépare du moins sans cesse des corps, des astres et des systèmes nouveaux ; nous avons vu les motifs de leurs inductions.

La théorie de la création continue, qui paraît d'ailleurs la plus digne de la grandeur divine, si l'homme était juge compétent dans cette question de dignité, semble aider singulièrement à la solution de notre troisième question, à savoir l'époque de la création. Si la création continue à jamais, et si elle n'a pas de limite dans l'avenir, elle ne doit pas en avoir dans le passé : ^le n'a pas dû commencer;

390 GûfiMOLOGIE.

€Ue doit dater d'4lerni<é. On a tranclië la questmi dans ^e se&s, création perpétuelle» créalien éternelle. Pn a dit'^ue Dieu était la fœrœ et Tactivité absolue ; et, rayant toujours été. Dieu a dû créer toujours et doit loréer éternellement. Le contraipe parait inadmissible. Comment dire de l'Être absolu qu'en un temps donoé il est . rrivé à conceYoir l'idée de créer ce qui jiiisque4à n'était pas en sa volonté? L'avènement dans SA pensée d'une résdution pareille ressemblerait de sa part h une modification dans son être. Or, rien de jee genre ne pouvant s'appliquer à Dieu, la réalisatioa ilu monde n'a été pour Lui ni un commencement de desseins et de travaux nouveaux» ni une ère de nou* velles affections ou d'un gouvernement inaccoutumé.

Sans doute, nms ne sont-ce pas là encore autant d'antbropomorpbismes proclamés sous le prétexte d'en réfuter d'autres ?

En efSet, il n'y a pas de vérité contre la vérité^ et il est bien évident que le monde n'étant pas un prin* cipe, une chojse priadtive, une existence nécessaire, n'est pas éternel comme Dieu, et, par cela seul qu'il s'y conetateFait, une création continue, il serait éta* bli que toutes les parties ne sont ni de la même date, ni d'éternité. Aussi l'humanité, dans tous les siècles et par ses plus beanx génies, a-t-elle enseigné une création en un temps donné et une certaine œuvre aociMsapIie. La spéculation la plus raffinée, celle qui répugne le plus aux dates, suppose encore, si non

de «e^ époques de création qui seraidui des modifiées 4ions eo Dieu, et que persouoe n'enseigne dons oe dernier sens, du moins ce qu'elle iq[>peUe des mo^ merUss Je fais ici allusion à oeuK qui, en une conception très-pure, distinguent Dieu comme Esprit du monde et vie du monde (Weltgeist et WeUleben)^ car ces termes ont un sens dan& la langue philosophique la moins suspecte de panthéisme. La raison peut par*laitement considérer Dieu comme l'Esprit qui a voulu le nionde et qui le mène à ses fins, et comme le principe de la vie qui anime le monde et le met ea était de marcher aux fins qui lui sont prescrites ' . Et puisqu'il faut après tout parler la langue qui nous est donnée, la question de savoir à quelle époque un peu précise remonte la créiution du système solaire et celle de la fraction de ce système qui ifous loge, le globe terrestre, ou môme celle de tout autre système qui pourra nous être un peu connu tôt ou tard, peut donc être posée par la cosmologie. Si cette question demeure étrangère à l'Être absolu, au Créa* teur» qui n'est pas assujetti au rapport de succession, elle regarde de fort près les créatures assujetties à ce rapport Aussi la spéculation, aidée de l'histoire ei de la physique générale, a-t*elle toujours énoncé des coflDJectures et articulé des chiffres à cet égard. On a cru longtemps qu'il fallait s'en tenir à un chiffre peu

' Je prends dans ce sens les deux expressions si bien emfitoyées par M . Trendeloburg.

élevé ; on a pensé que la vie du genre humain ot sa demeure étaient d'une date assez récente ; que nos textes sacrés n'assignaient à l'origine du monde que quatre mille ans^avant l'ère chrétienne. Mais d'abord» cette daté n'y est pas inscrite, et une telle nouveauté du monde ne repose que sur une étroite théologie. L'en-

semble des existences terrestres, la suite des évolutions dé leurs destinées, celle desancienneslittératures et des autres monuments de la civilisation, viennent à Fappui des inductions géologiques et astronomiques pour réclamer .une époque beaucoup plus reculée. Ce sont évidemment d'autres dates qu'il faudrait admettre, s'il convient d'en fixer. Les textes sacrés n'eh donnant aucune, n'en excluent aucune. Quand on a cru qu'ils indiquaient une époque récente, on a voulu inférer d6 certains monuments, spécialement du Zodiaque de Denderah, qu'ils se tromjpaient. On n'a pas craint, dans cette intention, d'assigner une antiquité de quatorze mille ans avant Jésus-Christ à ce dessin, que la critique sérieuse est venue bientôt remettre à l'année cent cinquante de l'ère chrétienne, sa véritable origine. La question ne fera un progrès positif que du jour où Ton aura des faits astronomiques qui soient dé nature à dominer ces débats. Il y a, dans l'univers connu, un globe dont la lumière met dix ans, et d'autres dont elle met vingtcinq ans à nous arriver. S'il en est qui mettent dix mille, vingt-cinq mille ans, du jour où ils seront dé-

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couverts, il faudra leur assigner m moms cet è^.

On a supposé que la science reculera sans cesse Té-*

poque de la création» en raison du progrès que fers

Tétude de la nature. Ce n'est là qu'une supposition.

Mais dans aucun cas, et quelque daite' qu'on chei^che,

la lettre des textes sacrés ne s'oppose à nulle espèce de calculs : les mots in pt'incipio permettent le progrès le plus fabuleux.

Ce qui est unique encore dans ces textes, qui don* nent sur toutes les questions cosqiiogoniques des idées si élevées, c'est qu'elles semblent indiquer toute une succession d'époques ou d'évolutions créatrices, et que la grande œuvre de la création y est distribuée sur six jours. On a dit que cette distribution a été inspirée par des vues législatives plutôt que par des vues cosmologiques ; qu'on y a introduit; à la suite d'une œuvre de six jours, l'idée de la fatigue, pour amener celle d'un repos périodique consacré à Dieu ; que la célébration du septième jour, qui devint bientôt à son tour le type du repos éternel, du sabbat eéleste, a joué un rôle si considérable dans les institu* ttons civiles et dans les usages religieux de Moïse, qu'il a voulu l'introduire jusque dans l'œuvre de Dieu, la création du monde. On a dit qu'en raison même du prix que ce législateur attachait à fonder le jour du repos sur un fait divin, il a fait entrer en six jours toute l'œuvre de Dieu. Mais on a eu de l'esprit à \cH. La théorie de la création en six jours n'est pas posté*

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riwre à la loi du saUMt» et ce n'est pas l'œuvre eosmologique qui a été calquée sur rinstitution ciTile, c'est rinstitution civile qui a été calquée sur Fœqvre cosmobg^ique. On a qualifié l'une d'œuvre divine^

l'autre d'inetîtution humaine, pour mieux motiver

Tifliitaftion. Mais les textes sacrés ne parient pas d'une institution humaine. La loi d'un jour consacré au repos, au culte, ou si l'on veut aux choses du monde spirituel, est d'une origine aussi divine que celle du monde matériel. On a eu de l'esprit à tort encore^ quand^ pour atténuer ce que les mots de repos et de créations successives, appliqués à Dieu^ ofirent d'impropre, et pour faire disparaître les conceptions de fatigue et de repos, on a proposé cette paraphrase, qu'après avoir appelé successivanent à l'existence ce qia'il avait deseein de créer. Dieu cessa son oeuvre. D'abord, on n'a pas vu que c'était là un anthropomorphisme encore ; puis, qu'il ne fallait pas avoir la prétention de faire disparaître du langage des hommes — le langage des hommes. Les anthropomorphismes sont universels en théologie, et nous ne faisons pas autre chose que des anthropomorphismes, même en philosophie. Essayer de dire sur Dieu un mot qui n'en soit pas un, c'est s'arrêter tout court. D'aîUeurs, la di^ributidn de l'activité de l'homme, calquée sur celle de Dieu, est moins un anthroporaorphtsma qu'un théomopphisme d'une nature sublime, que l'homme n'a pas plus lait qu'il ne s'est fait à l'image

de Dieu. Divinement enseigné sur lui-même et se concevant à l'image de son Créateur, il a dû concevoir aussi son œuvre à l'image de l'œuvre divine. Tel maître, tel serviteur, a été sa maxine naturelle, et les textes sacrés nous donnent cette théorie légitime : 1! œuvre divine, la création, est successive, formant un ensemble complet et clos en un moment donné. L'œuvre humaine doit être successive aussi , formant comme elle un ensemble complet et clos en un ten^s donné. Et alors viendra le jour du repos, le sabbat de l'éternité.

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