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III. — Les lois générales ei les lois. particulières

On distingue les lois de la nature en universelles ou fondamentales, et en spéciales ou secondaires. Mais toutes ensemble, elles forment un code peu volumineux en comparaison des codes politiques, codes de tâtonnements appelés d'ordinaire à régler quantité d'imperfections et d'essais, à réparer toutes sortes de fautes commises et à prévenir des révolutions de tous genres.

Le code divin, qui est la perfection et qui demeure immuable, peut se résumer en cinq règles universelles très-précises.

1* Tout, dans Tunivers, est en mouvement perpétuel, quoique la force d'impulsion, cause du mouvement de tout, soit un mystère, comme toute question d'origine ou de commencement.

2* A chaque corps est assigné un espace spécial, une marche propre, une orbite ou une destinée particulière, qui lui permettent le déplacement nécessaire» sans déranger aucune des autres destinées et qui s'enchaîne dans le tout de manière à servir le système général.

3"" Malgré la prodigieuse consommation de forces nécessaire pour produire le mouvement de tout, sa continuité régulière est assurée par la perpétuité de ces forces ; à la perpétuité des forces mécaniques s'ajoute la reproduction permanente des forces organi: ques de telle sorte que tout puisse aller toujours, et qu'il n'y ait pas de raison pour que le mouvement cesse, que l'équilibre se dérange. Au contraire, 'le cours et Tordre de l'univers sont assurés, sinon à perpétuité, au moins pour toute la durée de la nature;

4° Les transformations permanentes auxquelles tout est assujetti, et qui sont, les unes douces au point d'être imperceptibles, les autres brusques au point d'offrir des cataclysmes, sont aussi motivées et aussi régulières les unes que les autres, et dans la nature entière, il n'y a ni des exceptions, ni des anonaalies, ni des révolutions véritables ou non voulues du législateur, en un mot, point de place pour le hasard.

5' Malgré cette transformation des individualités, la nature conserve les espèces, sinon d'une manière absolue, du moins d'une manière générale.

Que ces lois abstraites, induites des faits, ne sont que des faits, mais aussi que ces faits sont universels, cela est évident. Que jusqu'à présent il ne s'en est pas révélé d'autres du même caractère, c'est reconnu de même. Que du moment où il s'en manifesterait de contraires, ce code serait à modifier sur-le-champ, cela est certain encore, et il serait peut-être téméraire de prétendre, dès à présent, que l'énumération de toutes les lois générales de la nature est complète, qu'on ne peut plus désormais les multiplier.

Celles qu'on proclame aujourd'hui n'en inspirent pas moins une confiance absolue.

Déjà, à côté de celles que l'on considère comme fondamentales, on en distingue cinq autres qu'on appelle secondaires, mais qui sont essentielles encore et qu'on proclame universelles avec la même assurance.

1° La nature suit depuis son origine et d'une manière continue la marche qui lui est tracée , sinon à perpétuité, du moins pour un temps indéfini.

¥ Sa marche est dirigée de manière qu'elle ne puisse pas en suivre d'autre, de quelque force propre qu'elle soit douée, de quelque façon qu'elle soit animée, ou quelque violence qui lui soit faite de la part des puissances qui ont la faculté d'intervenir dans son

jeu, rhomme, par exemple, car ces puissances n'ont pas le pouvoir de rien altérer aux règles qui président à son cours normal.

3* Pour chaque chose qui se produit dans la nature, il y a raison suffisante en eUe-mâme, sans que par là on entende dire que chacune ait aussi en elle la cause primordiale de cette raison.

i"* Dans sa marche normale, elle obéit d'une façon générale à une loi d'homogénéité, d'affinité et d'analogie, qui ne veut pas que les êtres ou les objets soient multipliés en dehors de certaines limites ou sans nécessité, comme nous disons, telle étant au contraire leur ressemblance qu'on peut en faire des familles, des ordres, des classes, des espèces (loi de spécification] .

5* Malgré ces affinités, la nature ne produit que des individualités, si bien que tout en les classant en catégories pour certaines ressemblances , on voit parfaitement en elles de telles différences qu'à la rigueur il n'y a que des êtres particuliers.

La dernière de ces lois semble donc contraire à la précédente, à la loi de spécification , et pourtant elles n'en sont pas moins universelles toutes deux. En effet, la nature, tout en suivant des types et en produisant des caractères communs , . ne suit pas la marche uniforme du mécanisme ; elle enfante une variété à ^e point indéfinie qu'il n'y a jamais identité dans ses produits, et elle place partout à côté des signes de

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rhomogénéité et de la spécification, ceux de Viiidivi^ dtMition. C'est donc une loi pour tous les êtres de l'univers, y compris la race humaine, qu'il n'y a pas de type absolu, comme il n'y a pas de monde pétrifié. Ainsi le type de l'homme est dans tout homme, piais l'homme type n'existe pas.

Après ce second ordre de règles générales, il en est un grand nombre d'une nature plus spéciale et qui sont les attributs des forces de certains corps plutôt que les lois qui président aux rapports de ces forces et de ces corps. Mais telles sont ces puissances, qu'on peut leur donner aussi le nom de lois de la nature; , Nous en citerons quelques exemples.

{""En vertu de la. loi d'harmonie, les forijes qui s'harmonisent ont pour effet de s'exciter et de s'accroître mutuellement, tandis que celles qui sont en désaccord, se troublent réciproquement au point de se paralyser ou même de se neutraliser absolument.

i'* En vertu de la loi de substantialité, la substance de la matière ne peut ni naître ni périr ; elle se transforme mais ne s'anéantit pas.

3*^ En vertu de la loi de réciprocité dynamique, la réaction est égale à l'action.

Que si l'on descendait aux attributs des forces de certains corps particuliers, on trouverait encoFe une quantité de procédés ou de manières d'agir qu'on pourrait qualifier de lois. On formerait, par exemple, tout un petit code des seules lois des phénomènes ma-*

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gnétiques, on le sait. Si du règne dit minéral on passait au règne végétal, on y verrait les formes du développement de la plante et celles du jeu des forces fructifères varier à ce point, d'espèce en espèce, qu'on ferait un volume considérable des lois qui les gouvernent. On en ferait un des seules règles à suivre dans la taille des arbi^ fruitiers. Là, dans ce domaine accessible au vulgaire, on parle de hasards et d'accidents à mettre à profit, de ruses et de violences à pratiquer à l'égard de la nature, mais on se flatte. De même que dansTordonnaîice de l'univers il n'y a que de l'art, il n'y a dans la nature que de l'ordre, que de la causalité, que des causes finales : chaque chose y est faite pour tin effet et pour son effet, le pommier pour porter des pommes, le poirier pour porter des poires. Et nul ne le sait mieux que l'homme vulgaire qui greffe et qui laille. Rien ne se fait sans une force suffisante, aucune force ne fonctionne si ce n'est sous une loi et pour un effet, c'est-à-dire un but. Et la raison suprême seule a pu, sous le double point de vue de l'ensemble et du particulier, mettre en tout les forces et les lois nécessaires pour que chaque chose produise son effet, atteigne son but. L'enchaînement est immense. Chaque phénomène est amené par un autre , à ce point qu'il est difficile dé dire où est le commencement, où est la fin. Tout se lie, et il y a lieu de dire, nonseulement que tous les phénomènes tiennent à des forces, toutes les forces à des lois, toutes les lois

à une idée suprême» la loi des lois, mais eaeore que rien ne se tient mécaniquement, de telle sorte qu'un rouage venant à manquer, toute la machine doive s'arrêter. Il est , au contraire , des manquements, des extinctions et des ruptures ; il est même des destruor tiens et des cataclysmes, si bien qu'à chaque instant et partout il apparaît des apparences de défectuosité. Il est des forées qui n'aboutissent pas, des semences qui ne produisent pas de germes, des germes qui ne portent pas de fruits, des fruits qui ne vont pas à ma« turité, et des fruits mûrs qui sont des poisons. Il se présente des phénomènes contraires à ceux qu'on attendait légitimement, et des forces de salut qui amènent la destruction. La pluie vient inonder au lieu de rafraîchir et noyer au lieu de féconder ; la chaleur, dessécher et brûler au lieu de faire germer et mûrir. En un mot, il est, non-seulement des avortements et des non-valeurs, mais des déviations et des dévastations violentes, qui semblent avoir la mission de braver Tordre et de violer la loi. Et, cependant, tout cela ne dérange rien à la marche réglée de la nature. Tout cela, considéré dans l'immensité de l'espace, des phénomènes, des effets et des causes, ne forme réellement, s'il est permis d'y appliquer une expression vulgaire, que des tempêtes dans un verre d'eau et des tempêtes bienfaisantes. Les fureurs de l'Océan, qui semblent tout bouleverser et mettre fin à la paix des éléments, n'y portent qu'un trouble prévu.

voulu, uUle, qu'uQ mouvement nécessaire, et après comme avant, les forces ou les lois de la nature restent les mêmes.

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