I. — Les Théogonies
La théocratie est la manifestation delà puissance de Dieu,la théopbanie,celle de sa personne. La théogonie, degré ultérieur, est celle de sa nature. Ce n'est plus seulement Dieu manifesté dans le monde spirituel, c'est la vie divine apparue sous la forme humaine ; c'est une carrière terrestre accomplie, non plus seulement par un être d'une nature céleste et pour la réalisation d'une œuvre de salut ou de délivrance faite extraordinairement , mais par un être de nature divine. Ce n'est donc pas simplement une victoire remportée par le bien sur le mal et sur ses puissances ou l'avènement d'une nouvelle ère dans l'ordre moral qu'il faut voir dans ce fait : il faut y voir ce qu'en style évangélique on appelle l'établissement du règne de Dieu.
Cela constitue ainsi une manifestation de Dieu à la fois plus intime et plus extraordinaire que la théo-
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phanie. Et si eitraordinaire que cela paraisse, cette couception est à ce point si familière à la raison qu'elle se rencontre dans Tantiquité tout entière. La théogonie est, non pas fréquente seulement dans les annales du monde, elle y est commune. En effet, selon ia plupart des systèmes religieux, Tinfini a voulu paraître plus d'une fois sous les fonnes du fini, en prenant chair ou forme dans notre espèce. Seulement, dans toutes ces traditions, ce n'est jamais Dieu luimême qui se fait homme. Et même d'ordinaire, après le Dieu suprême, qui demeure inaccessible aux sens ou inconnu, il est une autre divinité, qui, passant pour la première dans la croyance commune, quoiqu'elle ne le soit pas, ne se révèle pas non plus. Dans le système indien, par exemple, Brahma, qui n'est que la première émanation de Brahm, mais qui passe pour la (fivinité elle-même, ne s'incarne *pas ou ne peut pas s'abaisser à la condition terrestre. C'est donc Vishnou, le second Dieu, qui apparaît dans le sein de l'humanité pour y combattre le mal ou l'erreur, et rétablir la vérité dans ses droits, tantôt en corrigeant les Védas sacrés, et tantôt en fondant une réforme essentielle dans les mœurs, dans les institutions et les doctrines.
Par ces préludes prophétiques et élémentaires, l'œuvre du Fils de Dieu venant pour détruire le règne du démon et instituer le règne de Dieu, qu'ont trèsdirectement préparée et prédite Moïse et les prof^ètes
du peuple saint, est prédite et préparée partout dans les annales de rhumanité.
Dans le système de la Perse, le Dieu suprême ne se montre pas non plus à l'humanité. C'est Ormuzd qui passe pour le premier, et qui est appelé le Verbe^ Ormuzd, qui était avant que le ciel fût, et avant toute créature. Ormuzd natt de TËternel, de la « Longue Durée, » de « Celui qui n'a pas de commencement et qui n'aura pas de fin. » De lui et par lui est la lu* mière primitive, celle de qui procède toute autre. Il est l'image resplendissante de l'Infini. Il est à la tête de l'empire des ténèbres, gouverné par Ahriman, né, comme lui de l'Éternel, mais tombé par sa faute, par l'envie qui le dévorait. Ormuzd est ainsi un autre type^ un autre prélude prophétique de la mission du Fils de Dieu. Et toutefois, ce n'est pas lui qui accomplit sur la terre l'œuvre de la délivrance du mal> c'est Zoroastre qui, né dans ce monde, a visité le ciel, et reçu d'Ormuzd le feu sacré et la parole de vie, qu'il dépose dans le Zend-Avesta, la troisième loi écrite de la nation. Le principe ou le dogme» que le Dieu suprême est invisible, est aussi sacré là que dans la révélation mosaïque.
Outre les dieux incarnés, on trouve encore dans quelques systèmes des êtres privilégiés , des fils de dieux, qui les secondent dans leurs œuvres, et les complètent comme législateurs, civilisateurs ou créateurs des sciences et des arts : Ménon, fils deBrahma,
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Hermès, fils d'Àmoun, Minos, fils de Jupiter.
Le même principe domine les traditions de T^ypte. Amoun n'est pas le Dieu suprême, n*ea étant que la première émanation ; cependant passant pour tel dans Topinion commune, il ne paraît pas non plus parmi les mortels, et c'est Osiris, la deuxième personne de la Trinité, qui vient sur la terre pour lutter contre Typhon et pour d^ivrer le genre humain de sa tyrannie. Dans ce système égyptien, les grandes manifestations de la Divinité sont d'ailleurs suivies d'autres qui ont toutes le même but et constituent une série non interrompue d'émanations et d'éradiatioos divines: d'abord, pour le gouvernement du moode, une ogdoade de dieux, puis une décade, bientôt changée en dodécade, pour présider aux mois de l'année, et, enfin, trois cent soixante génies complétés par cinq autres pour présider aux jours. De cette sorte rien n'échappe à l'action céleste.
La théologie égyptienne, si défectueuse, si élémentaire, si grossière même, offre ainsi, dans trois grandes manifestations du Dieu suprême,des analogies remarquables avec les croyances chrétiennes. En effet, on y trouve : IMa réalisation des types mystérieux de toutes choses ou des idées créatrices d'Àmoun par Phtha, qu on peut assimiler à Jéhovah-Créateur , sous ce point de vue ; 2° Tanéantissement de l'empire des ténèbres et Tinstallation de celui des lumières par Vincarnaiion d'Osiris, qu'on peut assimiler à Jésofr-
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Christ sous ce rapport ; S"" rétablissement plus défi'^ nitif des lois et des sciences, par Hermès-Trismégiste, le maître^ le psycbopompe, le greffier du jugement dernier, la pensée incarnée d'Amoun, le type peutêtre du lifQÇ de Platon , dont le rôle, sous ces rapports, est une ombre quelconque de celui du Saint- Esprit, et même de celui de Jésus-Christ.
Ces diverses manifestations de Dieu, qui indiquent daD6 le monde égyptien plusieurs révolutions religieuses, amenées ou motivées comme celle du mosaisme et celle du christianisme, constituent une apparition toujours plus sensible de la Divinité. Et malgré leurs phases rudimentaires, elles préluden aux idées fondamantales de TÉvangile.
On redoute ces rapprochements quand on les saisit mal. Compris dans leurs origines providentielles, ils font voir dans des faits analogues les rayons émanés d'un seul et même foyer de lumière. I/humanité est une dans ses fins comme dans son origine, et les diverses phases de son développement sont celles d'une seule et même pensée suprême. C'est pour cela que ces rapprochements sont forcés et se font comme d'eux-mêmes. Or, loin d'embarrasser l'étude comparée des religions de l'antiquité et du christianisme, ils en font le charme et le jour.
On a fait des parallèles qui ont dû choquer le sentiment par les intentions qui les dictaient. On a fait entendre, que le christianisme n'était qu'une imita-
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tion ; on a insisté sur des ressemblances aidées ou fortuites ; on a dit, par exemple, que la quinzième incarnation deVishnou, celle de Crishna, est motivée, selon les Pouranas, à peu près comme celle de Jésus- €hrist selon les prophètes : que la terre gémissait sous l'oppression , que les dieux étaient méconnus ; que les mauvais génies l'emportaient sur les bons s'il n'arrivait un Dieu pour assister les deniiers. On a insisté sur des détails qui peuvent surprendre les mœurs de nos jours, sur la circonstance que le sauveur de l'Inde avait dû naître d'une vierge et dans une cabane de bergers, comme le Sauveur du monde.
Mais, si de telles analogies, relevées ou arrangées dans l'intérêt d'un mauvais système et produites avec des vues hostiles, ont dû blesser la piété, le rôle qu'elles jouent dans l'histoire vient à l'appui du fait chrétien et du dogme qu'il renferme. Il est des rapprochements plus intimes que ceux-là, providentiellement amenés, systématiquement voulus, et ce serait insulter à la vérité que de les repousser. Bien avisée, la raison humaine les proclame avec le même orgueil que le fait la foi ; car ce n'est pas un système seulement, c'est toute l'antiquité qui les offre.
Quand on vient, dans un siècle de critique négative, présenter ces rapprochements, non pour confirmer les faitsdogmatiquesdonnés par l'histoire, parceux qu'avait pressentis la fable, mais pour rejeter ensem-
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ble l'hi&ioite et la fable confondues, le sentiment chrétien s'indigne sans crainte. Un système qui avait pour principe de professer une révélation anti^chré'r tienne, exclusive et étroite, qui ne voulait voir Dieu qu'en Judée, qui n'admettait de type et de préparation pour rÉvangile que dans le mosaïsme, ne pouvait que s'alarmer de ces hostilités, si ignorantes pourtant. Mieux avisé, on ne voit dans tous ces types, dans toutes ces préparations, que des anticipa^lipns chrétiennes. En effet, tou^ces faits qui forcent les rapprochements, sont venus façonner les intelligences au christianisme par autant de rayons d'achisminement, Ainsi, selon qu'un système de philosophie religieuse est. fort ou faible, cet ordre de traditions lui offre dç solides appuis ou de grandes difficultés. II. est malaisé d'y faire le partage de la fiction et des faits;, il est difficile de dire d'où viennent les idées qui ont donné lieu aux mythes ; il est impossible de déterminer jus^ qu'à quel point la raison peut attribuer certaines missions à des êtres venus directement de Dieu même ou envoyés et inspirés de lui. Mais, si facUe qu'il soit de ne pas les considérer comme des manifestations <]e la nature de Dieu» il^st difQcile de ne point lesr envisager comme des précurseurs de sa grande manifestation par Jésus-Christ. Ce n'est pas uq seul peuplp de l'antiquité, c'est la race humaine tout entière qui parle de fils.de Dieu; et comment, n'^yant.pas vu de filsdeDieu, aurait-elle eu l'idée de s'en donner, si cette
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ooneeptioQ n'étAit uh de ees rayons de luaiière qui s'abaissent dans la raison sans que celle-ci puisse en saroir l'origine et la portée?
L'espèce humaine est superstitieuse et ambitieuse, cela est vrai ; tnais sa raison est toujours la raison, et, en cette qualité, en même temps qu'elle croit, admire et idéalise, elle examine, doute et passe le niveau de l'égalité sur tous les hommes avec un singulier plaisir. Est-ce parce qu'elle est essentiellement superstitieuse que sa jeunesse, non contente d'être avec Dieu ou de s'élever en esprit à Dieu, veut toujours le &ire descendre à elle, et vivre familièrement dans sa compagnie ou dans celle de ses délégués? Ou bien n'estelle pas plutêt essentiellement religieuse et ambitieuse de Dieu, uniquement parce que Dieu a voulu qu'elle le fût et qu'il lui a donné ces idées sublimes, oesaspirations transcendantes et ces saintes traditions, qui, loin d'être de vaines fictions, sont des impatiences prophétiques. Voulues de Dieu, elles éclatent comme autant d'initiations aux plus grandes réalités à v^r : j'entends le royaume des deux, qui s'est fait jour dans le monde spirituel piar ce divin ensemble de faits qu'on appelle l'apparition du FilsdeDieo^ ensemble quia marqué une ère nouvelle dans l'histoire dû genre humbin.
En effet, trois idées fondamentales se montrent partout comme les idées mères de toutes les incarnatioos ancietMies. La pranière, c'est q^eTce^vre si difficile
\ne réforme législative et dogmatique donnant d^ nouvelles à la raiison publique et à la conscience jérale, ne peut s'accomplir que par une autorité
jpérieure et une assistance divine. La seconde» c'est que la loi humaine et la loi divine sont unies d'un lien si étroit, que Tune n'est que l'image plus ou moins imparfaite de l'autre, que sa fidélité seule est sa légitimité, et que pour la faire accepter, il faut la rattacher à son type divin. Lia troisième, c'est que la destinée présente et la destinée future sont aussi étroitement liées entre elles que les deux lois et les deux mondes, l'un visible et l'autre invisible; si bien qu'Orphée passe dans le monde des esprits ; que Minos y est juge ; qu'Hermès y est psychopompe et assistant du Juge suprême.
Ce sont évidemment ces trois idées qui forment le fond des grandes traditions théogoniques, et celles-ci ne sont que de simples et transitoircis vêtements dont il feut dégager les idées. Plus anciennes que les fiotions primordiales €t données à l'intelligence humaine comme une dot primitive et un flambeau permanent, les idées sont des vérités âernelles, révélées sous des formes imparfaites, mais venues de Dieu à des degrés toujours plus parfaits. Les formes sont des moules que la main de Dieu, ou le temps, comme on le dit communément, ne cesse de briser, et de remplacer par de meilleurs, permettant aux vérités d'apparaître toujours plus évidentes et plus pures. Ces moules, les
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cfictions humaines et les traditions sacerdotales, les symboles, les allégories, les fables et les mythes, il faut les livrer à la critique historique. Qu elle y querelle ce qui lui déplaît. Seulement qu'elle n'oublie pas d'apprécier les idées, les faits moraux, les institutions religieuses, les lois politiques, les exemples donnés avec autant d'éclat que les leçons, et les esprits sans cesse élevés, de degré en degré, vers leur fin commune. Et, pour peu que la critique s'élève à l'horizon spirituel, elle reconnaît, dans un magnifique ensemble de faits, la main et la face à peine voilées decelui qui tient à se dévoiler sans cesse. Qui voir, si ce n'est Dieu, dans ces enseignements supérieurs qui ont fait aboutir la civilisation de l'Orient à celle de la Grèce, et toutes deux, l'une épurant l'autre, se fondre dans la civilisation romaine, au sein de laquelle s'est établi ce règne Dieu qui régit le monde moderne? Cette œuvre si magnifique telle qu'elle se développe aujourd*hui se serait-elle faite, par hasard, en dehors des lois et des forces divines, ou en dehors des interventions divines dans l'univers moral? Ou serait-ce un hasard que le Fils de Dieu aurait apparu précisément au sein de la nation de Moïse dominée par la nation de Numa éclairée, elle-même par la nation de Socrate? Le gouvernement de Dieu serait-il demeuré étranger à ces grandes missions accomplies avant la plus grande? Ou bien les aurait-il souflertes en simple spectateur, sans les avoir voulues?
Noos sommes donc forcés à i dcoDDjAltre dans ces fables^partoQt nées spontanée teot et accueillies avec foi, une sorte d'histoire anticipée. Et qui n'admirerait, avec bonheur, cette marche des choses si merveilleuseorient belles, qui suscite d'abord dans le* sein des innombrables populations de l'Inde , foyer de toute civilisation, l'idée d'un code religieux donné par les mains d'un fils de Dieu ; réveille ensuite dans le sein du grave peuple de l'Egypte, autre foyer d'une instruction aussi brillante, l'idée d'un code de lois civiles et religieuses donné encore par les mains d'un interprète divin; enfante plus loin, au sein de l'illustre nation des Perses, l'idée d'un code d'institutions civiles et religieuses donné par les mains d'une pure émanation divine; et jette pins loin encore, dans le sein de cette race grecque qui a formé l'Occi* dent et qui sera l'institutrice éternelle des nations, l'idée d'un code de lois donné par un Fils de Jupiter?
Ajoutez que les codes de ces nations et les lumières qui en ont jailli jouent un rôle imposant et salutaire ; que les sages de Tantiquité ont entrevu dans une théologie mystérieuse et allégorique toutes ces grandes vérités de philosophie et de religion qui sont venues éclairer l'humanité sous la forme de dogmes chrétiens ou d'inductions rationnelles; que, la poésie ôtée et la fiction écartée, la valeur morale et religieuse de ces systèmes d'incarnation reste tout entière. J'en-
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tends cette idée que le&T -éformes religÂettsee» souree des plus grands biens desoeBr>^\i$ du ciel sur }a terrç» OQt été faites par des personnages Tenus de Dieu, par des êtres divins qui ont revêtu un ot^anisoie mortel. £t si ridée» que Dieu vient ainsi aider l'humanité toutes les fois qu'elle a besoin de son aetion directe et extra^ ordinaire, s'est établie dans le coaur de notre espèce tout entière, ce n'est pas une simple opinion de pré* tre, quelque invention purement poétique, c'est une dispensation providenti^le qui a seule pu amener oe £Biit. En effet, c'est par.des créations divinement voa* lues,divinementguidées et graduées,querinteUigeaoe humaine a été successivement fécondée et préparée à recevoir la plus grande manifestation de Dieu, celle du Xoyo? devenant lumière du monde, celle du Christ, la plus haute expression de la vérité, le plus pur type de sainteté qui puisse être présenté d'une manière sensible à l'espèce humaine.
II. — L Incarnation chrétienne. Le système historique et le système mystique.
Une manifestation directe de Dieu était-elle nécessaire dans le sein de la famille humaine, afin que, par la connaissance de la nature de Dieu, de ses attributs et de sa personne, elle arrivât à des convicttoos suffisantes pour remplir la destinée qui lui est faite dans ce monde? Pour éclairer le genre humain» fal-
lait-jl au^e cliose que d y lai^er péoétfer la plus phi^ losopbique des religions, celle de la Judée? L'ioitia^ tion au culte philosophique n'était-élle pas faite en Grèce quand Jésus-Christ vint le professer en Tappa^ lant un culte en esprit et en vérité? En général, le Fils de Dieu eut-ril réellement une autre tâche à remplir que d'énoncer la pensée monothéiste qui éclatait déjà dans le sentiment de Thumaaité avancée? -
Telle e3t la question de néce^ité et de convepanqe qu'on aime à poser avant d'entrer dans l'examen de la question de fond. Mais évidemment nous sommes trop mauvais juges pour élever cette question*
Pour le fond, et sous le rapport de la foi et de ses mœurs, on sait où en était l'humanité en général. Et sans parler de sa fraction la plus religieuse, la Judée» alors si divisée, si sceptique d'une part, si talmudique . de l'autre et tombée si has en tous lieux, chacun sait oii en était la fraction la plus philosophique de notre espèce, où en était la Grèce, où en était la philosophie des beaux siècles, quand parut le christianisme, Rien de plus divisé, de plus ^eptique d'un côté, de plus crédule de l'autre, de plus appauvri partout Et impossibilité absolue d'instituer le vrai culte de Dieu avec ce§ éléments. Dans les bonpes écoles, des pensées monothéistes s'étaient fait jour, à la vérité. Mais Jésus-Christ n'avait nulle envie de fonder sa religion sur la pensée monothéiste de leur enseignanent. Entre la pensée religieuse de Gicéron,
le plus pur élève de la Grèce, le monothéiste le plus pur de Rome, et celle du christianisme, il y a une différence fondamentale. Et nul n'oserait dire que, la doctrine de Cicéron admise dans Tunivérs, il n'y avait pas lieu à donner renseignement chrétien. Sans nul doute, les Grecs, les Romains, les Juifs et, grâce à la Grèce, une partie de TOrient se trouvaient, dans l'empire d'Auguste, malgré de grossières aberrations sur la voie des plus hautes vérités de la philosophie et de la religion. Mais cette situation si extraordinaire et si merveilleuse, était précisément amenée par la Providence pour favoriser Tceuvre du christianisme, et nullement pour consolider celle du monde grec. C'est parce qu'une œuvre nouvelle et définitive devenait possible maintenant, parce que tout était prêt et que les temps étaient accomplis, comme disent les textes sacrés, que le Fils de Dieu vint au monde.
En effet, l'humanité civilisée, autrefois rompue en peuplés isolés, était fondue en un corps de nationalité gréco-romaine où' le monothéisme de Moïse se faisait jour par la Bible grecque et par l'enseignement de Philon. L'intervention céleste pouvait y embrasser la terre éclairée dans une seule œuvre. Or, s'il ne fallait pas que l'espèce humaine tout entière fût associée immédiatement à l'oeuvre nouvelle, il fallait au moins qu'elle le fût dans le cours des siècles. Car s'il n'est pas contraire à la raison de croire que Dieu procède ^graduellement, il serait étrange de dire que le père de
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tous fît un choix définitivement exclusif et ne s'occupât que de quelques-uns. Une manifestation réelle et universelle était doncd*autant plus opportune que les préludes racontés dans l'antiquité, par une sotie d'initiation typique ou d'anticipation poétique, y avaient plus directement préparé les esprits. Ces traditions nationales, dont chacune était d'ailleurs un progrès véritable, demandaient maintenant leur complément naturel, l'œuvre qui les réunît, les sanctionnât toutes.
Il est vrai que la plus directe des manifestations préparatoires avait fait du monothéisme la théorie de tout un peuple et lui avait donné pour loi morale ce code abrégé : « Sois saint parce que Dieu est saint! » Mais purement nationale, cette œuvre n*avaH fait que d'un seul peuple le peuple de Dieu. Il en fallait une autre qui fît de tous ce que celle-là avait fait d'un seul. Or c'est là ce que vint faire l'apparition de J.-C.
On dh, pour l'amoindrir, que les religions anciennes ont constamment motivé les manifestations de Dieu, ou les incarnations des dieux d*une manière semblable à la cbristologie, par des œuvres de délivrance, de salut, de régénération, de réconciliation avec le Dieu suprême. Cela est vrai, mais ce qu'elles annonçaient, c'est là précisément ce que le christianisme a réalisé et a pu réaliser, Jésus-Christ étant réellement ce que toutes les religions avaient professé par pressentiment et comme type de l'œuvre que devait accomplir le Fils de Dieu. Ce type', nul autre que le Fils unique de T. n. 17.
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Dieu ne pouvait raccomplir» nul autre n'ayant été
avec Dieu avant que le monde fût.
Dans le christianisme, cette intervention prédite, attendue, publiquement signalée, est plus directement motivée par le grand fait de la chute, et plus clairement eiposée dans des textes historiques et des textes dogmatiques auxquels on ne peut rien comparer de ce qui se trouve ailleurs.
La dil&rence est*^lle une simple nuance, ou estellB fondamentale ?
Pour le point de vue religieux , la nouveauté de Tœuvre chrétienne et soc^ éclat, son reteniissemeot dans toutes les consciences et dans toutes les inlelligenees,sontla réponse la plus triomphante et la plus naturelle à cette question.
Mais pour la philosophie, qu'est^e que Tincarnation et la théogonie chrétienne? Est-ce autre chose qu'un mythe de plus, un mythe plus occidental, plus net, plus élevé sans doute, mais toujours un mythe en fin de compte ?
Les textes chrétiens donnent-ils, à ce sujet, un mythe ou un fait historique ?
Sur ces textes et sur la personne de Jésus-Christ, il n'y a plus aujourd'hui, dans les régions spéculatives, que deux systèmes principaux, le système historique et le système mythique; c. est-à-dire qu'il n'y a plus au fond qu'une jseule o{)po$ition contre le système historique. Mais toute la science négi4ive du siècle,
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avec tout l'eâprit sceptique dq &ièci^, sQpt au service de cette opposition. Qpe veut le système historique et que vaut le système mythique?