‹ La philosophie de la religion: Tome 1Chapitre 17 sur 23 · III. — Le système historique · texte numérisé non relu

III. — Le système historique

D'après ce syatèw^ ^é^us^^lhrist est, coipine \\ se iiomoHl liii-juêiu^, non pas un fUs de Dieu, piais le Fils de Dieu dans un seps exclusif : il est de lia nature deDiau» dd sa ^u)>stance, Son apparition dan^ la forme humaine est un fait en dehors de tous les autres fait3 connus, mai^ non pas en dehors des )ois de 1a Qftture. Pendant c^e apparition, divinement préparée et prédite pour le salut de T humanité, jia diyine nature a été limitée par sa condition terrestre, cela est ItQut sipaple ; m^is }e$ loi$ qui la gouvernent, ^i ce langage tôst admis, p'oujt pa$ été altérées^et sa nitture n'a pa^ été modi^e,na pouv^^t point Tètre. S'il n'est pas entré dans &çM/^ condition oomffie l'homme y entre» il y 4 pourtant vécu d'une manière analogue aux enfants de la terre* Mais quoiqu'il y éprouvât toutes les affections qui caractérisent l'homme, sa i^ison n'y a pas commis d'erreur, sa conscience de foute. U y a disp^osé d'une science divine, qu'il n'avait pas acquise, et d'une sainteté divine, qu'il avait gardée n^is non pas conquise. £t de même qu'il n'était pas entré dans la condition terrestre comme ceux qui sont d'origine terrestre, il n'en est pas sorti d'aine manière si^blabte.

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Co système, le plus ancien et le plus général, est sans doute celai de lôus qui étonne le plus la raison. Et c*est aussi celui qui flatte le plus le génie de rbomme, mais, est-ce tout simplement et réellement celui des textes historiques du christianisme ou bien le jfruit de la spéculation dogmatique?

' Parmi le^' auteurs de ces textes,^ il s'en trouve an qui aime là haute spéculation, et qu'on peut être bien tenté d'en croire Tauteur» C'est saint Jean dont on a -comparé les idées fondamentales avec celles du Zend-Àvestà, et avec celles de Philon. Et, en effet, 4'évangile de saint Jean considère Jésus-Christ comme ^'incarnation de ce ^«70^, de cette intelligence divine qui contient le type ou Tenseroble des idées de la création dont Philon donne, après Platon, une théorie si abondante On peut donc être tenté de con- • sidérer saint Jean comme celui dont les spéculations dogmatiques auraient créé en principe ce que la critique a depuis appelé la christologie mystique, comme Tauteùr même de l'incarnation. Et, en effet, il dit bien 'formellement ô X070? <ràp$ syhno. Mais, ces mots ne font que résumer les discours de Jésus-Christ sur sa personne, et loin d'en conclure que c'est saint Jean qui a créé le dogme et provoqué le mythe, c'est son maitre lui-même qu'il faut en proclamer l'auteur. On proclame le contraire. Sans doute, si saint Jean avait eu, le premier parmi les disciples de Jésus-Christ, l'idée d'en faire, non pas un prophète, supérieur à

Moïse OU à Élie, mais un fiis de Dieu né parmi les mortels, ce qui était une idée polythéiste, ou le Fils unique de Dieu devenu homme, ce qui jusque-lÀ n'était entré dans aucune pensée humaine; sans doute, si saint Jean avait eu assez d'autorité auprès des autres disciples pour imposer de telles idées, l'hypothèse qui l'en constitue auteur et hérault, serait admissible. Et Ton comprendrait qu'une fois d'accord sur ce dogme, les Apôtres l'eussent fait triompher. Les fidèles» à l'exemple de saint Jean et de ses condisciples, auraient pu y rattacher d'autres dogmes et d'autres mythes, et de leurs conceptions sur la naissance, la vie, la mort et l'ascension de Jésus- Christ aurait pu naître, de cette sorte, toute la mythologie évangélique.

Mais tout ce système se pose sur une base fausse. Jamais saint Jean n'eut cet ascendant qu'on lui prête de nos jours avec une aisance si merveilleuse. Il a brillé parmi les Apôtres par la piété de ses affections pour leur Maître commun ; mais il est demeuré confondu avec eux sous le rapport de la doctrine. Et jamais personne n'a osé dire, dans les siècles où l'on savait les choses, ni qu'il a fait la mythologie chrétiennSy ni qu'il y a donné lieu . Personne n'a osé dire ni que saint Jean a eu, seul parmi les disciples de Jésus- Christ, l'idée de faire un Dieu de leur maître commun, ni que les autres apôtres se soient entendus avec lui pour soutenir la même doctrine.

Mais OD a dit très-formellement» d'abord, que saint Jean emprunte à la vieille dœtrine du Zend-Avesta sa théorie qui fait de Jésus-Christ la lumière du monde; et qu'il nous donne sur la naissance du X^yat une théorie empruntée à la philosophie alexandrine ou philonienne inspirée par le platonisme.

C'était rendre la théogonie chrétienne antérieufe à sa date, et ces hypothèses ont dû tomber.

On a dit, ensuite, et une fraction de Téeele de Tubingue le dit encore, que l'évangile de saint Jean n'est pas de cet apôtre ; qu'il s'est produit à la fin du premier ou dans la première moitié du second siècle, quand déjà la tradition avait altéré les faits naturels de la vie de Jésus-Christ pour y substituer des faits surnaturels; qu'il donne ces faits sous la forme la plus merveilleuse, et qu'il y rattache les idées les plus chères aux fidèles les plus mystiques de l'époque.

C'est là rendre la théogonie évangélique postérieure à sa date. Et cette hypothèse dont un dilemme philologique est le plus redoutable argument, (si l'évangile dit de saint Jean est de cet apôtre, l'Apocalypse ne saurait en être,) nesaurait prévaloir contre l'irrésistible caractère d'authenticité qui éclate dans les pages de saint Jean. D'ailleurs, le dogme de l'incarnation est enseigné par saint Paul d'une manière aussi précise que par saint Jean. Or saint Paul n'est pas le disciple de saint Jean , et il considère plutôt saint Pierre et saint Jacques comme des autorités

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dogiiiatk]ues. De plus, les textes de saint Paul ne sont ni du second siècle, ni altérés; ils sont aussi anciens qu'ils le disent et tels que leur auteur les a écrits. On a contesté Tauthetiticité de deux épltres pastorales, et un philosophe distingué, qui £ftit école dans la spéculation allemande, Schleiermacber, a voulu les rejeter au second siècle. Mais cette hypothèse, qui a eu tant de faveur pendant quelques années, n'a plus guère de partisans aujourd'hui. Personne ne révoque sérieusement en doute l'authenticité des autres lettres paulinienoes, excepté celle qui porta l'adresse aux Hébrmxxy qui ne se dit pas de saint Paul. Or la christologie qu'elles enseignent n'est que celle de saint Jean dans des termes plus positifs. Tout procède de Dieu, mais toutes choses sont par le Seigneur Jésus-Christ. Nous sommes par lui, (1 Cor.YIII, 6.) Il est l'image de Dieu (2 Cor. IV, 4), le Fils de Dieu. (1 Cor. XI, 2.) 11 est •du ciel comme Adam est de la terre. (1 Cor. XV, 47.) Il rend l'empire à Dieu (I Cor. XV, 24-28), mais demeure chef dii ciel et de la terre (Éph. I, 10.) Il remplit tout, par exemple le séjour des morts (Éph. IV, 9-10) comme l'église des saints. (Éph. I, 23.)

Ce sont là d'autres termes que ceux de saint Jean : sont-ce d'autres idées? Ou voudrait-^on que les mêmes idées fussent rendues par deux esprits aussi éminents dans une sorte de formule stéréotypée ?

On peut remarquer des nuances entre saint Paul et saint Jean. Et puisque Dieu aime à varier et à nuan-

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cer la liberté humaine dans ses organes spéciaux comme dans tous les êtres moraux, on peut se complaire très-innocemment à faire ressortir ces nuances, comme on peut s'y complaire hostilement. On peut dire que pour saint Paul, le Fils de Dieu est surtout le Fils de David, à la fois roi et sacrificateur ; qu'il est rhomme excellent, le premier-né de Dieu, le nouvel Adam, le type de Thumanlté élevée à sa primitive perfection. Ces qualifications, on peut les expliquer comme des épithètes uniquement applicables à l'éclat de sa piété idéale, ou bien comme un parallélisme uniquement destiné à faire ressortir la légitimité de son rôle de Messie. C'est le ce que fait le rationalisme théologique. Mais d'autres épithètes mettent celles-là en un tout autre jour. Puis saint Paul appelle le Fils de Dieu, la figure ou l'image de Dieu, et lui attribue la création ainsi que le gouvernement du monde. (Philipp. II, 6-11.)

Dès qu'on va au fond des choses, il en jaillit un merveilleux accord entre saint Paul et saint Jean.

Ajoutons maintenant que ces théories paulinienoes sur l'incarnation, si parfaitement coofirmatives de celles de saint Jean, sont aussi anciennes et même plus anciennes que celles-^ci. Or les deux apôtres étant très-indépendants l'un de l'autre, il faut nécessairement admettre une de ces trois choses : ou qu'ils ont l'un et l'autre inventé la même chose, ou capitulé l'un avec l'autre, ou puisé à une source commune.

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Le premier cas est inadmissible. Dans le second, il est évident que les autres ap6tres et les fidèles auraient rejeté leur théorie concertée. Dans le troisième» ils les auraient suivis. Et puisque c'est là ce qui a eu lieu, c'est là qu'est la vérité : on ne saurait sérieusement inettre en doute que les deux apôtres ne donnent Tun et Tautre la doctrine primitive, celle que donnait Jésus-Christ, qui est leur source commune.

Le libre accord, Tindépendante coïncidence de saint Paul et de saint Jean, et celle de Tun et de l'autre avec tout le monde, prouvent donc que le dogme de Tinearnation chrétienne est aussi ancien que les premiers apôtres et qu'il n'est de la création d'aucun d*eux. Or, s'il n'est d'aucun d'eux, il ne peut être que 4e leur mattre commun. Et c'est en effet luimême qui, d'après tous les textes, se déclare le Fils de Dieu antérieur à Abraham, le fils aux mains de qui son Père a tout remis. C'est lui-même qui préconise la gloire dont il a joui auprès de Dieu, de tpute éternité. Il la réclame au moment où il termine sa mission. En un mot, il indique si bien sa divine nature et son ensarcose ou son incarnation qu'il en perpétue le mystère en instituant ce grand acte, ce sacrement mystique qui est, pour ainsi dire, le christianisme tout entier. Sa chair est à la fois l'emblème et le gage de l'union avec Dieu.

Comme c'est absolument la même théorie qui nous est enseignée par saint Paul et saint Jean, c'est bien

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Jésu6-€brjst luinmème qui a donné Mtn au dogme de rincàrnation^ établi de son vivant et professé immédiatement après sa mort. Du moins, il n'y a pas entre Jésus-Christ et saint Jean d'espace de temps oùee dogme ait pu se former^ et il n'y en a pas non plus entre Jésus-Christ et saint Paul. La conséquence est donc rigoureuse.

Mais était*il permis à Jésus^Ibrist de se dire le Fils de Dieu d'éternité, de se déclarer antérieur à Abraham, et d'assurer qu'il allait, au moment de quitter la terre, reprendre sa place à la droite de son Père?

Oui, sans doute, et c'était sa mission que d'indiquer cette théorie, si c'était la vérité. Sinon, .non. Car, qu'est*ce qui l'excuserait d'avoir donné sur sa nature et son origine des mythes poétiques à déchiffrer par de futurs interprètes, ou des exagérations ambitieuses à combattre par la raison«générale?

Serait-ce l'habitude qu'il avait de la parabole orientale? Expliquerait-elle une mythologie que nul être humain n'a jamais prétendu établir sur son oompte? Mais si J.-Ch. pouvait donner àses disciples, en morale, des fictions sur la nature desquelles ils ne se trompaient pas, lors même que le sens leur en échappait, pouvait-'il aussi leur donner des fictions sur le dogme, ou leur indiquer des mythes sur le sens desquels ils se tromperaient? Évidemment non. Il les voyait se tromper sur le sens des paraboles ; il en gémissait, et il s'attachait à leur expliquer celles qui leur présen-

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taient des obscurités. Comment n'aurait-il pas pris le même soin aussi s*il leur avait donné des mythes sur sa personne? 11 n'ignorait pas que ce qui les intéressait, ce qui les agitait le plus, c'était précisément le vrai caractère de sa personne. En les mettant, sur cette question, dans une fausse Yoie, il les égarait donc à dessein?

Je dirai plus, le Mattre eût-ii eu, en dépit de cette considération, le dessein de leur donner des mythes, les disciples n'en auraient pas accepté. D'ordinaire on fait très-bon marché de leur esprit, de leur instruction: . c'étaient douze pauvres pécheurs ! Eh, sans doute ; mais c'étaient des hommes, c'est-à-dire des êtres très-raisonnants, très-doutants, ce que quelques-uns montrèrent jusqu'au bout. Et puisque, même pour les paraboles dont l'intelligence était plus ou moins importante, ils lui dirent un jour très-ouvertement qu'ils auraient mieux aimé l'enseignement direct, ils n'auraient pas manqué de lui dire la même chose de ses discours sur sa personne, s'ils les avaient trouvés énigmatiques. Il leur fit un jour ces deux questions : Qui disent les hommes que je suis? Et vous^ quidites-vo^s que je suis? Or s'il leur avait donné des mythes, ils n'auraient pas manqué de lui dire ce que d'autres lui dirent avec surprise, £/ Toiy que fais-tu de toi-même? Saiot Jean-Bapiiste ne leur avait-il pas donné l'exemple de l'interrogation la plusdireete? S'ils ne le suivirent pas, c'est qu'ils n'en sentirent nul be*

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soin; c'est qu'à l'époque même où il ne parlait guère au peuple qu'en paraboles, il eùDpliqiiait tout en particvr lieràses disciples, [Saint Marc, V, 34.) Ce qui est trèsvrai, c'est qu'il les instruisit graduellement, qu'avant de leur parler de sa nature divine, il les rendit témoins de sa divine puissance, les conduisant aux inductions par les faits et à la science par ,les inductions.

Et enfin, sa révélation se fit complète.

Dès qu'il le put, J.-C. leur annonça que l'heure approchait où il ne leur parlerait plus en paraboles (saint Jean, XVI, 25), où il leur parlerait ouvertement de son Père. Et l'heure étant venue, il le fit immédiatement. Il leur dit, qu'issu du Père et venu dans ce monde, il allait laisser le monde pour s'en aller au Père. Et aussitôt les disciples s'écrient avec joie : « Maintenant tu parles ouvertement, et tu ne te sers plus de paraboles; maintenant nous voyons (puisque tu nous fais savoir si nettement qui nous parle) pourquoi tu sais toutes choses, et c'est pour cela que nous te croyons issu de Dieu. »

Évidemment cela prouve que les Apôtres n'aimaient aucun genre d'obscurité; que les énigmes, les symboles, les allégories et les mythes ne leur convenaient pas plus que les paraboles; qu'ils voulaient voir clair.

Cela prouve aussi qu'ils avaient hésité et douté jusque-là; mais qu'ils avaient conçu pour la véracité de Jésus-Christ et sa personne un tel respect qu'au moment où il leur déclare sa haute prigine, ils

Tadmettent sur-le-champ. Il ne leur yiest plus en idée de le comparer à Moïse, à Élie, à Jean-Baptiste ; ils le déclarent issu de Dieu. Or, c'est là précisément ce qu'ils n'auraient pas fait, s'ils eussent aperçu en lui quelque penchant à donner sur son compte des idées d'une grandeur contestable. Et disons-le bien fermement, si, dans ce moment même, il avait abusé de leur confiance pour leur glisser sur sa personne les indications les plus ambitieuses et s'attribuer audacieusement une véritable divinité, une qualité qui aurait abouti à fausser tout son enseignement, à dénaturer toute son œuvre, à tromper l'humanité pendant une longue série de siècles et même à jamais, 6 alors son caractère moral, loin d'être le plus pur de tous, serait évidemment celui de tous qui marquerait le plus en sens contraire.

Mais alors aussi, loin de mériter cette espèce de divinité d* honneur que lui décernent le socinianisme et le rationalisme, uniquement pour pouvoir donner un sens quelconque à ses discours, il mériterait d'être proclamé le plus follement ambitieux de tous les hommes; et les Juifs, qui ne voulaient pas de fauxdieux, auraient eu bien raison de le condamner au supplice.

Qu'on prenne, pour apprécier sainement les choses, l'homme le plus éminent et le plus saint de tous les siècles, soit, par exemple, le plus illustre contemporain de Jésus-Christ en matière de philosophie reli-

d40 PUfiiniàTOiiOGiis.

gieuse, et le formateur le plus spirituali^ des doctrines judaïques, Philoo ; qu'on mette dans k bouche de ce personnage un langage pareil à celui que tient Jésus-Christ, soit dans les textes déjà oitési soit dans d'autres (saint Jean, 40, 26; 17, 1-6), et Ton verra qu'on n'en aura fait qu'un insensé. C'est là préôsément ce qu'en dépit de' toutes les habileté de style ou de toutes les plus respectables illusions, on fera de Jésus-Christ, s'il ne fut qu'un docteur juif un peu plus plus pur que les autres, ou niéme le plus parfait de tous les hommes. S'il ne fut pas tout ce qu'il ditî il fut le plus trompé ou le plus trompeur de tous ceux qui ont jamais enseigné. Admettons même qu'il n'a pas tenu un langage aussi explicite que celui qu'on lui prête et qu'il a employé des termes beaucoup moins précis , toujours est-il qu'ils ont induit ses disciples à les comprendre comme ils l'oat fait. Dans ce cas encore, il n'est que le plus mal habile des docteurs, puisque tous ceux qui To&t entendii, et ceux de qui saint Paul a reçu la doctrine, l'ont conçue dans un sens contraire au sien.

Pour atténuer le sens de quelques-uns de ses discours, on a donné de plaisants conseils d'interprétation. On a dit d'une façon fort leste : Sa préexistence est la contre-partie de sa postexistence dans la chrétienté; il pouvait affirmer l'une aussi hardiment que l'autre.

Mais, insinuer qu'il fut lui-même^ par voie devrai-

PS»?lIÀTOIiOGœ. 311

sonn^nènt^ le Créateur de toutes deux, c'est faire du Fils de Marie je ne sais qu'elle caricature de dkUeo ticien poétique.

On le voit, c'est tout ensemUe la moralité de sa conduite, la lucidité de son esprit et sa capacité de maître qui sont en jeu ; et le système anti*historique renverse sur «lésus-Christ toutes les notions établies par les textes les plus positifs. Car, certes, ce n'est ni saint Jean, ni saint Paul, ni aucun des apôtres qui ont créé ce qu'on appelle le mythe de Tincaniation chrétienne ; c'est Jésus-Christ lui-même qui est l'au* teur de la christologie évangélique, christologie qui est moins une doctrine qu'un fait de l'ordre spirituel, un fait mystérieux et inexpliqué, mais fondameptaL Car la dbristologîe est tout le christianisme, et elle dépend tout entière de la christogonie. Si Jésus- Christ est né de Dieu et Fils de Dieu de toute éternité, il n'est pas seulement, de par saint Jean, une personnification du Honover de Zoroastre, du i»e»dc de Plaiton, ou du Xoyo; de Philon, il est ce qu'il dit : ce que n'a été aucun autre homme. Et s'il est, selon sa parole, un avec Dieu^ tmis les faits de son apparition sont hors ligne, comme le rapportent les do(»iineiHs évangéliques. Au contraire, sa naissance, sa vie, sa im>rt et sa résurrection ne sont que de la mythdogie, si Jésiis^Christ n'est pas, comme le dit saint Paul, l'image et l'ectype de Dieu, e«i un mot ce que Dieu, dans un temps donné, a voulu manifester de sa na-

313 rassiuTOLOfiiB.

tare. S'il n'est que la plus parfaite existence bumaine avec cette modification, avancée par le rationalisme, c( qu'il déclina la bonté absolue, et que ce fut néanmoins une supposition unanime qu'il vécut sans péché (Dogmatique de Hase, p. 195-198, 3»« édition) x> , les textes évangéliques ne sont pas historiques, et il n'est pas une page de saint Jean, ni de saint Paul, qui ne soit volontairement ou involontairement le fruit d'une profonde altération*

Mais, dans l'ordre des faits moraux, il n'est rien qui soit plus contraire à la saine critique que cette hypothèse ; et la conséquence rigoureuse de tout cela est, que le système historique est le seul vrai.

On a dit qu'il est impossible, parc^ qu'il est inconcevable; qu'un Dieu esprit ne peut pas avoir de Fils, et que s'il en avait, ce ne serait point par voie d'incarnation, le fait ne se comprenant pas.

Mais cela n'est pas sérieux, puisque l'homme loimôme n'est qu'un esprit incarné. Cela ne s'explique pas ; cela est inconcevable ; mais la création de l'univers, sa grandeur et celle de chacun des globes sont inconcevables aussi ; or cela ne les empêche pas d'^, et d'être ce qu'ils sont. Nous sommes juges du possible et de l'impossible dans certaines limites en éthique et en géométrie, par exemple ; nous ne le somoies pas en toute chose ; nous ne le sommes guère en physique et pas du tout en métaphysique. Aussi l'impossibilité prétendue n'arrête personne, et ceux des

PStUMÀTCHiMIE. 313

adYënrsaires du système historique qui sont les plus dignes d'égard, ceux qui placent Jésus-Christ le plus haut, le plus près de la place qu'il se donne, admettent au nom de la raison une impossttûlité plus grande que celle qu'ils rejettent en son nom : ils lui attribn»!it la perfection morale, la sainteté-modèle, ce qu'ils appellent Tltumanité élevée à la plus parfaite ressemblance avec la Divinité, ûr cela n'a pas de sens, à moins qu'on n'entende une ressemblance trèsimparfaite. Mais, loin de là, on parle même d'une divinité conquise par Jésus*Gfarist, conquête qui lui aurait permis de parler comme s'il était réellement Fils de Dieu, parce qu'il* était arrivé à une parfaite unité de vues avec Dieu. Comme s'il n'était pas évident qu'un homme qui aurait vécu parfait et serait devenu un avec Dieu, serait une chose encore plus impossible et plus inconcevable qu'un Fils de Dieu prenant forme humaine et devenant un avec Thomme ! Sans doate, il est contraire à la saine raison que Dieu se soit fait homme, aussi personne ne ditril cela, le diristianisme pas plus que l'antiquité. Mais il n'est pas contraire du tout à ce qu'il y a de plus sain dans la raison, qu'outre la manifestation faite de ses attributs et de sa personne dans ses créations physiques et dansas œuvres spirituelles, Dieu se soit encore manifesté en ssi nature même par une intelligence d'un ordre unique, une intelligence divine, si divine et si une avec Lui, que pour en désigner le rang et la na- T. u. 18

31 1 msaiÀTOLoeiig.

tore, il n*7 ait que le mot très-horhaîn et très-aotbropomorpbîstique assurément, mais très-expressif de Fils de Dieu ou de premier-né de Dieu. Non-sêule<ment cela n'a rien d'inooneevable, mais cela est très*ooncevabie, puisque cela s'est "toujours trouré trèsadrais dans la coueeption bumaine^ d'abord ccmime une idée bumaine simplement pféparatmre; ensuite dogme de l'incarnation. Or sous la forme de ce dogme cette conception a fait le tour du monde et est devenue la foi de tous les peuples civilisés. Car œ dogme, c^est le ebrtstianisme ; et si l'apparition ex^ traordinaire du Fils de Dieu que les écrits bistoriques H les dogmatiques des apdtres enseignent partout ^ sans cesse comme leur objet le plus essentiel, n'était qu'une mytbologie de plus, tous les autres dogmes cbrétiens s'évanouiraient avec celui4à.

I^ cbristologie c'est tout le cbristianisme.

En fin de compte, cette question est aussi grave pour la spéculation que pour la foi, puisque depuis dix-huit siècles la pbilosopbie a pris sa plus forte substance et son autorité essentielle dans les vérités chrétiennes. Or, si la manifestation de Dieu dans la personne de J^s-Cbrtst n'est qu'une fable, tout ee que l'éducation cbrétienne a fait accepter à la raison de doctrines positives sur la nature bumaine et son immortelle destinée, assurée par une sainte transformation et une union mystique avec Dieu par Jésns- Christ, retombe dans la spéculation conjecturale.

raBOnATÛtiOfilBi. 3IS

Quand on objecte la diffioulté de dire d'une int« nière précise en quel sens Jésus-Christ est le Fils de Dieu parexoellence, la philosophie aime àdire qu'elle n'en sait rien.

Nais d'abord elle sait ton bien dire» a priori^ qu'il ne saurait étie question d'un Fils de Dieu aatrement qu'en un sens tout divin, tout digne de Dieu.

Ensuite» s'il n'y a pas eu» en £iice de lui» de sys* ième de philosophie, il y a eu da moins de la philoso* phœ, eteUe lui a posé cette question : Que fais-tu de toi-même? La philosophie juive la lui a posée au nom de ses doctrines les plus antiques, au nom des lumières de la raison et au nom des haines et des co^ 1ères. Elle l'a même posée, d'abord, au nom de la piété messianique, par Foi^ne de saint Jean-Bapttste : Qui es^tu? Es-tu celui que je suis chargé d'annoncer? Elle Ta posée, plus tard, au nom de ses prétentions les plus vives et de ses intérêts les plus grossiers, celles d'un sacerdoce qui sent qu'il tombe. Et, malgré tout cela, la raison publique, la bonne foi publique a accepté Jésus-Christ tel qu'il s'est donné.

Depuis dk-fauit siècles, la philosophie a souvent répété la vieille question : Que fais^tu de toi-même? E^ elle l'a examinée librement, sans se contenter de la réponse donnée par le Fils de Dieu, sans ffiêtne se laisser gagner par ces paroles décisives transmises. à Je&n-Ba[Histe : Dites-lui ce que vous avez vu ; sans se laisser influencer par l'éclat d'une œuvre qui fait de-

316 HIBUIUTOLOGIR.

puis tant de gëoératîons la gloire de l^banianité. Elle a examinent s'est faite anti-chrétienne, quand elle a trouvé ce que Jésu&-Ghrist fait de lui-même contraire à sa pensée sur la nature de Dieu ; chrétienne, quand elle y a vu plus de lumières pour rintelligence, plas d'élévation pour TAme, en un mot plus de solutions et moins de contradictions pour notre destinée que dans tous les autres systèmes. Elle a pris alors I9 manifestation de la nature divine dans le Fils de Diea pour la plus féconde des théories et la plus heureuse des révélations. Et, en effet, ce que le Fils de U^ fait de lui-même a tous les caractères du monothéisme le plus éloigné des deux grandes erreurs de la spéculation et de la mythologie : j'entends le polythéisme et le panthéisme, dont Tun révolte la raison, et l'autre, la conscience. Jamais Jésus-Christ ne se dit Dieu suprême, toiâAs et soI/u8 Deus, Il est toujours le Fils de Dieu ; il ne se fait jamais l'égal du Père; il est toujours son Fils soumis, mais Fils véritable, participant à sa nature, à sa science et à sa puissance, comme à ses œuvres, à ses créations, à son gouvernement, à la réalisation de tous ses desseins ; connaissant, pendant sa condition terrestre, ce que le Père lui a révélé, iguoraut le reste, mais jouissant auprès de lui, dans tout Tuniver^ d'une gloire qu'il lui redemande au moment de quitter la terre.

Voilà le système historique ; voilà la théorie des textes chrétiens.

PNEUMATOLOem. 317

Ces textes ne se donnent qaè pour de Tbistoire, .et le ton en est historique comme l'objet et le dessein. Mais ce point de vue n'en épuise pas la portée. Ces textes sont remplis d'une haute spéculation ou inspiirés par de hautes communications ; car ils contiennent évidemment des solutions supérieures à -celle de la pfailosophie, si supérieures qu'elle les rejette sans cessQ comme allant au-delà d'une légitime portée de la raison. Seulement elle y revient sans cesse comme offrant à titre de révélation ce qu'elle cherche QQ vain à titre de découverte.

§ IV. — Le système mythique.

Le système mythique met à la place du feit, un mythe, à la place du Fils de Dieu un homme qui s'est dit et qu'on a cru Fils de Dieu. De même que l'humanité, avant lui, s'était bercée de vaines théories d'incarnation, cet homme aussi a cru vainement à la sienne, ou il a pensé que l'humanité avait besoin de s'en bercer. Et il a vu juste, puisque tous ceux qui ont reçu sa parole se sont trouvés heureux de cette croyance.

Malgré cette appréciation hyperboliquedeso^méme, Jésus-Ghrist est, dans ce système, le plus sage, le plus vertueux, le plus parfait des hommes. Matériellement ou substantiellement, il n'est pas plus de nature divine que tout autre d'entre les enfants de Dieu/,

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mais moralement il est Fils de Dieu plus que tous les autres hommes, sa moralité ayant été plus haute. Ce n'est donc pas d'une façon extraordinaire qu'il a passé d'une existence divine dans la nature humaine : sa divinité, ou le contenu divin de sa nature indi* vid^ielle, s'est * révélée d'une manière toute simple, mai^ admirable, par le développement, parfait en lui seul, de la condition humaine.

On le voit, ce n'est pas là un système impie. Et au premier aspect ce n'est pas un système hostile à la personne de J.-C, puisqu'il en fiait, au contraire, le type de l'humanité et le Fils de Dieu en un sens spécial. Il conserve d'ailleurs presque toute la terminologie chrétienne, sauf à la prendre comme il l'entend et à substituer aux idées ëvangéliques des oodceptions qni, il faut bien le dire, font quelquefob l'effet d0 véritables jeux d'esprit. N'en est-ce pas un réellement que de prendre la nature divine de Jésus- Christ dans le sens de la nature humaine développée en toutes ses perfections, grâce à son union religieuse avec Dieu? Au moins est-ce prendre les choses autrement que ne les a jamais prises, ni l'auteur du christianisme, ni aucun de ses disciples, ni aucun philosophe de l'antiquité ou des temps modernes, n' aucun docteur de l'Église. C'est d'ailleurs ce que le plus savant et le plus ingénieux d'entre les défenseurs de cetle doctrine 4 voue très-simplement; car il déclare lui-même qu'il ne faut pas prendre la nature divine

PNEUMATOLOGIE. 3i0

de Jésus-Christ dans le sens de TÉgiise. Et cela est très^iair. Seuien)entJorsqu*il ajoute qu'il ne faut pas la prendre non plus dans le sens d'une oiétaphore, naais dans le sens sérieux de la science, dans celui d'une piété sans tache, cela ne se comprend guère. Personne ne parle un langage pareil, et celui qui le propose ne prend pas lui-même la moralité absolue ou la piété sans tache de Jésus-Christ dans le sens exact de ces mots, puisqu'il fait remarquer que Jésus- Christ déclina tout haut Tépithète de Bon , et que « sa sainteté ou son impeccabilité ne fut qu'une supposition générale. »

Le grand objet du système mythique n'est pas, d'ailleurs, d'expliquer la nature divine ou la nuance quelconque de divinité de Jésus-Christ, c'est de rendre raison de ce qu'il y a aujourd'hui de surnaturel, d'extraordinaire, de miraculeux dans Jes récits de son apparition, qui portent le nom à*évangiles. Il montre le caractère véritable de ces récits en les qualifiant de mythes, et il en explique l'origine par cette thèse, que Jésus, le plus éminent des Juifs, aurait compris, jeune encore, mieux qu'aucun homme de son temps, la beauté du rôle du Messie attendu par sa nation et la nécessité, en se chargeant de le remplir, de le spiritualiser absolument ; qu'il serait entré dans ce rôle, de lui-même ou divinement conduit. Il l'aurait rempli selon les vues de la Providence et aurait opéré dans le judaïsme une réforme complète, sacriâaï)t

sa vie pour abolir des cérémonies qui devaient n*étre que provisoires et qui eussent empêché le monothéisme de devenir une religion] ' universelle. Cette couvre, couronnée de la main de Dieu, aurait amené dans le sein de Thumanité la révolution la plus salutaire, et la tradition, bien aidée par les indications du héros lui-^raéme aurait fait le reste, c'està-dire le dogme de l'incarnation, du Fils unique de Dieu, et les mythes, attributs d'une naissance, d'une vie, d'une mort, d'une résurrection et d'une ascension miraculeuses. Puis, l'ensemble de ces mythes, qui ne seraient pas nés en un jour, aurait grossi de génération en génération, œuvre commune de tous, jusqu'au moment où, achevé et harmonie, il fut mis par écrit dans de nombreuses biographies, dont quatre reconnues de l'Église comme supérieures à toutes les autres, auraient fait qualifier celles-ci de fauxévangiles. Enfin, un dogmatiste, saint Paul, aurait élevé l'idée d'un Messie humain à ces conceptions spéculatives oîi Jésus-Christ est la première créature et le Créateur, et un métaphysicien, saint Jean, en aurait fait d'abord la pensée éternelle, puis la Parole de Dieu, le système mythique a beaucoup de nuances. Sous la forme que nous venons d'exposer, il est très-ancien. Répandu un peu partout, par la libre pensée et les libres penseurs que l'Italie a semés sur l'Europe avec la Renaissance, il était devenu dominant dans certaines régions, il y a un siècle h peu près, et il est sou-

tenu encore par les raisons mêmes qui lui ont donné le jour, par l'antipathie que soulève Tidée d'une union réelle entre la nature divine et la nature humaine. S'il a Tair un peu délaissé de nos jours, c'est moins un fait qu'une apparence, et ce qui est seul certain, c'est qu'il déguise, le mieux qu'il peut, sous une termiqiologie apssi chrétienne que possible ce qu'il y a dans ses idées de trop hostile pour les textes..

Une autre forme de ce système, forme plus nouvelle, fait de Jésus-Christ, non plqs le type !e plus parfait de l'homme, ce qui n'est qu'une qualité éthique, mais V esprit de V humanité dans son eocpression la plus haute, ce qui est en niéme temps un attribut métaphysique. Il est l'ipiumanité idéale, absolue, digne de servir de type intellectuel et moral à toutes les autres individualités humaines. En leur montrant qu'elles peuvent, comme lui , s'affranchir des fautes et des erreurs coqamunes, il a été le rédempteur de l'espèce. Voilà sa véritable mission et son plus bel ouvrage. Tout le reste de son histoire est de création mythologique ou poétique, création très-belle et très-digne de son p)}jet, monument d'une admiration légitime et à laquelle s*associeront un jour toutes les nations.

Telles sont les deux formes principales du sys-: tème anti-historique. Présentées l'une et l'autre avec une science incontestable et beaucoup de talent, elles ont toutefois un double tort, celui de vouloir passer pour la seule théorie qui con-

32S pii£DMàtolo(Sie.

vienne à la saine raison et è la saine critique et celui de ne respecter ni l'une ni l'autre dans l'appréciation des faits, moraux ou historiques, contenus dans les textes.

Et, d'abord , ce système est contraire à la saine raison .

En effet, le vrai résultat de l'œuvre de Jésus4^hrist est d'avoir fait admettre sur Dieu une conception noo* velle, conception qui le considère comme Père, Fils et Saint-Esprit. Ou cette conception est fausse ou elle est vraie. Si elle est fausse, c'est un polythéisme trithéiste qu'elle a imposé au monde, et dans ce cas toute la réforme religieuse faite par le plus parfait des hommes aurait eu pour effet d'altérer le monothéisme, d'y jeter le mythe d'une incarnation, d'y introduire le dogme de deux divinités nouvelles ou d'une trinité d'usurpation qui ne serait, après tout, qu'une de ces bizarres superstitions dont un jour ou l'autre il faudrait délivrer rhumanité. Cela est-il admissible? Si, au contraire, la conception chrétienne est vraie, le système mythique se réfute de lui-même. Cela étant, il est inutile de le réfuter.

Ce Système est aussi contraire à la bonne critique.

En effet, s'il n'y a dans la brillante christologie évangéiique qu'une mythologie de plus, et dans ses textes qu'une série de mythes, il faut montrer comment cette mythologie s'est fait admettre, qui l'a créée, et qui, pendant de longs siècles, l'a si bien enveloppée qu'on ne s'est pas môme aperçu de ta fraude.

Car on a reconnu bien tard cet ensemble de mythes pour ce qu'il est, et parmi les contemporains des Apôtres, parmi leurs successeurs, pendant dix-sept siècles^ la pensée chrétienne n'a pas vu d'enveloppe mythique. T^ mytbisation se serait donc si vite acooa>pUe et si habilement faite que ceux-là mêmes sous les yeux de qui eile aurait eu lieu, ne s'en seraient pas doutés, ou .bien y auraient consenti avec sympathie.

De bonne foi, cela est-il admissible ailleurs que dans des régions où tout passe^ dans des régions d'escrime théologique? Non vraiment, partout ailleurs cela ne soutient pas l'examen, et pour s'en convaincre on n'a qu'à voir de qui viendrait cet ensemble de mythes et toute cette mythologie.

£n effet, si les textes qui racontent la naissance de Jésus comme une incarnation du Fils de Dieu, donnent un fait purement intérieur, une idée subjective convertie en un événement, il faut demander de qui est cette création, si c'est de Jésus-Christ lui-même, de sa mère, de ses frères, de sa famille en un mot, ou bien de ses historiens.

Si c'est lui seul qui, par suite d'un ordre d'idées (qpieliconque, a été amené à croirequ'il devait se dire le Fils de Dieu et remplir la mission du Messie, non pas telle que le voulaient les espérances nationales, mais dans un s^s plus élevé, il faut tout simplement blâmer son audace comme les Juifs, le proclamer hors

324 PNEUMATOLOdte.

dé sens comme le fit un instant sa famille, admirer ses ôuccès comme le firent ses biographes, gémir sur ses enseignements erronés comme le fait la critique moderne bu les mettre à la charge de ses disciples comme le firent les gnostiques.

Si ce sont ses amis ou ses disciples qui lui ont suggéré ce rôle, et l'ont proclamé Fils de Dieu, comment celui qu'on dit le type delà moralité et delà-sainteté, la plus pure expression de l'humanité, a-t-il pu se prêter à ce rôle?

On a bien dit que sa mère a dû nourrir cette idée ; on a dit que c'est avec saint Jean-Baptiste qu'il s'était concerté. Mais une mère ambitieuse et un cousin complaisant ne suffisent pas pour expliquer l'immense événement dont les douze Apôtres, les soixante disciples, et les premiers fidèles eussent été les aveugles complices.

Ces deux hypothèses ne méritent donc aucune attention.

On a dit, en fin de compte, que le mythe s'est feit de soi-même; que le fils de Joseph et de Marie, élevé pieusement, est devenu un avec Dieu par sa sainte vie, à ce point que la divinité de notre nature s'est révélée en lui la première fois et pour toujours, au profit de tous ; que, par cette élévation à Dieu, cette émancipation de l'erreur, cette ascension vers la lumière, et cette identification avec la perfection divine, l'espèce humaine est entrée dans une ère nouvelle:

PNEUMATOLOGIE. 32g

qu'il ne s'agit plus désormais que de prendre Jésus Christ pour type et de marcher sur ses traces dans son esprit pour devenir un avec Dieu comme lui; que la fin de la chute et de la rupture, en un mot la Rédemption» étant son œuvre» a dû être aussi sa gloire et le motif de son apothéose; que l'humanité n'a pas pu faire moins que d'assimiler à Dieu» avec enthousiasme» celui qui a su» le premier, s'élever à Dieu avec une pureté toute divine ; qu'on a dû par conséquent lui attribuer une sorte de divinité.

Mais à toute cette hypothèse il manque une chose essentielle : la vérité historique. Ce n'est pas l'humanité reconnaissante, ce sont les disciples immédiats de Jésus-Christ qui ont enseigné sa divinité ; et c'est comme malgré eux, c'est uniquement parce que luimême l'a professée avec suite, avec insistance, avec solemnité, avec tout l'éclat que prêtaient les circonr stances, qu'ils ont mis leurs doutes et leurs résistances à ses pieds. C'est sur ses propres déclarations, sur ses paroles les plus formelles, appuyées de ses œuvres, qu'ils édifient ; et quand, sur cette question la plus simple et la plus directe possible : « Qui dites-vous que je suis, » Saint-Pierre répond selon ses désirs, Jésus- Christ déclare avec énergie : « Tu dis vrai. »

Le syàème mythique est donc faux sous toutes ses formes. Et ce n'est ni un système populaire, ni un système ecclésiastique, c'est un système scolastique, factice, vaporeux en sa substance comme en son origine, un système essentiellement poétique.

386 Fmouiouifln.

Ilesto à dire pour qaA résultat et dms quel but on créa oalte nouvelle nythologie.

L'unique résultat du système mythique est de sebstîluerà la ditniité véritable de Jésus-Christ une divinité purement morale, une •divinité poétique on métaphysique ; ear oe qu*rl aceorde de nature divine à Iésiis4]brist n'est plus qu'une affi&ire de conv^ nance. C'est simplement une espèce de divinité « chèfe an sentiment fisthétique » comme dit un des thédogiens les plus distingués. (Hase, p. 224.) Cela est très-inférieur à cette divinité héroïque que le socianisme attribuait à Jésus-Christ ; car les socinienSy que le dernier siècle eut le tort de trop écouter, disaient au moins que Jésus-Christ a été élevé réellement au rang de Dieu par ses vertus et ses œuvres. Cela faisait encore .une apothéose véritable. Or le rationalisme panthéiste n'allant pas jusque-là, ne professant plus qu'une apothéose mythique, on peut demander si c'est la peine d'établir tout un système sur un caprice de Kant. Car c'est le grand métaphysicien de Kœnigsberg qui est le véritable père du système mythique; c'est lui qui a créé cette divinité obtenue « par la réalisation d'une idée divinement niise dans la conscience humaine, représeatée par Jésus-Christ. »

Ce qui doit frapper surtout dans ce système, même ceux qui ne sont ni théologiens, ni philosophes, ni chrétiens, c'est l'inconséquence avec

raWlUTOLMIB. 3S7

laquelle il admet, dans les même» texies, €(M»me myHie tout ce qui enseigne r<>rigine supérieufe ou la dmoîté réelle de Jé^»*Christ, et proclame histoire tout ce qui est relatif à sa moralité, si bien que, toutes les fois que Jésus-Christ se dit inférieur à Dieu, il a raison, et toutes les fois qu'il se nomme Fils de Dieu, il £aut le mettre à la raison. Évidemment, cela manque de tout sens critique, puisque c'est bien un seul ^ même esprit qui a présidé à la rédaction de tous ces textes, et que les historiens n'ont peint Jésus-Chriât si parlak que parée qu'ils l'ont cru Fils de Dieu. Avec . sa divinité tombe sa sainteté, ce qu'on appelle « sa piété sans tache. » Car, à qui fera-t-on croire, contre l'au* torilé unanime de tous les siècles, qu'un seul homme soit parvenu, en Judée et en ce temps-là^ à la chose impossible partout ailleurs et dans tout autre temps, à rîn£ftillibilité morale? A qui persuadera-t-on, si le Fils de Dieu ne fut que le Fils de Joseph et de Marie, qu'il n'a jamais failli? Sur quelle autorité s'appuie^ r«1ron pour l'affirmer?

Sur celle de ses biographes, qui nous donnent des mythes pour des faits ?

Mais cet expédient est plus leste que solide, et rifypothèse qui fait du christianisme et de ses testes une imposture longtemps crue et enfin démasquée, rencontre dans la chronologie et dans la critique toute une série d'impossibilités évidentes : celle de nier Tauthentieilë de tons ces textes, celle d'en contester le

328 PNBUMÀTQLOaiE.

caractère historique; celle d'admettre une mythisatioD volontaire ou involontaire dans Tesprit de saint Jean et de saint Paul ; celle d*en admettre une dans Tiatervalle de la mort de ces deux théologiens, à l'époque où d'autres auraient pu rédiger leurs textes ; celle, en* fin, de faire remonter la mytbisation et Tapothéose rétroactive à des indications plus poétiques que morales de Jésus-Christ lui-même.

De tout cela, rien ne se peut. ,

Un théologien-philosophe a dit : a La mytbisation . était d'autant plus naturelle, plus rapide et plus légitime, qu'elle s'éloignait moins de la vérité. Or, Jésus- Christ et son moi intérieur offre la plus parfaite image de l'Être suprême. ( Schleiermucher, GUmbem-Lehre^ 11. 43.) Il était tout simple d'en faire le fils de Dieu. Le commencement de sa vie était la création achevée de la nature humaine ; il était un fait primordial de cette nature, une pureté morale inaltérée et inaltérable ; et si l'apparition du premier homme constitua la vie physique du genre humain, l'apparition du second Adam constitua la vie nouvelle, la vie spirituelle de la nature humaine (p. 45). »

C'est là une théorie assurément digne de la matière. Mais, loin d'approcher de la vérité, elle en éloigne. Elle divinise l'humanité. Or l'incarnation chrétienne est précisément l'inverse : elle humanise la divinité pour la réalisation d'une œuvre divine dans le sein du genre humain. Le mal, dit-elle, avait acquis une telle

puissance que, pour détruire le règne du Prince du monde, il fallait plus qu'un homme législateur, philosophe ou roi-sauveur. Car Thumanité suivait une volonté mauvaise ; elle se rattachait partout par sa pensée et ses œuvres au chef des intelligences déchues plut^ qu'à Dieu et aux intelligences pures. Or cet égarement étant, non plus momentané, mais permanent, non plus local, mais universel, et moins un égarement qu'une altération, viciait la notion de Dieu, l'amour de Dieu, la crainte de Dieu, la foi à sa Providence, la confiance dans son gouvernement: elle livrait l'humanité à l'empire du mal. Une intervention purement humaine était donc insuffisante.

La doctrine chrétienne n'attribue jamais au chef des intelligences déchues un empire absolu, ni même direct. Ce chef n'est, comme tout ce qui est, qu'un instrument entre les mains de Dieu, et jamais Dieu lui-même n'a été inconnu à l'humanité. De cette exagération gnostique, le christianisme est toujours demeuré pur. 11 pose bien en fait que le Fils de Dieu a fait connaître son Père comme personne n'a pu le faire connaître. Mais son plus bel ouvrage n'est pas la révélation de Dieu, c'est la destruction de l'empire dudémon, l'établissement d'un nouvel ordre moral, d'un ordre de choses si élevé, si saint et si pur qu'il constitue le royaume de Dieu et l'établissement de sa volonté sur la terre, comme aux cieux. Voilà ce qui forme l'œuvre essentielle de Jésus-Christ.

330 PHEtJllAtaLMlE.

Cela est exposa Tingfl {<m dans les tettesr aposloliqtt» ; cela éclate dès leur origine, Ains la lormale de prière que te Fil» de Dieu donne à ses discifriies. C'est pou» renyerser l'empire da mal» ren^eraement exprimé en style âgorë comme une préeipitatiendudénondaas les aMmes, comme mn enchalnecoeDl dans Tes téntt>r8S *^ en un mot, c/est poar rétablir te règne de Dieu dans le monde spirituel, en substituant Tarnoor de Diea à régolsme, qu'est venu le Fils de Dieu.

Voilà la délivrance on le salut évaogâique.

Sf le système mythique a eu quelque sucoès, c'est par le plus grand de ses défauts, c'est qu'il est trèsvague et très-vaporeux. Il Test au point que ses nuages dorés ont longtemps ébloui les regards ; mais ces nuages s'évanouissent, dès qu'ils sortent des écoles qui les enfantent. Que veut-on dire, par exemple, lorsqu'on affirme gravement « que la mture divine de JésiKhCbfist, dsfns le sens sérieux de k science, c'est sa piélé sans tache? n La piété est-elle une Mlure? C'est une simple qualité éthique, une qualité qui n'est pas divine : Dieu n'^est pas pieux, it est saint. Que veoVon dire ensuite lorsqu'on ajoute, «c cpK la nature humaine est de même espèee que la nidiife divine; qu'elles n'en sont qu'une et ne se distinguent que quantitativemerUf en ce que l'une est l'infini et que l'autre aspire à l'infini?» L'espèce divine est oe (|ue l'espèce humaine aspire à ^e : elles sent denx ; car, entre être et aspirer à être, il y a l'infini, c'c

PfiRjMATOtoett:. m

én^j HB abîme qu'on ae franobil pas. Or, si Jésus* GbrisI hômuDe n'a pas franehi cet aMme» il n'est pas dovenu un avec Uteo, et s'il ne Ta pas été eoi venant dans ee moodey en a parfaitement raison de dire eonuneonfah « qu'il ne doit plus désormais être l'objet ë'ftutre chose que d'un culte analogue à e^ui des amnts. n Que veu^n dire enfin quand on affirme que Jésus-Ghrîst est la réalisation d'une idée desoa»due du ciel dans la oonscience humaine^ dont it esl le plus pur représentant? Jamais ni la saine raison» ni l'histoire D'oot rien conçu de paceiL Aussi l'Évangile ne dit riect de semblable. Et toute cette théorie d'un homme-type, d'un homme qui a révélé au monde par une piété sans tache la divinité de la nature humaine^ et en est devenu le Rédempteur, est une abstraction scolastique à laquelle le christianisme n'a jamais songé, qu'il n'admettra jamais. Saos doute, le but de l'homme est de devenir un avec Dieu ; cela est trèschrétien dans le sens moral ; c'est là l'idée de la magnifique prière du Fils de Dieu, dite prière sacerdhùB^f oaais c'est dans uu sens éthique que cela est entendu. Or, Jésus^rist se Cait un avec son père, Boo pas dans le sens éthique mais dans le sens métaphysique. Quand on dit que dans Jésus-Christ la divi* fiiié de la nature humaine s'est développée dans toute sa pureté, voudrait-on nous faire croire que l'bomnie peut s'élever aux attributs métapbysiqises, aux attributs essentie de Dieu? Nais ces attributs, cesont l'infinité,

la nécessité et l'immutabilité divines, c'est-à-dire Dieu substance éternelle et cause çupréme. Aussi les mythologues se gardent bien de parler de cela, quand ils disent que Jésus-Cbrist est devenu un avec Dieu. On ne devient pas un en ce sens avec Lui, quand on ne Ta pas toujours été. Quant aux attributs moraux de Dieu, Tamour et la libre subjectivité, sans doute nous pouvons en approcher ; nous sommes faits d'après ce type,et la copie peut ressemblerau modèle. Maisdevenir un avec Dieu, dans le sens moral, c'est-à-dire parvenir à aimer ce qu'il aime et à vouloir, avec une libre subjectivité, ce qu'il veut, ce n'est pas s'approprier les attributs essentiels de Dieu. Or si Jésus-Christ n'est parvenu qu'à l'union éthique, comment sa doctrine a-t-elle pu « comme une émanation vivante de son être, » nous enseigner tout ce qu'il nous dit d'une manière si positive sur son avenir et sur le nôtre, sur les desseins derniers et suprêmes de son Père, sur la place qu'il avait près de lui dès les anciens jours, et sur la gloire qui l'attend à sa droite? L'amour et la libre subjectivité donnent-ils la science du mystère et le secret de notre destinée?

D'ailleurs, qu'est-ce qu'une doctrine qui est une émanation vivante d'un être ?

Une doctrine est un ensemble d'idées, et les idées viennent de la pensée. Or, la pensée n'est pas rélre. Elle n'en est une émanation qu'au figuré, et Ton n'a recours à ce style que pour cacher l'absence du vrai.

PflEUMÂTOLOGIE. 333

Une doctrine, si sublime qu'elle soit, et une piété si sainte qu'elle soit, ne confèrent pas la divinité. Nous avons sur TUn, sur l'union avec Dieu et sur les moyens d'y arriver, les théories sublimes de Plotin. Et rien n'empêche de les gratifier aussi d'émanation vivante de son être, puisqu'il prétend que non-seulement il a \u Dieu quatre fois en sa vie, mais qu'il est devenu un avec Dieu. Cependant, personne pour cela ne l'a jamais pris pour une manifestation divine, pour le fils de Dieu, ni ses doctrines sur nos rapports avec Dieu et notre destinée, pour une révélation nou* vdle spécialement offerte à l'espèce humaine. C'est qu'il ne parle et n'a pu parler que d'une union éthique.

Toute cette théorie jetée par le criticisme de Kant au mysthicisme d'une théologie vide de foi, s'évanouit avec ses modifications les plus ingénieuses et les plus fécondes dès qu'on la traduit dans une autre langue que celle du tèrritoirequi l'a produite. Faite à plaisir, dans les loisirs un peu avides de piquantes créations d'un métaphysicien à qui l'on pouvait reprocher de critiquer beaucoup et de peu édifier, elle ne peut avoir pour effet suprême qu'une adhésion plus éclairée et plus éclatante au système historique. Car elle ne se meut que dans un dédale d'impossibilités et d'inconséquences.

£n effet, il est impossible que le mythe soit postérieur à saint Jean et à saint Paul ; impossible qu'il

334 PNEDttÂTOLOGlfi.

soit de saint Paul ou de saint Jean ; impossible qa'il ne soit pas de Jésu&-Christ, et impossible, enfin, qa'il soit de lui.

Il n'y a de possible que ces trois cas : ou Jésus- Christ lui-même a donné Tidée de sa divinité, sachant, en vertu de sa nature divine, qtr'elle était la simple et sincère expression de la vérité ; ou bien, il y a donné lieu, se persuadant, par suite de Tassîstantse divine qu'il ressentait , que c'était bon 8 dire ^ qtfîl pouvait l'affirmer en toute conscience datis un langage plus ou moins énigmatique, puisque le nïeîlleur moyen d'agir sur son peuplé et sur les autres, c'était d'entref tout fait dans le rôle du Messie, de s^appeler le Fils de Dieu, Christ et Sauveur ; ou bien, il a vécu en un état d'exaltation qui Ta jeté dans Terreur au point qu'il a cru tout le premier ce qu'il faisait de lui-même, selon la maligne expression de ses adversaires.

Le premier cas est le système historique.

Le second cas est le système de VmcommodaJlium. Mais si l'on ne veut pas du système hfetorique, est-^ la peine de tant s'occuper d'un personnage qui, pour mieut nous tromper*, se serait fait une mythologie à son seul et unique bénéfice ? Quel fond y aurail*i[l à faire sur la science religieuse d'un docteur qui, par l'opinion conçue de lui-même avec une exaltation présomptueuse, se serait rangé, non pas dans la catégorie des Philon, des Apollonius de Tyafte, des Plotin

Pî^eiTMATOLOGIE. 335

etdes Produs, de mystique et fantastique mémoire, mais qui aurait complètement faussé toute lâ théologie en se disimt Dîeu Iiii-méme, en prétendant qu'il fut avant le monde, qu*il est veau vahicre le monde, qu'il irait s'asseoir à la droite de Dieu et qu'il jugerait les vivants et les mort&?

Le troisième cas est une supposition radicalement dëtnnle par oette sérénité d^Ame, c^tte ferme posses^ sioD da s@i et oette lucidité de vue que Jésus-^brisl giorde dans toutes les situations de sa vie et de sa ment.

Pour poovoir rejeter la manifestation de la nature divine dans Jésnas* Christ, ou la divinité du Pila de Dieu, il faudrait prouver : l"" que les textes chrétiens n'ont pas de valeur historique ; S"" qu'ils ne sont pas des auteure dont ils portent les noms ; B*' quèfléJus, homme éminent, mais non pas parfait, a été mythisé, apothéose, divinisé en un mot, pour avoir enseigné plus habilement, ou avoir vécu et être mort mieux qu'aucun de ses contemporains ; 4"" que sa doctrine a eu tnotefnis le malheur d'étve altérée par des mythes aussi profondément que sa personne.

Dafis ce système il y aurait conséquence. Mais ce système ne saurait s'établir, vu qu'il y entre àm impossibilités évidentes .

D'abord, il est impossible de nier l'authenticité des textes de saint Paul, ou d'en contester le caractère historique, puisqu'il est imposable au sentiment histwique d'admettre une mytixisationaccomç^liedans

330 PNfiUMÀTOLOGlE.

rintervalle de la mort^de Jésus-Cbrist à la rédactioB de ces écrits.

Ensuite, il est impossible au sentiment moral d*ad* mettre une apothéose faussement indiquée par Jésus- Cbrist lui-même, babilement acceptée ou complaisamment développée par ses disciples.

Enfin» il est impossible d'admettre une mythisation de ce genre dans le sein d'un peuple qui, de tous les temps et dans ses mœurs les plus inaltérables,a conservé des opinions et des répugnances inconciliables avec cette théorie. Ce que le judaïsme a toujours enseigné et cru, c'est une révélation divine qui est essentiellement une suite de faits. Or, tel est aussi le christianisme ; et faire disparaître les faits chrétiens dans le mythe, c'est anéantir le christianisme.

Le système historique est le seul admissible. Seule* ment, pour apprécier la spéculation chrétienne dans sa vérité, il importe de la prendre dans sa pureté. Il n'y a de chrétien que cela ; et il n'y a d'acceptable, en cette question, que la doctrine qui nous est donnée par la profession de foi du Fils de Dieu, recueillie dans la profession de foi de saint Jean et reproduite dans la profession de foi de saint Paul, prises en leur sens naturel. D'après ce sens il ne peut être douteux pour, personne qu'aux yeux de saint Jean et de saint Paul, le Fils de Dieu est ce qu'ils disent^ une intelligence de la propre substance de Dieu, élevée au- . dessus de toutes les autres, divinement émanée ou

PNBUMATOLOGIE. 337

issue de lai» Gonime Test» humainement, le fils du père.

Les seules raisons qu'on ait pour admettre ce dogme, sont celles-là. Les autres ne sont que des considérations. Celle, par exemple, qu'on ne saurait que faire de la moralité et de la capacité de J^us- Christ, de saint Paul et de saint Jean, si ce qu'ils disent tous les trois n'était pas la vérité, est considérable, sans doute ; mais, si dur qu'il fût pour l'humanité de renoncer à ces trois caractères, les plus beaux que possède l'histoire de l'humanité, encore faudrait-il les sacrifier, si ce qu'on affirme si posi* tivement n'était qu'un mythe.

Il est des considérations plus personnelles encore. Je dis personnelles à l'homme. En efiet, la place que le monde spirituel prend dans les desseins de Dieu et la destinée qui est faite à la race humaine, semblent plaider en faveur de la vérité de cette théorie. Car, si notre intelligeoce est réellement l'image, ou fille de l'intelligence divine, comment concevoir que, dans tout le cours de notre existence terrestre, cette inteUigence divine demeurât voilée pour nous, au lieu de se manifester à la créature humaine par une nature tellement rapprochée d'elle qu'il ne puisse plus y avoir de doute ? Malgré notre condition si humble, et même en raison de cette humilité, il était bon que, par une manifestation spéciale, notre race fût positivement assurée de sa céleste destinée et

338 FMfilIJIilTOLOCfiB.

de sa; divine grandeur. Si donc rincarnation dire* tienne n'était qu'un rêve, ce rêve serait la plus croetie des déceptions. Mais, si puissante que soil cette considérstion en ce qu'elle a de personnel pour nous, œ m'est qu'une considératîan encore.

(Vest une raison pour tenir à ce qu'etie a de provideatiel, car véritable et ajoutée à d'autres hHs simplement prophëticpies, elle eonàpl^ toutes les traditions, réalise l'inearnatioii orientale, eentinne h spéculation grecque du Xo^oc et accomplit la prc^piiéfe juive si sublime du Messie. Et iKi^yez^ quelle diose magnifique que œ vaste ensemble de vues, de promesse, de théories et de prophéties» sie)lesoot abea* ti ; si, à œt édiâce des siàdes, le Fils de Wn^n est venu ajouter le fiitte ; si le dogme qu'tt oeus doBoe sur lui-même est vrai ; si sa destinée est le type de notre destinée. Tontes les espérances de la religion ap* puient ainsi les p)us hautes spéculations de la plMk)S(> phie^convertissant ses assurances en certitudes souace rapport fmssu Et ce qui imprime le sceau à la vérité de œtte manifestation, è la majesté divine de l'incart nation chrétienne,cen'est pas l'idée qu'elle a réalisée: c'est l'œuvre qu'elle est venue accomplir dans l'homanité elle-même par Jésu&-Cbrist. Le but du Fils de Dieu n'a pas été d'exhiber en sa personne « une piété sans tache, » mms d'en établir une en nous, en un mot de régénérer le monde spirituel.

fKStlIATOLOGlB. ' 3M

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