V. — U œuvre du Fils de Dieu
Rien ne serait plas inaeeeptable eu phili^ophie qu'un fils de Dieu né dans le tei&ps, actif pendaol un leoips et auteur d'une œuvre limitée à ua temps. Un fils de Dieu qui serait un seocmd Dieu ou um Dieu aecofadaire^Bé longtemps après le prenrier, et autre, ^ue le vrai Dieti> enistâé pour un dessein spécial^ apparaissant ub instant au Booment donnépour Tac*ooinplir, bcMioré ensuitof en apparence» maïs en réalité remeroié, et Sr éclipsant de nouveau, B&Bb rôle joué ; — un tel ûls de Dieu serait aussi inconcevable en philosophie qu'en religion.
Cen'est pas ainsi, c'est sous ua tout autre point de vue que le christianisme représente Jésus*Christ.
D'éternité comme son Père, et un avec Lui par » nature et par sa gloire, Jésus^farfôt Test aussi par sa pensée et par son œuvre. 11 est à Dieu tout ce que peut exprimer la conception humaine de fils et bien au-delà, a C'est Lui qui est l'image de Dieu invisUole, le premi^-né de toutes les créatures. Car c'est par Lut qu'ont été créées toutes les choses, celles du ciel et celles de la terre, celles qui sont visitées et celles qui sont invisibtes. Soit les trôœs, soit les dominations, soit les principautés, soit les puissances, tout a été créé par Lui. U est avant toutes choses, et toutes
subsistent par lui. Son œuvre» qu'on peut distinguer en faits une fois accomplis et en faits continus, est comme celle de Dieu. Cela est bien entendu, puisqu'il est un avec Dieu. Elle embrasse donc la création et le gouvernement du monde matériel. Et de même qu'en Tœuvre de Dieu on distingue la création et la direction du monde matériel» quoique les faits une fois accomplis et les faits continus se confondent» de môme on distingue dans Tœuvre du Fils la création et le gouvernement de l'univers, et leur rétablissement et le règne du monde spirituel.
Dans l'œuvre de la création et du gouvernement de l'univers» il est le Logos» l'ensemble des idées divines» créatrices et directrices de l'univers.
Au commencement était le Logos» le Logos était avec Dieu et le Logos était Dieu, (samt Jean^ I» 14.) Sa nature, c'est la lumière et la vie de l'univers. Quand donc Malebranche dit le Fils de Dieu « dépositaire des lois de l'univers» » et quand il ajoute que a Dieu môïne consulte l'ordre dans toutes ses opérations, )» (1,362.); « que l'ordre et la vérité, c'est le Fils de Dieu, le Logos, par qui, selon saint Jean et saint Paul, le monde a été fait; que Jésus- Christ est l'ordre et le type» la règle et la loi de tout ; que Jésus-Christ est un avec son Père» et que ce n'est pas un autre que Dieu consulte ; que le Logos est la pensée de Dieu ; » quand Malebranche dit tout cela» il dit des choses étranges pour les conceptions
vulgaires. C'est cependant la pure doctrine chrétienne, et .c'est la plus haute métaphysique.
Dans l'œuvre du rétablissement des rapports primitifs du monde spirituel, œuvre que le christianisme appelle la rédemption , le Fils a la grande part.
£n effet, le Fils de Dieu n'est pas entré dans la destinée de l'homme en un temps donné ; il y est depuis la création, et s'il intervient dans le gouvernement moral de l'homme comme sauveur et médiateur, comme chef et type de l'humanité, ce n'est point d'une manière abstraite ou purement typique, mais d'une manière réelle. Il y est entré par son apparition personnelle dans le monde, comme un objet de culte et d'adoration, en vertu d'un ordre dé choses supérieur et d'une œuvre éternelle qui n'ont que faire de l'apothéose socinienne ou de la mythisation rationaliste. A ce sujet, le langage des textes sacrés est aussi énergique qu'il est précis : « Le Fils de Dieu est Dieu d'éternité. »
D'après la théorie chrétienne, son œuvre se distingue en quatre grands faits : son enseignement ou sa doctrine, ayant pour objet essentiel la révélation aussi complète que possible de son Père céleste ; sa vie, ayant pour objet de nous donner un modèle sensible à imiter; sa mort ou l'immolation de sa personne, constituant un sacrifice d'expiation ; la communication d'un ensemble de grâces spirituelles propres à rétablir l'harmonie primitive entre la vo-
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lonté homaîne et la Toionté dimie. L'o^sembie^ en d'autres termes, est le retour en règne Dieo par la éestmclioD de celui en « Prinee d» monde. »
Quant à sa doctrine, J.-C. demande qu'on l'acceple avec foi, parée qu'il a le droit de l'exiger ; et il ne permet qu'une seule façofli de l'examiner, c'est de la pratiquer. Et encore n'esVce pas pour la jttger, mais poar reconnaître qu'elle est bonne. Car il n'enseigne pas le doQte ; il n'autorise pas le libre examen tel qu'on Tentend dans les écoles de philosophie. Au contraire, il enseigne toi^ours d'aolov^ité ; nul n'est obligé de le prendre pour son mattre, mais il e^ on maître absolu pour celui qui le prend. Sa volonté est k volonté de Dieu. 11 lui suffit de la faire connaître pour que la raison et la conscience aient è s'y aôomettre d'une manière absolue.
Quant à sa vie, la sainteté en est si reconnue qu'il n'est pas besoin d'en parler, pas plus qu'il n'ea parle 'lui-même ; et les volumes où la science tiiéologique s'est donné la peine de démontrer ce qu'elle appelle son impeecabilitéy restent bien au-dessous de l'idéal que chacun eu conçoit en lisant les textes de l'Évangile.
Sa vie est sainte et sa doctrine divine ; mais sa mort est l'accomplissement de la loi. ( Lex Domini ipse est qui vemt legem impkre^ non soioere. — » Aug. 0pp. IV. 444).
Def tout ce qu'il a fait o« vécu, il ne choisit rien
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pour 6a trammettre le souiFenîr à la posIérUé que la fin» sa mort. De son entrée dans le monde^ il n'en parle jamais, pas plus que de tout autre évèoemefit de sa carrière terrestre. Mais, quant à sa mort, il en ordoone la mémœre permanente et symbolique eomme celle d'un acte suprême, plein de grâces mystiques. c< C'est pour cela que le Père m'aime parée que je donne mia vie, dit-il ; je la donne pour la reprendre. P^'soime ne me Tôte ; je la donne de moî. J'ai le pouvoir delà donner et le pouvoir de la reprendre. » El ses Apôtres ajoutent : « A ce point Dieu a aime le monde, qu'il a donné son Fils unkjue, afin que ceux qui croient en lui aient la vie éternelle. »
Si sa mort est présentée dans ses discours et dans dans ceux de ses disciples comme on sacrifice d'expiation, c'est d'^abord en ce sens, que l'homme doit reconnattre dans cet acte symbcriique plus terrible qoe tous les autres, dans celle mort si admirablement • soufferte, une immense vérité éthique : celle que la révolte doit être exigée, que la violation de la Ibi est uiie impardonnable offense au législateur. Mais cette mort a une plus haute portée. Elle établit en ceux qak Taeceptent une foi e&tière au sacrificateur €é en son sacriice. Pour eux, le rapport véritable avec Dieu, c'est cette nnioo ou cette harmonie primitive qu'avait interrompue la (diute. C'est là ce que le christianisme appelle l'œuvre de la rédempiiony impliquant, comme antécédent, ce changement complet de la
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pensée, furdcvoua, que la théologie traduit par les termes de repentance et de conversion, et comme conséquent, ce rétablissement de Tharmonie primitive entre la pensée humaine et la pensée divine que TÉvangile appelle une nouvelle naissance, une régénération. La théologie ou la philosophie négative met d'autres termes en place de ces termes chrétiens qu'elle essaie souvent d'expliquer en son sens; mais en donnant des explications qui atténuent la portée chrétienne de ces termes, elle en fait moins des imitations que des parodies. Qu'on en juge par celle qui a été proposée comme la plus rationnelle. «La théorie de la rédemption a pour base cette idée de la raison, que si Dieu doit regarder le pécheur avec bienveillance, cela n'est concevable qu'autant qu'il ne voit pas dans l'homme ce qu'il est, mais ce qu'il peut devenir. Or Jésus a montré en sa vie ce que l'homme peut devenir de plus parfait ; il a présenté l'idéal de l'humanité moralement accompli. C'est donc au regard de cet idéal* que Dieu peut voir l'homme avec bienveillance. »
On le voit, cela n'a rien de commun avec le christianisme. Ce n'est pas à la vie, ni à la doctrine de l'homme-Jésus que les textes sacrés attribuent l'harmonie rétablie entre Dieu et Tbomme, c'est dans la mort du Fils de Dieu qu'ils nous montrent ce résultat mystérieux. Et pour parler sérieusement, la rédemption par un homme est un vain jeu de mots et une moquerie indigne d'un système relfgieux.
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. On a ci^ecié que la doctrine chrétienne n'embrasse pas en ce point le monde spirituel tout entier. Elle parle de la chute d'autres esprits, et cependant elle ne parle pas d'une œuvre de rédemption accomplie dans leurs rangs, il serait d'ailleurs étrange que le Fils de Dieu eût ainsi apparu successivement sur toutes les sphères habitées et sous la forme propre de chacune des espèces d'êtres dont elles sont peuplées.
Cette objection est ancienne. Elle est aussi des libres penseurs des derniers siècles ; elle n'en est pas plus philosophique. Et d'abord^ si le Fils de Dieu participe au gouvernement du monde spirituel, quelles difficultés y aurait-il qu'il y parût sous une foripe ou sous une autre ? Ce qui serait plus étrange, c'est que, d'entre toutes les espèces d'êtres, nous seuls nous eussions le privilège qu'il s'intéressât à notre destinée. Au surplus, une épître apostolique parle de son apparition dans une région spéciale. II est vrai que l'authenticité de cet écrit est contestée ; mais l'idée qu'elle énonce est aussi ancienne que le christianisme lui-même.
La théorie chrétienne, j'entends celle des textes, ajoute que, sans l'apparition, l'enseignement, la vie et la mort du Fils de Dieu, la destinée du genre humain demeurait égarée. Ses doctrines, sa vie, sa nature elle-même étaient à ce point altérées, les rapports naturels, primitifs et nécessaires entre Dieu et
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l'homme, fausses et rompus, q«epour lesrétaMîr, pour remettre l'homme dans la voie de la Térité, le rendre au règne de Dieu et à ses fms, il a fallu TinlerTentioD divine.
Mais cette œuvre dont nous avons vu les conceptions éléinentaires, les formes {préparatoires, se révéler dans les systèmes religieux de Fantiquité, soulève une des questions les plus dtffloHes, et qu'il importe d'examiner d'une manière spéciale.
VI. — La part qui^ da/ns la conduite du monde spirituely est faite à dCœutres puissances.
Dieu eonduît-il directeœeiKt et excluâvonent toijÉes les spirituelles forces, et mène*t*il les moinies d'après sa seule et unique volonté, ou bien délègua-t-il une partie de son autorité avec une partie de sa puissance ?
Sa suprématie est créatrice, législatrice et conduotrice. Sous ce triple rapport elieprat se déléguer sass souffrir d'amoindrissement ou d'altération, demeu*rant toujours la source et la fin eomme la règle de tout. Aussi une communication de sa part se conçoit d'autant mieux que le monde spirituel tout entier n'est qu'un ensemble d'êtres moraux assoc^s aux attributs de la perfection divine. Mais si Dieu dél^ue réellement son autorité conductrice et s'associe dans le gouvernement de ses mondes d'autres puissaaces,
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des puissaoces secondaires, ce ne peut èlre que daos le même sens qu'il délègue son autorité eréatriee, ou son autorité législatrice. Et de môme que toute loi donnée par ses agents Test en son nom, réfléchil sa pensée et concourt à son bot, est sa loi en un mot, de même toute puissance qu'il s'associe doit être comme une de ses mains. Car nul autre que lui ne peet régner dans son monde. Si donc il fiiit connattn sa loi par ses envogrés auprès du genre humain, et s'il souffire qu'ils y établissent des règles de conduite ou des institutions de culte, ce ne seront que des règles et des.institutîons subordonnées h sa loi. Elles pourront être imparfaites et même défectueuses, sui* vant l'état général des nations : mais alors elles seront temporaHres,etla durée ne s'en prolongera pas au-delà de l'état moral pmir lequel elles auront été faites. Dans tous les cas la loi divine, absolue et é^terneUe, qui règne idéalement depuis l'origine, est la seule qui ait le droit de régner à jamais. Et il en est du gou*- ▼emement conmie de la loi. Si Dieu en délègue une partie à d'autres intellig^aces, s il établit des autorités pour gouverner telle famille du monde spirituel ou telle autre,eltes pourront le faire avec plus ou moins de puissance et de lumières propres, mais elles ne rempliront leur charge que sous la conduite suprême du gouvernement absolu et éternel, qui, seule source de toutes les forces, seul les dirige vers leur but unique.
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C'est à cette théorie qu'il faut subordonner toutes les traditions» celles de la mythologie grecque et celles du symbolisme oriental. Si riches qu'elles soient en symboles de tout genre sur une intervention considérable d'agents bons et mauvais dans la conduite du monde y elles se concilient toutes cette condition avec une saine théodicée. Et c'est sur ces principes aussi que la foi chrétienne fonde sa doctrine, riche encore à son tour^ mais simplifiant tons les systèmes qui l'avaient précédée, y apportant une fermeté qui ne laisse aucun doute sur les rapports directs de Dieu avec le monde spirituel tout entier et une pureté qui charme la raison. En effet, partout d'accord avec celle-ci, elle rétablit en tout les vrais principes.
Et, d'abord, la raison veut que toutes les œuvres de Dieu soient entre ses mains d'une manière égale, médiate^ou immédiate, directe on indirecte, exclusive ou partagée. Ce principe était le fond même de la spéculation ancienne, mais tout€^ les religions l'avaient vicié sous une forme ou une autre, par la mythologie, la pneumatologie ou Téonogouie. Car, partout le Dieu suprême placé à la lête d'une hiérarchie céleste, plus ou moins nombreuse, était dérobé au sentiment de l'homme, intervenant peu ou point dans un monde gouverné par des puissances secondaires. Dans la foi chrétienne, au contraire, Dieu plane avec une suprématie inaltérable au-dessus de toute autre force spirituelle, et nulle angélologie,
nulle démoDologie, n*altère cette théologie. A la vérité» le christianisme enseigne une hiérarchie céleste, trèsHiombreusey et une hiérarchie démonienne, trèspuissante, associées au gouvernement de Dieu, la première dans des rapports de bienveillance et d'amour avec l'espèce humaine, la seconde dans des rapports d'égoïsme et d'antipathie. Si la première est sans initiative, il en est accordé une au chef de la seconde. A son influence et à ses suggestions est attribuée cette chute qui amena une altération à ce point radicale dans l'organisation primitive de l'homme, une corruption à ce point profonde de nos facul* tés naturelles,qu'elles ne suffiraient plus pour accomplir la loi morale sans une intervention spéciale de Dieu, et que l'homme ne saurait plus remplir la destinée pour laquelle il est dans ce monde, n'était venu le Fils de Dieu avec la mission de renverser l'empire que le chef des démons exerce sur les esprits et fonder le royaume des cieux sur la terre.
Néanmoins, tous ces renseignements se résument en ces mots : « Il ne tombe pas un passereau en terre sans la volonté du Père céleste. »
Le gouvernement immédiat de Dieu, la conduite directe de toute destinée par lui, est même proclamée si positivement qu'oq a déclaré l'idée des agents secondaires une erreur empruntée, pendant l'exil, au dualisme de Zoroastre. Mais, si l'on conçoit, à la rigueur, que les docteurs juifs aient renoncé à leurs
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anciens principes pour ceux de la Mésopotasiie , certes, il serait étrange que les disciples de Jésusr Christ eussent fait de même. Or, la doctrine qualifiée <le cbftldéeone est odle de saint lean (ÎII, SI; î¥i, 7-12), de saint Paul (2 Cor. II. 15.) de saint Jactipies, de saiat Jude et de saint Pierre (2 Épit. II. 4.), de tous les chefs de l'Eglise primitive. Et, en vain, <jli* raitrOû que l'adoption de cette erreur se ccHugoi^ même de leur part, puisqu'ils sont tombés dans «ne autre en prenant le Messie en un sens tout juéaïque. Cette concession serait gratuite et ne sauverait ni les textes chrétiens, ni le christianisme, car, Jésus- Christ lui-m^e presse la doctrine qu'on oensure. £t ce n'est point indirectement» par voie d'accommodation, ou devant le peuple ou les possédés qu'il le fait, mais directement, doctrinalement et dans ses entretiens intimes. Jamais il n'indique un doute, ni sur l'existence des esprits purs, ni sur les autres. Au contraire, il identifie le chef de ceux-ci avec le mal, dans ses paraboles , celle du Semeur par exen^Ie, dans son ensdgnement direct, et jusque dans sa prière-modèle. On dit bien que ces textes ne sont pas tous des écrivains dont ils portent les noms, et que c'est à tort qu'on prête à Jésus-Christ, dans ceux qui sont allégué», une opinion qu'il a pu ne pas comi^ttre, mais qu'il n'a pas enseignée. Ce n'est là qu'un expédient. Car, quand même on prouverait que la deuxième épltre de saint Pierre n'est pas de saint
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Pierre, la première de sahnt Paul k Timothée, ou la seconde aui Corinthiens pas de saint Paul, et VBvangîlede saint Jean pas de saint Jean, ces écrits seraient encore de TËglise primitive. Or, loin de les mettre dans son Canon, cette Église les en aurait rejetës s'ils avaient choqué sa doctrine. Enfin, quand même oo admettrait que Jésus-Christ n'a pas enseigné cette doctrine, mais qu'il Ta laissé professer devant ses oreilles, et que, dans un sens figuré^ il s'y accommode lui-même en sage transigeant avecrerreur,Iafôsant au progrès du temps le soin de faire tomber cette fiction, on n'aurait rien gagné encore. Car, ce serait la même chose que s'il l'avait enseignée positivement, puisqu'il l'aurait confirmée sans le vouloir, si bien que tous ceux qui l'ont entendu parler sur ces matières et qui ont écrit son enseignement, l'auraient adoptée. Pour être conséquent, il faut donc faire de deux choses l'une : ou dire avec les gnostiques, que les vrais écrits des apôtres et des évàngélistes sont tous altérés, ou convenir que le christianisme attribue réellement au principe du mal, qu'il personnifie et qu'il appelle le Prince du monde^ une initiative funeste et une action profonde pour le mal.
La théorie chrétienne repose, d'ailleurs, sur le principe d'une liberté individuelle suffisante pour qu'il y ait responsabilité ou mérite personnel, et sur celui d'un gouvernement divin et d'un rapport intime avec Dieu. Tout ce qu'elle attribue au génie du mal.
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c'est une puissance d'intention, d'insinuation et de tentation. Les textes qui emploient les plus fortes images, les figures les plus hardies, ne vont pas plus loin. Le génie du mal est un serpent perfide et astacieux qui nous inspire le mal, un lion qui rugit en cherchant sa proie, parce qu'il n'a pas le pouvoir de la prendre. En effet, il n'est le mattre que des siens, et son empire dans ce monde se borne à ce qai en est ; sa pensée ne règne que dans ceux qui sont d'accord avec elle. Quant à nous, ce qui domine les figures les plus énergiques, c'est cette doctrine claire et précise énoncée en deux termes : indépendance à l'égard du démon et dépendance de Dieu.
Sur les moyens de nous dérober au mal ou à l'empire du démon et de nous attacher au bien ou au règne de Dieu, la doctrine chrétienne est si ferme et si nette qu'elle ne laisse pas ombre de doute. Et si les rapports du monde spirituel sont aussi intimes que ceux du monde matériel, où tout se tient, on ne saurait guère contester ces liaisons et ces influences qui animent et passionnent même la lutte, mais ne fo^ cent pas la liberté. Les mystères de cette lutte ne sont si voilés que dans l'intérêt de notre liberté. L'intervention d'agents secondaires ne constitue jamais dans la trame de nos destinées autre chose qu'une œuvre dirigée. Les anges et les démons ne sont, les uns, que des messagers, les autres, que des instruments de Dieu. C'est Dieu qui veut ou qui permet. Dieu qui
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choisit OU qui dirige (Ps. 15, H; Ps. 16, 5; Prov. 16, 133), veillant sur nos pensées comme sur nos œuvres.
Enseignant sous la forme la plus éclatante comment la liberté morale résiste aux suggestions du démon, rÉvaagile donne le récit de la tentation type : celle de Jésus-Christ au désert.
L'apparition du Fils de Dieu dans le sein de Ve^ pèce humaine se constate donc, sous tous les rapports, comme une des manifestations les plus gracieuses du gouvernement de Dieu, comme une révolution véritable, ramenant la primitive harmonie, réinstallant le règne de Dieu sur la terre comme au ciel.
C'est ainsi que la théogonie, car ce mot est le vrai, complément de toutes les grandes traditions de l'antiquité, est aussi avec la théopneustie, le complément de la théophanie. En réalité, ces trois modes de la manisfestation divine dans Te^èce humaine forment une ligne ascendante. En effet, la théophanie n'est que la majesté de Dieu se révélant à l'intelligence de l'homme. La théogonie ou l'incarnation est une participation de Dieu à la nature physique de l'humanité. La théopneustie est une communication directe, immédiate de l'esprit de Dieu avec l'esprit de l'homme. C'est l'union intime et par cela même mystérieuse de Tesprit divin avec l'esprit humain, union que la véritable philosophie reconnaît comme la religion, sans la connaître au même
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degré. Car la thëopoeustie n'est autre chose que I>iett, considéré dans ses rapports les plus intimes, les plus essentiels, les plus spirituels avec Thomme, achevant rœuYre de la création morale en donnant à Thomme, avec son esprit, cet ensemble de grâces spirituelles, qui le rendent semblable à Lui par la sanctification.
L'histoire atteste depuis dix--huit siècles que ta venue du Fils de Dieu a eu ces résultats ; qu'il en est découlé pour rbumanité des bénédictions extraordinaires ; qu'elle a établi dans le monde spirituel des rapports nouveaux et une communion directe entre Dieu et l'homme ; qu'en un mot, elle est intervenoc dans les destinées de l'humanité d'une manière profonde. C'est là ce qui constitue les faits continus de son œuvre. Et on peut le dire, de mknB que la oréation du monde matériel serait un fait inconcevable, s'il n'était pas suivi de l'action continue du Oéateur sur ce monde, de même la création du monde religieux par le Fils de Dieu ne se concevrait pas, si elle n'était pas suivie d'une action continue dussi> d'une intervention permanente dans ce monde. S'il a fallu, pour l'établissement d'une vie nouvelle dans l'homme, d'une vie conforme à la volonié divine, une manifestation extraordinaire et sen»blede Dt^,* cette manifestation, même telle qu'elle a eu lieu dans la personne de Jésus-Christ, était inefficace, si elle n'était que passagère. Si elle n'était suivie constamment de tout ce qui
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devait accompagner un début aussi sublime^ le foit même de rinearnatton s'effaçait malgré tout âon éelat.
Q«'une œuvre continuant la sienne viendrait s*y joindre^ et que, sous le ra{>port le plus essentiel, ce serait encore Lui (\ùi la préparerait, c'est ce que Jésus-Christ lui-même fit entendre quand il déclara que son œuvre personnelle était accomplie, qu'il enverrait son esprit pour conduire ses disciples dans toutes vérités, mais qu'il serait lui-même avec eux jusqu'à la fin du monde. Cela est d'ailleurs chose toute simple du moment oîi Dieu lui confie le gouvernement de son royaume dans le monde.
Les mots de grâces et de bénédictions, d'un ordre essentiellement religieux, sont empruntés à nos textes sacrés. Us n'ont que de faibles correspondants dans ceux des autres religions. Ils n'y ont pas de véritables synonymes, aucun des autres systèmes n'admettant les mêmes influences, la même action de Dieu dans la vie humaine. Les plus beaux systèmes de la Grèce ef de l'Italie n'emploient même aucun de ces deux termes. Toutefois la philosophie ne nie pas la chose. Au contraire, elle admet que notre existence, avec toutes nos facultés, est un don de Dieu; que notre carrière est parsemée de ses biens matériels, moraux et intellectuels ; qu'à côté de l'organisation générale des mondes en vue des individus et des peuples, se placent les influences, les directions
et les inspirations de Dieu. Nulle philosophie ne sépare de la communion avec l'Être des êtres ceux qu'il a créés ou formés à son image ; et dans tous les systèmes religieux de la terre, le monde spirituel est en rapport intime avec son principe et son chef.
L'Esprit de Dieu règne dans l'univers.
Quelle est son œuvre ?