I. — La révélation interne
La théophanie, manifestation de la présence personnelle de Dieu dans le monde spirituel, et la théogonie, manifestation de sa nature , ont pour complet ment la théopneustie, manifestation de l'esprit de Dieu à l'esprit de l'homme.
Sans être sensible au regard comme celle du Fils de Dieu, cette manifestation est aussi sensible dans l'intelligence, dans les pensées et dans les affections que celle du Fils. Elle y est à ce point efficace qu'elle en achève l'œuvre dans tout le domaine intelleetuel et dans tout le domaine moral. Et l'esprit de Dieu n'est pas quelque don supplémentaire, quelque grâce ou quelque œuvre de Dieu, accomplie à la demande du Fils : c'est un être faisant son œuvre à lui, délégué pour cette œuvre comme le Fils l'est pour la sienne, et l'accomplissant selon les desseins et au nom du Père, tout en y mêlant sa volonté, sa pensée, ses sentiments, ses forces propres.
Toutefois l'esprit de Dieu est évidemment Dieu, absolu, unique et éternel ; ce n'est pas un troisième Dieu. Puisqu'il n'y en a pas deux, il n'y en a pas trois.
La manifestation de l' Esprit-Saint, solenneliement annoncée, suit et complète celle du Fils de Dieu.
Cette manifestation^ eu, en d'autres fermes, l'œuvre de l'Esprit de Dieu, embrasse deux faits distincts et continus : la révélation de la vérité et la sanctification de l'être. La première est l'établissement complet de la connaissance de Dieu et de l'ordre moral du monde ; la seconde est l'établissement complet de la volonté de Dieu dans la création spirituelle avee toutes ses conséquences naturelles. Ces deux faces d'une seule et même œuvre constituent, dans le sein de l'espèce humaine en particulier une vie nouvelle, la vie divine. On dirait volontiers qu'elles forment ensemble la plus décisive des trois grandes manifesta^ lions que nous venons de rapprocher, si Tune des trois^vait une supériorité sur les deux autres.
Le fait est que la théopneuslie, dans ses deui grandes phases, l'inspiration psychique et la génération éthique, est le véritable pendant de la création intellectuelle, qu'elle en est la conséquence forcée, le développement naturel. Cette création n'est au fond qu'une sorte de répétition de l'Être des êtres, qu'une sorte d'incarnatipn symbolique de Dieu, puisque les intelligences reproduisent d'une façon quelconque
l'image de Dieu. Cela étant» la révélation et la sanoti- Qcsiion divines sont tout ce qu'il y a de plus légitimement acquis à Tétre moral. Il est impossible que ee qui est de Dieu ne porte pas le cachet de celui qui Ta fait ; et il est impossible aussi que ce qui est fait à rimage de Dieu ne le soit pas pour un but divin. Or, comme il est impossible aussi que «e que Dieu a cr^ pour ses fins ne demeure pas avec lui en rap»port de pensée, il est impossible encore que la créa* tion spiriluelle ne soit pas pénétrée, éclairée de son esprit et de ses idées, comme la création physique Test par son air et par ses scdeils. Tout être moral, tout esprit est à un degré quelconque son instrur ment, son organe, son interprète, sa voix. La pensée de Dieu gouvernant l'univers et vivant dans Tunivers, son esprit y respire, pour ainsi dire, et s'y révèle sans solution de continuité. Cela est si vrai que la révélar tion la plus sensible de Dieu pour la raison, c'est le monde physique lui-même : Te scuca hoqiwmiA^. Toutefois, il n'est qu'une révélation indirecte, et le monde spirituel est une révélation directe. Dieu^ qui s'y est répété en le créant, s'y manifeste par une double série d'illuminations et d'inspirations. Les unes sont internes, constantes et universelles. Ce sont celles qui forment, à des degrés aussi variés que le nom des êtres, les lumières naturelles de ces Intel*ligences. T^s autres sont externes, intermittentes et individuelles, faites à des êtres supérieurs ou à des
agents spéciaux de Dieu. Ce sont celles qui sont déposées par eux ou par leurs disciples dans des codes sacrés ou transrois mystérieusement dans les sanctuaires de génération en génération.
La révélation intérieure, qui ne doit pas être confondue avec le sentiment religieux qu'elle enfante, ni avec la conscience, qui en est un reflet, ni le sentiment moral, qui en est un développement, nous arrive sans cesse par l'ouverture naturelle de notre . œil spirituel. Cette ouverture. Dieu la lui donne afin qu'il l'aperçoive partout présent, empreint et vivant dans ses œuvres, dans Tâme surtout. Mais ce n'est pas à la seule faculté de comprendre l'existence ou les attributs de Dieu que se limite cette révélation. Cela n'en serait pas une. L'illumination intérieure est une action véritable de la part de Dieu. Et qu'on ne s'y trompe pas, il n'y a point d'opposition entre les deux ; il n'est donc pas nécessaire de rejeter Tune pour garder l'autre. Pour sauver la révélation interne on a défini la révélation externe elle-même : une influence de l'esprit infini sur l'esprit fini, c'est-àdire on a abondé dans le sens de la révélation interne et on a nié la révélation externe. En revanche, pour sauver celle-ci on a contesté celle-là. C'est à tort, car elles ne s'excluent point, elles se complètent. Et la révélation intérieure est acclamée avec raison par un des plus éminents défenseurs de la révélation externe, Pascal, qui pense que Dieu
doit se révéler à Thomme dans son intérieur pour lui apprendre à retrouver sa révélation au dehors et autour de lui. Tout est disposé, dit-il» pour exciter dans Thomme le désir de Dieu et pour qu'il aspire à la communion avec Dieu, à laquelle il ne peut parvenir que par Jésus-Christ. ( Edit. Fcmgères^ II, H7.)
Faut-il justifier aux yeux de la raison cette révélation intérieure ou cette apparition de Dieu dans Tâme? Mais Dieu ne serait pas la vie, Dieu serait la mort, s'il n'apparaissait pas dans des intelligences qui ne trouvent digne d'elles que lui ; il ne serait pas la toute-puissance, il serait l'impuissance ou l'indifférence s'il ne le pouvait, ou, le pouvant, ne le voulait pas. Aussi y paraît-il et se fait-il connaître de toutes les facultés de notre âme, de notre raison, de notre cœur. Et de même que sa puissance éclate de mille manières dans les nations, dans celles-là surtout qu'il se platt à éclairer pour les mettre à la tête de l'humanité, de même elle vit dans l'individu et s'y fait jour. Partout cette révélation intérieure, qu'on peut appeler naturelle^ est à ce point puissante que nous saurions au moins qu'il est, si ce n'est qui il est et ce qu'il nous est, quand même aucune révélation extérieure, aucune religion ne serait venue nous l'annoncer.
On objecte que la révélation intérieure, qui ne se constate et ne s'apprécie au fond que par le sentiment T. u. 21
8t to f9U pooduit &cUeff^Dt à de gr«a)d9S abercatiois et se mo^gitre très^dangereuse so^s les foraïas <très-dér^ veloppées du laysticisine et de la théosophie. Mais ^s Q^ections tirées de la possibilité d'un abus sont les plu$ vaines de toutes. Op en fait une autre : c'est que la r^évélatioo iiîtérieure ae peut fournir que ce qu'il y a dans notre intérieur. Cela est très-vrai. Mais Dîe^ ^ réfléchit $i bien en nous qu'il y a daas notre iolieUigeace du divin., une puissance eréatrice, une puissa?)ce de génération spirituelle, une capacité de (laisir non-seul^nent le fixii, mais l'infini ou la. per^ foçfion divine.
En effet, c'est grâce à la révélation intérieure que nptriB inteUigenee saisit l'infini. L'infini, c'est son vj^ai élément. Ifon-seulement elle le conçoit ; elle s'y élance et elle s'y platt. £Ue est elle-même quelque chose d'infini ; tout l'atteste : la puissance intuitive ayec laquelle çlle ^'élève au-dessus de toute limite, la pensée pure, 1^ saintes émotions, les passions divines, cet amour de la perfection suprême, surtout, qui les résume toutes. Il y a quelque chose de si divin dans la substance même de uotre être que, si nous sommes de ce monde par notre origine, nous sommes de l'autre par des inspirations qui nous révèlent ûotre nature véritable : elles nous apprennent que la puis* sance céleste qui est au-dessus et en dehors de nous, est aussi en nous, puisque c'est par elle que uotre esprit voit Dieu et vit de Di^u.
PEIBIJMÀTOLOGfB. . S6S
Cette ilhumiutioD, qui vient de l'esprit de Dieu, a son caractère déterminé et ses limites. Loin d'être me coneeption abstraite, une intuition matérielle; une manupvëhensioQ, un saTOÎr absolu, elle n'est qu'une rue élémentaire de Dieu et qu'une vue rn-> complète de nos rapports avec lui. Mais elle donne les idées de Dieu et d'être créé, de ciel et de terre, de monde s{Hffituei et de monde matériel, d'empire des lumières et d'empire des ténèbres. Elle met dans la voie. Elle inspire la recherche des révélations plus eomplètes et le désir d'une union plus intime de l'inténeur avec le supérieur. Et aussitôt que ce désir est né dans l'homme, c'est toujours à l'absolu qu'il aspire, au suprême qu'il s'élève, par la raison que tout ee à quoi il attache du prix, l'amour pur, la vraie paix, les consolations véritables et les perfections réelles, ce n'est qu'en ee qm est absolu, parfait, su^ prème, qu'il les trouve : ce n'est qu'en Dieu. Tbut ce qui le retient au-dessous, l'agite ou le fatigue sans le satisfaire, et pour le contenter il n'y a que Dieu, le rapport intime avec Dieu. La véritable philosophie, ce n'est pas la science de l'univers, des [M*incipes de la nature, de ses causes, de ses lois et de ses mystères : c'est la science de Dieu. Sans Dieu tout demeure énigme, ou tourment, ou ennui. C'est que le véritable homme, ce n'est pas l'homme tel qu'il figure dans les classifications de Lin née, dans la famille des mam^ mifères : c'est l'homme tel qu'il figure dans les elassi-