‹ La philosophie de la religion: Tome 1Chapitre 21 sur 23 · II. — La révélation externe. Linspiration · texte numérisé non relu

II. — La révélation externe. Linspiration

S'il est un fait que la raison mette hors de doute, c'est celui que, dans lemonde spirituel, l'ensemble des -œuvres divines se tient etse complète au point de n'en former qu'une; que chacune de ces œuvres est permanente ; qu'il n'y a pas plus rupture dans celle de la révélation que dans celle de la Providence ; que

9t6 ^muiiAnKitoois.

{'une «si aussi continue que l'autre, celle de l'Esprit de Dieu autant que celle de Dieu même» commençaat A l'origine du monde spirituel et ne finissant qu'avec oelui*ci, s'il finit jamais. De même que l'histoire du genre humain en doit être le développement, de même celle du monde spirituel en doit montrer la permanence. Cette histoire, vue au fond^ ne peut être qu'une série de manifestations divines. Les unes se^ ront plus élémentaires» les autres plus sublimes, selon l'état des lumières que le soleil du monde ^rituel se plaît à verser sur les sphères, mais toutes étant émanées de la même source, toutes doivent converger vers le même centre. La théopneustie est comme la théopbanie ou la théogonie, non pas un fsit isoié une fois aoeompliy se produisant sous une seule forme, mais une série d'actions et de communications divines qui commencent au commenc^ooent des choses, et continuent sous des formes toujours nouvelles jusqu'à la fin des choses, c'est-à-dire d'éternité en éternité.

L'histoire des religions présente, sous le nom de révélations, soit des faits isolés, soit des doctrines plus on moins ébauchées, sost des systèmes complets et divers. Sont-ils tous également vrais et purs, ou bien les uns sont-ils absolument fictifs et faux» les autres sévèrement historiques et pleins de véritéa divines, ou bien enfin les uns et les autres également mêlés d'erreurs et de vérités?

S^il en est de ce» révëlstions qui soient pures et saos ntéiange d'erreurs, eUes seront eoiâ]f»Iètes et êé^ finitiveS) les dernières en un mot qu'aura le monde, ou lûen préparatoires et âémentaires. Si elle^ sùM définitives, les éerits qui les contiennent sont-ils, eomme Dieu }ui-mèfne, élevés au-dessus de tout pro^ grè» ultéris^r, ou bien faut-il renoncer à Tambitioti' é'tfB aroir d'aussi parfaits, et les meilleurs d'entre ceux que possède l'humanité, faits pour un temps, deviennent-ils imparfaits, quand ce temps est passé, et mauvnis par l'obstination que mettent leurs partisans è'YOuloir les maintenir au-delà?

Ces questions immenees et mystérieuses, on les tranche d'ordinaire très^simplement; on fait de tetites les révélations deui parts, les unes hausses, les autres vraies, et l'on dislingue dans celles^n deui faits qui se tiennent de près , la révélation et l'inspiration -{àTeo^àLkv^iç koel Oio^vcvtrrlâc), mais qui constitueraient néanmoins, si l'on en maintenait rigoureusement la démarcation, deut ordres de teïtes, les uns néellemem révélés, leis autres s6ulemenl inspirés. En efibt, la révélatJoû, dit-on, est une communication supérieure d'enseigneii^tits ditinô, donnant des vérités inconnues jusque-là, d'une manière qui n'exclut pas, mais qui domine toute subjectivité individuelle, révélant el découvrant ce qui était caché, ou jetant le jour scâ* ce qui était ténébreux. L'inspiration, au contraire, est bien une influence spéciale, une action précise de

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l'esprit divin sur Tesprit humain, une modification ou un état extraordinaire où le premier met le second; mais si, dans cet état, ou voit la vérité mieux qu'en tout autre, on ne la voit pas d'une manière parfaite encore, le degré d'élévation et de pureté où se trouve l'inspiré y entrant pour beaucoup. C'est sans doute ' une illumination venue d'en haut, mais laissant une telle latitudeàlasubjectivité humainequosouventcelteci domine l'action divine.

En théorie, on fait donc grande la différence entre ces deux ordres d'irradiations, entre la révélation et l'inspiration, et l'on pose en principe que ces deux ordres de choses ne doivent jamais être confondus. Mais les hautes questions ne se tranchent pas avec cette simplicité, et les faits ne se prêtent pas à ces distinctions théoriques. Le langage de nos textes sacrés y est contraire lui-môme.

Pour ce qui estd 'abord de l'inspiration et de la révélation, qu'on distingue d'une manière si absolue, ces faits sont tous deux l'œuvre de l'esprit de Dieu, et assez difficiles à distinguer d'une manière aussi nette, vu leur ressemblance et leurs nuances. L'inspiration est quelquefois un état inspiré^ où la puissance divine et la lumière qu'elle nous envoie est assez faible pour n'être qu'une assistance, quoique très-sensible, et si peu dominante que l'esprit assisté garde toute la plénitude de sa liberté; mais il est d'autres états, simplement inspirés encore, et pourtant si fortement, si

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puissamment, que ce n'est plus une assistance, que c'est un véritable remplacement. Soit un exemple. Quand Jésus-Christ dit à ses disciples : « Ce n'est pas vous qui parlez, c'est l'esprit de mon Père qui parie par vous » (Matth. X. 20.), ce qu'il entend, c'est évidemment une inspiration qui substitue la parole divine à la parole humaine. L'inspiration a donc en certains cas un des caractères les plus distinctifs qu'on revendique d'ordinaire à la révélation : la substitution de la pensée divine à la pensée humaine.

D'un autre côté, si, dans ces cas, les textes sacrés attribuent à Tinspiration ce qu'on voudrait donner pour un des signes caractéristiques de la révélation, d'autres fois les mêmes textes appellent révélation ce qui n'est qu'une assistance divine accordée à l'intelligence humaine. Quand Jésus-Christ dit : a Je te glorifie, ô mon Père, Seigneur du ciel et de la terre, àe ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les a révélées aux petits enfants » (Matlh, 11. 23.), il n'entend qu'une assistance qui a pour effet de faire comprendre par les simples ce que ne comprennent pas les sages.

Ce qu'on voudrait distinguer avec tant de précision

sous deux termes différents, est ainsi confondu sans

cesse dans les textes. D'ailleurs ceux-ci indiquent

eux-mêmes l'origine dont ils sont le fruit. C'est

tan^ la parole directe de Dieu, tantôt le sentiment T. u. Si.

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de sa préeraee, taotôt une vision qui est ki sonrce de rilluaMoatioD ; mais quel que soit le véhicule ou le moyeu de eell6H)i» elle est toigours aecompagnée de i« même oarlitude dans l'esfMtt de riuspiré. A la vérité» il y A quelquefois de sa part hésilatimi sur la Mture d'uueeottmuDioalaiHi et «éme sur sou origine, soil divine^ ^i4 autre. Mais d'ahoid» ee seul là des exeepttons, et alors ou atftend jusqnes ; à plusieurs sommations et même des m^Mces.* Or, plua les uses on les autres sont nettement aceusées, ph» aussi elles témoignent de la liberté d'esprit du propfaèla Eusuite, è ces moments de suspensien ou d'ineei^ litnde, suoeède toqours la Bnème Sm, qu'il s'agisse d'un tmi de révélatmi ou d'un {ait d'inspiration.

EsH)e à dire qu'entre la révélation et Tinspiratioii il faut renoncer à toute distinetion^ par la naiaon qu'elles se tiennent par des nuaoces intttrméétaire&? Cebi serait aussi inconséquent que de renonoer à toute distinction entre les révélations en général, par ht raison qu'elles se tiennent par une infinîtéde nuances. I:^ révélations se distinguent au contraire à m point qu'il en est d'absolument déCsdueuses et d'enronées» comme il y en a d'ébsohimeiit pariaites et vraies. On peut nier toute révélation eiteme eomme toute révélation interne, toute kiterventîon extraordir oaire de l'intelligence divine dass l'iateiygetioe bm^ maine comme toute intervention ordinaire; oa peut nier l« pr emiàre en itùson mèK» de la fleonoie» gt

ettseigtier que tovft homm^ estmi mrojé de Dfeti; qtie ehacon est diirinement aidé dans sa mission, et que cbaeûQ, sa tâche accomplie, est élevé à Diea ; qae^daiks cet ordre de choses, il y a des de^ës et des bonsties p\n& émin^ts les uns qoe les autres, c'est' à-^re plus assistés, mais qu'il n*y a sor la terre et qo*il n'y a jâfmais eu sur sa face que des hommes ; que la raison te dit, et que ^histoire le prouve, en nous montrant parfois même de simples mortels qni bouleversent on vieux monde et en font jaillir un nmveau' ; que c'est là tout ce qu'il y a de plus extraordinairedans le^aimaleade Thumanité, et que c'esit rembotisiaeme poétk![ue, mais aTeugle des hommes qui seul voit là du merveilleux, de Tinsplration ou de là révélation.

IMs si cela peut se dii^, ce n'est pas au nom de l'btotcfrre. Car des idées contraires percent dans toufei» les Iradkiorrs de l'humanité : terni le genre humtfîn, le peuple cbîûoisf etcepté, admet des révélations externes, et toutes les religions anciennes se ratta-^ cfaent soit à des te:s^es révélés, soit ft des oracles et à des interprèles de la parole des dieut.

On pff^ rejeter facllemeut ces textes, ces oracles et ces interprètes, mais on ne rejette pas aussi facilement leà vérités qu-'ils contiennent. Et puisque toute vérité vient de la source de la vérité, comment hésiterait-on à reconnaître, là afttssi, la voix de Dieu, si affaiblie, si altérée qu'elle soit? 8i dAns les Véd^ls de l'Iûde, dans

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les volumes de Tbot ou d'Hermès-Trismégiste, daos les hymnes d'Orphée, de Musée* de Linus et d'OIen, rinspirfttion divine est à peine admissible, pour nous qui la comparons à la plus parfaite de toutes, encore a*t-eUe eu, quelque faible qu'elle soit à nos yeux, de puissants résultats. Partout où elle est allée, a régné ridée d'une communication divine et extraordinaire faite à Tbomme; partout cette foi est demeurée accréditée, et partouts'est maintenue ainsi l'union delà terre et du ciel, l'intimité entre Dieu et le genre humain, a Nemo vir magnus sme aiiquo afflatu divino unquam fuit » a dit Cicéron, en résumant l'histoire de l'inspiration ou de la révélation (De not Deor. II. 66.)

Si l'objection ne peut pas se faire au nom de l'histoire, qui nous enseigne très-amplement et au grand jour à distinguer entre l'ordinaire et l'extraordinaire comme entre le vrai et le faux, et qui distingue ellemême sans cesse entre le divin et l'humain, elle ne peut pas se faire non plus au nom de la.philosophie,qui distingue de même entre ledivin et l'humain. A moins de se dire elle-même une révélation suprême, la raison humaine ne saurait se constituer source unique de toute lumière et juge absolu de toute révélation. Ce^ tainement la raison a le droit de penser que toute intelligence dérive de Dieu, et que toute lumière se rattache à Dieu; elle a le droit de ne voir partout que des degrés de la lumière universelle, et le droit de

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distinguer les idées locales ou nationales des idées générales, les enseignements transitoires des yérités éternelles; elle a le droit de faire la part de Thomme si grande qu'elle touche à celle de Dieu. Mais si elle franchit cette limite et prétend ne voir, dans l'œuvre accomplie de l'humanité, que l'humanité, moins la Divinité, et dans l'esprit de l'homme, que l'esprit de l'homme, moins l'esprit de Dieu, elle cesse d'être la raison.

La philosophie négative repousse tous les faits de révélation et toutes les idées produites dans le monde à leur suite, faute de preuve qui forcent la raison à les admettre. Elle est dans son droit, il n'y a pas d'arguments qui forcent la raison, puisque le scepticisme est dans la nature. Mais il est impossible qu'une critique éclairée, scrupuleuse, mette dans la même catégorie deux ordres de révélations que tout distingue les unes dés autres.

En effet, entre la révélation ou l'inspiration polythéiste, d'une part, et la révélation ou l'inspiration monothéiste, d'autre part, les différences consistent en ceci : l"" que les testes du polythéisme manquent essentiellement d'unité et de continuité ; 2® qu'ils n'offrent en réalité, si vastes et si diffus qu'ils soient, que des fraginents de systèmes, mais nul ensemble ; qu'il ne s'y révèle point de plan général un peu comparable à ce majestueux volume appelé la Bible, où tout est comme d'un seul jet etd'un même esprit, vu en

atTt PMVMâlOliM»;

grand ; 3"" que tes meilleurs mêmes, sons le rapport de la pureté éthique et de l'élévalioa métaphysic^tte» se heurtent contre les Itïmières de la rafeon et s'éra-* noui$sent enfin devant elle, d*âge en âge, cominede simples lueurs ; i"" qu'ils n'out donné Meu nulle part à un système de dogmes ou à «m Uiéorie de morale qui approche du dopcie chrétien el de la morale évan* gélique.

Toutefois, si la différence entre ces deux ordres dke textes et de systèmes est profonde, elle o:' est pas abso*lue. Toutes les révélations ont de cornsbnn ces quatre earactères : 1*" le même dbjet, les mêmes preblèmesy la question la plushaute pour Tesprit humain, sesra|)K ports avec TEsprit divin, son origine, sa destinée, sa sanctifieation^ et sa fin dernière, idées qui cireulent dans toutes ; 2^ certaines vérités fondamentales qui sont ccœame la propriété inaltérabte du genre faumahi; S"" la variété, la richesse et la magnificenoe des formes qui passent du simple langage de l'histoire à celui de la poésie la plu& sublime ou de la métaphysique le pl^s élev)ée,oirant oe qui, dans ledéveloppementdeehaque sièele el de chaque nation, s'est produit de ]blas grand el de msoins indigiie de la majesté divine ; l"" d'être taules contestables, en ee sens qu'aucune â'eUes n'est d'une évidence propre à forcer l'inteU^nee et à lui àter la faculté du doute ou- le mérite de la foi.

Ajussi ces pages se tiennent-elles ptus étrohemenl ifB'on ne pense. En les prena<iiit tontes teltes qu'eHes

se p^oâttiaent dtos T histoire, on dok peiiit^tre 1^ disUngitef en trois elasses : les unes purement mytho^ logiques^ oréées par la puissabee poétique du géoi^ religieux et soulefiues par une philosophie plue ou mfÂne religieuse ; d'autres eiioore, inconteslablement tjpiiittea (tes teintes du juâftiame et les disions des prophètes d'Israël) ; d'autres enfin, définitives (osUes de rÉ¥«ngite), réalisant, d'une part, les oracles propbé* tiques et les enseignements essentiellement préparatœres de FÀncten Testament, el> d'autre'party les tradi* tioas polythéistes en ce qu'elles avaient de préparatoire aussi. '

De même que rinoaroation chrétienne a réalisé les ÎBearBalioDS mythologiques^si imparfaites qu'elles fus* sent, de même on peut faire aux t^tes du polythéisme l'hcmneur de les considérer comme préparatoires.

Eaefet, tout se tient dans l'humanité, dans l'ordre moral» dans le gouvernement du monde spirituel.

Les révélations mythologiques, du moins celles des anciennes religions de l'Orient et de laGfèee« offrent, il est vrai, è côté d'un brillant développement de l'es^ prit bumain et des notions les plus sublimes, des opt* nions très-élémentoires et même grossières sur les rapport de l'hommeaveo la Divinité. Mais lesemtiment de la piété, le respect ou l'amour de la sûnteté divine y règne évidemment sous les» formes même les plus défectueuses. Chacune de ces religions^ et toutes prises en kur ensemble, providentiellement voufaiesi, (ml

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été d'immenses bienfaits dans la vie des peuples à cer^ taines époques, celles de leur plus grande pureté. Aussi presque toutes» et c'est là ce qu'elles offrent d'évidemment providentiel, ont abouti au monothéisme, l'ont fécondé tel qu'il se trouve dans les textes du judaïsme, ou se sont laissé féconder par lui. I^s ens^gnements philosophiques qui se rattachent aux révélations mythobgiques y ont aidé. Ils n'ont pas eu pour effet de compléter ces religions afin de les rendre permanentes, mais ils ont eu la mission de les épurer et d'en amener le remplacement par une révélation véritable. C'est isbose étrange,mais c'est un fait, que beaucoup de philosophes se sont dits organes de révélations, interprètes de la Divinité. Dans des temps rapprochés de l'origine du christianisme, Philon, Apollonius de Tyane, Plotin, Maxime de Tyr, ^esius et Proclus, ont continué à se croire favorisés de communications célestes. Leurs textes offrent de pieuses illusions et de grossières erreurs, mais les unes et les autres alliées à de grandes vérités. Or il est incontestable que la vie et les doctrines de ces sages, même de ceux qu'on peut appeler les enthousiastes de la théurgie et du mysticisme, ont préparé tout un ordre d'idées trèssalutaires en leur temps, un amour plus pur de la sainteté et des rapports plus intimes avec Dieu* Ces théories n'ont complètement dégénéré que dans leur lutte contre le christianisme et par leur alliance avec les superstitions sacerdotales les plus grossières, quand.

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sortant du rôle qui leur était providentiellement assigné, elles ont voulu combattre ce qu'elles avaient eu mission d'amener. En résumé, élargissant les idées comme l'exige une saine théorie du gouvernement de Dieu, on doit dire qu'à un degré quelconque, tous les textes religieux où la vérité est vue ou entrevue, si voilée qu'elle soit encore, et sous quelque forme^ en quelque Age et dans le sein de quelque peuple qu'ils apparaissent, sont, non certes divinement inspirés, mais providentiellement voulus pour la mission qu'ils remplissent dans l'ensemble de la vie spirituelle.

Si le très^incien point de vue chrétien a l'air de s'op- ' poser à ce principe, ce n'est certainement qu'en apparence. D'après les textes hébraïques, les païens sont dans les ténèbres, mais c'est comparativement, a Dieu ne les a pas laissés sans témoignage, » dit saint Paul; et pour qu'il ne pût rester aucun doute sur sa pensée, l'apôtre cite, sur la plus grande question de métaphysique, sur l'affinité de l'homme avec Dieu, ce beau • vers d'un poëte profane, d'Aratus : Nous sommes de sa race (celle de Dieu) [Àct, XVII, 28). Cette grande idée. Dieu l'avait donnée au polythéisme depuis longtemps ; bien d'autres de ses poètes et de ses philosophes, Homère et Pythagore à leur tête, l'avaient émise. Il en est de même de toutes les grandes vérités d'éthique et de toutes les grandes lois de logique : ces lumières, si hautes et si pures, sont antérieures à la révolution chrétienne et contemporaines de la révéla-

tioQ roosaïcpie. Les Père» de l'élise primitive Twt reconnu comme saiot Paui, oat vécti du même prin* cipe, ont eo, en matière de tbéopnenstîe, la même largeur de rue apostolique. Dans Torigme, l'Église entière pensait, comme saint Paul, que Tinspiratiolt divine s'étendait sur tout k grare humain et se com" munk|uait à tous les peuples* Saint Justin dit expressément : La philosophie de Platon n'est pas autre chose que celle do christianisme. [Apolog. il.) Théophile> Clément d'Alexandrie et TertuHien considèrent comme inspirés plusieurs ouvrages de l'antiquité, puisqu'ils en nomment les auteurs éitw eeoo àvepûrot. Enfin saint Augustin puise avec confiance dans Platon. La seconde classe des révélations, les textes typiques ou prophétiques, ceux du monothéisme judaïque, nous montrent des destinées spéciales faites à un peuple spécial appelé le peuple de Dîeu. Ils nous donnent une série d'enseignements élémentaires et d'institutions provisoires, auxquels se rattache on ordre de dioses bien plus grand et plus général, une révélation supérieure et dernière, laite dans le sein do même peuple pour tout le genre humain et préparant à l'humanité des d^tinées nouvelles. On peut gloser beaucoup sur les textes juife en tant que provisoires et par conséquent éUmentaires, comme ceux du polythéisme; mais si exclusif ou si large qu'on soit, il faut ùitet ofttre les ombres de révélations qu'offrent le$ textes polythéistes et les révélations typiques du j«-

pmnwxrvoumt. 9^

daitsme, la distinction fondamentale qoe IMeti a toulu y mettre lui-même. Là soufflent des aspirations de poë^ aie et de belles fictions^ do sein desquelles on d^agerait difficilement une doctrine positive et permanente ; ici c'est un ensemble très-positif, ce sont des dates certaines» des lieux connus, des personnages et des drcoostances historiques. Et nul ne comparerait Ésaïe à Orphée sous ces quatre points de rue. Tandis que le polythéisme nous offre partout; des* écrits décousus» vagues et incertains, la révélation typique et prophétique de Moïse et des prophètes» nous présente des textes authentiques d'un admirable ensemble» dont nous savons Torigine et la destinée. De telle sorte qu'il y a^ d'un côté, tout un ordre de fictions» de t'adtre, tout un ordre de vérités. Les deux ordres forment toutefois un ensemble providentiel à deux de^ gréa : l'un essentiellement poétique» symbolique et allégorique, l'autre essentiellement typique et di^ reclement précurseur d'une révélation à venir.

Il fout recooiMdire» enfin» comme très^grande la différence entre cette seconde classe et la troisième» entre la révélation tyfôque et la révélation définitive, suprême» empreinte du plus haut dc^é d'universalité ^ de perpétuité. Car plus la révélation chrétienne modifie les doctrines» les lois et les institutions du judaïsme», son es[»*it même» en donnant de nouvelles idées» de nouvelles espéranees et de nouvelles mœurs, pitts la raison doit la croire la dernière.

380 PNEUMÀTOLOGIE.

On y rattache quelquefois des révélations postérieures, qu'auraient eues ou que se sont attribuées des Pères, des docteurs de TÉglise, des religieux plus ou moins visionnaires, et des religieuses plus ou moins mystiques, ou même de simples fidèles de tous les siècleset de toutes les communions, depuisHermas jusqu'à Swedenborg. Mais ces imitations extatiques parodiant les révélations véritables, en différent autant que les aspirations poétiques ou typiques qui les avaient précédées. Il en est qui, sans rien ajouter de nouveau au christianisme primitif, offrent, à côté d'aberrations évidentes, une admirable pureté de sentiments, une véritable sainteté. Mais les codes qui renferment la révélation chrétienne se distinguent de ces imitations, même les meilleures, non-seulement par leur valeur historique et doctrinale ; ils s'en distinguent surtout par un tel caractère d'élévation et par une telle beauté de formes qu'ils ne souffrent pas plus de parallèle avec ce qui les a suivis qu'avec ce qui les a préparés.

La théologie exclusive, qui n'est guère plus large dans ses vues que la philosophie négative, simplifie singulièrement l'appréciation des diverses révélations : elle les rejette toutes également, sauf un seul ordre, composé des révélations judaïques et des révélations chrétiennes : les autres sont l'œuvre du démon.

Mais, d'abord, là seconde de ces assertions est si complètement réfutée par une saine théorie du gouvernement de Dieu, qu'elle doit être abandonnée.

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Ensuite, s'il faut réellement, quant à la première, iaire une distinction essentielle entre les textes du judaïsme, qui sont nés au sein du peuple de Dieu, au milieu et sous Féclat de circonstances extraordinaires, après une longue préparation, et les textes du christianisme nés de circonstances plus extraordinaires encore et ao milieu des nations les plus célèbres de la terre. Les différences entre ces deux ordres de textes sont aussi profondes pour la forme que pour le fond, et nul ne doit songer à les effacer, s'il a le respect de la vérité.

Les exagérations de la théologie exclusive ont provoqué celles de la critique négative. Elle a eu ces idées les upes plus malheureuses que les autres, mais elles ne sont pas bibliques. Celle de la dictée, par exemple, remonte à Philon. C'est ce philosophe mystique, si passionné pour le judaïsme et ses textes, dont il fit comme la source de toute la spéculation grecque, qui, le premier, articula la théorie d'une dictée littérale. Platon avait dit : « Les oracles sont dictés afin qu'on sachebien qu'ils viennent deDieu lui-même, et non pas de ceux qui lui servent de secrétaires. » Et cette idée charma le philosophe juif au point qu'il la transporta sur les textes hébraïques, en ajoutant que « l'humain se couche (comme le soleil) lorsque le Divin se lève (ou vient à briller, èx>àfi^^gt). Cette substitution si flatteuse de la pensée divine à la pensée humaine, Philon se l'attribuait lui-même, quand, d'après une

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idée laoïilière au judaïsiae, châmn âè ses grande prêtres jouissait de l'avantage que TEspritâe Biien fwlait par lui. Mais si Philon fut suivi oooime m maître par certains Pères grecs, et si le système d'une vëritabie dictée a ét^ soutenu à plusieurs époques, il a toi^ours rencontré cette olyectton, que oe n'est pas celui des textes sacrés, oracles sui sfmerû.

En effet, Tiaspiretion du polythéisme estaccooiipagoée d'un enthousiasme orgiaque; ceUedu jud«sme, au sein des scènes les plus pathétiques, resie empveifile d'une sérénité et d'un caime vraiment eétoates. Les auteurs de plusieurs textes ne précisenl rien sur le oiode de leurs conceptions reli^euses, ne parlent ni de révélation m d'inspiration divine, laissaA^ au seul contenu le soin de se faire apprécier les psaumes et le livre de Job. D'autres, ceux des li;fres prophétiques, par exemple, sont très*explicites, et nous apprennent que leurs pages sont écrites par l'ordre de Dieu. Mais nul ne dit que sa rédaetiioa soit dictée, nul ne parle même d'une inspiration littérale. Les docteurs ju^s n'aboutissent à cette conception qu'à l'époque où l'esprit prophétique s'était évanoui, à cette époque où ils admirent que la traduction grecque dite des Septante était, elle aussi, et jusque dans sa lettre, l'œuvre du Saint-Esprit.

Dans les textes hébreux Dieu parle par ses interprètes, sans qu'il y ait de sa part ni substitution, ni dictée ; et si les Pères suivaient les testes du Nouvem-

Xesta«Qiient, ilsévîtaidDt uoej^reur qu*ils onteulecsalbj^ur detrop répaadre. Ces textes ne dooceol que Taor cieone doctrine de la synagogue, abeitraction faite de celte de Philon. « Dieu a parlé, diseotrils, et c'est par VEsprit d» Dieu que David et les prophètes ont parlé. » [Saint Pierre, 1, 10,11, 12.)

ies lei^ti^s de rÉvangile font un grand pas s«r la révélation typique. L'Esprit de Dieu y desce&d t^mbûliquement sur le Fils de Dieu, qui le doiuiè lui*mênoe, symbotiquement aussi.

Ces textes donnent même le fait d'une communication plus aboiodante en^oi», manifestée p»* ¥oi« çym^lique le jour de la Pentecôte.

C'est là un d^gré d'inspiration inoo&nu aiUeurs. Or c'est sur cette ins{^ration définitive que le ebristîanisme établit la cûd3(ununication directe de l'hMame avec Dieu ; c'est sur elle qu'il fonde cette iostUutkm d'ens^gnepent et de sanctification pour la ra^ hulipaine qu'il appelle l'Eglise.

La question de la tbéopneustie est ainsi celle de la christologie. On le voit dans ce texte de saint lean : a Quand celui-là, savoir l'Esprit de vérité, sera venu, il vous conduira en toute vérité, car il ne parlera point de soi-même, mais il dira tout ce qu'il aura oui^ et il vous annoncera les choses à venir. Celui-là me glorifi^a, car il prendra du mien et il vous l'annoncera. Tout ce que mon Père a est mien ; c'est pourquoi j'ai dit qiu'ilprwdra du miene^iqu'il vousTannom^era.»

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(Samt Jem XYI, 13, 14, 15). Et telle est aussi la doctrine de saint Paul. Or, elle fait de Tiuspiration chrétienne non pas autre chose, mais plus que l'inspiration judaïque. En effet, complément de l'inspiration prophétique et de l'inspiration mosaïque, l'une plus créatrice d'espérances et de vues d'avenir, l'autre plus créatrice de dogmes et d'institutions, l'inspiration chrétienne est seule définitive. Encore ne faut-il pas se faire de ses textes des idoles. Ce qui y est de Dieu est seul divin, absolu et immuable ; ce qui y est de l'homme est humain, relatif et transitoire. Pour avoir la vérité absolue, il faut j faire exactement la part de Dieu et la part de l'homme, d'après ces paroles mômes de Jésus-Christ, qui sont en môme temps la meilleure définition de la révélation ou de l'inspiration : a Ce n'est pas vous qui parlez, c'est l'Esprit de mon Père qui parle par vous. »

Demandera-t-on comment Dieu parle à rintelligence des siens et dans quelle mesure précise il guide leur langage ou leur style?

Tout mode est un mystère pour la raison.

On a dit, avec quelque prétention à la nouveauté, que « les Saintes-Écritures contiennent la Parole de Dieu et ne sont pas la Parole de Dieu. » Ces manières de résoudre les questions en font surgir cent autres, et mieux vaut s'interdire l'ambition d'expliquer l'impossible : elle ne peut aboutir qu'à des formules stériles.

Mais chacun comprend qu'en vertu de la nature

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divine, qui est infinie, et de la nature humaine» dont la portée entière est loin d'être connue, Dieu peut parler tantôt de telle manière, tantôt de telle autre. Notre âme étant faite à son image, et notre pensée réfléchissant la sienne en vertu de la nature divine de son auteur, ta communication qu'on appelle Tinspiration divine se conçoit aussi aisément qu'elle se décrit mal. Elle est si bien fondée dans la nature des choses que, si elle n'avait pas lieu, la nature humaine ne serait pas l'œuvre de Dieu, ne serait pas en rapport avec Dieu. Et alors la raison serait hdrs d'état de se rendre raison de rien.

On s'est créé des difficultés encore sur la forme de la révélation. En raison même de son origine, on a réclamé pour elle toutes les épithètes de la perfection divine. On a dit que non-seulement elle doit être nette et positive, mais plus que nette et positive, évidente, ne gardant aucun voile. Mais en cela on a pris encore des vœux pour des nécessités. Est-ce l'évidence objective, ou l'évidence subjective qu'on demande? En ce dernier cas il faudrait demander la coaction même, ne tenir compte d'aucune liberté et ne pas laisser plus de prise au doute de la bonne foi qu'à celuide la mauvaise.

On a ajouté que non-seulement la révélation doit être belle, mais offrir tous les genres de beautés : beauté oratoire, mérite poétique, éclat philosophique, autorité théologique. Mais on n'a pas osé dire qu'elle devait offrir ensemble le type oriental et le type occi- T. II. 22

Ml VIISUllATOI.OilB.

demal de k bemté. Oa s'est ioterdH («tte niffmm; aa n'ft demandé qoe ridéalité. La perfection (te la révélation est daas Tari d« s'abaisser à la portée de Botre espritt puisque c'est h tous et non pas à ses élus seuls que Dieu j parle.

coulées eo formes buBuiioea» en «b tempe donné et pour un eertaîn de^é decîTilisatioa» soient à la popfée de tous, daoâ leua lee temps et à tous les degpés?

Iton-seolement cela patatt kapossiUe, mais quand même fiieu ferait un mimai» en feveur de chaque leeteur et lui donnerait des forées spéeîa^ à BieauFe que lui arrive le teite de sa pé^éiatioft, la vérité sérail encore colorée^ c'eat-indii» altérée dans les întelr lunées humaioes : le «ayon du soleil n'a i^ua le même édat dès qu'il a passé à tf»vers le cristal de Teifede* et le souffle de Dieu perd en passant par Vinteltigenee humaine la plus ci^tailine.

Ni pour le fond, ni pour la forsie, il n'^iete doue de testes d'une perfectioiL absolue : la perfection n'esl que pour Dieu. Quand 1-homme la demande pour lui, il s'ignooe ; sa perfection n'est que l'aspiration à la peifection. Or, de l'erceur fondamentale rà il est sur loimtoie viennmt toutes les difficultés qui s'élèvent sar la question de la tbéopneustie et sur le code sacré le plus parfsit Ce code, dont les écrits sont nombreux, est très-<}ivers de formes. Et par la raison qu'il s'adresse à tous les peuples, dans tous les temps el i

naœMiimCiMn. 907

ttiis tes degrés de culture, les uns sont d'une simplicité parfeite» tandis que les autres s'élèrenti dans les plus hautes régions, abordant les plus grands mjstèmes et souiievant les discussions les plus graves.

Il doit donc s'y rencontrer des difficultés réelles.

Dans les Ibéortes absdues, elles sont autant de taches inexpUcables ; mais il n'est pas d'écrits un peu meiens qui n'offnmt les mêmes ineonTénirats. Ils se présentent nombreux dans les écrits les plus admirés de l'humafiité tottt entière, ceux de Platon ^ d'àris^ 4ete; et malgré cela nous oonnaiesons la pensée de ces deux philosophes mieux que celle de Schelling, qui fot notre contemporain. Aussi, loin de s'arrêter à quelques vaines objections ou à quelques obscurités exagérées par la critique, il faut faire ces deux ehoees : prendre la révélation dans son sens le plus élevé el te plus large, telle qu'elle se produit dans la totalité des laits qui révèlent le clivtn, et s'attacher, dans la ridie variété des manifestations, à la plus grande de toutes, è«ette personnalité dont la parole et la vie, le plus 4ireciement émanées de Dieu planent au-dessus de toutes les autres, {ilfal^. XI,27;~/aanXYII, «et M; VIIÏ, 19; XÏV, 9 : i Cor. VI, 6; — 1 Jean, I, 8.)

En résumé, si la déférence des Pères grecs pocfr Pliilon a failli dénaturer la question, la scolastique latine proclama bientôt cette belle théorie,que l'ancienne loi et la nouvelle sont fondées toutes deux dans la loi éternelle de Dieu : l'ancienne^ parfaite pour son temps

et supérieure à la loi naturelle, la nouvelle supérieur^ à Tancienne et conforme à la loi intérieure, qui esi la loi suprême. (Saint Thomas,)

Si, par voie d'opposition contre une autre autorité absolue, 1a Réforme professa un instant rinspiration littérale des textes sacrés ; si elle s'exalta au point de déclarer chaque parole et môme la ponctuation hébraïque inspirées par le Saint-Esprit, ce fut pour avoir à son tour une autorité absolue. Si elle soutint qu'aucun livre canonique ne s'était perdu, aucun faux livre glissé dans le canon, aucune vraie leçon altérée, ce fut le même système.

Les textes mieux étudiés, on passa bientôt de cette bibliolâtrie à la théorie, que la forme est de l'homme, que le fond seul est de Dieu; que Dieu guide ses envoyés, mais les laisse libres en leurs mouvements ; que son esprit rayonne dans le leur, l'éclairé et l'inspire, mais ne l'éteint pas. Philon luimême, qui fournit l'idée de la dictée, distingue dans cet acte les éléments divins et les éléments humains. Saint Paul qui dit; que toute É(u*iture est inspirée, que les écrivains sacrés, sont au service de Dieu, et parlent au nom de son Esprit, ajoute qu'ils savent bien n'être pas infaillibles (1 Çor. XIII, 9-16), qu'ils savent que leur science est imparfaite (10-12), et qu'il appartient à Dieu et au Saint-Esprit de perfectionner ce qui est imparfait. (Cf. Rom. XI, 33. — Éphés. III, 8.)

Le fait est que les influences de l'Esprit divin, les

PNEUHAT0L06IE. 380

illuminations d'en haut, ofirent tant de nuances que la diistinetion purement théorique entre la révélation et l'inspiration a peu de valeur à l'application; et moins on prend les deux termes dans leurs sens rigoureusement étymologiques, plus on se ménage de jour pour la vérité complète.

Dans le sens rigoureusement étymologique et dans les classifications scientifiques, la révélation divine est non-seulement l'antithèse de l'induction rationnelle, elle en est comme la contradiction. Et sans doute elle peut différer des idées de la raison ; elle doit nécessairement aller au^lelà de nos plus belles découvertes, puisqu'elle n'est motivée qu'autant qu'elle va au-delà. Et dès qu'elle va au-delà, elle doit surprendre, sans doute, puisqu'elle a la mission d'élerer la pensée d'une manière extraordinaire. Mais, être au-dessus de la raison ou au-delà, ce n'est pas nécessairement y être contraire, et la révélation, qui varie beaucoup dans ses formes, n'a nul besoin, pour être légitime, d'être une contradiction aux lois de l'intelligence.

Est-il bon qu'elle soit une contradiction et qu'elle humilie la raison de telle sorte qu'il y ait mérite de la part de celle-ci à s'y soumettre ? On l'a dit. On a redit avec orgueil le Credo quod dbsurdAxm; mais c'est avec humilité que le mot a été fait, et l'orgueil est plus propre à le fausser qu'à le faire comprendre.

On a soutenu aussi la théorie contraire, celle que

les religions positives ne devant être que les complé- T. n, 22.

980 HmuMàxoyom^.

mente deveous néeessaûmde la religioB priiaordiale, les rëvélaUons eiteroes doivent présenter, de deux choses Tune» ou des cooséorations supérieunes ou de^ oorrei^MS esseotielles de la révéktîw intérieure : elles ne doivent pas aller au^felà ai riea donner de nouveau. Mais les faits ne se laissent guère dovûnor par des théwies que désavoue la raison générale. Or, pertout où noue tPouvone des religions positives on des dogmes rattachés à une révélation divine, ils sont proclamés siipérieuis à la raison. El dans tous les âges de l'humanité, Fhistotre ou la faUe nousmantnent auprès des peuples, des messagers eitraordiaajfî@6, supérieurs à la condition humaine» enseignant des doctrines ou faisant des cauvres qui dépassent la pniasanoe naturelle de Tbomme. On peut en contestQr k réalité et nier la nécesûté. Mais leur utilité d« moins est évidente, puisqu'il n'y aurait eu que douté et qu'hésitation sans elles. Or, l'hésitation paralyse nos afie^ions, et le doute enohatne nos forces; tandis que la certitude, la foi et l'enthousiasme qu'elles erée&t, assurent, au contraire, le déweloppeaient de nos pl^us belles facidtés et favorisent l'accompli»sèment de nos oMivres les plus sublimes.

III. — La sanctification ou la régénération dans Vordre spirituel.

La tbéorie trèfri[)hik)Sophîque de l'espril de Dieu agissant clans l'homme n'est pas très-universelle eq

f hilofiophie. BIto est à ^iae indiquée 4aiis les mcienoes doctrines. Toutes reconnaiseent, il «8t vrai, iim Tesfieit de hhm se manifeste dans r«sprit de Vbmxmie; maïs «efUe vérilé n'a reçu des déreloppements sérieux que dans l'enseigaernent cbt-étieB; Li, reprit ((te 0Jeii <ist ime ffuissanee perso&BèMe ayant sa mis$io» spéciale, son «auirre pa>^^ oeuvre eugBh' gée «ûdime oomfdéfMnt ^ couroonemecit dans eeUe du Fère et daas eelle d%i Fils» iaséparaUe H néaninoio» distincte de Tme et de raotre^

£q fiffet, le ^stènne chrétien enseigne une paitngënésie qttî td»i la conséquence néceasaire de la déca* denee» la condUiotiQ simquà non de ia réintégration, Ia AMile chose >qui fasse rentier rhootoie dans ses rapn porta primitils avec Dieu, par la rasou qu'elle est la -seule qui lui rende sa nature primitive» Finiage divii»e.

Qr^ cette restauratton entrevue, indiquée laéme plus ou moins ailleurs «ussi, est/ d'après la théorie ^^réUenne» l'œuvre spéciale du Saint-Esprit, et elle se compose d'une série de Iraiisformations aecompiîes sous son influence* ses grâces, eomiite l'ithiminsitioB ^complète de notre esprit se fait par son inspmilîûn^^ ses lumières.

C'est là toute une crépon éthique. Car il s'agît d'une série de transformations qui doivent produire un homme nouveau, et d'une série de transformations permanentes qui doivent amener en l'homme son*

382 rNEUMÀTOLOGIE.

veau, a la parfaite stature du Fils de Dieu, » toute la ressemblance possible avec lui.

Mais c'est à la morale évaugélique plutôt qu'à la théopneustie qu'il appartient d'exposer l'objet et les moyens de cette création éthique.

Elle n'a rien gagné à ^re transportée sur le terrain de la spéculation par les métaphysiciens du moyen-âge, qui ont embarrassé la doctrine de la grftce, si simple dans l'Évangile, des questions de V élection et de la prédestination^ que Pascal a eu raison de rendre à la morale et à laquelle il faut les laisser.

Kant, qui sentait à la vue de cette doctrine des difficultés que Pascal n'éprouvait pas, a eu le tort de l'engager de nouveau dans le domaine de la spéculation, en faisant mine de Ten rejeter, et le tort plus grave d'en faire la caricature.

« Il ne doit pas même être question dans la philosophie de la religion, du moins dans celle qui se renferme en deçà des limites de la raison, dit-il, ni des effets de la grâce, ni des miracles qu'elle opère, ni des mystères qu'elle révèle, ni des moyens qu'elle emploie. Ce sont des hors-d'œuvre pour la religion en deçà (des limites de la raison). La raison, dans le sentiment de son impuissance de satisfaire à son besoin moral, s'élève bien à des idées transcendantes, qui doivent suppléer à cette lacune; néanmoins elle n'ose pas s'approprier ces idées. Elle ne nie pas la possibilité, pas même la réalité des objets de ces idées.

PNECMilTOLOGlE. 393

mais elle ne peut pas les admettre dans les maximes de sa pensée et de ses actions. »

«L'inGonvénientqu'offrentcesidées transcendantes» quand on les admet dans la religion, c'est que les prétendus effets de la grAce, les expériences internes, mènent au fanatisme (Scbwaermerei) ; les miracles ou les expériences externes, à la superstition ; les mystères qu'elle révèle à Tintelligence, à Villuminatisme^ à la fascmation des adeptes ; les pioyens qu'on emploie en son nom, à la tha/wnuxturgiej toutes aberrations qui vont au-delà des limites de la raison, et avec les intentions les meilleures, les plus morales du monde, d

Mais c'est là, non pas le tableau, c'en est l'ombre, la caricature. Elle est complète, mais ce n'est pas autre chose. Kant, désavoué par la religion, n'est pas môme avoué par la raison quand il dit, qae ces idées transcenda/ntes ne font pas partie de la reUgion endeçà.

La raison admet si bien des influences divines, qu'elle en admet toujours et partout. Mais la raison n'est pas ce que le criticisme pensQ.

Le criticisme nierait l'existence du monde spirituel tout entier, que la raison n'y croirait pas moins. L'idéalisme a bien nié le monde matériel tout entier, et en dépit de ses critiques personne n'en a douté.

Pour être complète, la palingénésie doit s'étendre sur le monde spirituel tout entier, Peut-on l'admettre

804 nmMATOliOGiB.

complète €ft universelle? L'affiraoer, ce n'est que pvoclamer ce principe, que oe qui a été è Dieu es son origine, si altéré soit-il, ne peut paséire perdu pour Dieu à toul jamais.

Les anciens docteurs, Clément d'Àtexandfie elOri- ^ gène, admettent même ramendement ou la ropentance de Satan.

ctCest lavcrfonlé de mon Père qui m'aenniog^é, dît le Fils de Dieu, que je ne perde rien de ee qu'il m'a donné, mais <que je le ressuscite au dernier joop. » (SairdJmn, VI. 39.) Si tous lui ont étédonoée^ il ressuscitera donc tous.

On a demandé si l'œuvre de Tesprit de Dieu est concentrée d^ns ce petit monde cpie forme l'espèce humaine et bornée aux esprits terrestres?

ÏA réponse à cette question est facile^ puisque l'est* prit de Dieu est nécessairem^t partout où est Dieu, et que partout il a des œuvres spiritM^les à faire.

On a demandé encore si Tœuvre qu'il accomplit ailleurs est analogue à celle qui nous ooncerne, et s'il la fait simultanément ou succesBivemeat ?

À chacun des gloires est donné évidemment sa misaioB ainsi que son organisation spéciale. La kâ âhique est universelle ; la volonté divine est une ; mais l'œuvre que l'Esprit divin accomplit par lesesprits semés dans l'univers varie nécessairement autant qu'eux.

Gomme nous ne connaissons qu'imparfaitement la nôtre, il serait au moios téméraire de discaÉter edie

qu» l'«9pFil de lA^vt peut aocoiaplir aiUeur^et partout.

Cq dofit QO0& de¥Oû$ être assuréa^ c'est que Ta- Qwers teut eotier ecmoourt à ud seul et même desMu supnènie, dessein qui sera réalisé quaud partout se ttouvera étaUi ce que la théopneustie appelle le règne da Dieu» ou figurânent le royaume des oieux, règne eX royaume dont Tétablissenient est Tœuvre de Tesprit de Dieu, et dont le ehristianisme nous donne une SMte de figure dans une iastitutton qui est sous Tinflueaee lonle spéciale de cet esprit, TÉglise.

Dam tous les systèmes veligieux et surtout dans le syatèfide chrétien, les dons et las grAoes spirituelles, asooMées pour le présent ou pour Tavenir, se rav tachent à un ensemble d'institutions qiii en sont coukine le véhicule, et qui embrassent d'ordinaire : i"" un enseignement sacré sur les rapports de Dieu avec rbomme et sur les rapports entre les hommes qui découlent des premiers ; â"" un culte conforme à cet enseignement, et composé de prières^ d'hymnes, d'afijnandes et de sacrifices, de mystères ou de sacr^ ments ; 3" un code saeré qui contient renseignement inaltéré et le transmet de génération en génération ; 4"" un sacerdoce ou un corps de prêtres, chargé de célébrer le culte, de donner renseignement et d'exercer, le gouvernement spirituel en administrant les signes visibles des dons de son esprit.

Ges institutions, si [)arfaites qu'elles soient, ou si fidèlement qu'elles rendent les idées d'une religion

396 nYEUMATOLOGIB.

sur les rapports de Dieu avec les hommes, ne sont que la forme extérieure d'une chose intérieure, qu'une traduction imparfaite de la pensée divine et de ses dispensations. D'ailleurs, les institutions marchent, comme les idées religieuses elles-mêmes, et ce sont toujours elles qui font valoir ou qui paralysent tout ce qu'il y a de lumières et de facultés, de science et de vertu dans le sein des peuples. Il n'est pas d'institutions plus importantes que celles de la religion, et de quelques honneurs qu'on entoure les autres, quelque rôle qu'elles jouent dans les intérêts moraux ou politiques des nations, jamais elles n'ont l'influence décisive des institutions religieuses. Mais quand on dit que rien au monde n'est au-dessus de l'Église, du sacerdoce et des sanctuaires où règne l'esprit de Dieu, on veut dire seulement que rien n'est au-dessus de cet esprit.

La manière dont les hommes conçoivent les choses et les révélations divines, s'épure et s'étend sans cesse ; les institutions elles-mêmes s'étendent et s'épurent quand elles sont fondées, comme celles du christianisme, sur l'esprit de Dieu. Inspirant, avertissant, reprenant, châtiant et sanctifiant sans cesse tous ceux qui sont accessibles à son œuvre, il en fait des membries véritables de la cité de Dieu. C'est cet ensemble des fidèles constitués en une confrérie spirituelle, dirigée et inspirée spécialement par l'esprit de Dieu, qui est la véritable Église^ et qui offre réellement l'expression la plus élevée d'une société morale.

PNEUMÂTOLOGIE. 397

Seulement, là aussi, rien n'est la perfection et tout est transformation : ce que la véritable Eglise renferme d'institutions, de trésors, de grâces et de ministres, est encore chose transitoire et pure œuvre de préparation pour cette société idéale qui en est le type et qui, sous le nom de royaume de Dieu, embrasse le monde spirituel tout entier arrivé à ses fins>

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