II. — Les attributs essentiels de Vùme
Les facultés indiquent les attributs, disons-nous. En traitant de la dernière des trois, de la volonté, nous avons vu que, représentant Târae mieux que les autres, elle a quelque chose de plus spontané, de plus un, de plus identique que les autres. Nous avons touché là aux trois attributs principaux , aux trois manières d'être fondamentales qui constituent la vie de l'âme, le jeu de ses facultés, et en sont la base ou la condition : l'activité, l'unité et l'identité. Ce sont les attributs de l'esprit absolu lui-même, et il ne se conçoit pas d'être moral et intellectuel sans eux.
L'unité est un attribut aussi fondamental delà personne humaine et de tout ce qui se passe en elle, que delà personnalité diviaeetdetout.ee qui 3e fait en elle.
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De même qoe l'Esprit suprême Tesprit humain est simple ou nou composé ; il n'est pas deux ni plusieurs. Ce qui se passe en lui n'a pas lieu tantôt dans celui-ci, tantôt dans celui-là, et n'a lieu qu'en un seul. Son bon gouvernement est à ce prix, et il peut être d'autant meilleur gouvernant qu'il n'a que soi à gouverner.
Son identité est la condition de sa responsabilité, et cet attribut est aussi facile à concevoir qu'il est indispensable; car on concevrait l'âme sans qu'elle pensât, senttt, ou voulût, plutôt qu'on en concevrait une autre demain et une troisième le lendemain.
Celui d'entre les trois attributs de notre esprit qui offre l'étude la pluscurieuse, c'est l'activité. Elle est susceptible de trouble et même de suspension , tandis que l'unité et l'identité, étant inaltérables, se font peu remarquer de l'observateur vulgaire, qui n'en est pas un.
L'activité, dont on a dit comme de la volonté — et en gros on la confond avec cette faculté — qu'elle est presque tout l'homme, en est bien loin, car elle n'est que la force créatrice, que la vie spontanée ; elle n'est pas la délibération, ni la résolution, ni la pensée. On a dit : Otez à l'âme l'activité, et vous en faites une machine. Car si elle n'a plus le pouvoir de se mettre en exercice, de passer d'un mouvement à un autre, de répondre aux impressions qu'elle reçoit de tous côtés ou qu'elle va chercher, elle n'est plus la vraie vie, la vraie fwce ; il n'y a plus alors de spontanéité,
plus ri^ en elle que ce qu'y fait la puissance supérieure qui la mène. Ce ne serait pas encore la mort, mais ce serait l'activité forcée d'un mécanisme étrange, au service d'une autre puissance, d'une autre volonté.^ Sans doute. Mais ôtez à l'homme Tunité, et vous en faites presqu'une machine ; ôtez-lui l'identité, et vous l'anéantissez. Il faudrait donc dire encore que l'identité ou que l'unité fait presque tout l'homme. Evidemment ces exagérations ne sont pas de bon aloi.
L'activité humaine est tant la volonté et si peu la personne, qu'elle est une manière d'être toute spontanée, fonctionne sans effort, va d'elle-même, use de ses facultés et jouit de sa vie sans fin et sans mesure. Elle n'est pas autre chose que la vie, que cette force, cette source d'où jaillit incessamment tout ce qui se passe en nous et ce qui de nous passe au dehors. Loin d'être intermittente, elle est permanente. Elle peut s'interrompre et même s'éteindre en apparence, mais elle ne peut s'anéantir, car elle est la vie de l'esprit.
On peut distinguer, dans cette vie, trois états divers: celui où l'esprit a de soi-même une conscience claire et nette, celui où il n'a pas cette conscience, et celui où il n'a pas conscience du tout de ce qui se passe en lui.
Si le premier durait toujours, l'activité, qui est permanente, serait toujours évidente, et l'âme saurait qu'elle fait, qu'elle sent, pense et veut toujours quelque chose : elle saurait qu'elle veut avec des degrés
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OU des nuances d'intensité très-variées. Car nous sommes tantôt dans une vive excitation, dans une activité très^nergique, appliquant l'ensemble de nos facultés avec une grande contention d'esprit et une ardente impétuosité de cœur, tantôt dans une singulière quiétude, sous le charme d'un laisser-aller où nos idées coulent doucement , oîi, véritables grands seigneurs, nousdonnons à peine audienceà nos pensées et où nous nous soucions si peu de ce qui se passe en nous, que nous affectons de l'ignorer.
Hais cet état de conscience avec des variations trèssensibles ne dure pas toujours. Il est des situations d'esprit où nous n'avons réellement pas conscience de ce qui se passe en nous, où la pensée semble suspendue, la sensibilité qui l'active d'ordinaire, engourdie, la volonté devenue indifférente. Dans la léthargie, dans l'évanouissement, dans d'autres états, toute activité semble chômer, et pourtant rien n'est mort dans l'esprit, ni la pensée, ni le sentiment, ni la volonté. Tout cela c'est sa vie, et en tout la vie lui demeure. Car si elle s'en allait, il faudrait après chacune de ces crises une résurrection ou une création nouvelle. Or, que de créations, de résurrections de ce genre il y aurait, l'esprit ayant tant d'éclipsés de cette nature ! Mais la vie n'y est pas atteinte ; ses facultés y sont gênées ou suspendues; elles ne sont pas anéanties. Et ce qui même porte à croire que leur jeu n'est pas arrêté d'une manière absolu&dans la léthargie et Tévanouis-
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sèment, c'est qu'il est d'autres états encore où il se passe également en nous des choses dont nous ne prenons pas une connaissance précise, mais qui nous laissent des réminiscences pleines d'instruction, et auxquelles, à force de recueillement, nous parvenons h rendre souvent un haut degré de netteté et de précision. Tels sont l'engourdissement, le sommeil, le demiassoupissement. Dans la simple surexcitation, l'attention se porte au détriment de certains faits qui ont lieu en nous sur d'autres qui nous préoccupent à ce point, que nous laissons aller les premiers inaperçus avec une insouciance parfaite et nous nous irritons quand on nous oblige d'y regarder. Il y a donc, dans ces situations même, activité permanente. Elle y a lieu malgré nous; elle y est d'autant mieux constatée que nous en voulons moins, et qu'il est clair que notre esprit y est actif en dépit de notre volonté. Ce qui prouve qu'il n'est pas le maître d'être inerte, qu'il peut s'affaiblir, s'enrayer, se reposer jusqu'à un certain degré , mais non pas s'enchaîner ; que, pour le dire en une figure qui peint toute notre pensée, il ne peut pas, sur l'océan où il navigue, jeter l'ancre où il veut. Et ce n'est ni à cause des vents ou des tempêtes, c'est à cause du mouvement perpétuel, providentiellement établi, qui est en nous, je veux dire cette succession d'excitations tantôt douces, tantôt violentes, qui amènent une succession d'opérations analogues, et dont la marche complètement observée constate-
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rait dans l'activité de rame bien des degrés, mais nulle intermittence.
Pour ce qui est du principe ou de la cause de cette activité permanente, on est tenté d'admettre tout simplement un principe d'activité. Du moins, au premier aspect, il paraît bien bizarre de dire que ce qui explique le mieux l'activité, c'est son contraire, c'est la passivité. Et cependant il en est ainsi. Seulenient la passivité n'est pas le contraire de l'activité. Sujette à des excitations qui viennent à elle, à des impressions, à des sensations de toute espèce, l'âme est passive sans doute, et ellereçoit des influences; mais la faculté d'en être affectée est une capacité positive, ce n'est pas une absence de qualité, un état négatif.
En effet, l'âme n'en demeure jamais à se laisser affecter. C'est elle qui s'affecte, elle qui détermine les effets qu'elle subit, elle qui saisit et qui va à la rencontre de ce qui se présente. Et c'est parce qu'elle est sensible, qu'elle est connaissante, et qu'elle veut l'être, qu'elle est affectée. Elle est donc active au même instant qu'elle est passive. La simultanéité dans le fait passif et le fait actif est à ce point parfaite que la passivité est la source de l'excitation. Loin d'être l'apathie, la passivité est cette propriété de l'esprit de se mettre en rapport, en vertu de laquelle il reçoit des déterminations. Sans sa passivité, il n'aurait point de raison d'agir, et il n'y aurait pas moyen d'agir sur lui. Comment agir sur une existence qui ne serait
accessible à rien? Tout le mouvement de l'univers viendrait expirer sur nous inefficace et inutile sans la passivité. C'est elle qui nous réveille à la vie, nous pousse à la réflexion et nous jette dans l'action. La passivité n'est autre chose que la réceptivité. L'activité n'est autre chose que l'expansivité répondant à ses sommations, et nous ne sommes actifs qu'autant que nous sommes passifs. Nous avons donc en permanence la passivité. S'il y a suspension ou modification de l'activité dans le sommeil, dans la léthai^ie et dans l'évanouissement , c'est qu'il y a cessation de passivité ou de réceptivité. S'il y a activité extraordinaire dans d'autres états, soit dans la fièvre et dans l'ivresse, soit dans le sommeil magnétique, le jeu, la guerre, la danse, c'est qu'il y a réceptivité extraordinaire dans notre organisme. Cette réceptivité favorise l'activité, qui n'est autre chose que la vie normale de toutes nos facultés.
m. — La natwre de Vâme,
Dire qu'on ne connaît pas la nature de l'âme, qu'on ne peut pas la connaître, c'est répéter un simple lieu commun ; mais, à force d'exagérer on fausse la chose du monde la mieux fondée. Sans doute, on n'en expérimente pas l'essence ou la substance ; mais de même qu'on en connaît les facultés par les phénomènes où elles se prodiiisent, et les attributs essen-
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tiels par les facultés qui les représentent, on connaît rflme par les attributs qui la révèlent.
En effet, il nous est donné de savoir très-positivement sur ce sujet, non pas tout ce que nous désirons savoir, mais du moins une série de choses essentielles.
Et d'abord nous savons à n'en pouvoir douter, que rftméest une causalité incessante, inépuisable, qui se révèle et s'est toujours révélée comme telle avec une grande force d'énergie, amenant sans cesse d'elle-même des définitions plus brillantes, plus avancées que ne semble le permettre l'état de la science.
De toutes les définitions, celle qui indique le mieux ce caractère fondamental, cette nature essentielle, c'est celle de Platon, l'appelant une causalité qui se met elle-même en mouvement : idwifriç éocurnv xtvoûaa (De Leg. X). Cela est d'une exactitude admirable et indique réellement tout ce que nous savons de plus fondamental sur la nature de l'esprit humain, et peut-être de tout autre. Platon ne dit pas l'Ame causa suif ce qui n'est vrai que de la cause première ; il l'appelle la cause de ses mouvements; il ne l'appelle pas même la cause première ou cause unique de tous ses mouvements ; il dit seulement que l'âme est auteur ou cause de mouvements qui ont lieu en elle. Et, en effet, elle a la faculté de procéder d'elle-même à ces trois ordres de faits ou de phénomènes qui épuisent ce que nous savons de sa vie. Toutefois, elle n'est .
94 PNEUMATOLOOIC.
pas la cause, la source» Tauteur de tout ce qui se passe en elle, de toutes ses idées, de toutes ses sensations, de toutes ses yolitions.
L'esprit humain est donc une causalité relative, c'est-à-dire subordonnée et coordonnée. Il n'est ni la causalité unique, ni la causalité suprême; il n'est pas une causalité indépendante et maîtresse absolue de ses mouvements. Si l'esprit humain était à la fois cause des phénomènes qui se passent en lui, auteur des forces dont il dispose et des lois qui les règlent, il serait la causalité suprême, l'autonomie absolue. 11 serait le suprême. Or, nous le sommes si peu que nous ne sommes pas même la cause d'une grande partie des phénomènes dont nous sommes le théâtre.
Quant au corps, tous les grands faits sont spontanés, et de beaucoup d'entre eux nous ne savons ni le moteur, ni la manière dont ils se passent.
La respiration, la circuUtion du sang, la digestion, ne tiennent ni à notre volonté, ni à aucune de nos facultés spirituelles.
Nous sommes tout-à-fait passifs à l'origine de la faim et de la soif ; et non^seulement ces faits se présentent sans que nous les ayons appelés, ou se refusent à nos appels, mais ils se présentent contrairement à nos intentions et nous font sentir que nous sommes menés par plus fort que nous.
La plupart des phénomènes organiques sont involontaires, comme la cessation de tout le jeu de l'orga-
PNEUMATOLOGIE. tS
nisme, ou la mort elle-même. Nous pouvons mettre fin à beaucoup d'entre eux, mais nous ne pouvons pas en amener Torigine. Si nous sommes le pouvoir nécessaire pour mettre fin à l'organisme lui-môme, nous ne sommes pas en droit d'en disposer.
Cet organisme, au contraire, dispose souvent des facultés de Tàme, et a le droit d'en disposer selon ses besoins, et à son bénéfice. Mais ce droit a ses limites : dès que ces limites sont dépassées, la spiritualité succombe à l'eicès de la sensualité, l'âme aux excès du corps. Le gouvernement delà personne appartient à la spiritualité, et l'Ame a le devoir de disposer de l'appareil matériel qui lui est donné ; toutefois c'est encore dans des limites déterminées par des lois générales, lois si larges d'ailleurs qu'elles lui livrent carrière suffisante pour son œuvre; que, loin de l'enchaîner, elles font une grande part à l'individualité.
La manière dont l'âme avertie, réglée et guidée, mais non pas violentée par ces lois, dispose de son organisme, constitue son mérite personnel, et prépare la solution de sa destinée spéciale.
Pour pouvoir atteindre celle-ci, c'est-à-dire le développement auquel l'homme est appelé en vertu de sa nature, il lui a fallu nécessairement, sinon le gouvernement de toute sa personne, corps et âme, du moins une belle part dans cette royauté. Cette part, c'est la liberté, le droit et la puissance de disposer du moi. Et il ne lui en fallait pas moins.
06 PNEUMÂTOLOGIE.
Dès que l'homme est une personnalité morale, qu*il a une destination et qu*il a conscience de sa fin, il lui fallait les moyens de l'atteindre. Sans ces conditions, il ne pouvait être responsable de ses œuvres; et pour qu'il fût responsable de sa personne et de la manière dont il la gouverne, il fallait qu'elle dépendît de son libre arbitre. Mais fallait-il pour cela qu'il fût la cause de tous les phénomènes qui se passent en lui, qu'il pût à son gré les produire et y mettre fin, les rappeler ou en prolonger la durée? Et l'homaie en est-il là? Non; son pouvoir ne va pas si loin ; cette libre disposition de soi-même, l'homme ne l'a qu'en une certaine mesure. Il n'est pas d'une manière absolue le premier moteur et le régulateur suprême de tous les faits qui lui sont personnels, par la raison qu'il n'est ni l'auteur des forces qu'il possède, ni celui des lois qui y président. Bien loin d'être l'auleur des unes et des autres, il n'en est pas même l'initié naturel, primitif et complet. Il a longtemps ignoré les lois qui président aux phénomènes de son organisme, et il en a encore une idée d'autant plus défectueuse qu'il a moins de part à l'origine de ces phénomènes. Cette origine est dans les forces qui les produisent et qu'il ne s'est pas données, qu'il n'a pas mises en jeu, et dont Celui qui les lui a confiées s'est réservé la direction supérieure, d'après des lois qui ne sont autre chose que sa pensée.
Le gouvernement de notre personne se fait au nom
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de sa volonté et indépendamment de la nôtre. Nous ne pouvons nous servir de nos facultés que sous son bon plaisir, qu'en respectant, dans toutes les opérations auxquelles nous désirons les employer, les lois de leur jeu. Mais dans ce jeu il nous est fait une part, et c'est dans la manière dont nous gouvernons notre part qu'est la sphère de la liberté, le mérite personnel, la responsabilité, la moralité. Cette part veut que ce soit nous qui les employions, et en son nom nous avons action sur ce jeu.
Mais si cette part est incontestable, est-elle grande, est-elle petite? Nous sommes petits, nous sommes lefini^en partage avec Tinfini. Notre part est petite au premier aspect. Soit un exemple.
C'est une loi générale, que toute faculté physique se détend ou se lasse et a besoin de repos pour reprendre toute son élasticité. Eh bien ! nous pouvons un peu forcer, un peu prolonger et un peu modifier le jeu de chacune de nos facultés; mais si nous en faisons trop, nous violons les lois qui les règlent, et les lois violées se vengent.
Il est donc certain que nous n'avons pas i)leine et entière disposition de notre organisme. Et il est évident aussi qu'il est heureux pour nous de ne pas l'avoir de cette sorte. Car quand même nous aurions, ce qui nous manque, la connaissance complète des lois qui y président, nous n'en userions pas toujours selon la raison. Si nous étions les maîtres des phéno- T. n. 6
mènes, il en est que nous ferions se succéder sans intervalle ; il en est d'autres plus utiles et peut-être nécessaires, que nous chasserions sans cesse. Et nonseulement nous arrêterions capricieusement le jeu de la machine, mais nous en dissiperions follement les forces, et nos jours qui, à nous entendre, sont tantôt très-courts, tantôt très-longs, seraient par les uns consumés et abrégés de la manière la plus désastreuse, par les autres allongés et traînés outre mesure dans un état de stérile langueur ou de végétation insipide.
Il est donc bon que nous n'ayons pas seuls le gouvernement de roi^anisme,et c'est pour cela sans doute que nous ne l'avons pas. Mais, s'il est bon que l'organisme ne soit pas dans notre dépendance absolue, est-il bon aussi que la spiritualité elle-même ne soit à ' notre disposition que jusqu'à un certain point?
Car nous ne sommes pas maîtres plus absolus de la vie spirituelle que de la vie organique. Et d'abord, les principaux phénomènes de l'âme, les idées, se succèdent non-seulement assez volontiers sans que nous nous en mêlions, mais nous arrivons presque toujours, quand*nous nous en mêlons, à l'opposé de ce que nous voulons.
Il est beaucoup d'idées que nous cherchons à grands frais et qui ne se laissent pas rencontrer, tandis que d'autres viennent pour ainsi dire se précipiter sur nous, nous terrasser, pour nous tenir, comme
PNEUMATOLOGÏE. 99
rhomme fort, et ne nous rendre notre liberté qu'après avoir satisfait à leur mission, mission que d'ailleurs nous ignorons le plus souvent. Car ces phénomènes s'en vont comme ils viennent et la plupart s'évanouissent sans retour. Il en résulte que nous ne sommes pas plus maîtres de les retenir que nous ne l'avons été de les recevoir. Et ceux d'entre eux qui se laissent rappeler, reparaissent si décolorés et si flétris, morts à ce point, que souvent nous avons peine à les reconnaître. Jamais ils ne se reproduisent avec leur ancien éclat et leur fraîcheur première. Si, des idées nous passons aux émotions qui les accompagnent, les précèdent ou les suivent, même infidélité. Telle qui était ravissante et nous transportait hors de nousmêmes, à son apparition première, nous laisse calmes à la seconde, et glacés à la troisième. Notre plus grande énergie de volonté n'en ramène qu'un écho affaibli. Et impuissance plus sensible encore ! D'autres échos sont accompagnés d'un regret plus vif que nous ne le voudrions, ou même d'un remords dont en vain nous nous efforçons d'adoucir l'aiguillon.
Sans doute, nous avons plus de part à nos volitions qu'à nos sensations et à nos intuitions, mais cette part encore, que d'influences étrangères elle subit sans cesse, quelles puissances supérieures elle rencontre partout, et à quelles condescendances elle se prête forcément!
Tout nous le dit donc, les faits psychiques comme
iOO PMEUMÂTOLOGIE.
Iça faits organiques» nous ne sommes causalité que dans une certaine mesure. L'esprit a de belles initiativest il est la cause libre et volontaire d'une foule de faits qui se passent en lui et qui ne s'y passeraient point s'il ne les voulait pas, si, de propos délibéré et en vertu de son arbitre, il ne prenait pas tel parti ou tel autre. Il est le maître de sa personne sous beaucoup de rapports : il la transporte où il veut, l'élève comme il lui plaît et la pare comme il l'entend. Il l'enrichit par son travail etses études, d'une façon étonnante, ou l'appauvrit par son indolence d'une manière déplorable. Mais, si forte que soit sa part dans quelques-uns de ces faits, il n'y est pas cause unique ; il est obligé, là aussi, de prendre une foule de choses comme elles sont. De tout ce qui vient l'impressionner pendant la vie terrestre, dans la carrière la plus librement entreprise, la plus savamment et la plus résolument menée, il ne fait presque rien comme causalité dominante. Partout il subit plus d'influence qu'il n'en exerce. Dans des faits émanés d'une résolution qui parait entièrement libre, même d'un coup de tête, d'un caprice, il n'est encore, quand il s'est bien examiné^ qu'une causalité trèsrelative. Dans toute cette pérégrination terrestre, chacune de ses excursions est une image de la dernière, de la plus grande et de la plus involontaire de toutes, en ce sens qu'à chacune concourent des circonstances qui sont en dehors de sa science et de sa puissance. En un mot, Tespritest une causalité subordonnée.
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En seeond lieu, il est une causalité coordonnée, mise en rapport avec d'autres, ses égales. Et c'est là un point de vue tout aussi grave. Car partout Tesprit humain se trouve en face d'une foule d'existences, qui sont des causalités égales à la sienne et dont les forces, les droits, les prétentions, les usurpations ou les œuvres obligatoires, limitent son œuvre à lui, la croisent, la gênent et l'influencent de mille manières.
Il est même subordonnéencoreàunemultituded'entre elles ; et s'il est coordonné à d'autres ou même préposé, il est néanmoins avec elles subordonné à la causalité absolue, dont, avec lui, toutes les autres ne font que réaliser les desseins suprêmes, forcément soumises à des lois qu'elles n'ont ni faites ni consenties. Ces lois, souvent elles ne les connaissent pas même, et les suivent néanmoins, parce que telle est la volonté et l'irrésistible direction de la causalité su-prême. Elles sont appelées toutes à avoir une conscience toujours plus nette de ses lois; et à chacun des êtres Dieu a mis dans l'âme, comme la plus haute des ambitions, d'aller confondre leur œuvre dans Tœuvre suprême. A cela chacun de nous aspire en aspirant à ce développement infini qui est notre souveraine idéalité et qui doit être celle du monde spirituel tout entier. Car tous les phénomènes doivent s'y lier au suprême comme dans le monde matériel.
Cette idéalité, qui est pour nous l'infini, ou l'illimité, atteste quô^ si forte que soit partout la part de T. n. 6.
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la causalité suprême et si petite que paraisse la nôtre, celle-ci est assez gfande encore dans Timmense sphère de la sienne et assez vaste pour nous paraître infinie, réellement idéale et en quelque sorte divine, puisqu'elle nous associe à Dieu. Il n'est rien qui puisse nous donner une idée plus haute de notre âme que ce concours à des desseins suprêmes.
Causalité relative, subordonnée et coordonnée, l'esprit humain est, de plus, une force indivisible et immatérfelle.
En effet, toutes ses facultés étant liées d'une manière indivisible et n'en formant qu'une seule et même, on en infère légitimement qu'il est une force indivisible. Or, dès qu'il Test, il est à ce titre immatériel, et il est très-nettement distinct de son organisme. Il est certain du moins que tous les phénomènes psychologiques se distinguent^ des phénomènes physiologiques dont ils sont accompagnés par un caractère qui est suffisamment défini, pour les -premiers, par le mot de spirittialité, et, pour les seconds, par celui de matérialité.
La plus forte preuve de la spiritualité ou de l'immatérialité de l'âme, c'est son unité et son identité. Cette identité n'est pas de conception seulement, mais de substance, ^puisque Time, qui se sent vouloir et agir, a conscience de son unité dans chacun de ses actes et sait que la quantité de son être ne varie pas.
On a donc été dans le vrai quand on a cherché Tes-
sence de l'âme dans la pensée, dans la sensibilité ou dansja volonté. On a fait fausse route à force d'être exclusif, mais on a marché dans la voie du vrai en reconnaissant que l'essence de Tâme est dans son unité, que Tâme n'est pas une collection de pensées, de sensations ou de volitions.
L'âme humaine, causalité, force indivisible, vie identique, immatérielle ou spirituelle, est naturellement du monde spirituel et est nécessairement indépendante du monde matériel.
En effet, malgré ses rapports avec le corps et malgré l'influence qu'elle subit de sa part, l'indépendance de l'âme est constatée par ce grand fait, qu'elle est encore la même, quel que soit l'état du corps, si altéré, si mutilé qu'il soit. Les mutilations (faï n'affectent pas d'organes intérieurs, n'affaiblissent ni l'intelligence ni le sentiment, ni la volonté, et n'empêchent, dans ceux qui en sont atteints, ni le déploiement de la plus mâle énergie, ni celui du plus vaste génie, ni celui de la plus sublime grandeur d'âme. Ce qui prouve qu'au besoin l'esprit humain peut se contenter de moins que ce qu'il a, et qu'il y a du luxe dans son appareil.
Quand les organes affectés à certaines fonctions sont entamés, il en résulte un grand trouble ; quand le cerveau est lésé, l'âme est dans l'impossibilité de mouvoir le reste de l'organisme, et d'autres mutilations altèrent d'autres fonctions. Cela est vrai, mais si les
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facultés disparaissent, il n*en jhut pas conclure qu'elles s'anéantissent. Elles se voilent. Et veut-on savoir ce qu'elles deviennent, qu'on rende à ces âmes un organisme complet, et les facultés reprenant leurs serviteurs naturels, des organes qui leur obéissent, fonctionneront elles-mêmes en toute leur liberté. L'âme elU-mêmey n'ayant pas de parties qu'on puisse retrancher, n'est donc pas entamée, n'est pas mutilée. Privée des moyens extérieurs d'agir sur le dehors, elle ne peut s'y manifester ; mais elle est si peu atteinte elle-mêniey qu'elle se dédommage toujours de la privation de certains organes en tirant un parti d'autant plus brillant des autres. On peut citer la vieillesse et ses affaiblissements à titre d'objections. Mais quelques dispositions s'affaiblissent avec les organes, l'âme elle-mémey à moins d'avoir à souffrir des malheurs et des misères de toutes sortes, compense ses pertes par une puissance de recueillement, de réflexion et de méditation, qui ne se développait pas au même degré dans d'autres circonstances. Le même besoin n'existait pas. Sans doute, l'âme est au service et dans la dépendance de l'organisme, jusqu'à un certain point. Cela est voulu. Rien ne mûrit plus l'esprit, rien ne lui ouvre mieux la vue sur sa nature spirituelle et morale que cet état d'asservissement; rien ne la dirige plus impérieusement vers un ordre de choses plus normal, où les défauts de l'organisme et les perturbations qu'il éprouve cessent d'être
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des sources de trouble pour elle. Mais il est des imperfections, des infirmités et des maladies même qui, loin d'affaiblir les opérations de Tesprit, les fécondent au contraire et les facilitent. Contrairement à la règle, certaines maladies donnent à la mémoire une puissance qu'elle n'a pas à Tétat normal du corps et qui cesse avec le retour à la santé.
Si ce déploiement de facultés — et les recueils consacrés à la physiologie et à la médecine psychique en citent d'étranges — , a lieu réellement, il prouver'ait, ce semble, qu'il est des Ames dont le développement demande un organisme plus délicat.
Il est effectivement des constitutions maladive's, souffreteuses, qui paraissent donner à l'intelligence plus de souplesse, à la sensibilité plus de douceur, à la volonté plus d'énergie, à toute la vie de l'âme plus de force. Et la précoce maturité de certains enfants un peu chétifs, « qui ont trop d'esprit pour vivre, » semble s'ajouter à tous ces faits pour en confirmer l'importance.
Est-il des situations anormales pour le corps qui permettent à l'âme, de déployer, sinon des facultés, du moins des qualités qu'on ne lui savait pas, et même des connaissances qu'elle n'avait pas à l'état normal?
Déjà dans le sommeil ordinaire, qui est un état fort extraordinaire, puisqu'il constitue une sorte d'abdication ou de mort civile de la conscience, et que nous ne nous croyons pas responsables de notre vo-
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lonté, que nous y commettons de gatté de cœur des actes qui nous feraient horreur à Tétat de veille; nous sommes plus libres, et plusieurs de nos facultés y ont une portée, une facilité qu'elles ne possèdent pas à rétat normal. L*âme y conçoit, y voit, y fait des choses d'une beauté et d'une perfection qu'elle ne voit, ne fait, ni ne conçoit en aucune autre situation. Elle y attribue même à son organisme des puissances qu'il n'a pas et la locomotion la plus extraordinaire. Dans un état voisin, celui du somnambulisme amené naturellement, le corps possède réellement cette faculté à un degré dont la seule vue effraie les témoins, et l'esprit lui-même est doué ou se dote, dans le somnambulisme artificiel, amené par le magnétisme animal, d'une faculté de locomotion cosmopolite, qui indique que son essence, sa nature substantielle, est élevée au-dessus des limites de l'espace et des obstacles de la matière.
Je ne parle pas des faits contestés, suspects, des « voyages à la lune et à d'autres planètes » ni des « révélations » de tel autre visionnaire, je parle des faits acquis.
Or, s'il est des états [d'infirmité organique, d'irrégularité ou de dérogation qui favorisent à ce point le jeu de l'esprit humain, il en résulte évidemment que l'âme, si dépendante qu'elle soit du corps, en est substantiellement très-indépendante.
Elle est du moins en état de briller avec une entière indépendance de tout ce qui éblouit le vulgaire.
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j'entends la forme, et elle est souvent d'autant plus sublime que le corps est plus disgracié.
On dira que, si tous ces faits attestent à la fois Tindivisible unité, l'inaltérable identité, l'immatérielle spiritualité et l'indépendance fondamentale de l'âme, leur ensemble ne nous en révèle pas la substance. Cela est vrai, mais il nous en démontre bien la force et la vie, et si ce n'est pas tout ce qu'il nous importe de savoir de sa nature, c'en est bien la partie la plus essentielle. Mais, puisqu'on vertu de sa nature même, l'esprit humain est susceptible d'un développement indéfini, il devra nécessairement aller toujours plus loin encore.
On a souvent cru qu'on était plus avancé, et l'on a émis sur l'essence de l'âme ou sa substance destbéories qui, toutes, se sont évanouies les unes après les autres. Des échecs, amenés par des méthodes vicieuses, ne sauraient décourager l'esprit humain, dont la maxime fondamentale doit demeurer celle-ci, que sa grandeur est réellement proportionnée à son ambition ; qu'il n'a pas seulement la faculté de percevoir une quantité indéfinie d'objets, de se former une multitude illimitée d'idées, d'éprouver un nombre indéterminé de sensations et de vouloir ou d'accomplir une série incessante d'actions ; mais que, dans ce déploiement de forces illimitées, est pour lui le droit de croire à une progression constante. Ayant toutes ses facultés en une mesure illimitée , l'esprit humain est évidem-
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ment d'une nature autre que tout ce qu*il voit de fini dans le monde sensible; et tout en s'y sentant confiné provisoirement pour Tœuvre qu'il y fait, sa pensée ne doit jamais y borner sa carrière, ses facultés. Sa perfection doit lui paraître la preuve d'une nature ou divine ou du moins supraterrestre, touchant, par l'absence de limites sensibles, à ce qui n'en a point, au suprême, à l'absolu. Et à qui, si ce n'est à l'infini, peut tenir un esprit susceptible d'un développement indéfini ? Car nous sommes bien autorisés à dire qu'il est un être dont le développement n'a pas de limites déterminables.
En possession de ces notions légitimes, on n'est plus en droit de parler d'une ignorance absolue de sa nature ; et, d'une manière irrésistible, nous sommes forcés par la loi de la classification à laquelle notre intelligence est assujettie , de dire qu'elle est de la catégorie esprity et que cet esprit est une substance.
Une des écoles modernes qui en ont fait Tétude la plus ingénieuse, l'école écossaise, n'applique pas ce mot à l'Ame , afin de ne rien affirmer sur sa nature. Elle le considère principalement comme intelligence et comme manifestation de la pensée, caractère essentiel de l'esprit, et antithèse naturelle de l'étendue, qui caractérise la matière. Elle touche ainsi de près à l'école allemande, celle de toutes qui a le mieux soutenu le spiritualisme depuis Descartes et qui a le plus savamment travaillé à la conciliation des théories
exclusives , et qui n'affirme plus sur la nature des choses que ces deux distinctions : le moi et le norir moi. Mais, si Tune et Tautre de ces écoles usent d'une grande réserve, aucune des deux ne donne satisfaction complète à la raison. La pensée n'est qu'un acte, le moi n'est qu'un état, et quand il s'agit de la connaissance d'un être, il ne suffit évidemment pas de définir un acte ou un état : ce dont il s'agit c'est le sujet de l'acte ou de l'état. Or, le sujet du moi qui se sait ou de l'intelligence qui pense, est un être, et un être est une substance. Le mm^ disons mieux, l'esprit humain, est donc une substance. Indépendant et libre cOmme toutes les existences analogues qu'il peut admettre rationnellement dans tout l'univers, à tous les degrés possibles de distance de l'esprit infini, il se sent le représentant et le délégué de cet esprit dans le domaine où il se trouve engagé par son organisme et dont il y réfléchit l'image. Or il le représente d'autant mieux qu'il en possède tous les attributs essentiels dans une nuance quelconque*