‹ La philosophie de la religion: Tome 1Chapitre 9 sur 23 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Xiet rapports du monde tpirituel.

I. — Les rapports de V esprit humain avec V ensemble du monde spirituel.

La cosmologie montre le globe terrestre en rapport et en harmonie avec tous les autres. La pneumatologie peut-elle dire que Tespàce humaine est de même en rapport avec Tensemble des existences spirituelles ?

Sans être à même de le prouver, elle ne peut cependant pas ne pas l'admettre.

Et d'abord, le monde spirituel est dans notre pensée , il en forme une des plus grandes conceptions. Or le développement de l'esprit humain, qui est indéfini pour nous, est évidemment déterminé par l'ensemble oîi il est engagé. Ce développement est réglé pour l'individualité et il l'est selon le rôle qu'elle joue dans l'ensemble , puisqu'elle fait partie intégrante de l'ensemble. Car le contraire serait une thèse absurde. Notre individualité y joue donc son rôle. Or, elle n'en saurait jouer aucun, si elle n'était pas en rap-

i40 PNEUAJATOLOGIE.

port direct avec plusieurs parties, et par elles, en rapport indirect avec la totalité. Cela est si vrai qu'on ne prendrait de sa destinée qu'une idée grossière, si on ne la considérait pas sous ce point de vue.

Mais comment se pei^tril que Tesprit humain tienne à tout et concoure au plan général de tout? Cela se conçoit-il dans la mesure si limitée de ses facultés ?

Nous ignorons absolument le plan général de tout; ce plan n*est pour nous qu'un sujet d'hypothèses et de conjectures d'inductions plus ou moins autorisées.

Cela est vrai. Mais il en est de môme à l'égard du monde physique, et cela ne nous empêche nullement 4'y aidn>§ttre m rapport intimp eptre toWites les parties, hdi r^içop autorisée la mêfne c^^titud9 qqant au inonde spirijtjael. L'^esprit humain, il est vrai, s'y reqoon^t Jin^ité sur un sepl point par son xv'g^qijspf^e. ])Iais (te flûêipa que^ par cet ^pparej), il est mk en rapport avec le monde pj^ysique tout entier, et ,aiiJé PM dirigé par les ei^istenoes qui l'eqtûunent, de liqêpae dans le mo^de spirituel auquel l'unissent sesf^uUés, il est ^idé, influencé ou dirigé par des êtres seijfiblables à lui, etqu'^1 ,aide et influence k §on to^ur. De cette mapièce, il concourt à un har^ïonie^^x Apsejpoble conformémept à ^s lois s^qprêmes.

Jl est engagé dans (}es rapports plus intimes er\fîorf3, qui nous expliquent mieu^ son être et constituent plus clairement sa destinée.

Ef^ eiÇEet, l'^esprit se .conçoit soja;^ .ijin poii^t dp vue

PKECllATOUOGlfi» I4i

pluj? complet eoniœe chaînon du vaste système des existences. S'il n'est pas une simple individualité» si sa place est encore marquée ailleurs et partout par des rapports qui embrassent tout, il est plus qu'une personnalité responsable d'elle-même et à qui appartient uniquement le gouvernement de sa personne.

Or, de même que les existences du monde mat^ riel sont liées entre elles de manière à former un seul tout, les êtres du monde spirituel sont également liés de manière à n'en former qu'un tout; sans cela ils constitueraient, non pas un monde, mais plitsieurs.

bans le langage ordinaire, on peut parler de la pluralité des mondes spirituels comme de la pluralité des mondes physiques ; mais il est bien entendu» qu'en, réalité tous ensemble n'en forment qu'un. L'unité est exigée par la loi suprême, et, si de cette unité ne résultent pas des rapports directs de chacun avec tous, ce qui en résulte évidemment, c'est un epchaînement général qui, de chaînon en chaînon, unit tout. De même que» dans l'espèce humaine, les rap-: ports de chacun avec tous ne sont pas directs, mais existent, puisque sans cela il ne pourrait pas ètrequesr tion d'uqe espèce, de même des rapports indirects lient la race spirituelle tout entière. Il est un lien commun entre tous. Dans le monde physique, tout se tient par l'unité de la substance cosmique, malgré l'infinie diversité des existences et des formes. Dans le monde moral, tout se tient par l'unité de la sub*

iii PNËUMATDLOGIE.

stance spirituelle. Tout 6e qui est esprit est de mâme substance. L'unité de silbstance de tous donne foreément l'affinité de tous.

Tout ce qui est intelligence et moralité, sous quelque fofme que cela existe, depuis l'être moral pris au dernier degré de l'échelle jusqu'à l'Être suprême, est homogène. L'habitant raisonnable le plus iofline du plus infime des globes et l'être le plus doué eu globe le plus splendidementémpreint de la magnifia cence du Créateur, sont de la même famille ; et tous les êtres spirituels sont de la nature même de leur Créateur. Puisqu'il est le principe et le type du monde dont il font partie et que chacun se trouve, à un degré quelconque, en rapport avec lui, chacun est son en* fatot.

Quand on dit que tout être spirituel forme uoe seule et même chose avec le principe qui l'a ftiit, qui le gouverne et qui se réfléchit dans le monde spirituel comme dans âon œuvre la phis majestueuse, on dit vt«i dans le sens moral. Cela est aussi très^onforme au langage évangélique le plus pur. Et eflfectivement, dans le monde spirituel tout est spirituel ; aux idées correspondent des idées ; à celles de l'Être infini, des idées, sinon infinies, du moins tenant de la nature de rinfini ; à ses affections, des affections, sinon parfaites, du moins aspirant et allant à la perfection. Mais, dans le sens métaphysique, dire, que tout ce qui est de Dieu est un avec lui, c'est toucher à cette étemelle

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exagération qu'on appelle le panthéisnie, au to Iv «d nmà^ qui est aussi faux quand on y va par le monda spirituel que quand on y va par le monde matériel.

A ces faits généraux, qui nous sont fournis par des principes incontestables, il faut jouter la grande considération fournie par Tbistoire de Tespèce hiv maine : c'est que la science des rapports va se perfectionnant, et que ses ipystères se dévoilent eo rafeon du progrès général de Thumanité; que si c'est d'àbord la poésie qui ouvre les voies par des créations ou des fictions dont la philosophie ne vient pas toujours confirmer la hardiesse, d'autres fois la méta- {dliysique et les révélaticms en dépassent les témérités par la grandeur de leur% conceptions. Ce n'est pas la poésie seulement, c'est la raison de l'espèce humaine, qui a toujours admis son affinité et ses relations avec le monde spirituel, et qui a toujours attribué le plus ou moins d'intimité avec lui à un développement % plus ou moins avancé. Cela est si vrai, qu'il n'est dans l'histoire ni une époque oi^ l'on puisse dire que cette croyance soit née, ni une autre où eUe se soit éteinte dans notre sein. Et il en est où elle s'est largement développée, non-seulement dans les temps de naïveté primitive qui ont l'Échelle de Jacob, mais encore dans ceux de la spéculation savante qui ont celle de Denys l'Aréop^^ite. L'histoire des Hébreux,les siècles de l'exil et la période du judaïsme alexandrin, n'en fournissent pas plus de preuves que les s^les du

moyen-âge et les jours du plus grand progrès philosophique. Car, à côté du scepticisme le plus tranchant, se place toujours le mysticisme le plus confiant. Jacques Boehme et Swedenborg furent les contemporains de Montaigne et de Hume, comme Plotin et Origène furent ceux de Sexte l'Empirique et de ses disciples.

La métaphysique la plus scrupuleuse ne saurait repousser certaines inductions. « L'échelle de la création, dit un penseur très-tempéré, ne se termine point au plus élevé des mondes planétaires. Là commence un autre univers, dont l'étendue est peut-être à celle de l'univers des mondes fixes, ce qu^est l'espace du système solaire à la capacité d'une noix. Là, comme des astres resplendissants, brillent les hiérarchies célestes. Là, rayonnent de toutes parts les anges, les archanges, les séraphins, les chérubins, les trônes, les vertus, les principautés, les dominations, les puissances. Au centre de ces augustes sphères éclate le soleil de justice, l'Orient d'en haut, dont tous les autres empruntent leurs lumières et leur splendeur.» (Bonnet, Contemplation de la Nature.)

S'il y a une remarque à faire sur cette profession de foi, c'est peut-être celle que les idées chrétiennes sur une fraction du monde spirituel, abri des anges ou des messagers généraux, dominent trop les vues du penseur dans une théorie qui, pour être plus vraie, doit être prise d'une façon plus générale, puisqu'il

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s'agit des êtres spirituels de toutes les classes.

Et la même objection s'élève au sujet de la profession de foi en forme d'interrogation du plus grand des philosophes allemands.

c< Ne peut-il exister, dit Leibnitz (0pp. I, p. 135) dans un des passages les plus remarquables de la Théodicéey un espace immense au-delà de la région des étoiles ? Et cet empyrée ne peut-il être rempli de bonheur et de gloire? On pourrait 1$ comparer à un océan où viennent se jeter les rivières de toutes les créatures destinées au bonheur, qui reprennent, à leur arrivée dans cette région étoilée, la perfection de leurs natures respectives. »

Ce qui ébranle le plus ce qu'édifient les penseurs ou les hommes de science, ce ne sont pas les sceptiques et les matérialistes, ce sont les fantaisistes mystiques, qui établissent si volontiers leurs rêves sur le terrain ravagé par le matérialisme et le scepticisme ; ce sont les visionnaires, qui compromettent toujours les conquêtes à venir et enfantent les doctrines négatives* Un fils du dix-huitième siècle, voyant d'un œil bien supérieur à tout ce qui s'était produit jusque-là, Swedenborg, fit néanmoins reculer plutôt qu'avancer la pneumatologie sérieuse, en proclamant ces six thèses comme autant d'axiomes :

1* Tous les hommes sont dans un rapport intime avec les esprits. L'intérieur de chacun de nous n'est pas ouvert ; mais ceux dont il est ouvert T. n. 9

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vivent dADS la scM^iété des intelligences supérieures.

i!* La langue des esprits est une communication immédiate d'idées, sans aucun des. véhicules du langage ordinaire.

S"" Les esprits liserU habituellement et très-facilement dans nos idées. (Ils lisaient les idées de Svredenborg sur le monde sensible au point de s'imaginer qu'ils voyaient ce monde eux-mêmes, tandis qu'ils ne peuvent pas vqir directement le sensible ! )

4"" De même que les hommes s'attribuent des sensations et des idées produites en eux par riofloenoe des esprits, de même ceux-ci s'attribuent des idées et des influences qui leur arrivent de la part de nos flmes.

5"" Les intelligences sont en rapport les unes avec les autres, suivant leur nature, de telle sorte qu'il en est qui vivent en une plus grande intimité avec des intelligences supérieures qu'avec celles de leurs amis ou parents de ce monde, et vice-versâ. (Swedenboi^ lit dans l'âme des défunts, ou même dans celle des esprits qui résident dans Saturne, aussi facilement que dans les livres.)

6"* Les corps n'existent que par les intelligences qui sont leur principe et leur cause, et les membres ne sont, pour ainsi dire, que les symboles de l'esprit. Le monde phénoménal tout entier n'est qu'un symbolisme.

Quand on considère que, dans la théorie de Swe-

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denborg, les trépassés, vus de lui, étaient entourés encore de mille choses qu'ils avaient aimées et qu'ils aimaient toujours, qu'ils se représentaient, et qu'il voyait, lui, très-nettement en réalité, par exemple les jardins qu'ils avaient créés de leur vivant, on comprend que rien n*était plus propre à compromettre les vérités et les inductions autorisées qu'une théorie formulée avec une telle assurance. Aussi, tout cela n'a fourni que des éléments de doute à la spéculation rationnelle, et le doute est si bien devenu une négation, il est si bien entré dans la pensée générale, qu'aujourd'hui encore on peut à peine amener la critiqua sérieuse à discuter les inductions les plus légitimes. Rien n'est plus propre non plus à faire reculer la science que la manière dont deux opinions extrêmes ont traité un ordre de phénomènes pneumatologiques que le nouveau monde est venu naguère nous révéler.

Cette mine de découvertes, annoncée dans un pays de froid examen, parut d'abord exciter la curiosité de tous et amena bientôt, de la part de tout penseur qui se respectait, une abstention légitime sous quelques rapports; les croyants en témoignaient de Thorreur, les sceptiques du mépris. Et le fait est qu'au lieu de nous offrir de l'inconnu, on ne nous parla que d'esprits qui furent autrefois des nôtres, pn ne . nous fit parler que par eux ; pas un mot d'espèces différentes de l'humanité, d'espèces collatérales, su-

148 PREGMATOLOGIE.

périeores ou inféneares à la nôtre. Et partout où se ûiisaieDt les mêmes tentatives, on n'obtenait qu'une seule et même chose ; partout les prétendues révélations présentaient d'insignifiantes répétitions , qu'elles vinssent de l'archange Raphaël ou du philosophe Socrate, qui jouent le principal rôle dans celles des révélations qui portent encore le meilleur cachet (publiées par MM. Friedrich et Schweikhart, à Munich).

Quelles que soient d'ailleurs les aberrations des uns ou des autres, peuples, poètes, mystiques, visionnaires ou philosophes, rien ne peut, sur la question des rapports de l'homme avec le monde spirituel, ébranler les principes admis par la raison et donnés par la révélation.

11 est, d'abord, des rapports qui nous sont donnés par les faits de chaque jour,' rapports avec des êtres inférieurs, il est vrai, mais doués d'un certain degré d'intelligence, car des faits évidents établissent l'intelligence des bêtes jusqu'à un certain point. Ils n'établissent pas une affinité véritable entre leur entendement et le nôtre, encore moins entre leur âme et la nôtre, puisque la différence est encore plus fondamentale entre la sensibilité et la volonté des deux espèces, la volonté libre et la sensibilité consciente étant étrangères à l'espèce animale. « Un être doué de la faculté de donner son attention et de celle de comparer, mais incapable de raisonnement, ne

pourrait jamais, dit La Romiguière (Leçons I, 194), de ses GODiiaissances tirer de nouvelles connaissances. Telle est» ce me semble, la condition des animaux. Us donnent leur attention, ils font quelques comparaisons ; le raisonnement excède les limites de leur nature, quoique je ne veuille pas nier que, dans bien des circonstances, ils se conduisent comme s'ils avaient raisonné. if> On insiste souvent sur ce que le raisonnement leur est échu.

Mais, en dépit de cette apparence de raisonnement, tout ce qui se passe dans l'espèce animale est un staPu quo absolu, ou dépasse si peu les limites arrêtées et connues qu'il y a absence réelle de tout progrès. D'ailleurs, les animaux n'étant pas des êtres libres et n'ayant aucun de nos devoirs à remplir ni aucun de nos titres à l'immortalité, n'étant ni de notre nature ni de notre espèce, ne sauraient être pour nous des existences auxquelles nous pussions, par un motif quelconque, assigner le rang d'êtres moraux même d'un ordre inférieur. S'ils tiennent au monde intellectuel par des lueurs d'intelligence, cela ne peut ncMis obliger à les prendre pour autre chose que des instruments. Aussi, quoiqu'ils soient sur la terre infiniment plus nombreux que nous et partagent cette demeure avec n(ms au nom d'un droit qu'ils ne tiennent pas de nous, nous disposons d'eux comme nous l'entendons, sans autre obligation de notre part que de ne pas les traiter avec une barbarie qui serait un vice d'inhu-

150 PUfiUMÂTOLOGffi;.

manité. Si no»s les nourrissons, ce n'est pas que nous nous y croyions tenus, c'est miiquanent dans notre intérêt; et cenx4à mêmes d'entre eux que nous affectionnons, nous les sacrifions sans hésiter à nos conTenai^es les plus vulgaires. Forcée parla politique de recourir à l'apologue, la morale a poétisé les animaux, et en a fait nos préoepteore. C'est ufne pare ccmvention. Le fait est qu'il n'y a rîM à apprendre pour nous de leur côté, etquec'estnous (jui leur prêtons les moralités que nous tirons de leurs moeurs. L'on peut citer quelques feits instinctivement pratiqués par eux comme nous ayant servi de leçons. Mais douteux et en petit nombre, ces faits ne font de nos rapports avec eux ni des sources d'instruction, ni des sources de morale, et de qu^que façon que nous servent ces compagnons terrestres, qu'ils nous obâssent ou nous résistent, jamais, dans leur plus haut dév^oppement, nous ne les traitons comme des êtres qui nous touchent à titre de frères.

Aux ^[>oques de la zoolâtrie , on a pu voir dans certains anim^aux les symboles de quelques divinités, et à ce titre, on a pu leur attribuer, sur l'homme, je ne sais quelle supériorité que la finesse ou la puissance des organes de plusieurs races motivent peutêtre encore aux yeux des sauvages. Mais l'humanité n'est imitatrice des bêtes que dans la fable zoolfltre et dans la mythologie symbolique ée l'antiquité.

11 ne rés«ilte donc, pour nous, de nos rapports avec

mEUMATOLOGlfi. tëi

l'espèoe animale, «neune instractioD, «neun ava&tage moral, et pas plus de lumières ou de progrès que de nos rapports avec le monde végétal et minéral. Tout ^re animé qui n'appartient pas au monde spiritud sous le poÎBt de vue éthique, n'm fait pas partie.

Nous ne connaissons par conséquent aucune43lasse d'êtres au-ëessous de nous avec lesquels nous ayons des rapports moraui.

Les rapports moraux de l'esprit humain ont lieu avec ses égaux ou ses semblables, des individus oudes réunions d'individus, famille, société, nation, humanité, et ce sont des rapports de coordination ou de subordination, exerçant sur la vie spirituelle l'action la plus profonde et la plus vouluedans le plan de la Providence. L'homme tel que la science pure le conçoit, l'homme dans une conditbn indépendante, n'est pas un idéal, c'est un pur être de raison. Et ainsi conçu ce serait en réalité un être de déraison, car n'étant pas réellement pour lui-même dans l'univers, il n'y serait qii'un monstre, s'il y était sans rapports. Aussi, il n'y est isolé nulle part, il n'y a pas d'homme qui ne soit dans des rapports quelconques avec d'autres. Le sauvage qui vivrait seul, ne serait pas encore un homme arrivé à l'état normal, à l'état d'être intellig€»t, conscient de ses intérêts moraux et de sa destinée complète ; l'anachorète qui , pour être seul, aurait nmapu tous ses liens, ne serait plus un homme. La condition nalurelle 4e l'homme, c'est une condi*

152 PNEUNATOLOGIE.

lion de rapports, et la condition sociale, indispensable à notre vie spirituelle, exerce sur le jeu de nos facultés une action à ce point salutaire qu'entre celui qui vivrait en dehors d'elle et les autres, il y aurait un abîme. Sans doute,la société ne fait pas de nousce que nous sommes, et chacun de nous conserve si bien son individualité, qu'élevés dans la même famille, à la môme école, par la même nation, nous différons toutefois encore par nosgoAts,nos habitudes,nos croyances, notre religion, notre nationalité, par toutes nos principales idées et par nos sentiments. Nos mœurs nous sont données par les rapports où nous sommes nés et élevés. Cela est si vrai, que l'Homme est une abstraction. On n'est pas Homme, on n'est pas Européen, on n'est pas Français, on n'est pas même de sa ville ou de son village; c'est à peine si l'on est de sa famille : on est soi. Né et élevé dans le sein d'une autre nation, d'une autre ville, d'une autre famille, on serait tout autre; car nos rapports modifient non-seulement tout le jeu de nos facultés intellectuelles, mais façonnent encore notre intelligence elle-même.

Quant aux rapports avec des esprits supérieurs, sauf l'Esprit suprême, il n'y a de notre part encore que de vives aspirations. Des relations avec des intelligences supérieures à la nôtre ne pourraient qu'exe^ cer une influence salutaire sur toute notre pensée, que l'étendre et l'élever; et l'homme, naturellement disposé à s'élever lui-même et à se rapprocher

PNEUMATOIiOCÎlE. 153

de l'idéalité suprême qu'il trouve en son sein, aspire sans cesse à des relations célestes. 11 les désire toujours. Il y compte à la moindre lueur de quelque phénomène qui semble les promettre et il proclame ses espérances dans tous les siècles. S'il n'a pu réussir enocM-e à établir des rapports certains, néanmoins sa croyance, qu'il est appelé dans des rangs supérieurs, demeure la même. Aussi est-il des pneumatologués qui proposent sérieusement des théories de communication fondées tantôt sur tel agent, tantôt sur tel autre. On nomme, par exemple, la force électro-magnétique, qui existe sans nul doute dans la nature physique, mais ne paraît guère appelée à relier ensemble les diverses fractions du monde spirituel (V. Ed. Widemann, Religion mid natv/r, )y on l'éther, dont l'esprit, pendant sa vie terrestre, se forme d'après cette hypothèse un corps de lumière avec lequel il demeure uni éternellement. (V. Stilling, Théorie der Geisterkunde, § 87.) On peut dire sans nul doute qu'entre ce corps si grossier, qui souvent semble voiler l'esprit au lieu de l'aider et le paralyser plutôt que de le servir, il est un intermédiaire plus subtil, plus propre à Télever dans d'autres régions, et que, plus développé, il rendra un jour l'organisme beaucoup plus utile à l'âme pour ces excursions. Mais pour la science positive, nos rapports avec les habitants des autres globes n'existent pas encore. A ceux-là mêmes qui les croient réels, ils ne donnent

iSi PiisniiATOijOGic.

aacQii fak observable pour lesawtres. Nul aurtre que Swedenborg n'a pu d'après ses instructions communiquer aveeles esprits, et Ton peut demander si, de tous les phénomènes allégués, il en est un de constaté. Sauf les visions, les extases et les clairvoyances transitoires, très-admises dans les sanctuaires, mais très-contestées dans les écoles, y en a-t-tl un seul qui apporte une modification notable au jeu ordinaire de nos facultés psychiques ?0r, si cela n'est pas, ne fautil pas en conclure que nos rapports avec les intelligences supérieures ne sont pas nécessaires, et que ces intelligences n'exercent de leur chef aucune influence, ni sur nos facultés, ni sur nos destinées ?

Nous verrons en son lieu ce que l'angélologie et la démonologie chrétiennes nous enseignent sur les anges messagers de Dieu et sur les démons qui jouent un rôle dans notre existence terrestre. Mais, d*abord, ils ne doivent pas être confondus avec les habitants des sphères ; puis, nous sommes à leur égard dans une indépendance plus grande, que notre globe ne l'est à l'égard des autres, car elle est absolue. L'appréciation de Kant de nos rapports avec le monde des esprits, exprimée dans plusieurs écrits, est donc pure et saine dans ses conclusions. (Lettre à mademoiselle de KnoblochJ.j p.457-1 758. — Rêvesd'v/nvisiormaire, éclàirdsparles rêves (Twn métaphysicien, 1766. — Sur les aberrations de Venttwusia^me mystique, QEuvr. t.X,p.99-1790.) Mais il y a dans ces pages plus de moquerie qu'il ne

PNEUMATOLOOE. IKB

convient de la part d'un philosophe qui oe peut s'empêcher de faire kii<-méme de singulières ooncessions au sujet des facultés extraordinaires de Tâme et de sa clairvoyance dans le sommeil ordinaire et dans le sommeil magnétique ainsi qite des notions que nous avc»is pendant ce sommeil. Quant aux notions 4a sommeil ordinaire, je m'imagine, dit-il, qu'elles sont plus claires et plus étendues que nos idées les plus claires à l'état de veille , vu que, pendant l'absence cecnpl^e des sensations extérieures, ce travail est à attendre d'un esprit aussi actif que l'est l'âme. (V. Œîw. m, pag. 71.) Quanta la clairvoyance, il dit : Si l'on compare et si l'on pèse les avantages et les désavantages qui peuvent résulter pour un homme qui est créé non^eulement pour le monde visible, mais qui est organisé jusqu'à un certain point pwr le monde invisible (à la condition toutefois que pareil être ait existé), un don de cette nature ressemble tout*à-fait à celui dont Junon gratifia Tirésias, en le privant d'abord de la vue pour pouvoir lui accorder ensuite le don de prophétie. Car nous pouvons affirmer que la connaissance contemplative d'un autre monde ne peut être obtenue ici-bas par l'homme qu'avec la perte de quelque peu de cette intelligence dont il a besoin pour l'existence actuelle.

Là est la vérité. Qn peut affirmer sans crainte qu'on n'acquiert la vue de nos rapports avec les intelligences supérieures qu'à la suite d'une telle fami-

156 PNEUMATOLO(»E.

liarité avec les choses intellectuelles, et par une telle élévation au-dessus des choses matérielles que la vie dans Tune de ses régions nuit à la vie dans Tautre. Mais, à côté de cela, il est, avec le monde S[hrituel, un rapport qui nous est à ce point naturel et familier qu'il nous enrichit sous tous les points de vue, sans nous priver d'aucun de nos dons ordinaires, j'entends les rapports avec Tlntelligence suprême, rapports admis de tous ceux qui aiment Dieu luimême, rapports forcés , inévitables, et qui exercent sur le jeu de nos facultés une action d'autant plus profonde qu'ils les subordonnent absolument à une volonté qui n'est pas la nôtre, et qui ne la devient que par un acte de soumission. Car tous nos rapports avec l'Intelligence suprême ont ce caractère, que si ailleurs nous pouvons lutter ou devons même résister ; si nos idées, nos sentiments et notre volonté, peuvent aller avec quelque gloire contre la volonté, le sentiment et les idées de tous, même de nos conducteurs et de nos maîtres, ici une soumission entière est notre unique devoir et même notre unique voie de salut. En effet, si la lutte est belle ailleurs et si nous grandissons par nos résistances, ici nous péririons. C'est que si, ailleurs, nous pouvons faire autrement et mieux, donner plus que nous ne recevons, ou gouverner au lieu d'obéir, ici c'est tout le contraire. Aussi vis-à-vis de Dieu nous obéissons *sans déroger ou nous nous élevons par l'obéissance. Si humbles que nous

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nous y fassions, nous ne nous abaissons point. Plus nous y sentons notre néant, plus nous sommes à même de comprendre, par la grandeur de notre Auteur, celle où il nous appelle. Et cela nous écrase ou nous paralyse si peu que, tout en nous montrant notre infériorité, ces rapports animent, ei^ citent et fortifient tous les sentiments de notre dignité personnelle.

En nous suggérant des idées divines et des affections divines, ces rapports, nous le sentons, mettent pour ainsi dire Dieu en place de l'homme. Or nous savons que ce n'est pas là nous dénaturer; qu'au contraire, c'est assurer notre destinée naturelle, amener notre développement moral le plus complet et nous rendre à notre état normal le plus pur. Car, là oîi l'homme s'applique sciemment et systématiquement à la substitution, il arrive à un état de liberté et d'élévation qui font, de ses idées et de ses œuvres, des choses nouvelles. C'est ce règne de l'esprit divin dans l'esprit humain où l'homme ramené à Dieu, l'homme spirituel, ne se juge plus que d'après ses rapports avec Dieu et n'a plus d'autre point de vue dans ses aspirations que ce précepte de la perfection chrétienne : a Soyez parfaits comme Dieu est parfait. »

Savoir la volonté de Dieu, s'appliquer à la faire par soi-même, selon ses moyens, et la faire régner partout où ils peuvent atteindre dans toute l'espèce d'êtres moraux à laquelle nous apparteuons ; vivre ainsi dans

tS8 ptf&mktOhomË.

TunioD la plus intime avec Dieu, et mettre sans cesse toutes nos facuttés à son service : voilà nos vrais rapports avec le monde supérieur.

Et la certitude de ces rapports, puisée d'abord è la source la plus pure, la conscience, s'accrott sans cesse ^r la féconde abondance de cette source de vie spirituelle, car ce sont ces rapports qui fécondent le plas Tâme et nourrissent le mieux Tintelligence.

S'ils ne répandent pas un jour absolu sur les questions les plus élevées de l'existence, s'ils ne nous disent pas le but de la condition actuelle de l'esprit, l'histoire future de son organisme et tous les mystères de sa destinée, du moins ils donnent à nos solutions un haut degré de pureté, un degré qui ne se prend que là où ces sentiments puisent aussi leur phis grande fermeté.

Telle est l'énergie de ces influences qu'il en résulte pour l'esprit humain des situations spéciales, des conditions anorma:les où il paraît avoir des facultés et accomplir des opérations d'une plus grande portée que de coutume. Elles sont à ce point extraordinaires qu'elles dépassent de beaucoup l'intuition rationnelle et la contemplation spéculative, que nous avons considérées, prises à leur degré le plus élevé et le plus intense, comme les opérations les plus hautes.

Ces situations sont l'exaltation, l'extase, le ravissement et la vision. Elles doivent "êtpe distinguées avec

paffiUMATeiJOGPE. ' f59

soin, d'on c6té, de rinsfnrtffeîoD, de la révélation et do prophéièisfioe, qui appartiennent i nn autre ordre de lohoses, étamt des activées m des communioatiovis eitraor^naires de la part de Dieo, tandis que les phénomènes dont il s'agit sont des activités et des élevatimstestraordii^îres de la part de T homme ; et d'un «avFtreeôté, du ppessedrtiment, de la seeonde vne et de la olairvoyanoe, dontil a été question et qui n'ont pas la reUgion ponr source. Les situations anormales qui tiennent à nos rapports avec Dieu, font que l'esprit, loin d'être enchaîné, engourdi ou paralysé par un organisme reb^e, se sent au contraire comme affranchi de ses liens, transporté au-dessws de ses Ififiites et ^en dehors de la matière dans une sphère puremeM intelligible. Devenu capable d'opérations surnaturelles, l'esprit a tantôt l'air de sortir*du corps, tantôt cessaKt d'animer les sens externes, il semble se concentrer en lui-même et se retirer dans son sanctuaire intérieur sans nul besoin du monde, ni de l'organisme sensible.

En effet, dans l'extase et dans le ravissement, il n'y a pas de modification dans les organes ; elle n'est que dans l'esprit, mais elle est grande.

On a dit'quel'eiftase est l'exagération et l'abus de la prière, mais c'est là prendre un trait spécial pour un caractère universel. L'extase est l'élévation anticipée de l'esprit dans une sphère autre qne la sienne, une existence psychique en dehors des oonéitions

160 " PN£UMÀTOLOGIE.

ordinaires du monde physique, une suspension des

sens, une cessation du jeu des organes, telle que

. l'esprit y a Tair d'abdiquer la terre pour saisir le ciel.

Estrce là un abus réel ? Sans nul doute. L'esprit seplait à s'absorber ainsi dans ce qui le captive ailleurs ; mais il abuse si peu de ses forces, qu'au contraire l'extase est involontaire. C'est une extraction du monde matériel, mais elle est opérée par une attraction du monde spirituel, attraction provoquée ou aidée par un élan personnel, cela est vrai, mais où la puis* sance d'en haut est plus forte que celle d'en bas.

Toutefois, il faut bien distinguer l'extase d'ordre religieux ou mystique de ce qu'on appelle abusivement l'extase en esthétique ; l'état où l'âme s'absorbe dans . l'admiration d'objets invisibles diffère de la simple admiration d'objets sensibles.

Une simple extase artistique ou poétique n'a rien de. commun avec celle de la piété, du mysticisme ou de la théosophie. Née à propos d'objets assez petits, car il y a des organismes qui s'extasient même sur les détails insignifiants d'une œuvre d'art ou de poésie, la première est si fréquente qu'on s'extasie sur le plus simple moii/* d'un morceau de musique.

La bizarrerie des enthousiastes peut jeter le discrédit sur bien des extases de ce genre, mais il n'atteint pas l'extase véritable.

L'extase religieuse, d'une nature toute spirituelle, est, comme son objet, ce qu'il y a de plus sublime

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et de plus grand dans Tesprit de l'homme pris dans sa pureté. Variant d'ailleurs dans ses nuances, elle franchit souvent la sphère et les limites de cette existence. Mais d'autrefois elle se réduit simplement à des perceptions supérieures, extatiques ^ob l'Ame se sait parfaitement en son lieu ordinaire. Cet état, qui n'a rien d'irrationnel du tout, doit être distingué d'un autre très-irrationnel, de celui des visions extatiques. Dans la rigueur du langage, tout état d'extase serait une sortie de soi, du monde auquel on appartient ; mais ce mot est figuré comme celui de ravissement, qui d'ordinaire n'implique pas non plus un transport réel. II est vrai que les écrivains, d'ailleurs les plus attentifs, n'emploient pas toujours ces mots selon leur véritable portée ; il est vrai même qu'ils ne distinguent pas toujours le ravissement de l'extase; mais un point de vue sur lequel tous sont d'accord, c'est que cette dernière est le fait le plus éclatant du rapport de l'âme avec le monde intellectuel, et en particulier avec l'Intelligence suprême.

Nous avons dit qu'elle a des formes très-variées, sa nature même en explique la diversité. Il est des assertions, ou même des théories qui veulent positivement que l'extase transporte l'esprit, non pas au figuré, mais en réalité, de telle sorte que pendant son absence, le corps ne soit plus qu'un cadavre.

Ce sont des exceptions. Qu'on en juge.

Philon affirme que Dieu le mettait souvent en cet

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état, lui inspirait la vérité, le remplissait 4e la plus vive oon^iction, lui accordait la jouissance du Bean divin , ce qui était la plus précieuse des choses. [Demigr, Abrah. I, p. 441.)

Plotin, d'après son disciple et son biographe Porphyre, deux fois dans sa vie jouit de la vue de Dieu. Car la vision complète Teitase ; elles se suivent de si près qu'elles se confondent souvent. Proelus aussi, et la plupart des néoplatoniciens offrent ce mélange. De rintuition philosophique ils passent à la méditation contemplative et de celle-ci à la vision eitatiqoe. En effet, ces enthousiastes voient les divinités non-seulement du regard de l'intelligence, mais de leurs yeux. Et ce passage d'un phénomène à l'autre, de l'intuition rationndle à la vision mystique, est fréquent. A cet égard, les mystiques chrétiens sont d'accord avec ceux du polythéisme de l'Inde ou de la Grèce, avec ceux du judaïsme et du mahométisme ; et les mystiques protestants, Bœhme, Swedenborg, Jeanne Leade, avec ceux du catholicisme, S. Bonaventure, Gerson, sainte Thérèse, saint François de Sales et ie philosophe Saint-Martin. Sans doute, ils diffèrent sur la nature même de l'extase, et varient à l'infini sur les circonstances ou les résultai du phénomène, sur la suppression des sens, sur la puissance de l'esprit de se détacher de l'organisme pour se transporter dans d'autres sphères, sur la faculté d'y voir par lui-mtoe et sms les sens ce 'qu'on ne peut yeiv que là, et même

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sur la îàooM d'y jouir de mvisseineiits eëlestes supérieors àioettxide oe moDde« Mais tous, n hunibles saîen^ils, passesl de Tidée au désîr de woir; de la médhatk»! à la oontemplation ; de la «ontemplatiofi à rintoîtioD ; de l'iMuition à la vision. La rue de Dieu est leur but cofianany et «c'est presque un aete d'humilité de la part de la simple reftigiettse, de ne vmr que sou qpon i)ëleste ou le obcBur des afDges et l'armée des cieux.

Et cette vision n'est pas tme intuition intelleotuelle on idéale, c'est une Yoe réelle, prenant corps eit figure.

Les rapports de l'e^yrit humain avec l'Esprit divin présentent d'autres nuances, amèneiirt dans le jeu des feeultés psychiques d'a«tres modifteations et prodaiseDt des siletaitiions plus «xtraordînaires : celles de l'inspiration et du prophétisme. Mais ces situations étaiit le fait de Wim plutôt que cehii de l'homme, appartiennent au gouvernement divin du monde spirituel «t seront mieux examinées ailleurs.

De tout ce qui ^e constate ici isur les situ«(tions où l'âme se Irrouve en vertu de ses rapports avec le Suprême, il résulte : 4"" que ces situations attestent une affinité profonde entre l'Ame et Lui, et sinon une union substanëeUe, du moins une commnmion essentielle; S^ifm cette «communion, si vraie et si réelle, est si peu sensible dans la. vie ordina'ire qu'elle ne pèse pas sur nous ; 3"" qu'elle n'affecte en rien la -légitime îodépendanee des Amesternestres et n'autorise

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aucune d'elles à dire, où que ses penchants ne soient pas les siens, ou que sa liberté soit dans la dépendance, sa carrière forcée et sa faiblesse un effet de né^ cessités supérieures ; 4*^ que cette communion tend au contraire à affranchir l'homme de tout ce qui n'est pas de son essence pure et spirituelle, à l'éclairer de lumières plus hautes et à l'appuyer de forces plus puissantes que celles dont il dispose en dehors de cette sphère où il peut entrer, où tout l'appelle, mais où rien ne le pousse malgré lui.

En face de tous ces témoignages si variés» si peu critiques, si mêlés de vues ascétiques et de tendances mystiques, la philosophie peut hésiter. Mais elle n'a pas de raison pour dire que tout ce qu'on affirme à cet égard est de pure illusion, que pour l'esprit bumain, en sa condition actuelle, l'affranchissement des liens de l'organisme jusqu'à un certain degré, l'extase véritable, est impossible. C'est une sphère où le pied perd un peu terre et où il faut craindre de s'engager, puisque la tête y passe dans les nuages. Mais si c'est une raison pour douter, c'en est une aussi pour ne pas affirmer l'impossibilité. C'est, après tout, par la région des nuages qu'on s'élève au soleil ; et quiconque craint de s'élever là doit renoncer, sinon à toute vérité, du moins à ce qu'il y a de plus haut en philosophie. Ne serait-ce pas téméraire, en effet, que d'affirmer l'âme à ce point emprisonnée dans l'organisme qu'elle ne puisse le franchir et l'extase oon-

traire aux lois de la nature, quand la nature de Tâme est à peine entrevue, quand nous connaissons à peine le jeu normal de ses facultés? Dans ce jeu, nous le savons bien. Dieu s'est réservé une part plus grande que la nôtre. Or, les lois de la nature n'étant pas autre chose que sa volonté, rien n'autorise à dire qu'un état où l'âme serait mise en présence de Dieu, en dehors du concours de notre organisme, serait contraire à ces lois. Car un tel état est si peu anormal que chacun s'y croit sans cesse dans les élans de sa prière. Le spiritualisme ne doit donc pas contester la possibilité de ce qu'il désire philosophiquement et de ce qu'il croit religieusement. Mais c'est son droit et sa mission d'interroger chaque phénomène d'extase comme une apparition nouvelle, sans prévention, sans parti pris, en dépit des théories du passé, sans la superstition du moyen-âge et sans l'incrédulité du XVIII* siècle, avec l'impartialité du nôtre.

Ce grand devoir rempli, et la philosophie débarrassée des faits dont la religion se débarrasse avec elle, il ne faut pas qu'elle rejette tous ceux qui dépassent l'observation directe. La philosophie a sans doute le droit de ne s'occuper que de ce qui touche l'intelligence par l'intervention du monde sensible, et elle peut se faire un mérite de la distinction entre ce qui est de science et ce qui est de foi. Mais elle sait parfaitement que, s'il est des choses qui se constatent par voie d'observation, celles du monde spirituel ne sont

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pas toute» de ce nombre. On peut rejeter les astres. Cela se fait là où la science courte à écarter les questions insolubles, et à .déclarer insolubles toutes celles qui sont difficiles, mais cela n'est pas du goût de tous les philosophes. Toutes les grandes questions conduisent à Tabsolu, qui est pour nous l'iosoluble par excellence. Or, loin de p(niyoirfiiir ces questions, c'est la mission de la philosophie de les suivre tai^ qia'elle peut, et c'est u» peu aurdelà de ce qui parait possible à tous que glt l'origine des choses. Qu'un phéiMNBène soit un peu d'au-delà, ce n'est donc pas une raison de l'abandonner. Tout ce qui se reflète ^ se passe dans l'homme, de quelque orq^ine qu'il soit, est de notre domaine, de^eelui de la philosophie positif e^ de celui de la philosophie spéculative^

En résumé, s'il n'esl guère philosophique de(»oire à l'extase sur le dire de la fraude ou de la crédulité, ce qui est très^philosophique, c'est d'y croire ayec des raisons suffisantes. Et ce qui est plus philosophique encore, c'est d'en accepter tDutes les oonséqueaces et d'en déduire toutes les inductions légitimes.

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